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On aurait tort de considérer comme unique auteur de comédies enjouées Georges Lautner, dont la rare Route de Salina ressort en DVD/Blu-ray chez Studio Canal dans la collection Make My Day (également disponible sur la plateforme UniversCiné). Bien sûr, à l’évocation de son nom, viennent en mémoire immédiatement les images des Tontons flingueurs, celles des Barbouzes, du Monocle ou de Ne nous fâchons pas, assorties des dialogues devenus cultissimes de Michel Audiard, et l’on aurait tort de blâmer ces réminiscences du meilleur aloi.

En revanche, il serait injuste de cantonner le cinéaste à ce seul rayon comique. Ce serait oublier que Lautner a démarré sa carrière sur quelques drames aujourd’hui oubliés et pourtant pas mal troussés, que ce soit Marche ou crève, Arrêtez les tambours ou Le septième juré. Curieusement, après les succès mérités que lui apportent ses comédies des années soixante, Lautner revient au drame à la décennie suivante avec cette Route de Salina (1970) qui nous intéresse aujourd’hui mais aussi avec, cinq ans plus tard, Les seins de glace.

 

 

Le plus étrange dans La route de Salina réside évidemment dans son casting. Qui eut cru, en cette aube des années soixante-dix, que se retrouveraient réunis au générique d’un même film les noms de Lautner et ceux de Rita Hayworth, Mimsy Farmer (qui venait d’acquérir une renommée internationale avec More de Barbet Schroeder), Robert Walker Jr, fils de l’interprète de Hitchcock, et Ed Begley, l’une des trognes du Coup de l’escalier ? Le père Georges a dû y prendre goût puisqu’il dirigera quelques années plus tard Robert Mitchum dans Présumé dangereux.

Rita Hayworth, donc. Pendant les années soixante, la flamboyante rousse de la Columbia a eu du mal à assumer son déclin, submergée par l’alcool et un Alzheimer encore mal diagnostiqué. Dans Salina, même si elle semble loin de ses années de gloire, la présence de Rita est indéniable. Elle incarne une mère délaissée qui croit reconnaître en cet inconnu qui débarque un jour chez elle (Robert Walker Jr) son fils parti quatre ans plus tôt. À ce jeu de chat et de souris, de « Dis-moi qui tu es je te dirai qui je suis » ou même de « Dis-moi qui tuer », où l’on se fait passer pour ce qu’on n’est pas vraiment, chaque interprète tire son épingle du jeu. On pourra regretter parfois les grimaces un peu outrées de Mimsy Farmer, rattrapées toutefois par sa beauté radieuse.

 

 

Ce scénario plein de mystères est dû à Lautner lui-même et à Pascal Jardin, d’après un roman français de Maurice Cury. Les plus opiniâtres y décèleront des réminiscences de Japrisot : n’oublions pas que nous sommes à l’époque de films tels que Piège pour Cendrillon ou Le passager de la pluie, avec leurs histoires à trous emplies de cachotteries et d’incertitudes. Le film utilise aussi à profit les magnifiques paysages désertiques que l’on croirait provenir de la Baja California et qui ont été tournés à Lanzarote, aux Canaries. L’atmosphère envoutante qui baigne La route de Salina leur doit beaucoup.

 

 

Pas étonnant que le spectateur soit gagné sans qu’il y prenne garde par toutes ces splendeurs réunies (paysages et interprètes) et par la teneur des enjeux d’un scénario pas si simple qu’il n’en a l’air, sur lequel flottent des parfums de disparition, d’inceste, de mensonges et de silences.

 

 

Un dernier mot sur la musique, due aux talents conjugués de Christophe, Philip Brigham et Bernard Gérard. Le chanteur disparu était aussi un très grand mélodiste et l’on notera que l’une de ses compositions pour La route de Salina, Sunny Road to Salina, fut reprise par Tarantino dans son Kill Bill : Volume II.

Jean-Charles Lemeunier

La route de Salina
Année : 1970
Origine : France
Réal. : Georges Lautner
Scén. : Georges Lautner, Pascal Jardin d’après Maurice Cury
Dial. : Pascal Jardin, Jack Miller
Photo : Maurice Fellous
Musique : Christophe, Philip Brigham, Bernard Gérard
Montage : Michelle David
Durée : 96 min
Avec Mimsy Farmer, Rita Hayworth, Robert Walker Jr, Ed Begley, Marc Porel…

Sortie en DVD/Blu-ray chez Studio Canal, dans la collection Make My Day, le 10 mars 2020.

Disponible en VOD sur UniversCiné au prix spécial confinement de 0,99 euros.

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