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Cela vous arrive-t-il, en regardant votre DVDthèque, de vous dire : tiens, je me ferai bien un Guitry ? Ou un Hawks ? Arrivent alors les dilemmes : Hitchcock ou Truffaut ? Ford ou Peckinpah ? Dupontel ou Varda ? Et pourquoi pas alors une série B ? Ou une série Z italienne ? Dans ce cas précis, l’occasion fait le larron, pourrait-on dire, puisque Artus a initié une collection de films transalpins inspirés de bandes dessinées, c’est-à-dire les fumetti. Et que, parmi eux, se trouve le sympathique Devilman le diabolique — c’est le film qui est sympathique, pas le personnage, bien sûr, lui est un immonde malfaisant — qui sera disponible à la vente ce 1er juin en DVD.

Devilman ? Voilà le genre de curiosités que l’on aime découvrir et dont Artus est un bon pourvoyeur. Autant vous décrire tout de suite le personnage éponyme, dont on ne fera connaissance que pratiquement au milieu du film. Il est, comment dire, une sorte de Fantômas, portant comme lui un seyant masque sur le visage. Masque qui, sitôt arraché par l’héroïne — mais le visage de Devilman reste hors champ —, la fait défaillir. C’est dire si le mec est moche. La série des Fantômas nouvelle manière, réalisée par André Hunebelle et mêlant les acrobaties de Jean Marais aux facéties de Louis de Funès, a été initiée en 1964 et nul doute que ce Devilman, datant de 1967, ne s’en soit quelque peu inspiré. De même que l’autre grande inspiration, autant des Fantômas que de Devilman, est à trouver du côté des James Bond. Dr No est de 1962, Bons baisers de Russie de 1963 et Goldfinger de 1964 et il ne faut pas beaucoup chercher d’où viennent, en ces temps-là, ces méchants absolus qui tiennent la dragée haute à de gentils espions. Ou journaliste, dans le cas de Fantômas.

Journaliste, le héros qu’incarne Guy Madison dans Devilman l’est aussi. Il est d’ailleurs à noter que, dans tout ce générique vibrant de noms anglo-saxons, seul celui de Madison est réel. L’acteur est un vrai Américain pur jus. Tandis que Paul Maxwell, le réalisateur-scénariste, se nomme en réalité Paolo Bianchini. Que derrière Liz Barrett, la séduisante héroïne, il faut chercher Luisa Baratto et que tout le monde aura reconnu sous les traits d’Alan Collins Luciano Pigozzi. L’acteur est tellement repérable que les amateurs de cinémas bis italien le connaissent sous ses deux noms. Enfin, signalons encore Ken Wood, alias Giovanni Cianfriglia, et Lawrence Marchal, alias Valentino Macchi.

Il faut bien admettre que ces films adaptés de fumetti, en mettant sans doute de côté le Diabolik de Mario Bava, sont souvent bricolés. Or, il n’en est rien ici et reconnaissons à Paolo Bianchini une certaine recherche dans ses plans. Loin de se contenter de poser sa caméra et d’enregistrer ce qui se passe devant, le gaillard se démarque par des images compliquées du meilleur aloi, comme lorsqu’un méchant est, pour l’effrayer et le forcer à parler, maintenu le visage proche de la chaussée dans une voiture roulant vite. Bianchini multiplie les plans différents et l’on sent bien qu’il prend plaisir à donner plaisir aux spectateurs. C’est le premier bon point de Devilman.

Le second est que l’histoire, bien qu’assez classique, se suit sans déplaisir. Un professeur disparaît que sa fille va rechercher d’abord dans Rome puis dans le désert saharien aidée par un journaliste. Bianchini ouvre son film sur une scène d’action et nous met d’entrée dans le bain. Dans la première partie romaine, là encore, le cinéaste cherche à faire beau et bien. Il tourne ses séquences dans des lieux emblématiques et touristiques, montrant combien est belle la Ville éternelle. Là ce sera le Colisée, ici le Castel Sant’Angelo ou la piazza di Spagna. Et la virtuosité de Bianchini n’est pas que touristique. Luisa Baratto prend un escalier ? La caméra filme en contre-plongée la spirale qui nous happe. Elle tombe sur un cadavre ? Celui-ci est bien visible en amorce, tandis que la fille apparaît dans le fond.

Curieusement inconnu de nos services, comme on l’entendrait dans tout bon commissariat, Paolo Bianchini est loin d’être le tâcheron que l’on est en droit d’attendre aux commandes de ces films populaires. Au contraire, il fait preuve d’un véritable talent de mise en images et, en fouillant sa filmo, on se rend compte qu’il a travaillé essentiellement dans le cinéma de genre : espionnage (Bagarre à Bagdad pour X-27), fumetti (Devilman et Superargo contre les robots), westerns (Avec Django, ça va saigner), décamerotici (ces films inspirés de Boccace et de Pasolini, tel ce Dernier des Décamérons), comédies plus ou moins policières (Società a responsabilità molto limitata) et même, curieusement, la participation à un documentaire collectif sur la mort d’Enrico Berlinguer, leader du Parti communiste italien. Bianchini lâche un temps le cinéma pour la publicité et revient à ses premières amours en 1997 avec La grande quercia, qui obtiendra plusieurs prix dans les festivals internationaux.

Tout cela pour bien montrer qu’avec Devilman, nous ne sommes pas en présence d’un sous-produit et que les facilités scénaristiques sont relevées par la mise en scène efficace.

Jean-Charles Lemeunier

Devilman le diabolique
Année : 1967
Origine : Italie
Titre original : Devilman Story
Réal. : Paul Maxwell (Paolo Bianchini)
Scén. : Paul Maxwell, Max Caret
Photo : Alan Jones (Aldo Greci)
Musique : Patrick Leguy
Montage : Constance Elliot
Durée : 83 min
Avec Guy Madison, Liz Barrett (Luisa Baratto), Diana Lorys, Alan Collins (Luciano Pigozzi), Ken Wood (Giovanni Cianfriglia)…

Sorti en DVD par Artus Films le 1er juin 2021.

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