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‌Avec la sortie, pour la première fois, en Blu-ray et 4K UHD de La tarentule au ventre noir (1971) de Paolo Cavara, Carlotta nous replonge dans les débuts du giallo. Ce genre policier italien, qui tire son nom de la couleur jaune des couvertures de polars adaptés à l’écran, avait été esquissé dans les années 60 par Mario Bava, qui lui donna rapidement ses lettres de noblesse, suivi immédiatement par Dario Argento. De ce dernier, L’oiseau au plumage de cristal (1970) fit forte impression et, habitude du cinéma italien, fut aussitôt récupéré. Et comme des noms d’animaux dans le titre rappelaient le film d’Argento, arrivèrent sur les écrans Quatre mouches de velours gris (1971), Le Chat à neuf queues (1971), Un lézard à la peau de femme (1971), La Queue du scorpion (1971) et cette Tarentule au ventre noir.

La Tarentule reprend immédiatement les codes du giallo. De l’assassin, on ne verra que les mains et, ici, elles sont dérangeantes car elles portent des gants de latex qui donnent l’impression qu’elles appartiennent à un mannequin de cire. Autre élément essentiel, l’arme blanche utilisée pour les meurtres qui, avec La Tarentule, s’accompagne d’une longue aiguille effilée servant à endormir les victimes pour qu’elles soient conscientes de leur propre mort. Ne l’oublions pas, le sadisme est l’un des paramètres du giallo. Avec l’érotisme, qui n’est pas absent du scénario.

Lequel, signé par Marcello Danon et Lucile Laks, mise beaucoup sur les scènes-chocs. Danon, qui était avant tout producteur, fournit son premier scénario. Quant à la seconde, on lui doit surtout le script de L’Invitée de Vittorio De Seta et À la recherche de Gregory de Peter Wood, avec Julie Christie et John Hurt.

Giancarlo Giannini

Parmi les détails originaux de La Tarentule, on citera le couple formé par le commissaire chargé de l’enquête (Giancarlo Giannini) et sa femme (Stefania Sandrelli). Lui doute de sa vocation et voudrait changer de métier. Et elle ne cesse de vouloir tout modifier dans la maison, jusqu’au lit dans lequel ils vont coucher le soir-même. En décrivant ainsi un couple italien moyen, tracassé par des aléas de la vie complètement étrangers à la trame principale, le film s’écarte des habituels héros de films policiers, intrépides et risque-tout. Signalons enfin que Giannini va croiser le riche casting féminin réuni par Paolo Cavara : outre Barbara Bouchet et Stefania Sandrelli, citons encore Claudine Auger et Barbara Bach.

Barbara Bouchet

La forme est ici aussi importante que le scénario lui-même et tous les cinéastes ayant tourné des gialli l’ont bien compris. Cavara utilise des gros plans d’un couteau pénétrant les chairs ou filme une séquence de meurtre dans un magasin, où mannequins et victime se confondent. Et comme il vient du documentaire, il n’hésite pas, au détour du passage du commissaire chez un entomologiste, à montrer le combat entre une guêpe et une tarentule. Cavara utilise en outre à bon escient la musique dissonante d’Ennio Morricone à chaque fois que l’on assiste à un crime.

Daniele Dublino et Giancarlo Giannini

Et quand il s’agit de filmer une course poursuite, il choisit un décor ultra-moderne et dépeuplé, ce qui accroit encore la tension de la séquence. Celle-ci est réellement un morceau de bravoure qui nous amène de la rue au sommet d’un building puis, rapidement, à nouveau en bas. Elle a été tournée (merci Chat GPT) dans le quartier de l’EUR (Esposizione universale di Roma) et même devant le complexe de l’IMI (Istituto mobiliare italiano), dont on nous dit qu’il s’agit d’« un décor fétiche à l’époque : froid, géométrique, institutionnel ».

Ainsi, Cavara ne cesse de souffler le chaud et le froid. Les belles femmes dénudées et la perversion des meurtres, les décors urbains froids et les appartements surchargés, soit garnis d’un mobilier très daté années soixante-dix, soit de tableaux et statuettes à l’ancienne, la tension de certaines séquences et l’humour que dégagent certains personnages, tel celui du détective privé Catapulte, incarné par Ettore Mattia.

Barbara Bouchet

Quelle importance, semble questionner Paolo Cavara, revêt cette enquête lorsque le commissaire se retrouve à marcher dans la rue, au milieu d’une foule indifférente ? Comme si le cinéaste qui, avant de passer à la fiction, a tourné de nombreux documentaires plus ou moins caviardés montrant la folie du monde — ceux qu’on a justement baptisés du terme générique de « Mondo » —, insistait sur l’inconsistance de notre civilisation. Ce que, dans son commentaire, Jean-François Rauger, le directeur de la Cinémathèque française, résume par « l’indifférence cruelle du monde face à la terrifiante contingence des crimes commis ».

Jean-Charles Lemeunier

La Tarentule au ventre noir
Année : 1971
Origine : Italie
Titre original : La tarantola dal ventre nero
Réal. : Paolo Cavara
Scén. : Marcello Danon, Lucile Laks
Photo : Marcello Gatti
Musique : Ennio Morricone
Montage : Mario Morra
Durée : 98 min
Avec Giancarlo Giannini; Claudine Auger, Barbara Bach, Silvano Tranquilli, Stefania Sandrelli, Barbara Bouchet…

Sortie pour la première fois en 4K UHD et Blu-ray par Carlotta le 17 février 2026.

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