Dans le bonus du Blu-ray de La Maison aux fenêtres qui rient, que sort Le Chat qui fume, le cinéaste italien Pupi Avati se réjouit à juste raison d’un tel titre qui, remarque-t-il, « suscite, quelque chose d’extrêmement singulier ».
Sorti en 1976, La casa delle finestre che ridono illustre finement une des autres déclarations d’Avati dans son interview, à savoir que « l’on peut faire un film d’horreur au soleil ». En effet, plutôt que de situer son action dans un château gothique, comme cela était l’usage à l’époque pour les films fantastiques, Pupi Avati a choisi de placer sa caméra en Padanie, c’est-à-dire dans un village situé dans la plaine du Pô, non loin de Ferrare.

Le générique s’inscrit sur les images d’un homme suspendu que l’on torture et poignarde. Puis l’histoire débute et, d’entrée, Avati l’entoure de détails étranges. D’abord avec cet homme, le héros (joué par Lino Capolicchio), dont on apprend qu’il restaure des fresques, et qui débarque d’un bac — sur le Pô, donc — au milieu de nulle part, attendu par un nain et son chauffeur. On ne s’étonnera pas d’apprendre que la vocation d’Avati est née de la vision de 8 1/2 de Fellini, d’où ces personnages quelque peu baroques — tel encore ce jeune homme qui sert d’enfant de chœur — qui peuplent le récit. « J’ai compris, commente-t-il dans le supplément, que le cinéma pouvait être autre. »

La fresque à restaurer, on va l’apprendre assez rapidement, est l’œuvre d’un peintre, Buono Legnani, qui a choisi de représenter, dans cette église paumée, le martyre de Saint Sébastien. L’artiste, surnommé « peintre des agonies » et qui vivait avec ses deux sœurs — il est question d’inceste —, est devenu fou et s’est immolé par le feu.

Tout va alors basculer dans plus étrange encore : les comportements des gens du village, les coups de téléphone que Capolicchio reçoit dans la nuit et dans lesquels une voix de vieille femme lui ordonne de ne pas toucher à la fresque, les étranges rituels de la région où l’on parle de consommer des rats. Jusqu’à cette maison qui donne son titre au métrage.

Pupi Avati sait filmer tout cela, montrant d’une prétendue normalité villageoise une image suffisamment inquiétante. Il nous offre également quelques beaux plans, telle cette porte qui, vue de loin, s’ouvre dans l’obscurité, avec une silhouette qui s’en détache. Étrange est également le témoignage sonore que retrouve Capolicchio : « Les couleurs jaillissent de ses veines. »
Au passage, Avati règle quelques comptes. Au curé à qui il parle de la fresque, Lino Capolicchio remarque qu’elle représente la mort dans toute son horreur. « Ça change de votre vision hypocrite des martyrs, qui les représente souriants. »

Le cinéaste a raison quand il déclare que l’on peut s’emparer d’un film de genre en lui ajoutant une part d’auteur. Avec La Maison aux fenêtres qui rient, Pupi Avati a parfaitement réussi ce pari.
Jean-Charles Lemeunier
La Maison aux fenêtres qui rient
Année : 1976
Titre original : La casa delle finestre che ridono
Réal. : Pupi Avati
Scén. : Pupi Avati, Antonio Avati, Gianni Cavina, Maurizio Costanzo
Photo : Pasquale Rachini
Musique : Amedeo Tommasi
Montage : Giuseppe Baghdighian
Durée : 111 min
Avec Lino Capolicchio, Francesca Marciano, Gianni Cavina, Bob Tonelli, Eugene Walter…
Sortie en Blu-ray par Le Chat qui fume le 1er août 2024.