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Sorti en 1952, Umberto D., magnifique film de Vittorio De Sica, est l’un des derniers fleurons du courant néoréaliste, tel que son scénariste Cesare Zavattini en avait posé les bases : descendre dans la rue et enregistrer le quotidien. Sa sortie en DVD et Blu-ray ce 25 août par Carlotta est donc à saluer plus que jamais.

Celui qui donne son titre au film est Umberto Domenico Ferrari. Humble retraité de la fonction publique, il vit seul avec son petit chien dans une chambre que lui loue une propriétaire acariâtre et pingre. Sa pension ne lui suffit pas à régler son loyer et le pauvre Umberto D. se retrouve, dans la séquence d’ouverture du film, à manifester dans les rues avec quelques autres vieillards devant le ministère. Une manif qui, visiblement, indiffère tout le monde. De Sica a pris soin de placer sa caméra en hauteur, qui enregistre l’indifférence des passants sur les trottoirs et le passage d’un bus en plein milieu du groupe.

Ces gens réclament l’augmentation de leurs pensions et l’on peut lire sur l’un des écriteaux qu’ils brandissent : « Nous avons travaillé toute notre vie ». Certes, mais tout le monde s’en moque, à commencer par le représentant du ministère qui envoie la police disperser la manifestation. Les flics ne descendent même pas de leurs voitures et poussent les pauvres vieux vers des issues de secours. La scène est frontale, cruelle et annonce ce que sera le film : l’impuissance d’un retraité à surmonter non seulement l’épreuve de la survie sans argent et, surtout, celle de la vieillesse.

Il y a, c’est indéniable, un côté Chaplin chez De Sica. L’Italien l’admire et, comme lui, sait sublimer ce mélodrame poignant que dosent quelques gags visuels (et souvent tristes), dignes de Charlot. Tel ce réveil qu’Umberto ne sait stopper et qu’il cache sous ses couvertures. Ou, poignante, sa tentative de faire la manche. Un homme le dépasse, s’arrête, revient vers lui… Mais, honteux, Umberto a retourné sa main et fait mine de voir s’il pleut. Regardons encore cet attendrissant petit chien, fidèle compagnon du vieillard, qui s’assoit pour tendre un chapeau. Non, Chaplin n’est pas loin et l’on pense évidemment à Une vie de chien.

Dans Umberto D., les images ont tellement de force, comme elles en avaient chez Chaplin, que le film pourrait souvent se passer de dialogues. Filmant le quotidien comme le lui suggère son scénariste Zavattini, De Sica saisit les détails. Ainsi quand il suit le début de journée de la gentille petite bonne de l’appartement où vit Umberto. Elle quitte son petit lit installé dans le couloir, et se rend à la cuisine. Au-dessus du fourneau, le mur est strié. On comprend vite pourquoi : c’est contre lui que la domestique frotte les allumettes pour allumer le feu. Citons encore les fourmis ou les chats errant sur les toits.

La trame du film est simple : où le retraité va-t-il dénicher les 15 000 lires que lui réclame sa logeuse, au risque d’être expulsé de sa chambre ? Une chambre que, d’ailleurs, elle n’hésite pas à sous-louer à des couples adultères. Dans cet immédiat après-guerre, De Sica prend le pouls de l’Italie post-fasciste où, comme le remarque Jean-Baptiste Thoret dans un bonus, la solidarité n’existe plus (ouvrons d’ailleurs une parenthèse pour remercier Carlotta de la qualité des bonus proposés, ici avec J.-B. Thoret et Jean A. Gili).

Le point culminant d’Umberto D. est le passage à la fourrière, implacable métaphore de la condition humaine. Comme on gaze ici les chiens errants, la société broie les pauvres. La séquence fait froid dans le dos.

Enfin, on remarquera l’excellence de l’interprétation. Pour son premier rôle, Maria Pia Casilio donne toute sa grâce et sa simplicité à la petite bonne réduite à l’esclavage tandis que Lina Gennari est formidable dans son interprétation du personnage ingrat de la logeuse. Mais celui que l’on remarque le plus est bien entendu Carlo Battisti, qui incarne sobrement et formidablement Umberto et dont ce sera le seul film. Linguiste et prof d’université, il n’avait bien sûr rien à voir avec le monde du cinéma et il raconta son aventure dans Comment je suis devenu Umberto D.

Jean-Charles Lemeunier

Umberto D.
Année : 1952
Origine : Italie
Réal. : Vittorio De Sica
Scén. : Cesare Zavattini
Photo : G.R. Aldo
Musique : Alessandro Cicognini
Montage : Eraldo Da Roma
Durée : 89 min
Avec Carlo Battisti, Maria-Pia Casilio, Lina Gennari, Memmo Carotenuto…

Sortie en DVD et Blu-ray par Carlotta Films le 25 août 2021.

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