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Avec la nouvelle sortie en salles de Fimpen (1974, Tom Foot), Malavida poursuit son étude du cinéaste Bo Widerberg, grâce à laquelle nous avons déjà eu la chance de redécouvrir près d’une dizaine de films dont plusieurs chefs-d’œuvre. Du Péché suédois (1963) à La beauté des choses (1995), ceux-là sont nombreux dans la carrière de Widerberg et on citera les incontournables Elvira Madigan (1967), Adalen ‘31 (1969) et Joe Hill (1971) pour insister sur la qualité du travail du Suédois.

C’est d’ailleurs juste après Joe Hill, ode au syndicaliste et poète du début du XXe siècle, que Widerberg s’attelle à la réalisation de Tom Foot. L’histoire est belle à raconter et mérite d’entrer dans la légende. Pendant le tournage de Joe Hill, l’équipe de Widerberg rencontrait d’autres techniciens pour jouer ensemble au foot, là où s’amusaient des enfants. C’est ainsi que le cinéaste, se faisant prendre le ballon par lui, découvrit le petit Johan Bergman. On raconte que beaucoup d’images du film proviennent de véritables matchs, dont celui tourné à Moscou. Le gardien russe refusait que, même pour un film, un gamin fasse entrer des ballons dans sa cage. Il fut donc remplacé par un acteur mais, devant l’enthousiasme du stade entier, le Russe reprit finalement sa place dans les buts.

Fimpen, titre original du film, signifie « gamin » en suédois et c’est le surnom donné par les médias au petit Johan Bergman, six ans, prodige du foot. En ces temps où le ballon rond va tenir le haut du pavé avec l’Euro, il était justifié que Malavida ressorte ce film sur le foot. Mais l’on aurait tort de penser que Widerberg ne s’intéresse qu’au jeu sur la pelouse. Comme toujours chez lui, la jubilation de filmer un gamin faire la nique sur le terrain à des joueurs professionnels se double d’une réflexion sur la célébrité et ses aléas et sur l’emprise qu’elle prend quand il s’agit de se construire soi-même. Cessant de jouer avec ses copains au foot et au ballon prisonnier, l’enfant, en devenant célèbre, devient prisonnier du ballon.

Tom Foot doit beaucoup à la grâce du petit Johan Bergman, amusant, étonnant dans ses actions, attendrissant quand il redevient aux yeux de tous l’enfant qu’il n’a pas cessé d’être. Cela nous vaut de belles séquences sur les façons d’endormir le gamin par les joueurs pro. Belles scènes aussi que ces moments où, entre deux buts marqués à des équipes internationales, le gamin va voir et caresser de petits chatons nés près de chez lui. La tendresse est une des grandes vertus de Widerberg et elle est complètement à l’œuvre ici.

On aurait tort de penser qu’en matière de célébrité, le Suédois ne s’intéresse qu’au petit Johan. Le film s’ouvre sur des manchettes de journaux vantant les mérites footballistiques d’un certain Macken. Lequel Macken, se promenant dans les rues de Stockholm, est l’objet de toutes les attentions. En se rendant chez sa chérie qui vit dans la banlieue, il traverse un terrain sur lequel s’amusent des gamins. Il tente d’en dribbler un et se fait largement posséder. Perturbé, Macken perd tout : la reconnaissance des autres et ses facultés à taper dans un ballon. Il en faut finalement peu, nous raconte Widerberg, pour dégringoler du haut du podium à la médiocrité. Ce passage à vide est résumée par une phrase tout à fait dans l’air de cette époque et typique de son machisme : « Tu ne pourrais, dit l’entraîneur à Macken, même pas jouer dans l’équipe féminine. »

Quant à la morale du film, elle est complètement à l’opposé de notre société du spectacle et de la médiatisation. Il est un temps pour tout. Mieux vaut se construire que jouer le jeu des autres. Et tant pis pour la célébrité et l’argent — encore que Widerberg n’aborde ce sujet que par le biais d’une publicité faite par l’enfant, le foot en 1974 étant sans doute moins l’objet de convoitises financières qu’aujourd’hui.

Jean-Charles Lemeunier

Tom Foot
Année : 1974
Titre original : Fimpen
Origine : Suède
Réal. , scén., montage: Bo Widerberg
Photo : John Olsson
Durée : 84 min
Avec Johan Bergman, Monica Zetterlund, Magnus Härenstam…

Sortie en salles par Malavida le 9 juin 2021.

Une réflexion sur “« Tom Foot » de Bo Widerberg : Ballon prisonnier

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