Classé dans : DES FILMS & DÉBATS | Tags: accomplissement, affiche, agent Smith, amour, Antoine de Saint-Exupéry, ascension, Émotion, éveil, bouleversant, Bound, Carl Gustav Jung, Cartographie des nuages, chronique, cinéphile, cinéphiles, cinéphilie, cine, clone, conventions, correspondances, Cours, critique, cycle, David Mitchell, déterminisme, destin, Dragon, DVD, esthétique, Eternel Retour, everything is connected, fantasme, Friedrich Nietzsche, Halle Berry, Heaven, incarnations, Jpiter Ascending, Lana et Andy Wachowski, Le Crépuscule des idoles, Les Rêveurs, lien, limites, lola, Lotus, Mal, matrice, Matrix, musique, Néo, Nietzche, notes, perpétuation, poésie du saut, porte, Ralph Waldo Emerson, réincarnations, réseau, rêve, revue, revue versus, revueversus.com, Robert Bly, Saint-George terrassant le dragon, séance, séances, sensitif, six personnages, sorties, sorties ciné, Speed Racer, symphonie, Tom Hanks, Tom Tykwer, trancendatalisme, transcendance, transgenre, vérité, versus.com, versusmag.fr, Walter Murch
L’adaptation du roman de David Mitchell, Cartographie des nuages, narrant six histoires dans autant de temporalités différentes qui pourtant trouveront de nombreux points de connexion était une sacrée gageure. Un défi à la mesure du génie des Wachowski et de Tom Tykwer et superbement relevé avec ce tant attendu Cloud Atlas.
Le trio de cinéastes a réalisé une grande œuvre surpassant le roman de Mitchell avec une telle habileté et aisance apparentes que tous leurs choix semblent frappés du sceau de l’évidence (la construction pyramidale du livre est remplacée par un kaléidoscope narratif à la fluidité exemplaire). Pendant près de trois heures, le spectateur en prend plein les mirettes et le cœur. Car, avant de ressasser les motifs et thématiques des Wachowski et de Tykwer pour en goûter toute la saveur, Cloud Atlas s’apprécie comme une expérience sensitive qui transporte littéralement son auditoire grâce à une savante adéquation entre mise en scène et musique, découpage et construction sonore, pour faire d’un montage d’une complexité effarante (de par la diversité des plans provenant d’espace-temps différents) un récit aussi limpide et lyrique que la symphonie en six mouvements du compositeur maudit Frobisher. Si l’exposition de vingt minutes peut décontenancer voire effrayer par sa succession d’histoires n’ayant a priori aucun lien entre elles, la sérénité qui s’en dégage rassure absolument.
All boundaries are conventions
En conclusion du premier volet de la saga Matrix, ainsi parlait Néo : « Je leur ferai voir un monde sans vous, un monde sans lois ni contrôle, sans limites ni frontières, un monde où tout est possible ». Ce que l’on pouvait prendre de prime abord comme l’expression d’une revanche basique sur l’oppresseur machinique sera développé dans les deux opus suivant, Reloaded et Revolutions ainsi que Speed Racer en étapes sidérantes vers un dépassement puis un accomplissement (voir au-delà des limites connues et admises, se libérer des dogmes empesant l’Humanité, parvenir à la transcendance par le biais d’une pensée philosophique ou d’un Art capable de reconfigurer le monde…) pour atteindre une forme d’apothéose avec Cloud Atlas. Mais ce film n’est pas uniquement une sorte d’achèvement dans l’œuvre des Wachowski puisque celle de Tom Tykwer est également englobée. Ce dernier n’était donc pas impliqué seulement pour faire le nombre et les aider au mieux à se dépatouiller d’une intrigue foisonnante puisque Cartographie des nuages entre clairement en résonance avec le propre cinéma de l’allemand, le connectant en outre de manière étonnante et pourtant si évidente avec celui du duo frère et sœur de Chicago.
Et pour discourir sur cette abolition des frontières, il n’y a pas meilleure illustration et démonstration que cet immense récit comprenant six histoires qui bien que provenant d’espace-temps distincts se répondent. La mise en scène nous fait passer d’un genre à l’autre (romance épistolaire entre le compositeur Frobisher et son amant Sixsmith, l’enquête journalistique dangereuse menée dans les années 70 par Luisa Rey, la science-fiction avec la course effrénée, dans le Néo-Séoul de 2144, de Somni-451 vers l’émancipation, comédie débridée et outrancière dans une maison de retraite, le genre post-apocalyptique, odyssée sur un négrier) par un objet décliné sous diverses formes, un geste, la continuité d’un mouvement physique ou de caméra, la suggestion d’une image mentale dans une histoire et dont la représentation survient dans la suivante ou l’incarnation de plusieurs personnages par un même acteur. Mais il serait plus juste de parler de variations d’un même personnage et ce, même si le procédé se joue des ethnies et des genres masculin et féminin (Halle Berry en aristocrate blanche ou en homme, ça ne choque pas). Car au-delà des performances ahurissantes des acteurs servant le propos – pour exemple, Hugo Weawing grimé en infirmière réussit à être aussi désopilant que parfaitement inquiétant et livre une interprétation complètement en phase avec le caractère grotesque assumé du segment qu’il anime – et du plaisir ludique procuré en les reconnaissant parfois derrière leurs « masques », cette redistribution permanente des rôles définit à l’écran le caractère transgenre du film et soutient l’idée de métempsychose (migration des âmes après la mort vers un nouveau corps) déjà en filigrane dans le livre mais ici porté à un paroxysme sidérant.
Les Wachowski et Tykwer ne font pas qu’emprunter ainsi la voie de l’Eternel Retour de Nietzsche pour le porter à une incandescence romantique (des amoureux dans une vie se retrouveront dans une autre) mais en multiplient les potentialités, ne se limitant plus à une répétition maudite et souscrivant à l’idée d’un éveil possible. Ce n’est pas forcément le cas de tous les personnages puisque ceux de Hugh Grant régressent avec le temps pour le montrer en chef cannibale dans le monde post-apocalyptique de Zachr’y ou ceux de Hugo Weawing demeurent d’une malfaisance constante et plus symboliquement personnifient des versions différentes d’un Ordre immuable à préserver. L’agent Smith poursuivant Néo dans Matrix en étant l’interprétation machinique.
