Et s’il en était des films comme des jeux vidéo ? Lorsqu’une suite sort, il faut tout à la fois que le spectateur/joueur retrouve l’univers qu’il avait aimé dans le premier épisode mais qu’il soit également surpris par toutes les nouveautés.
Ce sentiment de familiarité et d’originalité, d’intimité et d’innovations, les joueurs du jeu Silent Hill 2 l’ont sans doute ressenti quand ils ont attaqué les nouvelles épreuves. Et les spectateurs de Retour à Silent Hill, que Christophe Gans réalise vingt ans après sa première adaptation du jeu (Silent Hill, sorti en 2006), sont dans le même état. Ils se réjouissent des éléments qu’ils reconnaissent, telle la pluie de cendres, et sont heureux de se rendre compte qu’il ne s’agit pas d’une resucée du précédent opus mais bien d’un film original qui amène d’autres lectures.
Silent Hill est une ville fantôme de Virginie occidentale où se retrouvaient enfermés les protagonistes du premier film. C’est ce qui arrive également à James (Jeremy Irvine), le héros du second film qui, recevant une lettre de sa femme morte, part la rechercher dans la ville abandonnée.

On retrouve dans ce nouveau Silent Hill tous les éléments qui nous avaient fait aimer — et avoir la trouille de — cette ville fantôme. Lesquels se mêlent à des nouveautés, de nouvelles frayeurs… Et sans doute, plus que la frayeur, c’est de l’angoisse que créent les déambulations de James dans cette ville étrange, une angoisse à laquelle s’ajoute une fascination et un réel plaisir de se retrouver là. La pluie de cendres a déjà été mentionnée mais on sera également confronté (car, comme dans un jeu vidéo, on a l’impression d’être James) à une prolifération inquiétante d’insectes, à des monstres, à des couloirs sombres et labyrinthiques, etc.
À cet univers visuel réussi, Christophe Gans ajoute une dimension psychologique intéressante qui, une fois le récit achevé, nous fait comprendre les détails qui ont pu nous échapper au fil de l’avancée de James et des rencontres qu’il fait.
Venu présenter son film à Lyon, Christophe Gans a avoué que Silent Hill 2 était l’un des jeux qui l’avaient le plus marqué. « J’ai demandé à mon producteur d’en acquérir les droits il y a plus de vingt ans. Ce jeu avait un tel pouvoir d’évocation, une telle atmosphère… On y jouait traumatisé. Mais il fallait des moyens considérables pour le transposer à l’écran. »

L’univers du jeu lui rappelle le sien, qui passe par des références aussi précises que la série Twilight Zone ou les livres d’Edgar Poe, Jean Ray et Lovecraft qui, dit-il, « possèdent des dimensions dans lesquelles on reste captif ». Il ajoute : « Sorti en 2000, le jeu avait ce pouvoir d’évocation et il a marqué les joueurs parce qu’il n’était pas gratifiant. Nous n’avions pas un sentiment de puissance mais ressentions des vérités pénibles à accepter, aux aspects freudiens et tourmentés. »
Le cinéaste précise encore qu’il désirait, à l’origine, porter à l’écran Silent Hill 2 parce qu’il en aimait « la dimension subjective ». « C’était audacieux et le challenge du premier film était de restituer l’univers de Silent Hill. »
À propos de Retour à Silent Hill, Christophe Gans parle de la proximité de l’histoire avec le mythe d’Orphée. « Cela m’a ramené au film de Cocteau que j’avais vu très jeune. Je me souviens des deux films appréciés à l’époque, La Belle et la Bête et Orphée. C’était logique de les tourner, pas d’en faire des remakes mais plutôt des conversations avec quelqu’un qui a beaucoup compté pour moi. »
Il insiste sur les effets spéciaux qui ne sont pas uniquement virtuels, mais avec « des décors reconstruits à 75%, des trompe-l’œil comme dans la séquence de l’atelier du peintre ou cette scène où le personnage sort de l’hôtel, lequel existe vraiment en Suisse. Mon père, qui était peintre, avait lui-même pour spécialisation le trompe-l’œil ».

Très attaché à l’aspect visuel de son film, il indique encore qu’il a embauché, pour jouer les monstres, « des danseuses et des contorsionnistes ». « En post-production, on modifie les perspectives. Ainsi, la femme araignée est interprétée par la danseuse Giulia Pelagatti. Aujourd’hui, en ce qui concerne les effets spéciaux, le public est très informé et il faut laisser sa place à l’imagination. »
Grand cinéphile — il a été l’un des créateurs de la revue Starfix —, Christophe Gans sait que l’on pourra reconnaître de nombreuses références dans son Retour à Silent Hill. Outre Cocteau, il cite encore Shining, Le Locataire et Rosemary’s Baby de Polanski, L’Échelle de Jacob d’Adrian Lyne mais également l’art contemporain avec des créatures semblant sortir des tableaux de Francis Bacon ou proches des sculptures d’Alberto Giacometti et des poupées de Hans Bellmer. « Les auteurs du jeu étaient eux-mêmes des cinéphiles et ces références y sont déjà. J’y ai rajouté mes propres obsessions comme Orphée ou Sueurs froides de Hitchcock, avec le double de sa femme que le personnage ne reconnaît pas. »
En fin de conversation, Christophe Gans aborde son parcours : « J’ai passé le concours de l’Idhec (NDLR : l’ancêtre de la Fémis) à 17 ans et demi. Je ne suis pas un universitaire. Ce que j’aime dans le cinéma, c’est son artificialité, c’est la petite boule de Rosebud, un truc sous cloche qu’on agite. La cinéphilie m’est tombée dessus très jeune. Elle démarre quasiment quand je vais, à 5 ans, voir La Belle et la Bête. Après, mon épiphanie survient à 12 ans, avec la vision de Phantom of the Paradise. C’est là que je me suis dit que je voulais faire cela, travailler dans le rock, la littérature ou le cinéma ! »
Jean-Charles Lemeunier
Retour à Silent Hill
Année : 2025
Origine : États-Unis, Royaume-Uni, France, Allemagne et Serbie
Titre original : Return to Silent Hill
Réal. : Christophe Gans
Scén. : Christophe Gans, Sandra Vo-Anh, Will Schneider d’après le jeu vidéo Silent Hill 2
Photo : Pablo Rosso
Musique : Akira Yamaoka
Montage : Sébastien Prangère
Durée : 106 min
Avec Jeremy Irvine, Hannah Anderson, Evie Templeton…
Sorti en salles par Metropolitan Filmexport le 4 février 2026.