Classé dans : DES FILMS & DÉBATS | Tags: 7e Art, Anna Hutchinson, épouvante, Bradley Whitford, cabane Buckner, Cabin Fever, Canada, chalet hanté, Chris Hemsworth, classique, Cloverfield, Drew Goddard, escapade horrifique, Etats-Unis, Evil Dead, expérimentation, forêt, Fran Kranz, Friday the 13th, gore, grand écran, horreur, Jason Voorhees, Jesse Williams, Joss Whedon, Kristen Connely, La Colline a des yeux, La Dernière Maison sur la gauche, Le Projet Blair Witch, Necronomicon, Nicolas Domenech, Promenons-nous dans les bois, reality show, revueversus.com, Richard Jenkins, survival horror, télé-réalité, The Avengers, The Corridor, Vendredi 13, week-end à la campagne, Within the Woods, [REC]
Une belle brochette d’étudiants partent en week-end à la campagne, direction une cabane isolée avec un lac à proximité… ça ne vous rappelle rien ? Bon nombre de films d’horreur utilisent cette trame de fond (Vendredi 13 notamment). La Cabane dans les bois n’échappe pas à la règle, avec ses cinq étudiants aux caractères bien distincts : l’Érudit (Jesse Williams), l’Athlète (le sculptural Chris Hemsworth, vu dans Thor et Avengers, qui a abandonné ici son scalp abondant et son marteau magique), la Chaudasse (Anna Hutchinson) qui dandine son boule devant l’âtre, le Cinglé (Fran Kranz) qui carbure au bong, la Vierge (Kristen Connolly) qui va sûrement voir le loup. Ils décident de s’aérer l’esprit en prenant un camping-car très années 80 (bien moins stylé que celui de La Colline a des yeux, nouvelle version). Au passage, ils tombent sur le bon vieux pompiste désagréable, vétéran du Viêt-Nam, qui machouille du tabac et qui crache par terre, qui ne manque pas de leur indiquer le chemin (vers la mort ?) de la cabane Buckner, la dernière maison sur la gauche, après le tunnel. Une cabane glauque à souhait avec le miroir sans tain qui va bien, parfait pour mater la fille qui enlève le haut. Après une première soirée arrosée, ils découvrent la cave de la cabane et ses objets d’un autre âge : la vieille boîte à musique, la robe en dentelle et le fameux livre secret (un nouveau Necronomicon ?). La vierge s’empresse de lire à haute voix une incantation en latin qui a le don de réveiller… une famille de zombies (Evil Dead remember) motivée comme jamais à l’idée de croquer de la chair fraîche. Jusque–là, on est dans les clous du film d’horreur. Aux commandes de cet OVNI horrifique, on trouve le scénariste de Cloverfield, Drew Goddard, ici réalisateur, et le réalisateur d’Avengers, Joss Whedon, ici scénariste (Vous suivez toujours ?). Ce duo de choc joue avec les codes du genre. La réalisation de Goddard est un bel hommage à l’âge d’or eighties des films d’horreur (Vendredi 13, Evil Dead…) avec très peu de mouvements de caméra superflu, un côté brut de décoffrage efficace, pas de plan séquence, ni de caméra subjective à des années lumières du Projet Blair Witch et autre [REC].
Finalement derrière cette mise en scène très années 80, on bascule dans les années 2012. Les protagonistes sont les victimes d’une équipe de télé-réalité (menée par les loufoques Bradley Whitford et Richard Jenkins), qui depuis une base souterraine, tire les ficelles du scénario en diffusant des phéromones dans la forêt pour inciter le couple à s’envoyer en l’air, en employant un gaz pour inciter le groupe à se séparer plutôt qu’à rester ensemble pour affronter les zombies. Et si vous ajouter à cela, une bonne overdose de SF (la seconde partie du film bascule dans… l’inattendu) et la présence d’une guest-star de chez guest-star, vous obtenez un cocktail détonnant qui bien qu’imparfait sur plusieurs plans vaut le détour pour son originalité.
