Standing ovation assurée ! Ce 16 octobre, à l’invitation du festival Lumière, à Lyon, le cinéaste américain Wes Anderson présentait The Wonderful Story of Henry Sugar, un moyen métrage de 41 minutes adapté de Roald Dahl qui a été projeté au dernier festival de Venise et a été programmé sur Netflix dès le 27 septembre. Puis The Grand Budapest Hotel.
Cet « être lunaire », ainsi que l’annonçait le directeur du festival, Thierry Frémaux, ressemble, malgré sa cinquantaine, à un collégien. Vêtu d’un costume vert, les cheveux sagement coiffés derrière ses oreilles, il donne en fait l’impression de sortir d’une de ses œuvres. Il expliquait d’ailleurs : « Quand je commence à faire un film, je ne pense jamais à moi, à mon style. Je l’aborde parce que j’ai une nouvelle idée, une nouvelle façon de voir les choses. À chaque fois, ça me rattrape et on me dit que ça me ressemble. »
Une autre anecdote va dans ce sens. Alors qu’il présente à la cinémathèque du Trocadéro, à Paris, La Famille Tenenbaum, un vieil homme qui, dit-il, ressemblait à Michel Simon mais ce n’était pas lui, l’interpelle : « Pourquoi faire des films avec des gens aussi cinglés ? » D’un air ingénu, Wes Anderson rappelle que ses personnages « ressemblent à [s]a propre famille » et ajoute : « Pour moi, ils ne sont pas cinglés ! »

Questionné par Thierry Frémaux et Didier Allouch, puis par le public, Wes Anderson répond à toutes les interrogations, se disant « artiste, cinéaste et, aussi, un peu architecte ». Tout au long de sa carrière, déjà vieille de 25 ans, il s’intéresse à des idées nouvelles. Comme cette première fois où, avec Fantastic Mr. Fox, il s’essaie au film d’animation, étonné de cette « nouvelle expérience » qu’il recommencera avec L’Île aux chiens. « La deuxième fois, je savais où j’allais, j’avais l’impression de me retirer dans une sorte de monastère, comme si j’allais en retraite. »

Au fil de la conversation, on se rend compte que, même s’il avoue connaître « des jours de stress énormes » au moment des tournages, il apprécie de se retrouver entre amis, avec ses acteurs et techniciens. Ainsi, sur La Vie aquatique, en Italie, la tension est-elle compensée par « des moments absolument magiques, magnifiques, notamment avec Owen Wilson et Bill Murray ». Parce que, conclut-il, « on avait l’impression qu’on ne vivrait plus jamais ça ».
Pour Asteroid City, il avoue que le désert américain a été reconstitué dans la région de Madrid. « Je voulais tourner ce film en Europe. On a déniché quelques champs agricoles et on les a changés en désert. Pourquoi ? Je ne crois pas avoir de réponse. »

Sur sa proximité avec sa troupe d’acteurs, « a real company », il parle d’« équipe soudée », d’une « expérience émotionnelle ». Avant qu’il n’arrive sur la scène de l’auditorium de Lyon, où se situe cette rencontre, Thierry Frémaux parle du mystère qui entoure Wes Anderson lorsqu’il est sélectionné à Cannes. « On ne sait jamais d’où il vient, sourit le patron du festival, ni où il loge. Certains parlent d’un bus dans lequel il se déplacerait mais je n’en sais pas plus. » Alors qu’il évoque « la sensation de famille » qui le lie à son équipe, Wes Anderson aborde la question du bus, « un grand bus Mercedes avec des couchettes », dans lequel visiblement il amène ceux qui l’accompagnent à Cannes en dehors de la ville, près d’une plage où chacun peut prendre du bon temps avant d’aller fouler le tapis rouge. Wes s’est rendu trois fois au festival méridional et il vante ce moyen de transport avec « ses longs fauteuils, sa cuisine, sa wifi, qui est très confortable ».

Quel que soit le film qu’il démarre, Wes Anderson a toujours l’impression « d’aller un peu trop loin ». « La chose la plus importante est de communiquer avec le public, d’essayer de rester en contact avec lui sans être trop radical. » Pour Henry Sugar, il avoue être tombé amoureux des mots de Roald Dahl, déjà mis en scène avec Fantastic Mr. Fox. « Sugar est une histoire que j’ai lue quand j’avais 7 ans. Mon frère avait dégotté ce livre dans une foire et j’ai beaucoup aimé ce récit et la photo de Dahl qu’il y avait au dos du livre. Elle a créé en moi toute une mythologie et le livre m’est toujours resté à l’esprit. Cela faisait quinze ans que je voulais l’adapter au cinéma. J’ai trouvé cette façon de le faire en moyen métrage, avec Ralph Fiennes, Benedict Cumberbatch, Ben Kingsley, Dev Patel… »

Un dernier mot sur l’écriture de ses films. Avec ses amis scénaristes Jason Schwartzman et Roman Coppola, il a signé « une sorte de pacte » : créer des personnages qui ne soient pas eux. Avec une seule entorse à ce règlement, pour The Darjeeling Limited : « On a été chercher dans notre histoire. Quand nous avions un problème d’écriture, la réponse venait de notre vie. » Ce fut, assure-t-il, la seule fois !
Jean-Charles Lemeunier