Pour les autres, il s’agit d’une évolution en six étapes, de plus ou moins forte intensité selon le rôle joué par le personnage considéré au sein d’un des six fragments du récit, qui doit conduire à l’Eveil puis un Accomplissement. Que l’on retrouve autant dans la prise de conscience politique d’Adam Ewing qui, en 1849, de retour auprès de sa bien-aimée décide de militer pour l’abolition de l’esclavage ou Somni-451 prenant conscience de la nature éphémère et consommable conférée à elle et ses congénères par cette société destructrice de 2144 (deux histoires d’ailleurs intimement liées). Autrement dit, une réitération du parcours de Néo qui rappelons-le était la sixième incarnation de l’Elu évoluant dans une version idoine de la matrice. Notons de plus que le deuxième film de Tom Tykwer, Les Rêveurs (1993) construit un réseau élaboré de relations articulé autour de six personnages principaux. Mais le cinéaste allemand aborde aussi de front la notion de l’Eternel Retour avec bien évidemment le film qui l’a fait émerger aux yeux du grand public (d’accord, au moins les cinéphiles), Cours Lola, cours (1998) puisque après un échec pour aider son petit ami, Lola a la possibilité de retenter sa chance une deuxième puis une troisième fois. Le temps n’est plus défini par une ligne continue mais est cyclique et pour s’en sortir il faudra parvenir à tracer des trajectoires capables de briser cette forme repliée sur elle-même.
Avec minutie et passion, les trois réalisateurs parviennent donc à tisser un réseau de correspondances entre les segments, paraissant dissonant sur le papier, mais également entre les œuvres des Wachowski et avec celle de Tykwer. Ainsi, tout n’est pas seulement lié intra mais aussi extra-diégétiquement. « Everything is connected », l’accroche de l’affiche ne ment pas.
Avec un grand A
Pour parvenir à cette unité, aboutir à un transcendatalisme cher à Ralph Waldo Emerson, Cloud Atlas s’appuie sur un autre concept de ce penseur qui influença, entre autres, Nietzsche, celui d’Âme Supérieure. Dans le film, elle n’a pas une forme définie mais s’incarne dans six personnages différents joués par autant d’acteurs, de Jim Sturgess à Tom Hanks en passant par Doona Bae ou encore Halle Berry. Nous sommes alors les témoins de l’éveil progressif de cette Âme Universelle traversant le métrage telle une comète, d’ailleurs la forme de la marque que ses six figurations possèdent sur une partie de leur corps (dos, cou, front…). Tour de force remarquable, nous parvenons à ressentir la présence de cette Ame sans que son signe distinctif soit révélé immédiatement, ceci grâce à un découpage et une narration ciselée.
Et qu’est-ce qui transcende cette Âme, qui lui permet de dépasser son incomplétude ? Tout simplement l’amour. Soit plus précisément dans ce cas, l’Amour Supérieur ou Universel. Cloud Atlas formule ainsi l’amour sincère d’une autre personne comme condition pour l’épanouissement personnel (pas un hasard si une séquence clé se déroule dans une station de communication dont le déploiement des panneaux renvoie à une fleur de lotus). Et c’est sans doute dans l’expression de ce grand sentiment que l’on peut distinguer l’immense apport de Tykwer. Les Wachowski sont brillants et s’ils parviennent à nous faire vibrer intellectuellement et sensitivement avec leurs films, nous sommes très peu transportés par l’émotion. Or, le cinéma de Tykwer se définit par l’Amour comme concept régissant son univers. N’est-ce pas l’amour infini de Lola pour son compagnon qui lui permet de renouveler sa tentative pour briser le cycle du destin ?
Ici, l’amour est envisagé comme condition à l’émancipation du cycle d’évolution refermé sur lui-même. Un enfermement mythologique que seul l’amour peut donc anéantir et que symbolise de manière poétique et significative le rêve de Frobisher où lui et Sixsmith détruisent de multiples objets en porcelaine dont la représentation de la statue de Saint-George tuant le dragon (l’Ouroboros ?) trônant chez Vyvyan Ayrs, le compositeur autrichien chez qui le jeune artiste réside.
Cloud Atlas s’avère en outre être un étonnant écho à Bound, la première réalisation des Wachos, qui est également une histoire d’amour qui ne pourra être pleinement vécue qu’en se défaisant de contingences entravantes. Décidemment, oui, tout est lié.
Symphonie à six voies
Ce qui est particulièrement admirable est que l’acte d’accomplissement concerne également les différentes diégèses.
La marque de la comète désigne ceux qui ont une prédisposition à dépasser leur condition, à se transcender, à s’éveiller… Elle désigne plus une Ame supérieure, une Entité, une Idée (ou autre) qui s’incarne sous différentes formes. Il n’y a donc aucun souci à ce que deux de ses incarnations (Cavendish et Luisa Rey) soient potentiellement nées à la même époque. Ce n’est pas vraiment une question de réincarnation d’une seule et même âme qui passerait d’un corps à un autre après chaque mort. Car la transmission, le passage de cette Ame universelle s’effectue par le biais d’un récit que le personnage "marqué" suivant s’approprie : le journal de bord d’Ewing dont la moitié lue par Frobisher l’inspire pour sa symphonie, les lettre du compositeur à son amant Sixsmith récupérées par Luisa Rey qui en prend connaissance, le propre récit de son enquête sera publié par l’éditeur Cavendish, dont les mésaventures donneront lieu à un livre qui sera adapté en film avec Tom Hanks dans son rôle, film qui inspirera Sonmi, etc.
Successivement, une histoire est intégrée dans la suivante par son devenir d’œuvre littéraire, de fiction ou d’art, prenant alors une valeur testamentaire. Chaque récit ainsi incorporé nourrira la trame générale en formalisant des échos de vies antérieures qui participeront alors à l’éveil et l’accomplissement progressifs. Différentes voies empruntées n’en formeront plus qu’une.
Cette union d’éléments esthétiques, thématiques et narratifs disparates se voyant formidablement agencée par la symphonie Cloud Atlas sextet composée par Frobisher et à laquelle la mise en scène emprunte la musicalité. On peut même parler de fusion entre film et musique tant les protagonistes, par leurs actions individuelles influençant un récit dépassant la somme de ses fragments, se comportent comme des notes, voire des mélodies, dont la réunion composera un grand tout harmonieux. Cette imbrication visuelle et sonore est d’autant plus prégnante que le développement de cette symphonie s’effectue selon le rythme des séquences, comme si chaque image correspondait à un son, puisqu’elle ne sera complète qu’une fois ce grand récit proche de son terme. Autrement dit, alors que jusqu’à présent on entendait à intervalles réguliers des morceaux de cette symphonie inachevée, elle retentira dans toute sa puissance une fois le chemin des âmes errantes vers la plénitude accompli. Là encore, il faut souligner l’apport de Tykwer à l’harmonieuse collaboration avec Andy et Lana Wachowski puisque c’est lui, aidé de ses collaborateurs habituels Reinhold Heil et Johnny Klimek, qui signe la bande-originale du film. L’allemand qui aura contribué à améliorer la manière de travailler des deux américains en les initiant à sa méthode de réalisation consistant à écouter sur le plateau la musique qui orchestrera le film, leur donnant ainsi accès à une nouvelle source d’inspiration qui favorisera leur mise en scène et le jeu des acteurs.
L’Art comme échappatoire, comme moyen d’expérimenter le monde, de parvenir à développer son propre potentiel, d’atteindre une forme d’extase, constituait déjà les enjeux esthétiques et sensitifs de Speed Racer et revêt avec Cloud Atlas une forme tout aussi pertinente et élaborée par le biais de cette symphonie mais également en instituant le récit oral comme principe de transmission d’une expérience édifiante puisque cet immense récit que constitue Cloud Atlas est conté par Zachr’y à une assemblée de gamins réunie autour d’un feu.
