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L’univers de la musique de film a ça de bien qu’il suffit parfois de seulement quelques minutes pour que tout un monde de sensations, de chimères, de possibilités, voire d’espoir en un avenir artistiquement meilleur s’offre à nous, là où un film échouera la plupart du temps sur sa durée. Et, dans ces si rares occasions de nos jours, l’auditeur/amateur, un grand sourire béat sur la figure, ne trouvera rien à dire (ni à redire) si ce n’est « MERCI ». 4 minutes et 12 secondes (soit le morceau final du CD, si judicieusement intitulé Fright night), c’est le temps qu’il a fallu à Ramin Djawadi pour que mon visage s’illumine enfin à nouveau de ce même sourire, après des mois d’écoute de bandes pas si originales que ça. Si le remake de Graig Gillespie ne fait nullement oublier l’excellent Vampire, vous avez dit vampire ? de Tom Holland, si Colin Farrell n’a pas la suavité exquise et perverse de Chris Sarandon, ce nouveau Fright night ne manque cependant pas de qualités dont l’une d’elles, aussi surprenant que cela pourra paraître pour certains, est sa musique. Il faut dire que pour beaucoup de passionnés de la musique de films, Djawadi est quelqu’un à conspuer car il serait ce que l’on a pu fait de pire chez Remote Control Productions. Un avis certes exagéré, mais se basant il est vrai sur un début de carrière peu convaincant et surtout peu prometteur. D’où l’inattendue surprise que constitue ce Fright Night. C’est à une véritable (re)naissance à laquelle on assiste depuis son tout aussi excellent Le trône de fer, édité également chez Varèse Sarabande il y a quelques mois. Et si l’influence d’Hans Zimmer, et notamment de son travail sur Gladiator, restait ici encore trop prégnante, ce n’est plus du tout le cas sur Fright night. Djawadi s’est enfin décidé à arpenter d’autres horizons afin de se laisser marquer par d’autres influences et convoquer ainsi d’autres compositeurs (ici Danny Elfman et Wojciech Kilar sur, respectivement, The wolfman et Dracula, à défaut de Brad Fiedel qui écrivit l’envoûtante musique très eighties de Vampire, vous avez dit vampire ? enfin disponible depuis peu chez Intrada). Le thème principal donc s’impose immédiatement avec une économie de moyens, une approche résolument acoustique en tous points fabuleuse (orgue, clavecin, violoncelles, synthétiseurs, chœurs, on notera même des guitares sur d’autres morceaux) et un crescendo dantesque imparable. Et si le reste de la bande originale n’est pas à l’avenant, malgré quelques bons passages, car se complaisant trop dans une musique typique de film d’horreur (à savoir que le tout tient plus de la bande sonore que de la musique), cet unique morceau carrément jouissif rachète toute la médiocrité qui imprégnait l’œuvre de Djawadi par le passé. Mieux que Marco Beltrami qui, alors qu’il est un grand compositeur dans l’âme (se reporter à son génial Soul surfer) se contente inlassablement d’appliquer les mêmes recettes lorsqu’il s’agit d’illustrer des films d’horreur, mieux que Mark Kilian sur le dernier John Carpenter, The ward, qui n’arrive pas à la cheville du maître et en vient même à trop parodier Beltrami justement sur la série des Scream, Djawadi redéfinit la musique d’horreur dans un aspect grandiloquent, exagéré, totalement décomplexé et assumé. Je le répète encore, on n’avait pas entendu mieux depuis The wolfman de Elfman et Dracula de Kilar donc, dont Djawandi se revendique. Ce n’est pas pompé, c’est intégré et régurgité avec talent. Chapeau bas.

Philippe Sartorelli

Bande originale disponible chez Varèse Sarabande – 50’31

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