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Lorsque deux femmes du même âge se rendent compte qu’elles ont vécu une histoire similaire avec leurs mères, cela donne naissance à un beau projet, un film émouvant qui retrace leurs deux parcours pas très éloignés. Ces deux femmes ont chacune, par des moyens artistiques différents, donné un éclairage sur les relations douloureuses avec leur mère. La première, la femme politique Clémentine Autain, a décrit dans son livre intitulé Dites-lui que je l’aime la difficulté à avoir été la fille de l’actrice Dominique Laffin, morte à 33 ans. La seconde, l’actrice et réalisatrice Romane Bohringer, a tout de suite été intéressée par l’adaptation à l’écran de ce livre, y trouvant des échos à sa propre vie. Romane avait 14 ans à la mort de sa mère, Marguerite Bourry (elle-même trentenaire), Clémentine en avait 12 quand elle perd la sienne. Et les deux mères ont abandonné le domicile conjugal.

Clémentine Autain et Romane Bohringer© Escazal Films

À travers ces deux histoires très personnelles, Romane Bohringer signe un film émouvant, universaliste comme pouvait l’être À bicyclette de Mathias Mlekuz, lui aussi basé sur sa propre histoire de deuil. « Le choc provoqué par le livre de Clémentine a été aussi fort que je le décris dans le film », explique Romane Bohringer lors d’une rencontre presse à Lyon. En revanche, la rencontre entre les deux femmes est fictionnalisée : « Clémentine Autain est entrée dans ma vie avant le projet de Dites-lui que je l’aime. Elle jouait dans L’Amour flou, et dans la série qui a suivi, qui étaient des auto-fictions. Elle incarnait le fantasme féminin de Philippe Rebbot. Mais, à cette époque, je ne connaissais pas la gémellité de nos histoires. Elle m’avait alors dit qu’elle avait envie d’écrire un livre sur sa mère, Dominique Laffin. Quand il est sorti, j’étais sur le tournage, à la Guadeloupe, de la série Ils étaient dix. Dès la deuxième phrase, j’ai plongé dans une transe, je me reconnaissais dans chaque mot, chaque chapitre, chaque situation. Tout était dedans : l’enfance blessée, la mère fragile et défaillante. Très vite, j’ai appelé mes producteurs. »

Romane Bohringer, lors de la rencontre presse au Comœdia, à Lyon, le 4 novembre 2025 (Photo JCL)

Romane démarre donc son film comme si elle allait s’engager fidèlement dans le récit de Clémentine Autain, cherchant une actrice pour l’incarner. Passent alors devant sa caméra Céline Sallette, Julie Depardieu et Elsa Zylberstein, jusqu’à ce que le projet bifurque.

« Un jour, reprend Romane Bohringer, j’étais au théâtre de L’Atelier et je vois une jeune femme passer dans la rue. J’ai eu un choc ! Trois jours après, je suis à la projection d’un film et elle est là. Elle était le sosie du souvenir que j’avais de ma mère. Elle s’appelait Eva Yelmani. »

Marguerite Bourry, la mère de Romane Bohringer© Escazal Films

La jeune femme venait de jouer dans Sur un fil de Reda Kateb, un film également interprété par Philippe Rebbot, l’ancien compagnon de Romane Bohringer. Eva est donc engagée non seulement pour jouer le rôle de Dominique Laffin mais également celui de Marguerite, la mère de Romane Bohringer. Car le scénario du film évolue et c’est finalement un portrait croisé des deux mères, une trace de la même douleur vécue par Clémentine Autain et Romane Bohringer. « Avec, assure cette dernière, l’espoir que ça parle aux blessures de chacun. Après la projection à Cannes, je me suis rendu compte que le film passait la barre du personnel. »

Raoul Rebbot-Bohringer© Escazal Films

Et quand on lui dit que se dégage, dans Dites-lui que je l’aime, la même émotion que l’on a ressentie à la vision d’À bicyclette, Romane répond : « Avec Philippe [Rebbot], nous avons une vision très pirate du cinéma. Les financiers devraient écouter cela : le public est avide de sentir cette audace et l’on voit le succès obtenu par des films comme Vingt dieux ou Souleymane, qui sont intimes, particuliers, dans une économie rude. Ainsi, dans Dites-lui que je l’aime, les séquences vietnamiennes ont été tournées à Vincennes. »

Romane Bohringer© Escazal Films

Et, puisque le titre de Romane Bohringer reprend celui d’un film de Claude Miller dans lequel jouait la merveilleuse Dominique Laffin, Dites-lui que je l’aime, en 1977, on aura le droit de s’inspirer à nouveau de Miller pour dire qu’elle a trouvé là la meilleure façon de filmer.

Jean-Charles Lemeunier

Dites-lui que je l’aime
Année : 2025
Origine : France
Réal. : Romane Bohringer
Scén. : Romane Bohringer, Gabor Rassov d’après Clémentine Autain
Photo : Romain Carcanade
Montage : Céline Cloarec, Amélie Massoutier
Durée : 92 min
Avec Romane Bohringer, Clémentine Autain, Eva Yelmani, Richard Bohringer, Dominique Frot, Raoul Rebbot-Bohringer, Josiane Stoléru, Céline Sallette, Julie Depardieu, Elsa Zylberstein…

Sortie en salles par ARP Sélection le 3 décembre 2025.

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