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Le coup d’envoi du 64ème Festival de Cannes ne sera pas donné le 11 mai prochain. Il l’a déjà été, c’était le jeudi 14 avril, dans un luxueux salon de l’hôtel Grand Paris de la capitale. À défaut d’être dans le rond central, Gilles Jacob et Thierry Frémaux sont assis devant une petite table mais lancent eux aussi les hostilités d’une simple passe : face à eux, ce ne sont pas onze joueurs mais bien une centaine de journalistes, qui les dévisagent, nerveux et impatients d’entendre leur choix. La sélection officielle dévoilée regroupe la Compétition, les Séances Spéciales, les films «hors-compétition» et la section Un Certain Regard, souvent considérée telle l’anti-chambre de la «compet’». Vous retrouverez la liste complète de ces sections ci-dessous.

En guise d’introduction, Gilles Jacob salue de nouvelles confirmations de l’ultra-modernisme qui caractérise les échanges d’images observés ces dernières années : les films sont tournés en DV et maintenant via de simples smartphones, et leur sont envoyés via DVD-R, clés USB voire même — pour la toute première fois cette année — directement en ligne. Le Président du Festival s’en réjouit et passe la balle au Délégué général et sélectionneur en chef : Thierry Frémaux est heureux de confesser que lui et ses équipes ont visionnés 5 films de plus que l’an passé, soit plus de 1700 en un an pour une sélection finale de 49. Même s’il a la finesse de se montrer gêné de le faire remarquer — alors qu’une parfaite parité voudrait justement que ceci ne se distingue — il mentionne une autre statistique intéressante : la présence de 4 femmes sur les 19 réalisateurs en compétition. Puis les premiers noms tombent.

La meilleure surprise restera la présence de Terrence Malick en Compétition avec The Tree of Life. Depuis qu’il avait été annoncé dans les salles anglaises le 4 mai prochain, le net s’était embrasé. Un film projeté hors de ses frontières ne peut être ensuite présenté sur la Croisette, c’est la règle officielle du Festival de Cannes. Alors quid du Malick : serait-il projeté en Séance Spéciale ? pourrait-il ne pas l’être du tout ? apprendrait-on in fine que le film aurait été financé avec des capitaux britanniques ? Une dizaine de jours plus tard, tout le monde s’en moque car le film est en compet’ et c’est aujourd’hui tout ce qui compte. En face du mastodonte annoncé, quelques grands noms : Lars Von Trier et son Melancholia (parfum de fin du monde pour l’éternel angoissé ; grande hâte), Pedro Almodovar avec La piel que habito (la rumeur voulait que le cinéaste ne le présente pas afin de ne pas risquer d’exposer au grand jour le coup de théâtre de son récit ; donne finalement vérifiable dès mai à Cannes), les Dardenne avec Le Gamin au vélo, lauréats de deux Palmes d’or, dont la venue était si évidente qu’ils ne firent parti d’aucune rumeur. Les autres habitués sont Nuri Bilge Ceylan, Nanni Moretti ou encore Naomi Kawase. Certains journalistes se plaignent déjà de retrouver, année après année, les mêmes noms en compétition. Pas faux, mais Cannes semble toutefois proposer une intransigeante application de la politique des auteurs que peu de festivaliers pourraient bouder : un auteur coutumier de la Compétition sera inlassablement rappelé… tant qu’il ne commettra pas de faux-pas. Les Dardenne, Ceylan, Almodóvar, Kawase, Kaurismäki, Sorrentino furent tous salués lors de leur dernière venue : pourquoi les rejeter ? En revanche, usuellement, il suffit d’un accueil glacial au Théâtre Lumière et c’est la sortie. Le retour se faisant parfois par la petite porte, nommée «Un Certain Regard». Ce fut notamment le cas de Kiyoshi Kurosawa : son Jellyfish convainc peu de monde sur la Croisette en 2003, alors il revient à UCR avec Tokyo Sonata cinq ans plus tard. Il y décrochera le «Prix Un Certain Regard». Son compatriote Shinji Aoyama fait un four en 2001 avec Desert Moon, il ne réapparaitra qu’en 2005 avec Eli Eli Lemi Sabachthani ? (à UCR, lui aussi). Bertrand Blier n’est plus apparu à Cannes depuis Les Côtelettes en 2003, Richard Kelly depuis Southland Tales en 2006 (et comme c’est fâcheux !), idem pour Nicole Garcia (Selon Charlie, 2006), Atom Egoyan (Adoration, 2008), ou encore Kim Ki-Duk (Souffle, 2007), qui signe son retour cette année avec Arirang… à Un Certain Regard, bien sûr.

