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Signalons la sortie chez Carlotta, ce 18 septembre, de deux films tirés de l’œuvre de Stephen King en 1983 : Cujo de Lewis Teague en DVD et Blu-ray et Christine de John Carpenter en coffret ultra collector, assorti du livre de Lee Gambin sur le tournage, Plus furieuse que l’enfer.

Dans les années 80, l’écrivain américain atteint des sommets qu’il ne va guère quitter par la suite : King Stephen il est, King Stephen il restera. Il a déjà écrit Carrie, The Shining et Dead Zone, dont le cinéma s’est emparé avec succès. Et viendront par la suite les incontournables Misery, Simetierre, Ça et tant d’autres titres qui font la joie de ses lecteurs. Cujo et Christine sont proches dans le sens où le Mal est à chaque fois incarné par un objet ou un animal du quotidien : qui, en effet, aurait peur d’une voiture ou d’un saint-bernard ? Pourtant, c’est bien avec l’anodin que King parvient à nous terrifier.

 

 

Il est évident que les deux films restent différents par leur structure, même s’ils sont tous deux profondément ancrés dans l’époque où ils ont vu le jour, qui peut laisser quelques traces de ringardisme dans les vêtements, la façon de filmer ou le jeu quelque peu forcé de certains acteurs. Ainsi la description des bad guys du lycée de Christine, menés par un sous-sous Travolta (William Ostrender) paraît aujourd’hui gentiment ridicule. Mais peut-être était-ce déjà ainsi à l’époque, peut-être Carpenter ironisait-il sur la dégringolade de l’acteur Travolta passant du héros romantique disco de La fièvre du samedi soir au pastiche de mauvais garçon de Grease (deux films qu’entre nous j’apprécie beaucoup) ? Ostrender et ses sbires surjouent les méchants de même que John Stockwell (le gentil copain) et Alexandra Paul (la gentille copine) surjouent les élèves bien comme il faut. Ainsi, Carpenter peut-il appuyer ses effets sur le jeu de Keith Gordon (Arnie), d’abord vu comme un nerd puis comme quelqu’un de terrifiant. Dans Plus furieuse que l’enfer, Lee Gambin donne la parole à la costumière Elissa Rose, qui décrit le personnage d’Arnie comme semblable à Jerry Lewis dans son Dr Jerry & Mister Love. Il y a certainement du Jekyll & Hyde chez Arnie et, comme toujours, la version perverse et malfaisante de Hyde, anti-establishment, est toujours plus intéressante que le bon docteur Henry Jekyll.

 

 

Il va de soi aussi que Carpenter est définitivement un auteur, plus que Lewis Teague. Chez King, la voiture Christine est hantée par l’esprit maléfique de son précédent propriétaire. Chez Carpenter, au contraire, c’est toujours l’homme qui est la cause de ses propres malheurs. Ce sont des chercheurs qui libèrent la Chose des glaces dans The Thing. Des hommes qui sont aussi la cause de la sortie de cette fumée mortelle qui assimilent ceux qui l’ont respirée à des zombies dans Ghosts of Mars. Des hommes enfin qui, au début de Christine, construisent cette splendide Plymouth Fury rouge sur une chaîne de montage de Detroit.

 

 

Christine n’est pas le meilleur Carpenter, certes, mais le cinéaste ne peut s’empêcher de glisser son habituelle ironie et cette subversion qui sont sa marque de fabrique et qui nous font applaudir des deux mains. Une fois de plus, la société américaine de consommation en prend pour son grade, d’autant plus que la voiture a depuis longtemps été placée en son centre. Et il est réjouissant d’entendre des phrases telles que : « Une part du boulot des parents consiste à tuer ses enfants. » On peut lire aussi cet écriteau dans le garage où le jeune héros retape Christine et qui pourraient figurer parmi les géniales injonctions d’Invasion Los Angeles : « En Dieu nous croyons, les autres paient cash. » Il y a encore cette séquence, décrite si justement par Lee Gambin dans Plus furieuse que l’enfer, lorsque le méchant Buddy, l’émule de Travolta, donc, transperce le sac d’Arnie et en fait couler le yaourt placé là par sa mère : « Une angoissante métaphore sexuelle où le yaourt, remplaçant le sperme, coule pathétiquement sur un sol stérile. Bousculé, Arnie glisse bientôt sur le yaourt et s’effondre, souillant ses vêtements et finissant en catastrophe ambulante — et gluante. » Ajoutons que cette idée a été amenée par le scénariste Bill Phillips.

 

 

On se demande à quel point King comme Carpenter ne se placent pas du côté de la méchante bagnole dans cette histoire. Une voiture qui, née en 1957 — c’est montré au début du film —, ne passe sur sa radio que du Buddy Holly, George Thorogood ou Ritchie Valens, le reste de la musique étant composé par Carpenter lui-même. Or, l’on connaît l’amour que portent au rock autant Stephen King que John Carpenter. Que dire alors de cette phrase placée dans la bouche de la gentille Alexandra Paul, vers la fin du film ? « Bon sang, je déteste le rock ‘n’ roll ! » Définitivement, l’écrivain et le cinéaste ont pris parti.

 

 

Cujo, et c’est sans doute là toute sa force, démarre assez mal. Comme si le film s’engouffrait dans un interminable tunnel pour soudain sortir sur une longue séquence magnifique, serrée, tenue de main de maître et durant autant que la première partie. Lewis Teague s’en explique dans un bonus : le studio voulait lui faire supprimer sa longue introduction qui, suite à des projections tests, fut conservée : il fallait en effet que l’on puisse s’attacher aux personnages et que l’on avance tranquillement dans l’histoire avant une deuxième moitié très éprouvante. Soyons honnête, le tunnel est malgré tout de temps en temps percé d’ouvertures, telles les peurs nocturnes de l’enfant — avec cette très belle séquence au cours de laquelle le gamin éteint la lumière de sa chambre et se précipite dans son lit.

 

 

Disons-le tout de suite. Même s’il n’est pas reconnu comme un immense réalisateur, Teague prouve ici combien il peut être brillant. Il faut dire qu’il est admirablement secondé par son chef-opérateur Jan De Bont — qui a aiguisé son talent d’abord en Hollande puis aux États-Unis aux côtés de Paul Verhoeven avant de réaliser Speed. Dans la fameuse scène de la voiture — mais n’en disons pas plus —, De Bont a pris soin de percer le toit du véhicule pour y glisser sa caméra. Il raconte dans le bonus qu’il ne voyait pas ce qu’il filmait, qu’il devait juste faire tourner son objectif et s’arrêter quelques secondes sur chacun des passagers, sans savoir exactement où ils étaient. Le résultat est franchement bluffant.

 

 

Si les acteurs adultes sont impeccables, il faut saluer le talent du petit Danny Pintauro, six ans à l’époque, crédible dans ses frayeurs et ses évanouissements. Quant au(x) chien(s)… Il n’y a bien sûr qu’un seul Cujo dans le film et plusieurs saint-bernard qui l’interprètent. L’évolution du comportement de l’animal et de son apparence physique sont également à mettre au crédit de ce film qui s’avère être une excellente surprise.

Jean-Charles Lemeunier

 

 

Sortie le 18 septembre chez Carlotta Films de Cujo de Lewis Teague en DVD et Blu-ray et de Christine de John Carpenter en coffret ultra collector, assorti du livre de Lee Gambin sur le tournage, Plus furieuse que l’enfer.

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