Ému, Sean Penn l’était visiblement lorsqu’il est monté, ce 11 octobre, sur la scène de la halle Tony-Garnier, à Lyon, devant près de 5000 personnes. Organisé par Thierry Frémaux et l’Institut Lumière, le festival du même nom s’ouvrait avec cette même ferveur qui, d’année en année depuis 2009, accueille chacune de ses éditions.

Déclarer l’ouverture du festival en compagnie de nombreuses personnalités — citons, entre autres, Shu Qi, Dominique Blanc, Costa-Gavras, Sabine Azéma, Valeria Golino, Kad Merad, Elsa Zylberstein, Scott Cooper, Franck Dubosc, Anne Le Ny, Christian Carion, Gustave Kervern, Manu Payet, Laurent Gerra… — était déjà un défi pour Sean Penn mais se retrouver tout seul, avec Thierry Frémaux (qui est également délégué général du festival de Cannes), pour parler du film projeté dans la foulée, Vol au-dessus d’un nid de coucous, mit l’acteur à rude une épreuve.
D’une voix d’abord tremblante puis s’affermissant, Sean Penn évoqua son admiration pour Jack Nicholson, « avec qui [il a ] eu la chance de travailler deux fois, pour Crossing Guard et The Pledge ». Il raconta sa découverte du film, « à Los Angeles, à la fin des années soixante-dix, dans un cinéma sur la plage » avant de conclure : « De temps en temps, on rencontre un esprit indépendant qui vous fait à nouveau aimer le cinéma. Quand deux artistes tels que Milos Forman et Jack Nicholson travaillent ensemble, c’est spécial. Et très rare ! »

Le lendemain 12 octobre, Sean Penn était à nouveau sur la scène de la halle pour présenter son magnifique Into the Wild, qu’il réalisa en 2007. Interrogé par Thierry Frémaux et traduit par Didier Allouch, il aborda plusieurs périodes de sa carrière. Comme celle où, raconte-t-il, « pendant dix ans, j’ai souffert d’une double cataracte sans le savoir. On m’a opéré et ça a été un nouveau monde. Je me suis mis devant un miroir et me suis dit : la vache, qu’est-ce qui m’est arrivé ? »
Il évoqua ensuite divers sujets, que l’on va essayer de résumer ici.
Ses amitiés et sa façon de fonctionner
« Des gens comme Jack Nicholson, Dennis Hopper, Al Pacino, Harry Dean Stanton, Dustin Hoffman m’ont donné cet amour pour le cinéma. Mais les vrais protecteurs c’est vous, le public, quand vous venez voir ces films.
« Je suis plus à l’aise avec des gens qui, comme moi, ne savent pas ouvrir un ordinateur portable. »

Son envie de mettre en scène
« Je l’ai depuis le lycée. Je suis devenu acteur à l’école et dans les petits théâtres parce que c’était plus simple. Les films sont venus rapidement. J’avais 27 ans quand Warren Beatty m’a dit : « Si tu attends d’être prêt pour réaliser un film, tu ne le feras jamais ! »
Son premier film de réalisateur, The Indian Runner
« En termes de direction, j’avais entendu la chanson de Bruce Springsteen Highway Patrolman et j’ai vu le film que je voulais faire. Je savais à quoi il ressemblerait et ce que serait l’histoire. J’ai écrit le script de The Indian Runner en 27 jours. Et ce qui m’a débloqué a été la phrase de Warren Beatty. Pour moi, l’écriture est plus familière que jouer ou diriger. Quand j’écris, je rentre à l’intérieur du personnage et j’imagine ses dimensions. Par rapport à l’interprétation, avec l’écriture on atteint une profondeur différente.
Les acteurs
« Je n’ai eu pour l’instant des difficultés qu’avec un seul casting. Les gens avec qui je travaille sont tous des amoureux du cinéma. Quant à savoir si moi-même suis un acteur facile, ce n’est pas à moi de répondre. »

Into the Wild
« On dit souvent qu’il ne faut pas se fier à la couverture d’un livre. C’est pourtant ce qui m’est arrivé. J’ai vu la couverture du livre de Jon Krakauer, avec une photo en noir et blanc d’un bus dans la neige. Elle m’a plu et j’ai acheté Into the Wild que j’ai lu d’une traite. Et je l’ai relu, le tout en 19 heures. Dès le lendemain, j’ai envoyé une lettre pour acquérir les droits et j’ai appelé Jon Krakauer. Tout se passait bien mais un jour je reçois un coup de fil de la mère de Christopher McCandless, le jeune homme dont l’histoire est racontée dans le livre. Elle avait fait un rêve dans lequel son fils — NDLR : mort en 1992 en Alaska — ne voulait pas que l’on fasse un film. Cela a duré dix ans puis un jour, j’ai un autre coup de fil de la mère qui m’annonce que c’était bon.
« Je ne suis pas retourné au livre. Je me suis mis à l’écriture. Puis, on est parti sur la route et on a tourné. »
Revoit-il ses films ?
« Sometimes », répond-il laconiquement.
« J’ai revu Into the Wild il y a un an. J’avais des invités à la maison qui désiraient le visionner. Je leur ai dit OK mais je vais aller fumer une clope. Finalement, j’ai revu le film. Il y a une très bonne musique dedans ! »
Un projet ?
« Oui, j’ai un nouveau projet avec un sujet très intéressant. Je suis très excité et je pense que ça devrait vous intéresser énormément. »

À l’issue de cette discussion, Thierry Frémaux annonça que, comme Costa-Gavras l’an dernier, Sean Penn allait recevoir un Prix Lumière d’honneur. Ce fut Gad Elmaleh qui le luit remit. Lequel avoua n’avoir jamais vu Into the Wild. « Un ami m’a dit que j’avais de la chance de connaître l’émotion de le découvrir… et de le faire dans ces conditions ! »
La projection qui suivit le confirma. Le film est et reste magique.
Jean-Charles Lemeunier
https://www.festival-lumiere.org/