Illustrant ainsi ce que rapporte cet extrait du Crépuscule des idoles de Nietzsche : « L’artiste tragique, que nous communique-t-il de lui-même ? N’affirme-t-il pas précisément, l’absence de crainte devant ce qui est terrible et incertain ? La bravoure et la liberté du sentiment devant un ennemi puissant, devant un revers sublime, devant un problème qui éveille l’épouvante, – c’est cet état victorieux que l’artiste tragique choisit et glorifie. ».
Enfin, Cloud Atlas formalise dans sa structure ce que le monteur Walter Murch nomme « la poésie du saut » (théorie développée par le poète-essayiste féru de mythologie et du travail de Jung, Robert Bly, où la poésie grâce à divers figures stylistiques et leur agencement permet de « sauter » du conscient à l’inconscient), « ces connections parfois surréalistes ou subliminales qui révèlent un lien surprenant entre des éléments étrangers ».
Avec Cloud Atlas, les Wachowski ont ouvert notre horizon à tous les niveaux – le film s’ouvre et se conclut sur un plan similaire nous montrant un ciel étoilé – et ils semblent bien décidés à nous propulser plus profondément vers le firmament via une extraordinaire ascension, puisque le titre de leur prochain film déjà annoncé est Jupiter Ascending (l’histoire de la reine de l’Univers voulant tuer une représentante de la race humaine du nom de Jupiter, car possédant le même patrimoine génétique, elle serait une menace à son immortalité). Même le ciel ne semble avoir pour eux aucune limite.
Nicolas Zugasti
Bande-annonce :
Premier trailer de près de 6 minutes, durée exceptionnellement longue et qui pourtant en dévoilant finalement très peu sur l’ampleur du récit
Classé dans : TRIBUNE LIBRE | Tags: A la poursuite d'Octobre Rouge, affiche, Anthony Pellicano, écoute, Basic, Chris Rock, chronique, cinéphile, cinéphiles, cinéphilie, cine, condamnation, critique, Die Hard, Die Hard with a vengeance, DVD, Facebook, fans, Free McTiernan, John McClane, John McTiernan, Karl ROve, Last Action Hero, Le Treizième guerrier, mafia, mensonge, Nomads, parjure, Piège de cristal, Predator, procès, revue, revue versus, revueversus.com, Rollerball, séance, séances, sorties, sorties ciné, Thomas Crown, Tom Cruise, Une Journée en enfer, versus.com, versusmag.fr
Depuis quelques jours, une page Facebook dédiée, Free McTiernan, tente de mobiliser les fans du génial réalisateur John McTiernan afin de sensibiliser le plus grand nombre sur le sort qui lui est réservé et peut-être, si la vague de soutiens se répercute assez loin, jusqu’à certains puissants collaborateurs de McT (l’ex Governator, par exemple), amener le juge qui l’a condamné à une peine de prison d’un an ferme, 100 000 dollars d’amende et trois ans de liberté surveillée ensuite, à revoir sa lourde copie, notamment au vu de l’inexactitude d’éléments déterminants du dossier à charge. Mais surtout, cette action représente l’occasion d’exprimer notre amour pour cet artiste qui a tant contribué pour le cinéma, qui nous a fait vibrer et s’extasier devant sa maîtrise technique et narrative, un réalisateur populaire qui tirait le meilleur parti de scénario parfois faméliques pour en accomplir sa propre musique. Montrer à ce type qu’on ne l’oublie pas. Et puis, c’est un des parrains de la revue puisque outre Sam Raimi, Versus lui avait consacré un dossier conséquent en deux parties dans les deux premiers numéros.
Attention, ce n’est pas parce que c’est un artiste qui nous est cher qu’il est au-dessus des lois mais dans cette sordide affaire d’écoutes téléphoniques, il aura été le seul des nombreuses personnalités ayant eu affaire avec le détective privé des stars, Anthony Pellicano (Tom Cruise, Nicole Kidman, Chris Rock, Demi Moore,…) à être inquiété. Surtout, depuis ses démêlés judiciaires, il se voit ostracisé depuis maintenant une décennie. Après Basic, son dernier film datant de 2003, il n’a plus touché à une caméra, un déjà trop lourd tribut payé et cette peine signerait sans doute définitivement sa fin en tant qu’artiste.
Pour résumer, il est reproché à McTiernan d’avoir menti au F.B.I sur le fait d’avoir engagé Pellicano pour mettre sur écoute son producteur de l’époque du tournage de Rollerball, Charles Roven. Problème, alors que les fédéraux enquêtaient sur les agissements criminels de Pellicano (accointance avec la mafia, racket, intimidation, violences…), ils ont découvert dans le bureau du détective, outre des armes et autres explosifs, des bandes cryptées et un enregistrement clairement audible d’une conversation du cinéaste avec le privé faisant mention de la surveillance dont Roven ferait l’objet contre une rétribution de 50 000 dollars.
Condamné en première instance à quatre mois de prison, McT se pourvoit en appel et c’est celui-ci qui a été jugé et rejeté en janvier dernier, le juge alourdissant même la peine – qui deviendra effective d’ici quelques jours.
Pour en connaître un peu plus sur ce drôle de loustic de Pellicano (condamné lui à quinze ans de prison et reconnu coupable de soixante seize des soixante dix sept chef d’inculpation !), lire l’excellent papier d’Arnaud Bordas pour Capture Mag et le non moins excellent livre de Charles Fleming, Box Office contant la vie mouvementée du producteur Don Simpson dont le succès sera concomitant avec l’émergence du détective.
Au-delà de considérations procédurales, qu’est-ce qui a pu mener McTiernan a en venir à une telle extrémité, demander à un détective mafieux de mettre sur écoute son producteur ?
Les relations de McT avec les studios ont pour la plupart été souvent problématiques, entre le script remanié et l’incapacité de peaufiner Last Action Hero, le final cut refusé sur Une Journée en enfer, le travail de sape de Michael Crichton pour s’imposer et remonter Le Treizième guerrier, entre autres, le réalisateur aura connu son lot d’avanies qui aura un peu plus fragilisé sa position et attisé une certaine paranoïa. Alors qu’il est opposé à Charles Roven sur l’orientation à donner à Rollerball (il veut en faire un brûlot politique agressif avec révolte des esclaves à la Spartacus à la clé, Roven préfère un film d’action lambda et plus tranquille), McTiernan le soupçonne de travailler contre lui dans son dos auprès du studio MGM pour reprendre le contrôle du projet et l’évincer au passage. Il engage donc Pellicano pour savoir ce qu’il en retourne exactement. La suite est malheureusement funeste.
Si la justice américaine tient absolument à emprisonner quelqu’un impliqué dans la franchise Die Hard, on leur laisse le choix entre Len Wiseman et John Moore.
