Puisque dans tout naufrage, il est question de sauver les femmes et les enfants d’abord, quoi de plus naturel que Pierre Dugowson, fils du cinéaste Maurice Dugowson, ait choisi cette expression pour titre de son film, distribué en salles ce 7 mai par Malavida ?
Car il est bien ici principalement question du naufrage de notre société, ironisé dans dix courts-métrages. Forcément, on en préfèrera certains à d’autres, suivant ce que l’on recherche. Considérons donc, en premier lieu, ceux qui sont directement reliés au titre. À commencer par les deux derniers sujets, 2030 et Binge Box.

Dans le premier, trois maîtresses en maillot (Nicole Ferroni, Ophelia Kolb et Roxane Bret) font cours à des enfants eux aussi en maillots dans une école surchauffée de notre futur proche. Et puisque dans 2030, il est question de dérèglement climatique et de nuages nucléaires, on adorera également Binge Box. La caméra reste sur un gamin qui zappe les diverses chaînes de la télé, de laquelle sortent quantité de voix — on en reconnaît certaines —, discourant sur le climat. Dans le même ordre d’idée, Plastic Shopper nous présente une étudiante (Mona Grill) qui décrit divers produits cueillis dans les rayons d’un supermarché. Tous sont emballés et suremballés dans du plastique.

On appréciera également Leçon de choses et ce cours d’économie proposé à des enfants de maternelle. Avec, cerise sur le gâteau, l’allusion à ce gamin qui, en début d’année scolaire, est déjà en garde à vue pour délit d’initié.

Tout aussi original est Jusqu’à l’écoulement des stocks, scénario dans lequel tous les dialogues ont été remplacés par des extraits de notices de médicaments.
C’est une évidence, Pierre Dugowson porte un regard aiguisé tout autant qu’amusé sur les failles qui nous entourent. Et là où nos dents seraient en droit de grincer, l’humour vient sauver tout bruxisme.

C’est une évidence, notre société est malade — d’où le sketch sur les médicaments — et d’autres scénarios approfondissent ce malaise. Pensons à cette maman (Caroline Proust dans Supermarket), à qui sa fille demande des gâteaux et des jus de fruits alors qu’elle ne peut les lui offrir. Ou à cette autre mère (Ophelia Kolb dans Dinosaure) et son long discours pour raisonner un petit garçon. Bien sûr, à tous ces pièges que nous tend la vie moderne, la réponse de Pierre Dugowson est humoristique. D’autant qu’il est admirablement servi par ses interprètes — avec une mention spéciale pour Nicole Ferroni pour ses deux apparitions. Humoristique, certes, avec toutefois une rigueur, une logique qui fait froid dans le dos si on prend le temps d’y réfléchir.

Tous les courts-métrages ne sont pas ouvertement politiques, certains mêmes ne reposant juste que sur un gag (tel La 5ème) ou une idée : ainsi, dans Conte sauvage, Ophélia Kolb lit à sa fille un conte écrit par un ours. Ceux-là paraîtront sans doute plus « gentils », tant le propos des autres est acerbe.
Si, dans Les femmes et les enfants d’abord, chacune des histoires est différente, l’ensemble fonctionne grâce à l’unité de ton et à la présence d’interprètes que l’on retrouve plusieurs fois. Grâce également à leur rapidité. On est encore surpris de la chute d’une histoire que l’autre est déjà commencée et sur le point de s’achever.
Dans sa mise en scène très soignée, Pierre Dugowson glisse parfois des clins d’œil cinéphiliques. Comme ce vol qui se déroule Villa Étienne-Marey, lequel est l’un des précurseurs de l’invention du cinéma. Ou des jeux de mots. Tel Stuck Option et ses deux voleurs à la tire voulant se partager le fruit de leur larcin : un téléphone. Ils restent donc bloqués sur cette question, stuck en anglais.
Jean-Charles Lemeunier
Les Femmes et les Enfants d’abord
Année : 2025
Origine : France
Réal. : Pierre Dugowson
Scén. : Pierre Dugowson
Photo : Thibaut de Chemellier, Arthur Chassaing, Guillaume Dreujou, Pierre Dugowson
Musique : Pierre Dugowson
Montage : Pierre Dugowson
Durée : 55 min
Avec Ophelia Kolb, Nicole Ferroni, Audrey Vernon, Caroline Proust, Théo Cholbi, Géraldine Martineau, Solène Rigot, Pascale Arbillot, Mona Grill, Roxane Bret, César Richier Le Moan…
Sortie en salles par Malavida Films le 7 mai 2025.