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Deuxième triple coffret DVD/Blu-ray sorti simultanément avec La nuit des diables chez Le chat qui fume, Exorcisme tragique est un giallo façon Agatha Christie, en imaginant bien sûr que la romancière britannique ait tâté du gore. Neuf personnes dans un château sont assassinées les unes après les autres. Qui est l’assassin ?

Mais avant cela, le film s’ouvre sur une séquence fulgurante. Un homme et une femme sont enlacés en pleine nature. L’homme est complètement nu mais ce n’est pas une vision du paradis terrestre car la femme porte une longue robe blanche et une voiture s’arrête non loin de là. Le conducteur laisse une petite fille à l’intérieur, s’approche un fusil à la main et fait feu.

Exorcisme tragique Rassimov Gatti Pistilli

Comme d’habitude pour les films italiens de cette époque, le titre français ne rend pas justice à son homologue original, Un bianco vestito per Marialé. Lequel a beaucoup plus à voir avec le récit qui ne contient aucun exorcisme. Encore que, dans un bonus, Olivier Rossignot du site Culturopoing livre une savante analyse du film et explique qu’il faut prendre le terme dans son sens psychanalytique et non sataniste. En 1972, lorsque sort ce film, son auteur Romano Scavolini a déjà près de 15 années de carrière accrochées à ses bretelles. Pourtant, il n’est pas très connu aujourd’hui encore dans son pays et si l’on consulte le wikipedia italien à son sujet, on lit qu’il est considéré comme « un cinéaste atypique ». L’homme a toujours eu un statut d’auteur sulfureux, de cinéaste maudit et underground dès ses premiers films tournés à la fin des années cinquante — aussi celui d’intellectuel de seconde zone, signale en souriant Scavolini dans un bonus —, époque où il était docker et artiste, mais aussi grâce à sa trilogie A mosca cieca (1966), La prova generale (1968) et Entonce (1969) qui dirigea contre lui les foudres de la censure.

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Un bianco vestito démarre vraiment avec l’arrivée d’un blondinet dans un château, sorte de sosie italien d’Helmut Berger. Le rôle est interprété par Ivan Rassimov et, instantanément, le public italien va se méfier car il n’a quasiment vu le lascar que dans des personnages de méchants. Rassimov débarque donc, semble-t-il à l’improviste, et le serviteur lui dit que ceux qui l’ont invité ne sont pas là. il fait mine de repartir et, petit à petit, arrivent plusieurs de ses copains qui, eux aussi, ont reçu un télégramme qui leur demandait de venir. Les châtelains étant bien présents, on se retrouve donc avec neuf personnes : Massimo le blond (Rassimov, donc), un couple composé d’un blanc qui se comporte comme un mufle raciste et de sa compagne noire (Edilio Kim et Shawn Robinson), deux hommes et une femme qui vivent un ménage à trois (Ezio Marano, Giancarlo Bonuglia et Pilar Velazquez), les deux hôtes (Ida Galli, qui porte ici son habituel pseudo d’Evelyn Stewart, et Luigi Pistilli) et Osvaldo, l’inquiétant serviteur (Gengher Gatti).

Exorcisme tragique orgie

Après la présentation des divers protagonistes et dans une atmosphère pesante, Scavolini ouvre alors une curieuse parenthèse avec une scène d’orgie. Ne nous effarouchons pas pour autant : orgie parce que profusion de bouffe et de boissons sur la table, parce que tous sont déguisés — un homme en ballerine, un second en coq, un autre encore en uniforme — et parce que Shawn Robinson reste en petite culotte, une tunique rouge baillant sur sa poitrine nue. Le spectateur est en droit de se questionner sur ce qu’il voit. Est-il en présence d’une prestation un peu soft à la Living Theatre ou un exercice de transgression façon Otto Muehl, cet activiste théâtral que l’on voit à l’œuvre dans Sweet Movie (1974, Dusan Makavejev) ? Ou encore seulement devant un groupe de nantis cherchant à tromper son ennui par divers excès ? Scavolini n’est pas dupe, qui glisse là un message politique en plaçant dans la bouche de l’un de ses personnages cette phrase : « Même l’hypocrisie vaut mieux que cette sale mascarade ! » Le cinéaste, on l’a mentionné, a été un auteur politique, abondamment censuré, et il le reste, même s’il avoue dans l’interview qu’il donne à Federico Caddeo  – les reportages réalisés par Freak-o-Rama sont toujours passionnants et Le chat qui fume a pris la très bonne habitude de les placer en bonus sur ses galettes – que le film lui est tombé tout cuit dans les mains, scénario, casting et lieu de tournage, et que trouvant tellement mauvais le script original de Remigio Del Grosso et de Giuseppe Mangione, il s’était vu dans l’obligation de le remanier complètement.

Ravalée quelque peu au rang de bêtes, cette pitoyable humanité va se retrouver confrontée tout au long du film au bestiaire dont s’occupe Osvaldo : un singe, un serpent, des scorpions, des chiens… Le pire de tous ces animaux étant bien sûr l’être humain, lui qui va se débarrasser de tout ce petit monde un par un, leur prodiguant à chaque fois un décès brutal, genre têtes défoncées et autres amabilités du même genre.

Exorcisme tragique Pilar Velazquez

Whodunit excessif, certes, Exorcisme tragique ne cherche pas forcément à conduire le spectateur sur de fausses pistes. On pressent rapidement l’identité du meurtrier, ce qui n’empêche pas d’être constamment sur le qui-vive : qui va être la prochaine victime ? Et le personnage suspecté est-il finalement vraiment l’auteur de ces barbaries ? Scavolini glisse imperceptiblement d’Agatha Christie au slasher et Rossignot, dans son commentaire, va jusqu’à citer Edgar Poe pour l’atmosphère et la série de crimes psychanalytiques.

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Nous avons ici même signalé à plus d’une reprise l’importance des bonus dans les éditions du Chat qui fume et l’interview de Scavolini dans celle d’Exorcisme tragique. Il y dévoile quantité de renseignements sur sa carrière méconnue, livrant au passage quelques anecdotes amusantes, telle celle de la belle musique du film, composée par Fiorenzo Carpi — avec également Bruno Nicolai — et qui servit par la suite aux deux vols inauguraux du Concorde aux départ de Paris et d’Heathrow. Chaque fois qu’un reportage sur le Concorde passe à la télé, conclut Scavolini, on entend la musique d’Exorcisme tragique. Autre interview très intéressante, celle de l’actrice Ida Galli, qui parle de ses débuts avec Fellini et Visconti puis de sa carrière dans les péplums, westerns spaghetti et gialli. Elle explique que Visconti lui avait conseillé de ne refuser aucun rôle quel qu’il soit : c’était la meilleure école ! 

Un conseil qu’elle suivit bien naturellement et qui se retourna contre elle : Visconti la réclama pour Mort à Venise et, accaparée à Londres par un autre tournage, Ida Galli décida de décliner l’offre. Elle s’en mord encore aujourd’hui les doigts.

Jean-Charles Lemeunier

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