Et quelle plus belle et appropriée vidéo que la prière avant la bataille du Treizième guerrier pour conclure ce bref hommage ?
La Rédaction
Classé dans : 20ème Festival du Film Fantastique de Gérardmer | Tags: 20ème festival du film fantastique de Gérardmer, acteurs, affiche, aliens, Andres Muschietti, Émotion, Berberian Sound Studio, Christophe Lambert, chronique, cinéphile, cinéphiles, cinéphilie, cine, Cloud Atlas, critique, DVD, Edgar Wright, Grabbers, Gremlins, Halle Berry, Hot Fuzz, Hugh Grant, Hugo Weaving, Jon Wright, Lana et Andy Wachowski, Mama, monstres, musique, Peter Strickland, Remington and the curse of Zombadings, revue, revue versus, revueversus.com, séance, séances, Shaun Of The Dead, sorties, sorties ciné, tentacules, Tom Hanks, Tom Tykwer, versus.com, versusmag.fr, You’re Next
Le 20ème festival de Gérardmer s’est achevé sur un palmarès récompensant certes des œuvres méritantes, Mama d’Andres Muschietti et Berberian Sound Studio de Peter Strickland ont trusté la plupart des prix), mais qui n’en constituent pas moins des choix par défaut dans une sélection officielle particulièrement indigente cette année. L’argument fantastique n’est plus qu’un vague prétexte pour des œuvres à l’intellectucalisme revendiqué. Désormais, ce qui compte c’est avant tout de produire du sens au détriment des sens, quitte à s’aliéner les festivaliers (public, accrédités ou invités). You’re Next et Remington and the curse of Zombadings offraient leur lot de spectacle roboratif et farfelu mais ils demeuraient assez pauvres en termes d‘écriture et de mise en scène. Des lacunes qui seront finalement communes aux autres films en compétition. Et puis, c’est bien joli de mettre en valeur des œuvres plus grandes public, plus « cérébrales » (entre guillemets car bien souvent, cela rime avec rythme indolent et plans contemplatifs dénués d’enjeux) autrement dit plus fréquentables ou plus « exigeantes » que les trublions relégués hors-compétition, mais le plus important reste encore de parvenir à impliquer le spectateur par une histoire captivante à la mise n images un tant soit peu inspirée. Une attitude de Dandy justement déplorée et fustigée par Christophe Lambert lors de la cérémonie de clôture.
Pour que les spectateurs éprouvent un tant soit peu de plaisir, il fallait plus que jamais explorer la sélection hors-compétition d’où se détachaient New Kid Nitro, Citadel, Dagmar, l’âme des vikings et les deux meilleurs films du festival, haut la main, Grabbers de Jon Wright et surtout le sublime Cloud Atlas de Tom Tykwer, Lana et Andy Wachowski.
Fim irlandais de monstres extra-terrestre à tentacules sans prétention, Grabbers réussit l’exploit de dépeindre une galerie de personnages truculents et attachants, de faire preuve d’un humour so british et d’un rythme remarquablement décuplés par le découpage et certains choix de cadres, tout en reformulant des références explicites (Gremlins, Aliens…) afin de les intégrer au mieux au récit et pas comme des clins d’œil racoleurs instaurant une connivence factice.
L’idée est aussi simple que parfaitement exécutée. Une espèce de poulpe géant venu de l’espace se développant grâce à l’absorption d’eau et l’ingestion du sang de ses victimes débarque sur les côtes d’une île au large de l’Irlande. Ses irréductibles habitants menés par le flic local alcoolique, sa partenaire inflexible, un pêcheur du cru et un aubergiste enthousiaste vont repousser cette invasion de la plus décapante des manières : en se barricadant dans l’auberge du port pour consommer en grandes quantités de l’alcool, seul moyen de les immuniser en rendant ainsi leur sang trop toxique pour les créatures.
Le réalisateur Jon Wright n’a peut être aucun lien de parenté familial avec Edgar Wright mais certainement d’un point de vue cinématographique tant à la vision de son film on pense à Shaun Of The Dead pour cette propension à résoudre (ou tenter de) les problèmes à coups de shots d’alcool et à Hot Fuzz pour la dynamique du duo de flics aux tempéraments et intempérances différents.
Carburant à la bonne humeur communicative, Grabbers sait aussi se montrer plus grave par endroits pour former des moments de tension nécessaires à la crédibilisation de la menace représentée par ce monstre pas du tout craignos dans sa modélisation. La seule déception d’envergure provient lorsque retentissent les premières notes du générique signifiant la fin d’aventures que l’on aurait eu plaisir à poursuivre en compagnie de ses personnages impayables.
La grosse claque attendue a frappé avec une intensité dépassant les attentes les plus enthousiastes et optimistes. Cloud Atlas s’impose ainsi au bout de ses 2h50 comme un jalon incontournable de l’Histopire du médium. Une expérience sensitive qui transporte littéralement son auditoire grâce à une savante adéquation entre mise en scène et musique, découpage et construction sonore, pour faire d’un montage d’une complexité effarante (de par la diversité des plans provenant d’espace-temps différents) un récit aussi limpide et lyrique que la symphonie en six mouvements du compositeur maudit Frobisher (Ben Wishaw).
Le film nécessite d’autres visions, ne serait-ce que pour la jubilation ressentie face à ce spectacle total d’une grande finesse et sagesse, pour une réflexion plus poussée et évoquer avec plus de précision l’incroyable schéma directeur s’incarnant et s’imbriquant dans six histoires se déroulant à des époques éloignées (on part du voyage de l’avocat Adam Ewing sur un négrier en 1849 pour aboutir à un futur post-apocalyptique en 2321 en passant par les seventies ou Néo-Séoul de 2144) et les thématiques mises en scène.
Pour l’instant, il importe de savoir que le trio de réalisateurs, Lana et Andy Wachowski, Tom Tykwer, transcende admirablement le roman Cartographie des nuages de David Mitchell (2004) avec une telle habileté et une aisance apparentes que tous leurs choix semblent frappés du sceau de l’évidence. Histoires d’amours, de libération, de transmission, Cloud Atlas n’a strictement rien à voir avec un prêchi-prêcha New-Age à tendance lelouchienne comme déjà décrit par certains. Porté par une direction artistique (décors, costumes, maquillages, photo) et d’acteurs (Tom Hanks, Halle Berry, Hugo Weaving, Hugh Grant, entre autres, tiennent les rôles de leurs vies) phénoménales, Cloud Atlas émeut au plus haut point. Et puis le film peut s’envisager comme un prolongement à leur saga Matrix et Speed Racer, après s’être émancipé des dogmes de la matrice, entrevu l’échappatoire formée par l’Art comme source d’élévation, les Wachowski et Tykwer à leur suite empruntent cette ouverture constituée et en arpentent les potentialités. Cloud Atlas qui s’avère en outre un ahurissant écho à Bound, leur premier film, puisque là encore il s’agit d’une histoire d’amour qui ne pourra être vécue qu’en se défaisant de contingences entravantes. Comme le dit la tagline du film, « everything is connected »
Le 13 mars prochain, préparez-vous à vivre une expérience sensationnelle dont vous aurez malheureusement l’impression qu’elle sera passée à la vitesse d’un étoile filante traversant les cieux.
