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Tout commence par une psychiatre-psychanalyste (Jodie Foster) rejetée par un de ses patients, parce qu’elle n’a pas été assez efficace. Et tout se poursuit par le suicide d’une autre patiente, dont on la rend responsable. Aidée par son ex-mari (Daniel Auteuil, très savoureux), la psy va se lancer dans une enquête bringuebalante.

Jodie Foster et Daniel Auteuil

Attention, nous ne sommes ici ni chez Hitchcock ni chez Lang, qui ont, en leur temps, souvent mis la psychologie au centre de leurs thrillers. Car on ne comprend pas toujours très bien quelle ligne suit le scénario de Vie privée. Rebecca Zlotowski flirte avec le polar, la comédie — y compris celle qualifiée de romantique —, le fantastique fantasmé avec retour vers le passé. Au final, on est un peu perdu, on se demande la raison de certaines séquences et on ressent de la frustration : pourquoi Vincent Lacoste et Virginie Efira, aux rôles très fugitifs ? Pourquoi de si courtes apparitions d’Aurore Clément et Irène Jacob ? Pourquoi cette séquence avec Frederic Wiseman, qui ne semble être là que pour rendre hommage au grand documentariste qu’il est — ce qui, en soi, n’est pas critiquable — mais tombe un peu comme un cheveu sur la soupe ? Pourquoi Sophie Guillemin, dont on ne sait pas quoi faire de son personnage ? Pourquoi ces allusions (l’antisémitisme, la guerre) qui retombent comme des soufflés et qui ne sont pas vraiment explorées ?

Jodie Foster et Virginie Efira

Vulgairement, on aurait pu regretter un récit qui a le cul entre deux chaises. Alors, autant écrire que Vie privée a plutôt le dos entre deux divans. La psychanalyse devient un sport de combat dans lequel Freud et Lacan font match nul. Le complexe d’Œdipe et le nœud borroméen se glissent dans le scénario conçu par Anne Berest, Gaëlle Macé et Rebecca Zlotowski. Cette histoire de nœud chère à Lacan semble d’ailleurs convenir tout à fait ici. Si l’on suit la définition du Larousse, « il n’y a donc dans ce nœud pas d’ordre possible et chaque catégorie, ou rond, est nouée aux deux autres. Le réel n’existe qu’à rencontrer, par le symbolique et l’imaginaire, sa limite. » Ce pourrait être une définition, alambiquée certes, du pitch du film. Chaque ficelle scénaristique s’entremêle aux autres : le métier de psychanalyste, le rapport au fils rejeté, les liens affectifs avec l’ex-conjoint, l ‘enquête policière, la judéité… Et, une fois dénouée, montre les limites d’un scénario qui ne les approfondit pas.

Luana Bajrami et Mathieu Amalric

Inutile de cacher sa déception : avec un tel casting, auquel il convient d’ajouter Mathieu Amalric, avec Rebecca Zlotowski à la réalisation (Grand Central, par exemple, pour ne citer que ce titre, est si bien !), avec une histoire qui se perd dans des dédales, on s’attendait à quelque chose de plus fort. Restent tous ces moments où apparaît Daniel Auteuil en ex toujours amoureux. Celui-ci a un tel regard, de tels gestes envers celle qu’il chérit encore qu’il ne peut que nous embarquer. C’est déjà ça… mais est-ce suffisant ?

Jean-Charles Lemeunier

Vie privée
Année : 2025
Réal. : Rebecca Zlotowski
Scén. : Anne Berest, Gaëlle Macé, Rebecca Zlotowski
Musique : Rob
Montage : Géraldine Mangenot
Durée : 105 min
Avec Jodie Foster, Daniel Auteuil, Virginie Efira, Mathieu Amalric, Vincent Lacoste, Luana Bajrami, Noam Morgensztern, Sophie Guillemin, Frederick Wiseman, Aurore Clément, Irène Jacob…

Sortie en salles par Ad Vitam le 26 novembre 2025.

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