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Retour sur l’un des deux meilleurs blockbusters de l’été dernier (le second étant Super 8) ou plutôt, retour sur la musique de Patrick Doyle. Son récent travail sur Thor l’annonçait déjà dans la mesure où son duo avec Kenneth Branagh y avait perdu son identité artistique et la flamboyance de leurs premiers films. La planète des singes : les origines le confirme. Le Patrick Doyle que l’on connaissait et que l’on aimait n’est plus. Non pas que sa composition pour le film de Rupert Wyatt soit mauvaise, bien au contraire. Elle se positionne même à mille lieux au dessus de celle, insipide, de Thor. Mais Doyle y a perdu son style, ou du moins l’a-t-on fait taire. Or, quand on s’attaque à la saga cinématographique dérivée du roman de Pierre Boulle, la barre est déjà placée suffisamment haute pour ne pas se permettre d’imposer sa patte plutôt que de se contenter d’écrire une bande originale passe partout. Jerry Goldsmith avait su, en 1968, accoucher d’une musique totalement avant-gardiste qui renforçait l’aspect étrange du film et sublimait la découverte des singes. Danny Elfman, quelques décennies plus tard, opta pour une partition toute en percussions, mettant en avant (tout comme Tim Burton) la sauvagerie des primates. Et Patrick Doyle, plutôt que de suivre sa propre voie, marche aujourd’hui sur les traces d’Elfman justement (à défaut d’arpenter celle, sans doute trop grande pour lui, de Goldsmith), dans la mesure où sa musique fait montre d’une certaine violence orchestrale et tribale certes bienvenue, relayant à travers ses percussions et voix autant la bestialité et la beauté qui siège au sein des bêtes que leurs origines géographiques, à savoir l’Afrique (le film s’ouvrant sur le rapt de la mère de César). Mais il faut bien avouer qu’il est difficile d’y reconnaître dedans le superbe style thématiquement abondant et ancré dans un héritage riche allant de la musique classique à la musique de films à l’œuvre sur des longs métrages tels Henry V, Dead again, Beaucoup de bruit pour rien, Frankenstein, Hamlet, Le bazaar de l’épouvante, L’impasse, La petite princesse et De grandes espérances (deux méconnus et pourtant excellents films d’Alfonso Cuaròn), Harry Potter et la coupe de feu, et j’en passe. Doyle semble s’être depuis laissé absorber et modeler aux dictats de studios qui cherchent toujours à tout uniformiser, jusqu’au trop plein, en fonction des tendances du moment plutôt que de tenter de dépasser ces dernières et produire enfin de vrais films plutôt que ces pompes à frics dont on nous abreuve inlassablement (attention, je parle ici de façon générale, le film de Wyatt valant bien mieux que ça). Et le résultat final ici, s’il convoque Elfman dans son approche, sonne bien plus comme du John Powell sur la trilogie liée à Jason Bourne. Certes, il y a pire référence allez-vous me dire. Mais le tout aboutit à une musique fonctionnelle toute dévouée à l’action (si ce n’est à de rares moments, particulièrement sur la fin), sans prise de risque aucune, qui surfe sur les sons et les orchestrations du moment (et notamment sur ceux de chez Remote Control, LA référence actuelle qu’on le veuille ou non) et qui échoue à développer une véritable thématique convoquant les enjeux émotionnels et dramatiques superbement dépeints dans le film. Pour faire court, la musique de Patrick Doyle manque sérieusement d’identité, ce qui est un comble lorsqu’il s’agit de seconder à l’écran l’un des personnages les plus complexes et les plus touchants que l’on ait vu depuis longtemps, à savoir César Au final, lorsque quelqu’un de la trempe de Doyle se laisse à son tour avalé, remodelé puis recraché par l’industrie hollywoodienne, dénudé de tout ce qui faisait sa spécificité et ce, afin de se fondre dans un moule, on ne peut que commencer à craindre le pire, musicalement parlant, pour les années à venir. A quand une nouvelle tendance, celle de la non tendance, de l’art pour l’art ? Il est toujours permis de rêver, n’est-ce pas ?

Philippe Sartorelli

Bande originale disponible chez Varèse Sarabande – 61’17

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