Nicolas Zugasti
Bande-annonce de Grabbers
Bande-annonce de Cloud Atlas
Classé dans : 20ème Festival du Film Fantastique de Gérardmer | Tags: 19ème festival du film fantastique de Gérardmer, Adam Wingard, affiche, Andres Muschietti, Berberian Sound Studio, chronique, cinéphile, cinéphiles, cinéphilie, cine, critique, disparition, DVD, experimentations, fantôme, Festen, Guillermo Del Toro, Jessica Chastain, Jorge Torregrossa, Mama, monstre, Peter Strickland, revue, revue versus, revueversus.com, séance, séances, slasher, son, sorties, sorties ciné, survival, The End, versus.com, versusmag.fr, You’re Next
Pas vraiment gâté par les films projetés lors de la première moitié du festival, la soupe à la grimace des courageux spectateurs non accrédités bravant la pluie glacée puis la neige ne s’estompera que par intermittence avec les autres films en compétition. Une sélection de plus une plus contestable au fil des années et qui aura pris lors de cette édition une étrange tournure (on y reviendra lors du compte-rendu plus détaillé du hors-série spécial 20ème festival de Gérardmer à paraître).
Berberian Sound Studio de Peter Strickland est en tout cas de très loin la proposition de cinéma la plus intéressante en même temps qu’elle en est une des plus hermétiques. Au cœur des seventies, un ingénieur son est employé par un producteur italien de films d’horreur giallesques à tendance misogyne pour bruiter des images d’une extrême violence. Un univers bien éloigné de cet artisan (Toby Jones) aux allures de majordome anglais et dans lequel il va se perdre, mettant à mal sa santé mentale. Le réalisateur construit peu à peu une espèce de huis-clos aux frontières de la réalité et de l’écran de cinéma où les sons censés traduire le film projeté au professionnel, et non montré au spectateur, invoquent, suggèrent, d’autres images. De sorte que la déréliction mentale du personnage est quasiment partagée par les plus réceptifs, la désorientation étant superbement accentuée par les nombreuses idées de mise en scène construisant des espaces fantasmagoriques, au sein même d’un studio tout ce qu’il y a de plus banal et foisonnant, par un jeu de lumière, d’éclairage ou de cadrages. Hélas, même nourri des plus belles intentions, le métrage va commencer à tourner à vide, s’enfermant lui-même dans son postulat expérimental, refusant d’embrasser pleinement le genre et éludant les confrontations potentielles pourtant mises en évidence. Dommage car pour une fois qu’un film s’intéressait à cette facette du métier particulièrement peu représentée et ici remarquablement cinégénique, le dernier tiers et la conclusion abandonnent le protagoniste principal, comme le spectateur, dans cette toile sonore.
Se présentant comme un slasher basique, You’re Next d’Adam Wingard va bifurquer sur un étrange mash-up convoquant Festen, l’inquiétante étrangeté de tueurs en combinaisons noires et masques d’animaux, Maman j’ai raté l’avion et le survival avec révélation d’un personnage féminin fortement burné à la clé. La sauce a d’autant plus de mal à prendre que les personnages composant la famille se réunissant le temps d’un week-end sont taillés à la serpe. Leur arrivée dans l’immense demeure des parents, isolée comme il se doit, se fait au compte-goutte sans que rien d’intéressant ne se dégage de ces caractères stéréotypés. Vraiment gênant quand le repas est censé tourner au vinaigre à la manière du film de Vinterberg. Mais de toute façon, ce n’est qu’un vague prétexte pour contextualiser la tuerie à venir, le but du « jeu » étant de les décimer un à un. Cela commence par un tir de barrage à l’arbalète venant de l’extérieur et se poursuit à l’arme blanche à l’intérieur. Outre le peu d’inventivité ou de tension à dégager (les jumpscares paresseux et les parties de cache-cache ou d’attrape-moi si tu peux avec les tueurs n’aident pas), on peut déplorer la séquence pré-générique montrant les voisins se faire buter trois jours plus tôt ne se justifie que pour être plus tard le théâtre d’une exécution en règle et la caméra prise de panique et tremblements parkinsonien à partir du premier meurtre de l’un des convives, rendant la suite du récit un peu plus fatigante et pénible à suivre. Il faut l’émergence de l’étudiante frêle au premier abord mais qui se révèle être une adepte des camps de survie et commence à riposter salement après avoir pris le schoses en main au moment de l’hystérie collective (presque une tarte à la crème du genre tant ce type de personnage à tendance à se multiplier) pour rebooster l’ensemble. Il faut dire que la donzelle fait preuve d’une belle énergie et violence pour répliquer, suscitant un sursaut d’intérêt et des rires dans sa manière d’occire ses adversaires, en décalage avec le ton plus inquiétant (ou du moins censé l’être) du métrage. Les quelques répliques faisant mouche et un humour noir réjouissant finissant de transformer une expérience laborieuse en spectacle sympathiquement roublard et rigolard.
A la base un court-métrage de quasiment trois minutes apprécié par Guillermo Del Toro qui en a produit cette version étendue, Mama d’Andres Muschietti est une énième variation du film de fantôme espagnol qui a du mal à combler les trous narratifs de son développement. Dommage car l’introduction et la conclusion sont vraiment épatantes, parvenant à poser une ambiance inquiétante et mélancolique.
Deux gamines sont enlevées par leur père ruiné par la récente crise des subprimes et voulant les tuer par désespoir sont récupérées et élevées par le spectre d’une âme en peine. Retrouvées cinq ans plus tard par leur oncle, elles doivent réapprendre à vivre au contact des humains. Le principal enjeu du métrage est ainsi l’instinct maternel vivace ou en gestation qui animera le fantôme et la copine de l’oncle, interprétée par Jessica Chastain (en brune, bof), tentant de s’y astreindre. Malheureusement, l’opposition des relations de chacun de ces protagonistes féminins avec les petites filles ne sera pas assez percutante, laissant plutôt une bonne part de l’action régit par un classique récit de hantise. Particulièrement flippant lors de la découverte des gamines vivant recluses dans une maison abandonnée dans les bois le métrage est par la suite plombé par des jumpscares futiles, des personnages aux motivations accessoires qui n’imprimeront jamais vraiment leur patte sur l’histoire (la tante acariâtre, le psy, le frère disparu). Malgré tout, on ne peut s’empêcher de trouver un certain charme à cette œuvre modeste et dessinant de jolis moments macabres impliquant les deux petites filles, d’autant que l’on aboutit à un beau et émouvant final.
