Home

Cover du CD de la BO du film

Alexandre Desplat aurait-il recours à un nègre, à l’image de l’ancien Premier ministre britannique Adam Lang (interprété par Pierce Brosnan) dans le nouveau film de Roman Polanski, The Ghost Writer ? Il est légitime de se poser la question tant notre compositeur français favori semble être depuis quelques temps sur tous les fronts, de tous les films, de tous les genres, aussi bien sur la scène française (Coco Avant Chanel, Un Prophète, L’Armée Du Crime) qu’internationale, passant avec aisance du blockbuster attendu (Twilight : Chapitre 2 – Tentation, le prochain Harry Potter Et Les Reliques De La Mort) aux films plus « indépendants » (Chéri, Fantastic Mr. Fox). Ces deux dernières années, il a ainsi signé la musique de plus d’une dizaine de films, témoignant avec un talent indéniable de son éclectisme et de sa grande connaissance et maîtrise du genre et de son orchestration (une des grandes forces de son écriture). S’appuyant sur une démarche créative plus intellectuelle qu’émotionnelle, en parfaite adéquation avec le sujet illustré et surtout l’approche des réalisateurs, il impose peu à peu un ton unique aux antipodes de tout conformisme, comme en témoigne si brillamment aujourd’hui The Ghost Writer.

Si, de par son sujet éminemment hitchcockien, le film de Polanski appelait à une musique de suspense, Desplat se refuse une fois encore à céder à toute convention d’usage lié au genre. Certes, le jeu des cordes renvoie incontestablement à Bernard Herrmann, mais rien ne se construit pour autant suivant un canevas harmonique évident et aisé à appréhender pour l’auditeur. L’orchestration est ici totalement décalée et donne au tout un aspect sonore assez particulier. S’articulant autour d’un excellent et unique thème principal abondamment utilisé tout au long de l’album, la musique de The Ghost Writer a les allures d’une ritournelle, d’un petit air cristallin de boîte à musique (une marque de fabrique chez Desplat) quelque peu malsain, tantôt lancinant, tantôt frénétique, porté à l’occasion par des envolées majestueuses et lyriques, et toujours soutenu par un ensemble percussif proprement hallucinant (se référer par exemple à l’impressionnant Chase On The Fury). C’est un peu comme si Danny Elfman revisitait L’Étrange Histoire De Benjamin Button. Si le rythme effréné dont se pare la musique confère au tout à la fois mouvement et énergie, en référence bien évidemment à la course à laquelle se livre le personnage interprété par Ewan McGregor pour s’en sortir et découvrir la vérité derrière le manuscrit des mémoires de Lang qu’il est chargé de réécrire, le décalage musical sur la forme pour lequel Desplat a opté dégage quant à lui une certaine étrangeté qui renvoie à ce décalage formel entre réalité et perception de la réalité imprégnant la plupart des films de Polanski.

Rappelant donc par moments les expérimentations sonores de Danny Elfman, mais aussi de Rachel Portman et de Michael Nyman, et bien que difficile d’approche, notamment pour tous ceux qui ont des goûts musicaux plus conventionnels en matière de musique de films, The Ghost Writer n’est cependant rien de moins que la meilleure BO de Desplat dans le genre depuis son excellent Otage, et sait offrir toute son originalité, sa complexité et ses nombreuses qualités un peu plus à chaque écoute si tant est qu’on lui en donne l’occasion. Si Desplat est bien de tous les fronts, tant qu’il œuvrera de la sorte, nous en serons nous aussi, à ses côtés bien sûr.

Philippe Sartorelli

> Bande originale disponible chez Varèse Sarabande – 42’12

Musique du film The Ghost Writer – Piste 1 – The Ghost Writer

Publicités

Une réflexion sur “« The Ghost Writer » – Alexandre Desplat

  1. Excellent article sur le non moins excellent compositeur de la musique de L’Ennemi Intime (et tous les films de Siri si je ne m’abuse).
    Maintenant, je verrai bien un article similaire consacré à John Powell actuellement sous les feux de l’actualité également puisqu’il signe les B.O de Green Zone et Dragons, il a également à son actif la trilogie Jason Bourne (!), Happy Feet (!!), Chiken Run, Vol 93…(mais aussi celles des Age de Glace, Shreck, Pluto Nash, Mr and Ms Smith…okay, personne n’est parfait ! ^^).

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s