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On a longtemps fait graviter le cinéma d’animation autour de quelques astres très lumineux, oubliant souvent une production intéressante que l’on redécouvre ici ou là. La sortie au cinéma, ce 8 mai par Malavida, de Drôles de cigognes nous permet de réviser nos piètres connaissances en matière d’animation tchèque. Qui, pour les étourdis dont je fais partie, se résumait à Jiri Trnka et, plus proche de nous, Jan Svankmajer. Ce film, Drôles de cigognes, permet donc de nous familiariser avec Hermina Tyrlova (1900-1993), aînée de Trnka (1912-1969), et surnommée, si l’on en croit wikipedia, « la mère de l’animation tchèque ».

Malavida poursuit son défrichage des cinématographies méconnues avec « ce quatrième et probablement dernier programme Tyrlova » qui arrive après Ferda la Fourmi, Les nouvelles aventures de Ferda la Fourmi et La révolte des jouets, déjà édités en DVD par Malavida.

 

Photo Malavida

Destiné à un très jeune public, Drôles de cigognes réunit cinq courts-métrages signés Tyrlova et tournés entre 1966 et 1982. Ce qui frappe de prime abord, c’est l’originalité du matériau utilisé et la grâce de l’animation. Ainsi Potes en pelotes (1981) utilise la laine, comme Drôles de cigognes (1966). Le premier conte, Potes en pelotes, semble tout droit sorti d’un roman de Brautigan. Dans Retombées de sombrero (1980), le doux dingue Richard Brautigan imagine une histoire qui se développe toute seule dans une poubelle, issue des déchets d’un écrivain et sans que ce dernier n’en sache rien. Dans Potes en pelotes, les bouts de laine délaissés par la tisserande se mettent à vivre leur propre vie dans la corbeille, en sortent et se transforment en petits personnages : deux garçons qui se jalousent pour l’amour d’une fille mais qui sauront faire cause commune face à un monstre créé lui aussi à partir de la laine. Dans un décor réel, l’animation est assez stupéfiante, les fils de laine se métamorphosant en cheval ou en voiture (avec gaz d’échappement).

Tout aussi ingénieuse est l’animation de Drôles de cigognes. Cette fois, la laine symbolise les cigognes qui, comme chacun sait, portent les bébés pour les déposer dans leurs maisons respectives. Sauf qu’ici, les cigognes n’en font qu’à leur tête, pour reprendre le titre d’un film de Didier Kaminka dans lequel débutait Vincent Cassel, et livrent leur cargaison braillante un peu n’importe où. Hermina Tyrlova se joue des codes (le bleu et le rose symbolisant le sexe des bébés) dans ce facétieux récit.

 

Photo Malavida

Il est fou de se dire que, pour les trois histoires suivantes (Le mirliton fripon en 1971, Le cavalier dézingué en 1982, Panique à la basse-cour en 1980), la réalisatrice approche de ses 80 ans, voire les dépasse. Là encore, la malice règne. Si Panique est une mignonne partie de jeu entre un chien, un chat, des souris et un bébé, Le mirliton fripon possède une poésie proche de celle de Jacques Prévert et Paul Grimault quand ils signaient La bergère et le ramoneur (1953) et sa version définitive, Le roi et l’oiseau (1980). Comme une princesse persiste dans sa tristesse, le roi lui trouve une boule magique qu’une flûte tout aussi magique fait bouger. Mais le soldat qui récupère la boule délaisse la flûte qui atterrit entre les mains d’un berger, lequel saura tout faire valser autour de lui jusqu’à gagner le cœur de la princesse. Quant au Cavalier dézingué, qui débute dans le véritable atelier d’un véritable fabricant de jouets, ceux-là vont s’animer sitôt l’humain parti. Cette Toy Story avant l’heure est un véritable tour d’adresse avec tous ces jouets (petit cavalier, poupées, chien, cochons, oie) attaqués par un lance-pierre irascible. C’est joli et frais, qualificatifs qui conviennent parfaitement aux cinq petits films qui composent Drôles de cigognes.
 
Jean-Charles Lemeunier
 
Drôles de cigognes de Hermina Tyrlova : sortie au cinéma par Malavida Films le 8 mai 2019.

 

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