On termine la compétition avec The End de Jorge Terragrossa, point d’orgue d’une sélection extrêmement décevante et qui n’aura de fantastique que le nom. Ce film espagnol n’aborde le genre (on taira lequel pour ménager la « surprise ») que comme un prétexte à la peinture de caractères sans grandes consistances, un groupe d’amis se retrouvant, sous l’impulsion de l’un d’eux, pour évoquer bons souvenirs, passé douloureux et avenir en berne. Ils vont commencer à s’entredéchirer jusqu’à ce qu’un évènement étrange les plonge dans l’incertitude puis l’angoisse : coupure d’électricité généralisée et disparition mystérieuse de toute forme de vie humaine (ou presque) aux alentours. Il décident alors de s’enquérir d’une aide providentielle en partant à pied rejoindre le village le plus proche. Une immense balade qui s’apparente à une vidéo touristique pour inciter à venir en villégiature dans la région (nombreux plans sur les paysages magnifiques traversés) ponctuée des disparitions successives et inexplicables de tout le casting. Si l’intention de départ est louable et l’introduction pas désagréable, le problème majeur tient en un développement embrassant le genre avec des pincettes pour nous asséner en fin de parcours un discours sirupeux sur l’importance de vivre l’instant présent dans le regard de l’autre (et patati et patata). Une philosophie de bazar qui abaisse un peu plus le niveau de l’ensemble. A l’image de cette compétition au rabais.
Nicolas Zugasti
Bande-annonce de Berberian Sound Studio
Bande-annonce de Mama
Le court-métrage Mama à l’origine du film
Bande-annonce de You’re Next
Bande-annonce de The End
Classé dans : DES FILMS & DÉBATS | Tags: 42ème rue, affiche, Alexandre Aja, bimbo, chronique, cinéphile, cinéphiles, cinéphilie, cine, crapoteux, craspec, critique, Deuxième sous-sol, DVD, Elijah Wood, Gregory Levasseur, Haute Tension, Jack Bauer, Joe Dante, Joe Spinell, Kiefer Sutherland, La Colline a des yeux, mannequin, Mirrors, New York, Nora Arnezeder, Piranha 3D, quartiers huppés, remake, revue, revue versus, revueversus.com, séance, séances, scalp, sorties, sorties ciné, springbreak, tueur, versus.com, versusmag.fr, vue subjective, Wes Craven, William Lustig
Deux films, Alexandre Aja (réalisateur) et son compère scénariste Grégory Levasseur auront incarné une forme de renouveau du cinéma d’horreur l’espace de deux films avec les formidables Haute-Tension et La Colline a des yeux remake du film culte de Wes Craven qui explosait son modèle surévalué. Depuis, ils se sont largement enfoncés dans la médiocrité avec Mirrors (un autre remake, celui-ci d’un film coréen, Into The Mirror de Kim Seong-ho) une histoire de fantômes où un Kiefer Sutherland en mode Jack Bauer explosait tous les miroirs à sa portée et Piranha 3D (un…remake de la série B de Joe Dante), sorte de springbreak du gore où les formes de nombreuses bimbos rivalisaient de relief avec les dents acérés des piranhas qui les mettaient en pièces. Entretemps, ils ont produits un troisième larron, Franck Khalfoun, pour le mauvais 2ème sous-sol (le soir du réveillon de Noël, une jeune femme est aux prises avec un maniaque dans un parking sous-terrain). Pas vraiment de quoi s’enthousiasmer donc lorsque l’on voit ces trois noms associés, qui plus est pour un nouveau remake. D’autant plus que là, il ne s’agit pas d’une série B ayant acquis ses galons d’œuvre culte du fait des affres du temps et de la nostalgie l’accompagnant (La Colline a des yeux de Craven et Piranha de Dante sont sympathiques mais n’ont pas révolutionnés le genre) mais d’un petit classique de l’horreur dont la vision, même plus de trente ans après, demeure remarquablement perturbante. Le Maniac de Lustig mettait en scène un être dérangé, Frank Zito (effarant Joe Spinell), que l’on accompagnait dans ses pérégrinations nocturnes et meurtrières qui se concluaient toujours par le découpage du scalp de jeunes filles qu’il disposait ensuite de retour dans son antre, sur le crâne en plastique de mannequins. Ambiance malsaine, environnement craspec, Lustig livrait un film déroutant de par certaines images à fortes connotations oniriques et fantastiques et l’ambigüité de ce psychopathe qui ne suinte pas le Mal par tous les pores de la peau (son allure terrifiante contrastant avec son regard d’une tristesse intense).
Le film de Khalfoun reprend l’argument de base et certains motifs les plus emblématiques de l’original (mannequins, scalps, la possible romance avec Anna…) avec dans le rôle-titre, Elijah Wood dans un total contre-emploi et surtout à l’extrême inverse de Spinell, tant physiquement que dans la menace intrinsèque que sa silhouette laissait planer. Un changement notable destiné à instaurer une plus grande proximité, voire identification, avec un personnage au physique plus commun et donc accentuer l’horreur des actes commis. Un démarquage qui aurait pu s’avérer payant puisqu’il est couplé avec le choix de nous montrer l’action du point de vue du tueur, son corps et son visage nous apparaissant alors morcelé, révélés seulement lorsque la caméra subjective passe devant une surface réfléchissante (rétroviseur, miroir, …). Une mise en scène qui nous cueille dès les premières secondes et dont les effets sont quasiment annihilés dès que la voix du tueur retentit. Cette dernière commentant alors ce qu’il se passe à l’écran ou dans sa tête, devenant une voix-off insupportable par ses descriptions inutiles ou l’expression de ses états d’âme lorsque le monstre se réveille. Un procédé qui échoue à nous faire entrer dans sa tête, contrairement à son intention première. Il eut été plus judicieux de garder le silence, laissant le spectateur seul avec son propre ressenti. Ce n’est pas systématique (bien sûr, lorsqu’il est au plus près d’une proie, il n’émettra pas de son pouvant révéler sa présence) mais suffisamment agaçant pour déconnecter le spectateur du récit. Une volonté explicative que l’on retrouve également dans les flashbacks donnant à voir les raisons de son trauma quand l’original fonctionnait parfaitement par brèves évocations au détour d’une image fugace ou une bribe de dialogue. Les effets-spéciaux réussis des mises à mort (un des rare point à sauver du film) participent également de cette monstration significative. Mais aussi bien fignolés soient-ils, ils ne pallient jamais au manque de tension patent du métrage.
