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Parce que son hommage à Walerian Borowczyk s’intitule Boro in the Box, sorte de biographie fantasmée d’un maître de l’animation et de l’érotisme par un jeune cinéaste formé à l’animation et lui-même adepte d’un certain érotisme, un premier coffret contenant les courts-métrages de Bertrand Mandico tournés entre 1998 et 2012 et sorti chez Malavida Films a été baptisé Mandico in the Box. Ce 11 février, Malavida poursuit son travail de défrichage en proposant un Mandico in the Box 2, sous-titré Hormona et Vanités. Avec cette fois au programme des courts-métrages réalisés de 2013 à 2017.

Dans le ciel du cinéma français contemporain, Mandico fait figure de météore. Il nous a apprivoisés avec un premier long-métrage en 2017, Les garçons sauvages. La découverte d’un nouvel auteur s’accompagne toujours de rapprochements plus ou moins justifiés, plus ou moins stupides. Les trois couronnes du matelot de Raoul Ruiz ? The Element of Crime de Lars von Trier ? On se perd en conjectures : quels cinéastes inspirent Bertrand Mandico ? Est-on en droit de le rapprocher des films d’Hélène Cattet et Bruno Forzani (Laissez bronzer les cadavres) ou de ceux de Yann Gonzalez (Un couteau dans le cœur), dans lesquels on retrouve sa muse, Elina Löwensohn ? Tout est possible et sans doute erroné.

 

Elina Löwensohn et Nathalie Richard dans « Notre-Dame des hormones »

 

Dans cette Box 2, on retrouve justement Elina Löwensohn dans Prehistoric Cabaret, Souvenirs d’un montreur de seins, Notre-Dame des hormones, Y a-t-il une vierge encore vivante ?, Féminisme, rafale et politique et Depressive Cop. Sans elle, on trouvera aussi L’île aux robes, Petite fille timide (qui est la bande-annonce du festival du film de fesses) et le clip Apprivoisé de Calypso Valois. Mandico porte en lui, c’est indéniable, un univers. Et l’on comprend que l’une de ses sources d’inspiration est forcément Borowczyk. Les étranges formes phalliques qui peuplent le cinéma de Mandico, telle celle que se disputent Nathalie Richard et Elina Löwensohn dans Notre-Dame des hormones, ne trouvent-elles pas leur origine dans le sexe de La Bête, filmé par Boro avec tant d’éloquence ? On retrouve un semblable phallus dégoulinant dans Y a-t-il une vierge encore vivante ? Il est l’attribut d’un arbre contre lequel est attachée une jeune femme nue. Et dont une voix-off, récurrente chez le cinéaste, résume le malheur : « Pauvre vierge délivrée qui ne se doutait pas qu’un arbre violeur est toujours plus doux que le regard envieux d’une femme bafouée ». De court en court, ce sont donc les mêmes visions fantasmatiques qui peuplent les films de Mandico.

 

« Y a-t-il une vierge encore vivante ? »

 

Comment définir ce cinéma si ce n’est par l’étrangeté ? Il aime les forêts et les femmes nues, les plans tarabiscotés, les ambiances délétères, les personnages vieux et fatigués, les jeunes femmes découragées de reproduire sans cesse les mêmes gestuelles, le noir et blanc, la couleur, les masques, la mort et le sang ou, encore, les références historiques du Moyen-Âge de Jeanne d’Arc au nazisme tel qu’il est représenté dans Les damnés ou Salon Kitty. Les yeux, pourrait-on rajouter, car ils sont partie intégrante de l’œuvre de Mandico. Il y a ceux brûlés de Jeanne d’Arc, rebaptisée Jeanne la Putain, dans Y a-t-il une vierge encore vivante ?, et qui se tendent loin du visage comme deux antennes chercheuses et, une fois encore, phalliques. Celui de Depressive Cop qu’Elina Löwensohn retrouve au fond de son verre, un œil qui appartient à sa fille — jouée par la même actrice. Et que dire de cette phrase prononcée dans Souvenirs d’un montreur de seins par, encore, Elina : « Les hommes devraient se laver les yeux avant de regarder mes seins » ?

 

 

Cet univers poétique et fascinant, habité de sculptures vivantes de femmes nues, de masques et d’yeux qui ne voient plus rien à force d’avoir trop vu, Mandico essaie de le résumer dans ses 126 recommandations pour être un cinéaste incohérent (mais sincère) que l’on retrouve dans le livret qui accompagne la box : « Créer des génériques hypnotiques, récolter les visages des actrices à la bonne saison, noyer la bête qui est en vous, une volute de fumée pour toute réponse à une réplique banale », etc.

 

Elina Löwensohn dans « Depressive Cop »

 

Dans ce même document, l’essayiste et vidéaste Pacôme Thiellement écrit que les sujets de Bertrand Mandico sont « comme des films qu’on aurait vus en rêve et dont on dirait : « J’étais dans une salle de cinéma qui était également un temple orphique plein de statues humaines et nous y assistions à la projection d’un film d’un très vieil enfant visionnaire qui était aussi l’invocation d’une déesse : la déesse de la chair luxuriante, des fruits qui mûrissent et des fleurs qui fanent. » »

 

 

Alors, laissons ce vieil enfant visionnaire nous prendre par la main et nous entraîner là où il veut. Pas sûr qu’on en ressorte indemnes…

Jean-Charles Lemeunier

Mandico in the Box 2, coffret sorti par Malavida Films en DVD et Blu-ray le 11 février 2020.

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