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Deuxième film du cinéaste japonais Nagisa Oshima, Contes cruels de la jeunesse, que Carlotta a la bonne idée d’éditer en Blu-ray et DVD, sort en 1960. Une époque de profonds changements en matière de cinéma. La Nouvelle Vague française a essaimé dans le monde entier et les jeunes cinéastes français mais aussi anglais, brésiliens, tchèques, polonais et japonais se mettent à parler de leur époque, de la jeunesse et de son absence de perspectives politiques.

C’est le cas de ces Contes cruels qui placent les deux jeunes héros, l’étudiant Kiyoshi (Yusuke Kawazu) et la lycéenne Makoto (Miyuki Kuwano), dans un contexte précis. Régulièrement, images et lignes de dialogues nous sortent du récit pour parler de la situation du pays au moment du tournage. Ici c’est une manifestation contre le nouveau traité d’alliance nippo-américain. Là, c’est Kiyoshi qui se dit « en colère à cause de tout ». C’est encore le père de Makoto qui déclare : « Avant la guerre, nous pensions que nous étions redevenus un pays démocratique. Mais, aujourd’hui, que pouvons-nous répondre à cette enfant ? Qu’avons-nous à lui offrir ? » Ou l’ancien copain de la sœur, médecin très pauvre, qui, trinquant « à la jeunesse perdue », constate : « Nous nous sommes fourvoyés. Nous n’avons pas déplacé les montagnes. »

C’est un fait, dans ces Contes cruels, la jeunesse est en colère. « Nous n’avons pas de rêves, clame encore Kiyoshi. C’est pourquoi nous ne serons jamais comme vous. » Ce refus de rentrer dans le rang, de ne pas ressembler à ces vieux messieurs qui lèvent des jeunes autostoppeuses sur les trottoirs, passe bien évidemment par la violence. Oshima ne nous présente pas un banal conflit de générations mais un réel fossé qui sépare jeunes et anciens. En guerre contre les seconds, les premiers utilisent la violence en retour à celle qu’a subie le pays pendant le conflit mondial et le militarisme à outrance.

C’est là où Oshima, imprégné de culture américaine comme le sera aussi Seijun Suzuki deux-trois ans plus tard, baigne son film de musique jazz, utilise un montage rapide et rythmé et des couleurs vives. Dès la première séquence, on remarque celles des voitures, chatoyantes. Puis celles des vêtements que portent les deux protagonistes : la chemise verte de Kiyoshi, la robe rouge de Makoto. Ce sont aussi ces plans qui affichent leur modernité et qu’on pourrait tout aussi bien attribuer à Godard, comme lorsque les deux jeunes gens marchent sur des rondins, au bord de la mer. Leur ligne de chance ? Quelle importance ! Ou lorsque Makoto téléphone : Oshima cadre au premier plan un téléphone bleu et la bouche de la jeune fille. Et la beauté du plan répond à sa tristesse : car c’est au bip que Makoto s’adresse, son amant ayant été rejoindre la femme âgée dont il est le gigolo.

Le cinéaste maîtrise ce qu’il filme. Citons encore cette pomme croquée par Kiyoshi alors qu’il est question d’avortement ou cette façon de filmer le couple marchant dans la rue, quand tous deux évoquent une possible séparation. La caméra s’attarde sur un visage, puis sur l’autre, filme à nouveau les deux personnages pour aussitôt isoler l’un ou l’autre visage. Du grand art !

Jean-Charles Lemeunier

Contes cruels de la jeunesse
Année : 1960
Origine : Japon
Titre original : Seishun zankoku monogatari
Réal., scén. : Nagisa Oshima
Photo : Takashi Kawamata
Musique : Riichiro Manabe
Montage : Keiichi Uraoka
Production : Shochiku
Durée : 97 min
Avec Yusuke Kawazu, Miyuki Kuwano, Fumio Watanabe…

Sortie en DVD et Blu-ray par Carlotta Films le 25 août 2021.

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