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Ça y est : le rêve d’Alexandre Astier est enfin réalisé. Son Kaamelott premier volet est sur les écrans depuis le 21 juillet. Qu’en est-il exactement ?

Commencée en 2005, la série s’est développée sur six saisons et a pris le risque d’évoluer. Démarrée sur les chapeaux de roue façon Monty Python dialogués par Audiard, les épisodes se sont progressivement obscurcis au fil du temps et les guests auxquels Astier a fait appel dans les derniers livres (Patrick Bouchitey, Carlo Brandt, etc.) n’étaient plus du tout dans le registre comique, contrairement à ceux qui les avaient précédés. Citons, pour mémoire, Christian Clavier, Alain Chabat, Bruno Salomone, Élie Semoun, Bruno Solo, Manu Payet, Yvan Le Bolloc’h, Claire Nadeau, Axelle Laffont, Géraldine Nakache et tant d’autres, dont Audrey Fleurot en sémillante Dame du Lac.

Que reste-t-il de la série dans ce Kaamelott premier volet ? Les principaux personnages y sont. Ils ont vieilli, c’est normal. Le film est tourné plus de dix ans après et il s’est écoulé à peu près autant de temps au moment où l’histoire débute. La nouveauté, avec tous ces personnages, c’est qu’ils sont fatigués. Avec Arthur, nous étions habitués. Il traînait sa lassitude, son angoisse existentielle de plus en plus profonde et son découragement tout au long des derniers épisodes. Mais les autres ? Ils restaient à peu près égaux à eux-mêmes.

Prenons un exemple. Dans le film, le roi Loth (François Rollin) apparaît rapidement. Comme à son habitude — un régal pour les spectateurs —, il lance une citation latine. Avec le temps, il semble que les pages roses de son dictionnaire se soient détachées et lui-même ne paraît plus y croire. Il est las, Loth. Alors, il commence une citation et n’a même plus la force de l’achever. À quoi bon ?

Cet « à quoi bon ? » envahit le film. Karadoc ne pense plus à bâfrer, Perceval n’oscille plus entre la bêtise pure et les éclairs de génie poétiques, Merlin ne doute plus de ses pouvoirs, Élias de Kelliwic’h n’est plus sûr des siens et il en est de même pour tous les autres. Ils apparaissent tous au cours du récit, on est content de les retrouver mais… ils ne semblent plus rien avoir à jouer. Comme s’ils étaient devenus des marionnettes, eux qui avaient un tel pouvoir attractif dans la série. Même le roi burgonde, que tout le monde adore (« Cuillère ! »), se contente de faire de la figuration. Pas même un petit pet. Tout se perd. Comme si personne n’avait plus rien à défendre, n’y croyait plus. Comme si de petits artisans doués s’étaient soudain retrouvés plongés dans un blockbuster hollywoodien et qu’ils retiennent leur respiration tant tout est beau.

Ne jouons pas trop immédiatement et trop facilement les contempteurs. Astier a du talent, c’est incontestable : dans l’écriture, la mise en scène, la musique. Et son démarrage est caracolant. Guillaume Gallienne en pseudo-Arthur, Clovis Cornillac orientalisé, la lumière, les décors, les costumes, les paysages, l’ensoleillement, tout est parfait. On pourrait être dans Game of Thrones.

Est-ce là le problème de ce premier volet ? Le trop-plein d’ambition ? L’envie de donner des coups de chapeau — ou coups de heaume, sweet heaume ? — au cinéma et aux séries qu’Astier aime ? Il y a ici du pognon et le pognon, c’est indéniable, se voit à l’écran. Alexandre veut se payer un trip Lawrence d’Arabie ? On a une séquence dans le désert, pas très utile, avec musique hollywoodienne façon Maurice Jarre. Un petit coup de Star Wars ? Excalibur est digne d’un sabre laser. Vous pensez à Indiana Jones qui, dans le troisième épisode de la saga, découvrait le Graal ? On vous annonce que la quête, prétexte rigolo de la série, risque d’être prise au sérieux dans l’un ou l’autre des prochains volets. Enfin, vous aimez forcément Le seigneur des anneaux ? Ce dieu géant qui surgit derrière un château est là pour vous signifier que vous n’êtes pas venu pour rien.

Le démarrage, je vous le disais, est réussi, d’autant plus qu’il présente deux nouveaux personnages joués par Gallienne et Cornillac. Et que le décor oriental est nouveau aussi. Puis, on revient à Kaamelott. Winter is alors coming, c’est normal, nous sommes plus au nord. On se retrouve en terrain connu, encore que. Lancelot est engoncé dans une cuirasse reptilienne, Sting joue un seigneur à accent, la chanteuse Jehnny Beth une improbable guerrière à la coiffure punk, sortie tout droit d’une heroic fantasy made in USA. Tandis que tous les autres autour d’eux, les amis pourrait-on dire, font assez pâles figures, se contentant souvent d’être seulement présents.

Finalement, la vraie question qui est posée est celle du rêve. Astier n’avait-il pas fait le tour du sien avec son excellente série ? De même que Peter Jackson n’avait pas besoin de faisander sa géniale trilogie avec trois autres films pour cours de récréation. Le vieillissement et la fatigue intéressent le cinéaste. Dommage que ce sujet-là se perde dans des séquences inutilement numériques (la destruction d’un château). Et dommage qu’un autre danger fasse soudain irruption : la mièvrerie. Les six saisons en étaient exemptes. Qu’arrivent-il alors aux héros de Kaamelott ? Arthur marqué par une histoire d’amour de son adolescence ? L’épisode romain de la série suffisait. Et le même Arthur qui, soudain, change d’attitude avec Guenièvre ? Impensable !

C’est par un court-métrage bricolé que la série est née, qui montrait déjà les grandes capacités de son auteur. Elle s’est ensuite développée avec, sans doute, de plus en plus de moyens tout en gardant son aspect bricolo de génie. Et en conservant les acteurs d’origine, les stars se contentant de venir faire des apparitions. On pourra dire la même chose de Tim Burton. Comme Astier, il a un univers.

Tout n’est pas à jeter dans ce Kaamelott premier volet, il ne faut pas exagérer. On regardera ces deux heures sans trop d’ennui, malgré quelques longueurs. On ira sans doute voir le second épisode et, qui sait, le troisième. Mais on ne s’y précipitera pas comme on le faisait du temps du Seigneur des anneaux. Felix qui potuit rerum cognoscere causas. Moi, je dis ça, mais j’aurais pu tout aussi bien dire autre chose. Comme Ars longa, vita brevis. Ou Labor omnia vincit improbus. Au point où nous en sommes

Jean-Charles Lemeunier

Kaamelott premier volet
Origine : France
Réal., scén., musique, montage : Alexandre Astier
Photo : Jean-Marie Dreujou
Durée : 120 min
Avec Alexandre Astier, Thomas Cousseau, Anne Girouard, Lionnel Astier, Joëlle Sevilla, Jean-Christophe Hembert, Franck Pitiot, Caroline Ferrus, Jacques Chambon, Sting, Christian Clavier, Antoine de Caunes, François Rollin, Clovis Cornillac, Guillaume Gallienne, Alain Chabat, Géraldine Nakache, Nicolas Gabion, Guillaume Briat, Jean-Robert Lombard, Audrey Fleurot, Brice Fournier, François Morel, Jehnny Beth…

Sortie en salles le 21 juillet 2021.

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