Une séquence est particulièrement représentative de l’échec global du film. Frank poursuit une jeune fille dans un parking, renvoyant à la terrifiante traque dans le métro d’une infirmière rentrant chez elle de l’original mais sans en retrouver une once de la tension qui nous étreignait alors. Puisque nous voyons par les yeux du tueur, il ne demeure plus aucun suspense quant à la potentielle survie de la victime. Planqué sous un 4×4, il sectionne le tendon d’Achille de la fille qui s’écroule, redoublant ses cris. Puis, alors qu’il abat plusieurs fois son couteau sur elle, soudain la caméra change d’angle pour nous le montrer à califourchon sur la belle, lui donnant le coup de grâce avec sur le visage une expression proche d’une forme d’extase, du moins de jouissance. Un mouvement d’appareil finalement très intéressant puisque s’exprime ainsi l’idée qu’il peut s’extraire du monstre qu’il est uniquement au moment du coup fatal. Malheureusement, cette approche originale ne débouchera sur rien par la suite et ce plan sera presque aussitôt gâché par un coup de coude absolument inepte aux cinéphiles. Alors qu’il se relève, on nous montre son reflet sur la portière d’une voiture et l’on voit alors reproduit la célébrissime affiche du film de Lustig, la main gauche tenant un scalp dégoulinant de sang, la main droite le couteau ensanglanté et le reste du corps est cadré au niveau de la taille. Un clin d’œil qui aurait pu passer s’il n’était pas aussi ostentatoire, le plan durant longuement, histoire de bien faire comprendre la référence. Seulement, cette durée excessive nous fait prendre conscience qu’Elijah Wood n’a pas la carrure de son modèle. A l’image du remake face à l’original.
Nicolas Zugasti
Maniac est sorti en salles le 02 janvier 2013
Classé dans : TRIBUNE LIBRE | Tags: accomplissement de soi, affiche, Angelina Jolie, anti-communisme, Atlas Shrugged, Ayn Rand, Brad Pitt, chronique, cinéphile, cinéphiles, cinéphilie, cine, critique, DVD, Frank Lloyd Wright, frères Bladwin, John Milius, King Vidor, L’Aube rouge, Marylin Chambers, objectivisme, Red Dawn, revue, revue versus, revueversus.com, Ronald Reagan, séance, séances, sorties, sorties ciné, The Cato Institute, versus.com, versusmag.fr, Vince Vaughn
Qu’y a-t-il de commun entre John Milius, le couple Angelina Jolie/Brad Pitt (dit Brangelina), Ronald Reagan, Vince Vaughn et, pour déborder du cadre poreux du monde du cinéma avec comme passerelles l’écrivain Mickey Spillane et le dessinateur-scénariste Frank Miller, qu’y a-t-il de commun entre eux et le dessinateur-scénariste Steve Ditko, Vladimir Poutine, le créateur de Wikipédia Jimmy Wales, le spationaute Michael Collins, le think tank nommé The Cato Institute, l’ex-président de la Banque centrale étasunienne (la Réserve fédérale) Alan Greenspan, l’architecte Frank Lloyd Wright ?
Quel est le lien entre Le Rebelle de King Vidor, L’Aube rouge de John Milius et l’intriguant diptyque The Atlas Shrugged réalisé en 2011-2012 et toujours curieusement inédit en nos contrées ?
Réponse : ils et elles vouent un intérêt ou un autre, pour des raisons diverses, à une femme d’exception et les films précités sont soit des adaptations de son œuvre littéraire soit l’illustration de préceptes que cette femme a formalisé et promut tout au long de sa vie. Son nom : Ayn Rand, née Alissa Zinovievna Rosenbaum à Saint-Pétersbourg en 1905, morte à New York en mars 1982.
De notre brinquebalante Europe, on pourrait la croire inconnue du grand public, peut-être seulement reconnue dans quelques cénacles auxquels nous autres, péquins moyens, n’auront jamais accès. Et pourtant. Pourtant, son roman La Grève (The Atlas Shrugged), paru en 1957 alors qu’elle était déjà une personnalité influente dans nombres domaines, est, dit-on, le livre le plus lu aux USA après la Bible. Mais ce n’est là que l’arbre qui cache la forêt. Découvrir la vie et l’œuvre d’Ayn Rand procure le même choc que de saisir l’influence d’Edward Bernays sur le monde dit moderne. Ces oiseaux-là, à plus d’un titre, sont bien plus des faucons que de frêles serins.
Passionnée de littérature (notamment française, via Hugo, Balzac… et Maurice Champagne) élevée dans une famille juive agnostique, la jeune Alissa assiste aux bouleversements de la Révolution d’octobre puisque fréquentant des universités où cela remue pas mal et voyant le commerce de son père réquisitionné par les bolchevicks, évènement qui ne sera pas pour rien dans ses opinions futures développées sur le socle de sa haine du collectivisme, surtout s’il est rougeoyant. Cette passionnée de mathématiques parvient néanmoins à étudier l’Histoire et la philosophie avec un plan en tête : réclamer un voyage d’études aux USA. Gagné : elle débarque aux Etats-Unis d’Amérique à vingt-et-un ans et n’en repartira plus.
Elle débute comme figurante chez Cecil B. de Mille, puis comme lectrice, continue à écrire sans arriver à vendre quoi que ce soit jusqu’au scénario de Red Pawn (rappelons que le titre original de L’Aube rouge est Red Dawn), qui ne sera jamais tourné. Qu’importe : tout en écrivant moult scénarios et en travaillant pour diverses personnalités (notamment Hal Wallis), Alissa, naturalisée sous le patronyme d’Ayn Rand, commence à se faire connaître comme dramaturge, romancière… et pour la théorisation, la vulgarisation d’opinions politiques solides qui vont faire sa gloire, même si ses premiers rounds sont plutôt mal vus dans des années 30 où pourtant communisme et pulsions révolutionnaires regardent encore pour un temps dans le blanc des yeux la grande Peur Rouge fraîche éclose. Car Ayn Rand est une féroce anti-communiste (elle rejoindra la Motion Picture Alliance for the Preservation of the American Ideals et témoignera à charge lors de procès de l’ère maccarthyste). Mais pas que : elle vomit toutes les religions, tous les totalitarismes, toutes ingérences d’un Etat dans les affaires d’un autre (elle sera donc contre l’engagement étasunien dans la Seconde guerre mondiale, la guerre de Corée et celle du Vietnam)…
Dans les années 40, elle adhère au libéralisme, en adéquation avec son sens aigue de la liberté individuelle. Philosophiquement influencée par Aristote, Thomas d’Aquin, Nietzshe, elle se rapproche des libertariens (1), notamment de sa principale théoricienne et prosélyte Isabel Patterson, dont elle sera longtemps proche. Elle va devenir, à l’aube des années 50, co-fondatrice du mouvement objectiviste et en sera un précieux fer de lance. Pour les objectivistes, l’Homme est par nature un héros dont la priorité absolue doit être l’accomplissement de soi. Il doit être un être de raison, rejeter les mysticismes, pratiquer le réalisme philosophique, réclamer une limitation claire des prérogatives de l’Etat (particulièrement dans les affaires), ne justifier une entrée en guerre qu’en cas de légitime défense pour soi-même, pas pour les autres (Rand soutiendra Israël lors de la Guerre du Kippour), rejeter les ingérences sauf en ce qui concerne une tyrannie ou un groupe terroriste qui eux « n’ont aucun droit ». Les objectivistes détestent la culture mondialisée et sont contre les aides publiques entre Etats, considérées comme nourrissant les guerres économiques, abaissant les libertés humaines, balkanisant les sociétés. Rand aime les esprits libres et n’apprécie pas les carcans sociétaux empêchant créations et initiatives individuelles. Sans dénier une certaine utilité à l’Etat fédéral, elle rejette son interventionnisme tant en politique intérieure qu’extérieure. Pour elle, l’homme doit s’accomplir, sans démériter, sans béquilles, à la force du poignet, il doit croire en lui, à sa force, mentale surtout.
