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On ne peut sortir de la vision de L’héritage des 500 000 qu’émerveillé. Comme Charles Laughton avec La nuit du chasseur, l’acteur Toshiro Mifune, célèbre pour ses rôles chez Kurosawa, n’est l’auteur que d’un seul film. Mais quel film ! L’héritage des 500 000 est vraiment à découvrir.

Quand il s’attaque en 1963 à sa première réalisation, d’après un scénario de Ryuzo Kikushima, l’auteur de plusieurs grands succès de Kurosawa interprétés par Mifune, l’acteur est déjà reconnu internationalement. Sa prestation dans Rashomon (1950) a été très remarquée, d’autant plus que le film obtient le Lion d’or à Venise et l’Oscar d’honneur du meilleur film étranger. Suivront bien sûr Les sept samouraïs et plusieurs autres films qui font de Toshiro Mifune l’acteur japonais le plus connu. Coup d’essai, L’héritage des 500 000 est un réel coup de maître. Interprète et réalisateur, Mifune livre dans ce film des réflexions sur l’humanité, le militarisme japonais, la guerre, la lâcheté, la cupidité, le sens de l’honneur, l’amour du pays et même l’amour tout court avec ce Japonais resté aux Philippines (où se déroule l’action) et sa relation avec une femme du peuple Igorot.

 

 

L’acteur-réalisateur en profite pour placer dans la bouche de ses personnages quelques phrases très antimilitaristes, comme ce soldat qui se plaint de l’abandon de son escouade par les gradés en pleine débâcle.

Fort et original, le récit est précurseur de plusieurs films, style De l’or pour les braves (1970). sauf qu’ici, Toshiro Mifune apporte une dimension philosophique prégnante. Il se base sur un épisode de la guerre. Les Japonais occupaient les Philippines où ils avaient envoyé un trésor pour subvenir aux dépenses de l’armée : une monnaie destinée à l’archipel et fabriquée grâce à des bijoux réquisitionnés au Japon. Au moment de la fuite, une armée japonaise aurait enfoui ce butin quelque part dans l’île de Luçon. Histoire qui se croise avec celle relatée dans Le Monde diplomatique il y a quelques années, qui raconte que des chasseurs de trésor continuent de creuser un peu partout afin de mettre la main sur le magot du général Yamashita, extorqué aux Philippins et enfoui dans leur sol. Dans L’héritage des 500 000 (le chiffre rappelle le nombre de morts), le commandant incarné par Mifune désire retrouver ces pièces d’or qu’il a lui-même et ses hommes enterrées pour les ramener aux familles des militaires japonais morts dans cette boucherie.

 

 

La question de l’humain parcourt tout le film. L’homme est-il ou non bon, lui qui a été capable de créer une guerre mondiale aussi abominable ? La réponse à cette question essentielle va reposer sur un pari, une idée formidable que Mifune explore d’une manière très fine et sensible. Bien sûr, le personnage qu’incarne l’acteur est très humain et il est normal que le spectateur prenne fait et cause pour ce commandant. Quoi qu’il en soit, le cynisme est loin d’être absent et, en cela, L’héritage s’achève réellement en apothéose — un finale qui, curieusement, rappelle un chef-d’œuvre de George Romero tourné quelques années plus tard. N’en disons pas plus. Vous ne voudriez tout de même pas qu’on vous raconte la fin, non ?

L’héritage des 500 000 ? Un admirable conte philosophique !

Jean-Charles Lemeunier

L’héritage des 500 000 de Toshiro Mifune. Ressorti en salles par Carlotta Films le 3 avril 2019, avant une grande rétrospective Kurosawa/Mifune en onze films, à partir du 17 avril 2019.

 

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