Home

Les scénaristes de P.J. (1967, Syndicat du crime), Philip H. Reisman Jr. et Edward Montagne, aimaient-ils à ce point Dashiell Hammett et son bouquin La Clé de verre, publié en 1931 ? Quoi qu’il en soit, leur héros P.J. (pour Peter Joseph) Deitweiler, un détective interprété avec tout le second degré qui convient par George Peppard, se fait autant tabasser durant tout le film (par un mari jaloux, des boxeurs, des gays, etc.) que Ned Beaumont, le protagoniste de La Clé de verre.

Signé par John Guillermin, l’auteur de La Tour infernale, Syndicat du meurtre est un film suffisamment rare pour qu’on se précipite à sa vision. Il ressort en DVD/Blu-ray chez Elephant. P.J. est donc un détective qui vivote, dont le Q.G. est un bistrot. Là, le patron (Herbert Edelman), lui paie des coups à crédit et lui prête de l’argent contre une montre ou parfois rien. 

George Peppard

Le film s’inscrit dans le renouveau du film noir : le détective est contemporain — contrairement à Chinatown ou aux deux nouvelles adaptations du personnage de Philip Marlowe interprétées par Robert Mitchum, Adieu ma jolie et Le Grand Sommeil —, il a beaucoup d’humour, plaît aux femmes… On est en droit de se demander si, dans le courant des années soixante, l’apparition du James Bond incarné par Sean Connery n’a pas influencé le personnage du détective, proche finalement de l’agent secret puisqu’il n’a rien d’officiel dans ses démarches. Si l’on pense à Paul Newman incarnant Harper dans Détective privé (1966) et La Toile d’araignée (1975), à Frank Sinatra — bien que plus vieux — dans les deux Tony Rome (Tony Rome est dangereux en 1967 et La Femme en ciment en 1968), à James Gardner et Elliott Gould reprenant le personnage de Philip Marlowe respectivement dans La Valse des truands (1969) et Le Privé (1973), on se dit que le P.J. de George Peppard se situe exactement dans cette lignée. Et, de la même manière que le Sam Spade de Dashiell Hammett ou le Philip Marlowe de Raymond Chandler, bien ancrés dans les années 1930-1940, le détective des décennies 1960 et 1970 évolue lui aussi dans un monde corrompu et pas très honorable. D’où son cynisme et son désenchantement.

George Peppard et Gayle Hunnicutt

Comme il doit gagner sa vie, P.J. accepte de devenir le garde du corps d’une jolie femme menacée (Gayle Hunnicutt), maîtresse d’un homme d’affaires aussi riche que radin (Raymond Burr). John Guillermin déroule habilement ce scénario touffu et complexe, qui fait un détour par une île caraïbe paradisiaque. Il sème de fausses pistes, agence des séquences d’action rutilantes, mêle suspense et humour. Et nous gratifie d’une belle scène dramatique et humaniste avec l’excellent John Qualen, l’un des acteurs récurrents de John Ford.

La castagne, un des thèmes récurrents du film

À propos de suspense, signalons encore ce moment dans lequel Peppard est poursuivi dans le métro, dont les quais déserts font forte impression. À la fin, mais cela on s’en doutait, P.J. aura tout pigé, comme dans tout bon film noir qui se respecte. Certes, ce Syndicat du meurtre sait utiliser à bon escient les clichés du genre, tels qu’un couple sur un lit dans une mer de billets, filmé en plongée, ou ce fusil pointé droit sur la caméra. Action et humour font ici bon ménage dans ce film qui se révèle agréable, sans égaler toutefois les Tony Rome dirigés par Gordon Douglas, modèles du genre par leur décontraction et leur mise en scène.

Jean-Charles Lemeunier

Syndicat du meurtre
Année : 1967
Origine : États-Unis
Titre original : P.J.
Réal. : John Guillermin
Scén. : Philip H. Reisman Jr., Edward Montagne
Photo : Loyal Griggs
Musique : Neal hefti
Montage : Sam E. Waxman
Durée : 109 min
Avec George Peppard, Raymond Burr, Gayle Hunnicutt, Brock Peters, Wilfrid Hyde-White, Jason Evers, Coleen Gray, Susan Saint James, severn Darden, Herbert edelman, John Qualen…

Sortie par Elephant Films en DVD/Blu-ray le 26 août 2025.

Laisser un commentaire