Ce courant de pensée, largement en adéquation avec certaines des principales valeurs étasuniennes séminales, détectable dans tous ses écrits (dont nombres d’essais), fera le lit des courants conservateurs et républicains, des hérauts de la libre-entreprise, de nombres anarchistes de droite (coucou John !) mais aussi dans une certaine extrême-gauche, chez des survivalistes, chez d’innombrables universitaires, psychologues, économistes, intellectuels, sera un ingrédient majeur dans la forge de la pensée néolibérale, chacun prenant tout ou partie des commandements objectivistes, sans être toujours à un paradoxe prêt. Sans la puissance de feu d’Ayn Rand peut-être n’aurait pas été créée le think tank washingtonien The Cato Institut, d’obédience libertarienne (et se référant dans son appellation non pas au catholicisme mais à Caton le jeune), proche des courants de la droite étasunienne tout en critiquant nombres aspects de la politique étrangère bushienne.
Son troisième roman, The Fountainhead (La source vive, 1943) devient un surprenant film de King Vidor en 1949. Gary Cooper y incarne avec ardeur un architecte visionnaire (en partie inspiré de Frank Lloyd Wright) en but à la médiocrité ambiante, voire à la mesquinerie et les intrigues de son milieu professionnel. Ne cédant rien, persuadé de la pertinence de ses idées architecturales, décidé à donner vie à son œuvre, ce personnage d’avant-gardiste mal perçu finira par faire aboutir son travail, s’accomplissant ainsi avec panache. Puis, si des palanquées de longs-métrages US relaient, consciemment ou pas, l’un ou l’autre aspect d’un objectivisme intégré au fonctionnement d’une majeure partie de la société et donc de ses spectacles, L’Aube rouge est un point haut qui n’aurait probablement pas déplu à la philosophe, décédée peu avant la déclamation pelliculaire de Milius.
Au début du nouveau millénaire, les frères Baldwin acquièrent les droits du roman-fleuve The Atlas Shrugged (haussement d’épaules), sorti en 1957 et succès phénoménal réunissant dans une composition redoutable aventure, romance et pamphlet. Cette révolte d’Atlas récemment traduit en français sous le titre moins cultivé mais néanmoins pertinent de La grève n’est évidemment pas le récit d’un musclé mouvement social populaire comme en ont écrit ou en écriront de prestigieux journalistes ou/et écrivains (par-exemple, pour l’un des plus récents et puissants docufiction littéraire sur ce thème, l’incontournable Rafle des eaux de John Shannon). Il en désaxe même le point de vue puisque cette dystopie située dans les années 50 raconte le terrible coup de sang de décideurs (économiques, pour l’essentiel) qui, excédés des intrusions gouvernementales dans le business, se mettent en vacances de leur pouvoir, disparaissant même de la circulation. Il en résulte une telle crise que le monde verse dans le chaos. Un contexte général paranoïaque à l’intérieur duquel se lit le destin d’une femme de tête et de quelques industriels et entrepreneurs visionnaires (dont l’inventeur d’un nouvel alliage métallique notamment pour des traverses de chemins de fer, symboliques des avancées technologiques dans un monde médiocre) confrontés aux jaloux, aux politiciens avides et couards, à une bureaucratie handicapante. Apparemment incapables de mener à bien l’adaptation (ou en bute à des difficultés liées à un texte « sensible ». Il y aura notamment un projet de mini-série TV), les Baldwin remettent le destin du projet à un entrepreneur et producteur indépendant, John Aglialoro. Impliqués dans les tentatives de porter le roman au cinéma, Brangelina et LionsGate quittent le train pour laisser seul Aglialoro aux commandes. Il mettra lui-même du carburant dans la chaudière de la locomotive à coups de pelletées de dollars, vingt millions pour un film se voulant premier d’une trilogie, ou au moins d’un diptyque. Après le passage de plusieurs réalisateurs potentiels et quelques scénaristes (dont Randall Braveheart Wallace), The Atlas Shrugged, part I, réalisé par l’acteur et réalisateur de sitcom Paul Johansson et dont le canevas est largement modernisé, sort en 2011 (avec l’appui de LionsGate, revenue à de meilleures intentions). Il fonctionne suffisamment pour qu’en soit rapidement tournée la suite en 2012 (par un certain John Putch). Extraits et bandes annonces laissent augurer de suspenses tendus visuellement d’excellentes tenues, richement dialogués et traversés de nombreux acteurs américains qui, s’ils ne sont pas tous connus du grand public, sont des seconds couteaux vus dans d’innombrables films et séries TV : Michael O’Keefe, Michael Lerner, Jon Polito, Jason Beghe, Esai Morales, D.B. Sweeney, Ray Wise et Samantha Mathis dans le premier rôle féminin, central. (2) Forcément moins ample que le roman, l’adaptation, qui souffrirait de son budget modeste et de quelques fausses notes dans quelques remaniements d’intrigues et de personnages secondaires, resterait « une réussite qui se regarde sans ennui. Les admirateurs d’Ayn Rand seront pour la plupart satisfaits de regarder l’adaptation filmique de cette œuvre géniale […] Le film, quoiqu’il atténue maints aspects de l’objectivisme, demeure une belle défense des valeurs aristocratiques d’effort, d’intelligence, de beauté et surtout de liberté, contre les calculs des politiciens et leurs lois liberticides. La discrète critique des gouvernements actuels qui dilapident l’économie suffit à combler les quelques êtres doués de raison, qui espèrent encore une prise de conscience de la situation actuelle dans cette époque d’indigence intellectuelle. » (3)
(1) Ces individualistes minoritaires vomissent le gouvernement, prônent même sa disparition, sont hostiles aux émissaires fédéraux mais sont pour la plupart réunis en clans et dans des mouvements politiques tel que le Personal Choice Party, qui présenta une candidate aux élections présidentielles de 2004 et 2008, la regrettée Marylin Chambers, ex-première porno-stars des USA !
(2) Samantha Mathis (Pump up the Volume, Broken Arrow…) ne joue que dans le second segment, puisque son personnage est interprété par une autre actrice dans le premier, à l’image de l’ensemble de la distribution !
(3) Ces quelques lignes sont parmi les plus sobres de la critique lu sur une page de la revue-site Leaule, qui se revendique réactionnaire, et dont l’intégralité sera laissée à votre appréciation
Laurent Hellebé
Bande-annonce Atlas Shrugged part I :
Bande-annonce Atlas Shrugged part II :







































