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Projeté au festival Lumière, à Lyon, en octobre dernier, La beauté des choses (Lust och fägring stor, qui peut se traduire par Luxure et attachement) est le dernier opus du cinéaste suédois Bo Widerberg, décédé en 1997, deux ans après la sortie de ce film qui a obtenu l’Ours d’argent à Berlin en 1996. On pourra le (re)découvrir au cinéma le 29 janvier 2020 grâce à Malavida Films.

Cette chronique intimiste se déroule à Malmö en 1943. Le jeune héros du film, Stig (Johan Widerberg), 15 ans, tombe amoureux de sa prof d’anglais (Marika Lagercrantz). Widerberg lui-même en avait 13 à cette époque et sans doute sa description d’une adolescence perturbée par la guerre présente-t-elle plus d’un détail autobiographique. D’autant plus que le héros est joué par le propre fils du cinéaste.

 

 

Le film s’ouvre sur une citation du naturaliste suédois Linné sur la sexualité. Si celle-ci est au cœur du récit, elle est loin d’en être l’unique sujet, Widerberg se permettant de bifurquer en cours de route et de nous surprendre sans arrêt. Ainsi, l’éveil de la sexualité chez les ados occupe tout le début de La beauté des choses mais d’autres thématiques viennent rapidement bousculer le récit, telles que la guerre, une histoire d’amour, le malheur de ne pouvoir être à la hauteur de ce qu’on voudrait être, l’alcoolisme, la mort, etc. Et, souvent, un détail précis apporte un autre éclairage sur la question. On l’a dit, dans la classe de Stig, les gamins, tout en faisant circuler dans les rangs le même chewing-gum mâché de bouche en bouche, se posent des questions existentielles : combien de fois, au cours d’un rapport, le pénis entre-t-il et sort-il ? Les réponses varient selon les collégiens. Ou encore ils parient sur la longueur de leur sexe. C’est alors que l’on apprend incidemment que l’un des candidats à la taille suprême est juif. Donc, assure un grand, « ça ne compte pas ».

 

 

Widerberg remet toujours les pendules à l’heure. Au cas où le spectateur l’aurait oublié, la guerre est nulle part à l’image mais partout dans les esprits des protagonistes. Stig lui-même a un frère soldat qui vient passer une permission dans sa famille. Et la radio, présente dans tous les foyers, rappelle les lourdes pertes subies par les Allemands à Stalingrad. Le cinéaste suédois aime ces détails dont il parsème son film. Comme cette phrase inscrite à un fronton de bâtiment, « La crainte de Dieu est le commencement de la sagesse ». Ce que semble démentir tout le scénario.

 

 

Mais voilà que, dans cette histoire dont on pense avoir toutes les données (les rapports de Stig avec sa famille, ses copains, sa prof d’anglais) surgit un personnage auquel on ne s’attendait pas : le mari de ladite enseignante (Tomas von Brömssen). Un mec tellement énigmatique qu’il porte deux prénoms : tantôt Frank, tantôt Kjell. En plus, terriblement sympathique et pitoyable, inventeur malheureux du coucou-gin (en sonnant l’heure, le volatile verse une rasade d’alcool) et amateur de grande musique en général et de Malher en particulier. Une véritable amitié naît entre Stig et Frank/Kjell, nourrie sans doute par les remords du jeune homme mais pas seulement. L’arrivée de ce personnage du mari, qui vient quelque peu bousculer la tranquillité du récit, semble être le déclencheur d’une série de changements. L’issue de la guerre approche, entraînant avec elle des ruptures, des morts, des bouleversements. Et le passage à l’âge adulte de Stig, avec son lot de lâcheté, d’indifférence, d’inexorabilité.

La beauté des choses comportent quelques ressemblances avec Summer of 42 (Un été 42) de Robert Mulligan, qui date de 1971. Les deux films parlent de la découverte de l’amour. Sauf que Widerberg traite le sujet d’une façon beaucoup plus cruelle, moins sentimentale et romantique que son illustre prédécesseur.

Jean-Charles Lemeunier
 
Sortie en salles par Malavida Films le 29 janvier 2020.
Une rétrospective Widerberg est également visible à l’Institut Lumière de Lyon jusqu’au 28 janvier 2020.


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