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Elle fut la première réalisatrice à obtenir une Palme d’or : c’était en 1993 et Jane Campion présentait La leçon de piano. Il faudra attendre 2021 pour qu’une autre femme, Julie Ducournau, obtienne la récompense suprême cannoise avec Titane. Et c’est Julie Ducournau qui, ce 15 octobre à Lyon, a remis à Jane Campion le 13e prix Lumière. Cette dernière devenait ainsi la première réalisatrice à détenir ce trophée puisque les deux autres femmes à qui il fut attribué avant elle étaient actrices : Catherine Deneuve en 2016 et Jane Fonda en 2018.

Lors de la conférence de presse qui a suivi la remise du prix, en compagnie de Thierry Frémaux, le directeur de l’Institut Lumière qui organise la manifestation, et du critique Michel Ciment, Jane Campion a parlé de sa cinéphilie, de son travail et de son dernier film tourné pour Netflix, The Power of the Dog.

Michel Ciment mettait immédiatement en avant « son audace et son regard unique, visibles dès Sweetie, son premier film ». Et citait cette phrase de Paul Valéry : « Tout ce que tu dis parle de toi, surtout quand tu parles d’un autre. » Jane Campion avoue l’influence dans son travail d’Emily Brontë et d’Emily Dickinson. « Être artiste n’est pas un hobby. C’est dur et ce n’est pas fait pour faire du bien. C’est vrai que je ne suis pas dans les codes habituels de l’histoire du cinéma. Mon inspiration est plus littéraire, proche des sœurs Brontë. J’aime les voix nouvelles dans le cinéma, très uniques, très fortes, telles celles de Julie Ducournau et d’Alice Rohrwacher. Elles peuvent aussi devenir des sources d’inspiration. »

À propos de The Power of the Dog, Lion d’argent à Venise, elle se dit « avoir été hantée par le livre de Thomas Savage, qui représentait un challenge intéressant ». Elle poursuit : « En l’adaptant, je n’ai pas du tout pensé aux personnages en tant qu’hommes ou femmes. C’était seulement des personnages. Et cela faisait partie des choses nouvelles que de traiter d’un cowboy homophobe. Son secret me passionnait. Avec Benedict Cumberbatch, son interprète, nous avons exploré ce rôle en profondeur. C’est un cowboy qui sait castrer un taureau et fabriquer une corde pour l’attraper mais qui est incapable de mener une vie normale. J’éprouve de la tendresse pour chacun des personnages de mes films, y compris les plus mauvais. Et pour cet homme-là en particulier. Quant à Netflix, je sais que cela pose des problèmes ici mais ce sont des gens qui ont de l’argent. Si Netflix n’avait pas été là, je n’aurais pas pu tourner ce film, surtout avec la deuxième pandémie. J’espère pouvoir bénéficier d’un visa temporaire pour que The Power of the Dog puisse être montré en salles. »

Elle évoque encore Pierre Rissient qui fut tout à la fois réalisateur, scénariste, conseiller artistique, producteur, attaché de presse et, surtout, grand découvreur de nouvelles voix cinématographiques. « Quand il m’a présentée à Cannes, se souvient Jane Campion, il ne m’a pas traitée comme une femme mais comme une artiste. Il fut mon premier contact français. Il avait le talent de mettre tout le monde ensemble tout en nous protégeant. Non seulement il m’a protégée mais il m’a donné le courage pour mon projet suivant. »

Jean-Charles Lemeunier

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