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Nous avions déjà signalé, en juin dernier, la présentation aux festivals de Cannes et de La Rochelle de deux bijoux signés Andrzej Wajda, grand cinéaste polonais disparu en 2016 : Kanal et Cendres et diamant. Prévue en octobre, la sortie en salles de Kanal par Malavida Films a été repoussée au 4 décembre. Raison de plus pour se précipiter et apprécier sur grand écran ce premier grand succès international de Wajda (Kanal est son deuxième long-métrage).

Présenté à Cannes Classics dans la belle copie restaurée de Malavida en mai dernier, Kanal (1957, Ils aimaient la vie), confirme combien le jury du festival de Cannes de 1957 avait eu du nez et raison de lui décerner son prix, ex-aequo avec Le septième sceau de Bergman. Et revoir ce film plus de soixante après, dans ce si beau noir et blanc, est une preuve supplémentaire que certains films peuvent vieillir en quelques mois quand d’autres, tels Kanal, conservent leur vigueur et leur beauté sans prendre aucune ride.

L’action de Kanal se déroule pendant les derniers jours de l’insurrection de Varsovie, fin septembre 1944. Après les séquences d’ouverture montrant le courage quotidien mais aussi la vie qui suit son cours, avec les relations amoureuses, Wajda s’attache à ce groupe de partisans qu’il nous a présenté pour les suivre dans leur fuite à travers les égouts de la ville, l’endroit qu’il défendait étant repris par les nazis.

 

Des extérieurs déjà angoissants car complètement démolis par les bombardements, le cinéaste polonais va nous plonger dans un univers fermé qui l’est encore plus. Le dédale de couloirs des égouts se charge alors d’une force symbolique et le peloton, scindé en plusieurs groupes qui se perdent et se croisent sans savoir où ils vont, devient une représentation tragique de la condition humaine, toujours en quête d’absolu et qui ici, perdue dans la guerre, avance dans le noir.

Ce n’est pas un hasard si, avant de s’enfoncer dans les tunnels, quelqu’un cite Dante car c’est bien vers l’Enfer qu’ils s’épuisent à descendre. Les uns vont délirer, l’amant parlera d’amour quand sa maîtresse se plaint de « la merde puante ». Wajda se permettra de beaux moments oniriques avec le musicien (Wladyslaw Sheybal, futur interprète de Bons baisers de Russie sous le nom de Vladek Sheybal). Toutes les caractéristiques humaines seront illustrées : l’artiste, le dur, l’amoureux, le brave. Mais ce sont les deux femmes du film, interprétées par Teresa Izewska et Teresa Berezowska, qui donnent le plus de force au groupe car elles sont les plus lucides.

 

 

Quel beau film que Kanal, dont les séquences vous poursuivent bien longtemps après le générique de fin. J’avoue l’avoir découvert un soir à la télé alors que j’avais une dizaine d’années ou à peine plus et j’ai retrouvé avec autant d’émotion l’image forte qui m’avait marqué au point de l’avoir gardée en mémoire tout ce temps.

Jean-Charles Lemeunier

 

Kanal (Ils aimaient la vie)
Année : 1957
Origine : Pologne
Réal. : Andrzej Wajda
Scén. : Jerzy Stefan Stawinski
Photo : Jerzy Lipman
Musique : Jan Krenz
Montage : Halina Nawrocka, Aurelia Rut
Durée : 95 min
Avec Teresa Izewska, Tadeusz Janczar, Wienczyslaw Glinski, Stanislaw Mikulski, Emil Karewicz, Vladek Sheybal, Teresa Berezowska…

Sortie en salles par Malavida Films le 4 décembre 2019.

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