Parmi les surprises, inespérées, on notera avant tout Takashi Miike en compétition avec un film en 3D (que les sélectionneurs, curieusement, n’ont vu qu’en 2D). Le film est un remake d’Hara-Kiri, classique de 1962 réalisé par Masaki Kobayashi (Kwaidan). Mais attention au film d’Alain Cavalier (Pater), qui pourrait bien réussir à le supplanter dans le registre des « objets étranges » puisqu’il s’agit du seul film de la compétition sur lequel Thierry Frémaux s’est étendu pour en évoquer la singularité. Quant à l’unique film qui reçut un jugement de valeur de toute la présentation, au point de voir le Délégué Général se reprendre sans délai pour signaler que tous les autres films dans sa section étaient également «beaux», ce fut Yellow Sea de Na Hong-Jin (The Chaser). Au-delà de ces deux exceptions, il ne fut dit que peu de choses sur le contenu de toutes ces œuvres. Il sera donc d’autant plus agréable de les déballer sur la Croisette. Comment ne pas être des plus curieux, par exemple, à l’idée d’y découvrir Drive, film de genre «from the producer of Wanted» et mis en scène par Nicolas Winding Refn (Bronson, Le Guerrier silencieux), dans lequel devraient s’enchaîner courses-poursuites et coups de feu ? Comment ne pas en saliver d’impatience lorsque l’on songe au long-métrage d’animation d’Eric Khoo (Be with me, My Magic) ou à un film de Bruno Dumont intitulé Hors Satan ?

Le coup d’envoi a été donné, et il nous tarde déjà d’entendre le coup de sifflet final pour avoir apprivoisé toutes ces pépites en puissance.

Hendy Bicaise

La liste des films en sélection officielle

Film d’ouverture
Woody Allen Midnight in Paris

En compétition
Pedro Almodóvar La piel que habito
Bertrand Bonello L’apollonide – souvenirs de la maison close
Alain Cavalier Pater
Joseph Cedar Footnote
Nuri Bilge Ceylan Il était une fois en Anatolie
Jean-Pierre et Luc Dardenne Le Gamin au vélo
Aki Kaurismäki Le Havre
Naomi Kawase Hanezu no tsuki
Julia Leigh Sleeping beauty
Maïwenn Polisse
Terrence Malick The Tree of Life
Radu Mihaileanu La Source des femmes
Takashi Miike Hara-kiri: death of a samuraï (3D)
Nanni Moretti Habemus papam
Lynne Ramsay We need to talk about Kevin
Markus Schleinzer Michael
Paolo Sorrentino This must be the place
Lars Von Trier Melancholia
Nicolas Winding Refn Drive

Un certain regard
Gus Van Sant Restless – film d’ouverture
Bakur Bakuradze The Hunter
Andreas Dresen Halt auf freier strecke
Bruno Dumont Hors Satan
Sean Durkin Martha Marcy May Marlene
Robert Guédiguian Les Neiges du Kilimandjaro
Oliver Hermanus Skoonheid
Hong Sang-Soo The day he arrives
Cristian Jiménez Bonsái
Eric Khoo Tatsumi
Kim Ki-Duk Arirang
Nadine Labaki Et maintenant on va oú ?
Catalin Mitulescu Loverboy
Na Hong-Jin Yellow sea
Gerardo Naranjo Miss Bala
Juliana Rojas et Marco Dutra Travailler fatigue
Pierre Schoeller L’exercice de l’état
Ivan Sen Toomelah
Joachim Trier Oslo, August 31st

Hors compétition
Xavier Durringer La Conquête
Jodie Foster Le Complexe du castor
Michel Hazanavicius The Artist
Rob Marshall Pirates des caraïbes : la fontaine de jouvence

Séances de minuit
Peter Ho-Sun Chan Wu xia
Tekla Taidelli Jours de grace

Séances spéciales
Frederikke Aspöck Labrador
Rithy Panh Le Maître des forges de l’enfer
Michael Radford Michel Petrucciani
Christian Rouaud Tous au Larzac

> Le Festival de Cannes sera à suivre sur le blog de la revue et à retrouver dans Versus n° 22 (parution en juillet 2011).

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