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Ah ! Le cinéma populaire des années soixante… Il repose sur plusieurs axes porteurs et ce n’est pas Diabolik (1968, Danger : Diabolik !) de Mario Bava, que sort en DVD/Blu-ray Sidonis Calysta, qui nous fera dire le contraire. Il existe en effet à cette époque le filon James Bond :  un héros charismatique et imbattable, du soleil, de jolies filles, de jolies voitures… et des méchants. Tout aussi attirant est le filon Fantômas : un méchant imbattable, du soleil, de jolies filles, de jolies voitures et… des flics incapables de l’attraper. Enfin, depuis quelque temps, la bande dessinée adaptée à l’écran obtient du succès. Citons Modesty Blaise (1966) de Joseph Losey, Kriminal (1966) d’Umberto Lenzi, Barbarella (1968) de Roger Vadim, Satanik (1968) de Piero Vivarelli, etc. On y retrouve les éléments habituels : charisme, gentils et méchants, jolies filles, soleil, policiers, voitures.

John Philip Law et Marisa Mell

Diabolik est donc un voleur de grande envergure qui fait tourner la police en bourrique. laquelle est dirigée par un inspecteur incarné par Michel Piccoli, avec pour ministre Terry-Thomas, l’Anglais moustachu de La Grande Vadrouille. La plupart du temps affublé d’un masque, le bandit a les traits — lorsqu’il daigne les montrer — de John Philip Law, l’ange de Barbarella. Et comme il est accompagné d’une très jolie blonde (Marisa Mell, dont le rôle devait être au départ tenu par Catherine Deneuve), autant dire que le cœur du public va davantage vers ce couple glamour que vers les flics maladroits qui lui courent après. À plus forte raison parce que Diabolik a un autre ennemi, le mafieux Ralph Valmont (Adolfo Celi).

L’art de Mario Bava

Danger : Diabolik ! s’inscrit donc dans un genre bien défini à qui l’on attribue aujourd’hui le qualificatif de pop. Tout part donc d’un de ces fumetti neri, bandes dessinées italiennes policières et/ou fantastiques très populaires dans les années soixante. Ici, ce sont les sœurs Angela et Luciana Giussani qui créent, en 1962, le personnage de Diabolik. La légende raconte que l’idée de ce héros masqué est venue à Angela Giussani après la lecture d’un roman de la série Fantômas, de Pierre Souvestre et Marcel Allain. Avec sa façon de ridiculiser la police, de s’attaquer à l’ordre établi, de voler les riches et de dynamiter les centres des impôts, Diabolik est devenu « l’expression parfaite de la contre-culture ». Dans l’un des suppléments du Blu-ray, c’est Stephen R. Bissette, le dessinateur américain de DC Comics qui a travaillé sur les séries Tyrant et Swamp Thing, qui le proclame. Et l’on s’aperçoit que Danger : Diabolik ! a de nombreux fans. Ainsi, le groupe Beastie Boys qui, dans son clip musical Body Movin’, rend un hommage direct au film de Bava. Ainsi également Roman Coppola, le fils de Francis Ford, qui dans son film CQ, en 2001, s’inspire de Diabolik et de Barbarella et emploie l’acteur des deux films, John Philip Law.

Diabolik sous son vrai visage, celui de John Philip Law

Contrairement à Fantômas, qui l’a donc inspiré et qui s’entoure de nombreux hommes de main, Diabolik agit tout seul avec la seule aide de sa jolie copine Eva Kant. Est-ce un hasard si son homonyme, le philosophe Emmanuel Kant, assurait : « On mesure l’intelligence d’un individu à la quantité d’incertitudes qu’il est capable de supporter. » Si l’on suit cette pensée, il est évident que Diabolik est intelligent, tant il sait rebondir à chaque coup du sort, à chaque invention policière pour le contrecarrer.

Si les péripéties ne manquent pas dans Danger : Diabolik !, Mario Bava sait incontestablement les mettre en scène. On trouve dans le film ce qu’on attend de lui : une débauche de couleurs, des décors extravagants, des tenues adéquates avec la pop culture britannique (minijupes colorées, décolletés, etc.), un montage serré et des plans très travaillés. On en voudra pour preuve la lecture qu’en fait, toujours lui, Stephen Bissette qui montre combien Bava avait le souci de découper ses images comme des cases de B.D. Les personnages sont très souvent entourés de cadres, formés par des fenêtres, des barreaux de lits, etc. Du grand art !

Jean-Charles Lemeunier

Danger : Diabolik !
Année : 1968
Origine : Italie
Titre original : Diabolik
Réal. : Mario Bava
Scén. : Mario Bava, Arduino Maiuri, Brian Degas, Tudor Gates d’après Angela et Luciana Giussani
Photo : Antonio Rinaldi, Mario Bava
Musique : Ennio Morricone
Montage : Romana Fortini
Assistant réal. : Lamberto Bava
Durée : 100 min
Distribution : Paramount
Avec John Philip Law, Marisa Mell, Michel Piccoli, Adolfo Celi, Claudio Gora, Mario Donen, Terry-Thomas…

Sortie en DVD/Blu-ray par Sidonis Calysta le 16 janvier 2026.

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