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Que Maïwenn récolte tant d’éloges pour sa « Polisse » très polie n’est pas surprenant. Son film, indépendamment de ses qualités certaines et de ses défauts grossiers, avait tout pour plaire à la frange bien-pensante artistique de gauche. La preuve : dans les premières minutes, lors d’une discussion à tendance politique sur ce qu’est devenue la police depuis l’accession de Nicolas Sarkozy au ministère de l’Intérieur, les esprits s’échauffent et le plus intolérant de tous, celui qui refuse d’écouter les arguments des autres, c’est le mec qui défend plutôt l’actuel président. En gros, les mecs plutôt à gauche sont calmes et raisonnés, et les mecs plutôt à droite grimpent rapidement sur leurs grands chevaux. Okay. Toute personne à avoir tâté de la discussion politique à table, en famille ou entre amis, se rend bien compte que la colère, l’indignation et l’intolérance, qui se nourrissent des clivages politiques, peuvent tout aussi bien concerner des gens du « même camp ». Pas question d’épiloguer sur la question, mais cet exemple est juste révélateur de la dimension consensuelle du projet de « Polisse ».

Ce qui n’empêche pas le film de toucher juste à de très nombreuses reprises, notamment la plupart des séquences tournant autour du travail de la brigade de protection des mineurs parisienne dont la jeune réalisatrice raconte le quotidien. L’émotion, la vraie, surgit régulièrement au détour d’une conversation, d’un interrogatoire, d’un gros coup de colère. L’éclectisme du casting – de Karin Viard à Joeystarr en passant par Marina Foïs et Nicolas Duvauchelle – avec ses forces et ses faiblesses participe de cette sensation de réalisme brut, de cinéma « embedded », très loin de la téléréalité ou des reportages racoleurs du type « Vis ma vie ». On suit avec passion leurs interventions sur le terrain aussi bien que les interrogatoires, parfois à la limite de l’absurde, des parents accusés de pédophilie – avec, en face, la réaction amusée / indignée des agents de la BPM. Mais – car il y a un mais – Maïwenn fait l’erreur de vouloir trop en faire, et de transformer des situations dramatiques en clichés, et des personnages à fleur de peau en archétypes. Ajoutez à cela qu’il faudrait une ablation d’une bonne trentaine de minutes, et « Polisse » pourrait atteindre le but qu’il s’est fixé. Et oui, on peut garder la discussion politique : elle est maladroite, mais au moins montre-t-elle un minimum d’engagement. C’est toujours mieux que de la mollesse.

Ce n’est pas tout à fait sans raison que je cite Sarkozy : il est aussi la cible d’une réplique de « Habemus Papam » de Nanni Moretti. Que vient faire le président français dans une œuvre qui relate l’élection d’un nouveau souverain pontife en conclave, après le décès du bien-aimé Pape ? Le Pape fraîchement élu, merveilleusement interprété par un Michel Piccoli en état de grâce, refuse tout bonnement de prendre les responsabilités liées à sa nouvelle fonction. Il tombe en dépression. Les cardinaux font appel à un psychanalyste de renom, incarné par Moretti lui-même, tout à fait savoureux, censé aider sa Sainteté à reprendre ses esprits. Car les fidèles attendent : massés sur la place Saint-Pierre et tout le long de la voie menant au château Saint-Ange, ils subissent de plein fouet la parenthèse ouverte par l’absence papale. Partout dans le monde chrétien, c’est pareillement l’angoisse. Et c’est là qu’une voix à la radio nous apprend que Sarkozy attend avec angoisse que la situation se règle. La pique n’est pas volée, à vrai dire : rappelons simplement que François Fillon s’était rendu à la béatification de Jean-Paul II (étonnant pour un laïc qui ne participe pas au pèlerinage à la Mecque ou aux célébrations juives). Elle rappelle avec ironie que le Pape n’est pas seulement un leader spirituel : c’est aussi le chef d’une communauté qui, sans lui pour les guider, se sent perdue. En cela, le dénouement équivaut, pour le monde chrétien, a une sorte de mini-apocalypse avant l’heure. Pour ce qui est de Moretti, il réussit pour le moins un film riche, à la fois amusant et malin, bavard et cynique, dans lequel les cardinaux sont joyeusement transformés en gamins capricieux que le psychanalyste occupe comme il peut avec un vaste tournoi de Beach Volley, organisé par origines géographiques. Et tant pis pour les équipes qui comptent moins de membres que les autres : on verra au prochain conclave ! En espérant que les cardinaux n’y seront pas sérieux comme des Papes.

Eric Nuevo




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