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Et si un film nous racontait parfois une toute autre histoire que son scénario ? Prenons Taras Bulba (1962) de J. Lee Thompson, que BQHL ressort en DVD et Blu-ray (un inédit !), dans une belle copie restaurée. Adaptée de Gogol, la trame reprend les aventures de l’intrépide Cosaque et de ses deux fils. De quoi parlent-ils constamment, les Cosaques du film ? De leur liberté dans les vastes steppes, du temps qu’ils aiment passer à la guerre sur leurs chevaux et de leur haine pour les Polonais, qui ont signé avec eux des traités qu’ils n’ont pas respectés. Ces Polonais traitent les Cosaques par le mépris, acceptent du bout des lèvres que des étudiants cosaques rejoignent l’université polonaise de Kiev occupée pour mieux les humilier. Et, quand ils ont besoin d’aide pour livrer bataille à leurs ennemis, ces mêmes Polonais viennent chercher les Cosaques qu’ils détestent parce qu’ils connaissent leur bravoure au combat. Ils sont, entend-on, « des assassins, des animaux, mais nul ne sait se battre comme eux ».

Et si l’on transposait le scénario de Waldo Salt, auteur connu pour ses idées progressistes — il dut d’ailleurs s’exiler en Angleterre où, sous la houlette de la productrice Hannah Weinstein, il participa avec d’autres écrivains blacklistés à l’écriture de la série The Adventures of Robin Hood ? Que diriez-vous d’un western, par exemple ? Les Cosaques pourraient alors symboliser les Indiens et la maltraitance — et le mot est faible — qu’ils ont subie de la part des Blancs.

Western des steppes ou adaptation littéraire, Taras Bulba est signé par un réalisateur britannique, J. Lee Thompson. Lequel a également à son actif le très américain Les nerfs à vif, sorti la même année que Taras Bulba, et qui reste sans doute son meilleur film. Pour Taras, créditons J. Lee Thompson d’un savoir faire évident et, surtout, d’une maîtrise des couleurs et des foules. Ses séquences de batailles sont très esthétiques, avec les bleus, les rouges et les verts dès le début. Citons encore le liquide orange, mélange d’huile et de soufre, que les Polonais assiégés versent sur les Cosaques.

Autant dire que le cinéaste, qui n’a pourtant pas une grande réputation critique, surprend plus d’une fois. On pourra encore citer la scène dans laquelle Tony Curtis et le Cosaque qui l’a traité de lâche (Mickey Finn) doivent franchir à cheval un ravin ou celle des chevaux et des corps dégringolant d’une falaise. C’est indéniable, non seulement J. Lee Thompson maîtrise sa mise en scène mais il se montre à l’aise dans les séquences d’action et dans les déplacements de foule.

Le vaillant Taras, quelque peu surjoué par Yul Brynner — il aime prendre des poses bravaches, les mains sur les hanches mais c’est finalement comme cela qu’on l’apprécie — , a donc deux fils : Andreï (Tony Curtis) et Ostap (Perry Lopez). Curtis retrouve ici le style des films qu’il tournait à la Universal avec Piper Laurie ou son épouse Janet Leigh : virevoltant, il y était voleur à Tanger ou fils d’Ali Baba, chevalier du roi ou cavalier masqué. Il s’est entretemps séparé de Janet et rencontre Christine Kaufmann sur le tournage de Taras Bulba. Il l’épousera l’année suivante. Et délaissera ces rôles bondissants et juvéniles au profit de personnages plus matures, tout en continuant à alterner drames et comédies.

Produit typique des années soixante, Taras Bulba est plus proche des films de cape et d’épée que des grandes fresques signées par David Lean (Lawrence d’Arabie, Docteur Jivago) ou produites par Samuel Bronston (Le Cid, Le Roi des Rois, La chute de l’empire romain). Ici, pas de grandiloquence ou de prétention, pas plus qu’une adaptation littéraire fidèle. J. Lee Thompson évite le sujet de la religion, très présent chez Gogol : n’oublions pas que le roman raconte les difficultés à faire cause commune entre des catholiques (les Polonais) et des orthodoxes (les Cosaques) contre des musulmans (les Turcs).

Rien de tout cela donc, dans Taras Bulba, sinon un désir accompli de réaliser un bon divertissement.

Jean-Charles Lemeunier

Taras Bulba
Année : 1962
Origine
Réal. : J. Lee Thompson
Scén. : Waldo Salt, d’après le roman de Nicolas Gogol
Photo
Musique
Montage
Durée : 121 min
Avec Yul Brynner, Tony Curtis, Christine Kaufmann, Guy Rolfe, George Macready…

Sortie le 27 octobre 2021 en DVD et Blu-ray en version remastérisée haute définition par BQHL Éditions.

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