Oublions d’entrée les personnages sympathiques campés par Paul Newman et Robert Redford dans Butch Cassidy and the Sundance Kid (1969, Butch Cassidy et le Kid) de George Roy Hill. Dans The Maverick Queen (1956, La Horde sauvage) de Joseph Kane, film rare que Sidonis Calysta sort en DVD et en combo DVD/Blu-ray/Livret, les deux bandits sont beaucoup moins amènes, interprétés par Scott Brady (Sundance) et Howard Petrie (Butch Cassidy). À noter d’ailleurs qu’il faut, pour ce dernier — la v.o. le confirme —, prononcer « Boutch » et non « Beutch », comme on le fait généralement.
Le studio Republic Pictures, au sein duquel Joe Kane œuvra de 1935 à 1958, n’a pas une très bonne réputation. Les films étaient fauchés, produits en série, tournés en Trucolor quand la couleur est apparue. Le grand patron, Herbert J. Yates, ne perdait jamais l’occasion d’imposer sa femme, l’actrice d’origine tchèque Vera Ralston, dans les films qu’il produisait, que ce soit pour un rôle d’Américaine (La Belle du Montana), de Française de Louisiane (Le Bagarreur du Kentucky) ou d’Indonésienne (Toutes voiles sur Java). Ce qui n’empêcha pas d’excellents cinéastes de venir travailler pour Republic Pictures ni de films importants d’y être tournés, ne serait-ce que le Johnny Guitare (1954) de Nicholas Ray.

Même si l’on a oublié son nom et qu’il n’a jamais fait beaucoup d’étincelles, Joseph Kane est un solide artisan et, à lire sa filmographie, on aimerait découvrir plusieurs de ses films, ne serait-ce que La Mer des bateaux perdus (1953), au titre si poétique. Dans La Horde sauvage, il prouve qu’il a du métier. Il utilise à merveille les extérieurs et, franchement, le Trucolor avec lequel il rend les couleurs n’est pas aussi ridicule que ce qu’ont bien voulu insinuer des critiques. Cerise sur le gâteau, le film est également en Naturama. Pour en savoir plus sur ce procédé, on peut se référer à la revue American Cinematographer de novembre 1956 : « Naturama est un système à écran large anamorphique avec un rapport d’aspect de 2,35 à 1. Une lentille de fixation anamorphique est utilisée dans la photographie, et est couplée mécaniquement à l’objectif de la caméra pour réaliser la mise au point simultanée des deux objectifs. Sous la supervision du président de Republic Studios, Herbert J. Yates, et Daniel J. Bloomberg, l’ingénieur en chef de Republic, le département d’ingénierie du studio a passé deux ans dans des travaux de recherche fastidieux et méthodiques pour développer et produire un système de lentilles anamorphiques amélioré qui est compatible avec tous les autres processus à écran large similaires. »

Kane tient bien son histoire, la baigne d’humour et bénéficie d’un excellent casting. À commencer par la grande Barbara Stanwyck mais aussi Scott Brady et Barry Sullivan. Cet humour, n’est-il pas présent dès l’ouverture du film ? L’histoire démarre à Stillwater, une petite ville qui espère, nous dit un carton, « que la poussée de violence née après la guerre de Sécession va finir ». Nous sommes dans un bureau où, tandis qu’un gamin joue du banjo, deux hommes discutent de l’évasion d’un forçat. Dès le premier dialogue du film, il est fait mention des frères Younger, des frères Dalton et de la fameuse Wild Bunch (Horde sauvage) de Butch Cassidy et du Sundance Kid, qui donnera son nom au grand film tourné par Sam Peckinpah en 1969. Mais le plus important est finalement ce panneau accroché à un mur, face caméra, et qui annonce : « Do It Now », c’est-à-dire « Faites-le maintenant ». Comme si, dès ce premier plan, Joe Kane indiquait sa façon de travailler : directe et sans fioriture. Donc, sans y aller par quatre chemins.

Malgré une réputation pas brillante, le monsieur vaut sans doute mieux que ce qu’on veut bien en dire, d’autant qu’on connaît très mal sa filmographie, riche d’une centaine de titres. Il n’est qu’à voir, dans une scène suivante, l’utilisation qu’il fait de la profondeur de champ, lorsque Barbara Stanwyck et Barry Sullivan discutent devant un grand miroir qui nous montre l’arrivée de Mary Murphy. De même l’attaque du train, séquence reprise tout autant dans Butch Cassidy et le Kid que dans La Horde sauvage, est très honorablement filmée.
Comme beaucoup de westerns de l’époque, La Horde sauvage flirte avec le film noir, avec un scénario de Kenneth Gamet et DeVallon Scott, adapté d’un récit de Zane Grey, qui a des ressemblances avec celui de White Heat (1949, L’Enfer est à lui) de Raoul Walsh. Bien sûr, ici, Butch Cassidy et Sundance ne possèdent pas la démesure géniale du personnage joué par James Cagney chez Walsh mais l’idée de départ est finalement identique. Amenant un véritable suspense quant à l’identité et la loyauté de certains protagonistes.

Et comme également beaucoup de westerns des années cinquante, celui-ci démarre par une chanson, The Maverick Queen, écrite par Ned Washington et Victor Young, et chantée par Joni James.
On notera enfin qu’en 1956, le gang de Butch Cassidy était revenu au premier plan. L’idée avait-elle germé à Hollywood suite au film de Fred Sears, Wyoming Renegades (1955), qui mettait déjà en scène Butch Cassidy (Gene Evans) et Sundance (William Bishop) ? Quoi qu’il en soit, La Horde sauvage sort sur les écrans américains le 4 avril, suivie, le 13 mai, par The Three Outlaws de Sam Newfield. Et de quoi parle ce dernier ? De Butch Cassidy of course, à qui Neville Brand prête ses traits, et du Sundance Kid, cette fois interprété par Alan Hale Jr.
Jean-Charles Lemeunier
La Horde sauvage
Année : 1956
Origine : États-Unis
Réal. : Joseph Kane
Scén. : Kenneth Gamet et DeVallon Scott, d’après Zane Grey
Photo : Jack A. Marta
Musique : Victor Young
Montage : Richard L. Van Enger
Prod. : Republic Pictures
Durée : 92 min
Avec Barbara Stanwyck, Barry Sullivan, Scott Brady, Mary Murphy, Wallace Ford, Howard Petrie, Jim Davis…
Sortie en DVD/Blu-ray par Sidonis Calysta le 16 janvier 2026.