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S’attendaient-ils à tant d’honneurs, les frères Dardenne, eux qui viennent de recevoir à Lyon le prix Lumière, au terme d’un festival aux jauges rétrécies mais à l’enthousiasme toujours égal ? C’était le 16 octobre dernier et deux jours plus tard, lors de la conférence de presse, leur simplicité ne pouvait être prise en défaut. Aucun orgueil chez eux à noter. De la satisfaction et de la fierté, certes, mais certainement pas de têtes qui se mettent à enfler démesurément.

« On n’a jamais voulu construire de carrière », indiquent Jean-Pierre et Luc Dardenne, qui remontent à leur premiers films documentaires et à leur travail auprès d’Armand Gatti. « Il utilisait de la vidéo et, au début, nous avons fait comme lui. Nous voulions tourner des films sur l’histoire du mouvement ouvrier de notre région. »

Jean-Pierre évoque « les rencontres formidables » faites à l’époque et Luc parle « du désir de travailler avec des acteurs ». Il affirme encore que, face à une situation difficile, le documentaire n’est ni plus fort ni plus juste qu’une fiction : « Aux États-Unis, ce sont des films de fiction qui ont le mieux lutté contre le Ku Klux Klan. »

Malgré tout, Jean-Pierre remarque : « J’ai l’impression que l’on n’a pas quitté le documentaire. Chaque personne filmée a une présence unique. Les personnages existent en dehors de la caméra, ils ne deviennent pas des figures ou des modèles. Cela tient sans doute à la manière dont nous filmons nos personnages de fiction. Nous passons beaucoup de temps à choisir nos comédiens. Les premiers jours de tournage, on sent l’équipe qui commence à se souder autour de ces corps, ces visages. Les acteurs sentent aussi que ça se soude mais ça se soude grâce à eux. C’est la même chose avec Marion Cotillard qu’avec des acteurs moins connus. Les plus beaux moments de tournage surviennent quand tout le monde veut donner vie à des gens qui n’existent que sur le papier. »

Ce à quoi Luc ajoute : « Nos films sont des portraits en mouvement. »

À la question sur les blockbusters que leur pose Thierry Frémaux, le directeur du festival Lumière — et, aussi, celui du festival de Cannes —, les Dardenne ne font pas la fine bouche. « C’est bien qu’il y en ait. Ce qu’il ne faut pas, c’est qu’ils formatent la perception des jeunes spectateurs. Ceux-là doivent aller voir aussi d’autres films. »

Luc avoue qu’il lui arrive même de se déplacer pour des films Marvel, « même s’ils commencent à se ressembler fort, comme les séries d’ailleurs. Pour ces dernières, est-ce qu’il ne va pas y avoir un effet d’overdose ? »

À ce jeu des questions-réponses, on apprendra que les deux frangins voulaient adapter Affliction de Russell Banks, finalement tourné par Paul Schrader, et Mystic River de Dennis Lehane, réalisé par Clint Eastwood. « Le problème, c’est que quand le livre sort, les studios l’ont déjà acheté sur épreuves. »
Au vu des résultats, surtout en ce qui concerne Mystic River, ils ne regrettent pas.

Leur cinéma parle de l’enfance, ils en sont conscient. De l’enfance solitaire. Ils mettent à part Le jeune Ahmed, rattrapé par une actualité terrifiante. « Ahmed n’est pas vraiment seul alors que Rosetta, oui. Cette fille est encore une enfant, dans la situation de vivre des événements que les enfants de cet âge ne vivent pas. Ce sont des choses que nous avons vues. Ces jeunes gens qui nous semblaient tellement seuls, c’est comme si on essayait de les sauver dans nos films. »

Jean-Charles Lemeunier

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