« Vous croyez connaître l’histoire. Vous pensez connaître la fin ». Jamais une accroche de film n’aura été aussi juste pour inviter le chaland à venir se prendre une bonne claque cinématographique en pleine poire !
Nicolas Domenech
Film sorti dans les salles françaises le 02 mai 2012
Distribué (en France) par Metropolitan Filmexport
Classé dans : 19ème Festival Fantastique de Gérardmer | Tags: 19ème festival du film fantastique de Gérardmer, affiche, étudiants, bouseux, camping, chronique, cinéphile, cinéphiles, cinéphilie, cine, codes, critique, délirant, détournement, DVD, Edgar Wright, Eli Craig, forêt, malentendu, quiproquo, rednecks, revue, revue versus, revueversus.com, séance, séances, Shawn of the Dead, slasher, sorties, sorties ciné, Tucker et Dale fightent le mal, Vendredi 13, versus.com, versusmag.fr

Cette année, la nuit spéciale concoctée par le festival a clairement jouée le décalage total en oubliant les sempiternels slashers et autres DTV en solde pour enfin renouer avec l’esprit festif des cinéphiles qui ne demandaient qu’à se lâcher. Et dans cette optique, la Nuit Fantastique composée de Tucker et Dale fightent le mal, New Kids Turbo (film hollandais anar et complètement chtarbé du bulbe où toutes les transgressions sont permises et hilarantes, donc absolument indispensable !) et Juan of The Dead, remplit parfaitement son office, proposant trois bandes axant avant tout leur intérêt sur la manière de libérer les zygomatiques des spectateurs.
Tucker et Dale fightent le mal, premier film d’Eli Craig ouvre ainsi le bal et propose de suivre un délirant détournement de tous les codes en vigueur dans les traditionnels films d’horreur où des étudiants partis faire la fête en pleine forêt obscure se font décimer un à un par des rednecks dégénérés. Le film joue ainsi à fond sur le décalage qui s’installe dans la perception des évènements par des jeunes complètement formatés par des décennies de Vendredi 13 et ses ersatz. Des motifs et codes tellement bien intégrés qu’ils définissent à leurs yeux la réalité d’un monde totalement étranger à leur milieu protégé. En clair, ce sera la cambrousse Vs les bobos urbains et l’affrontement sera riche en étincelles.
Dale et Tucker sont deux bouseux américains qui viennent de faire l’acquisition d’une résidence de vacances qu’ils vont retaper afin de profiter eux aussi de leur temps libre pour s’adonner à leur loisir favori, la pêche. Alors qu’ils chargent leur camionnette de tout l’outillage nécessaire (tronçonneuse, faucille, cisailles, marteau, clous, essence, débroussailleuse, etc) acheté à la station service/supérette du coin, ils croisent le pick-up d’un groupe de jeunes venus se ravitailler au même endroit. Ces derniers émettent d’emblée un jugement faussé par leur conditionnement culturel et voient dans ce duo, certes bourru et peu avenant, les représentants des spécimens responsables de tous les faits divers sanglants inimaginables. Pourtant, Tucker et Dale sont sympas et n’aspirent qu’à un peu de tranquillité, voire un soupçon d’amour pour Dale, le plus nounours des deux, qui s’est entiché de la sculpturale Alison. Mais sa manière de l’aborder elle est ses amies pour entamer la discussion et créer un premier contact révèle une maladresse que les donzelles prendront de facto pour l’expression d’un dérèglement comportemental. Les rapports entre les deux groupes vont rapidement s’envenimer lorsqu’au cours du bain de minuit des adolescents Dale plonge pour sauver de la noyade Alison, ses amis croyant alors à un enlèvement alors que Tucker et Dale ne l’ont emmené avec eux que pour la soigner. Le leader des jeunes, Chad, persuade ses potes de retrouver les deux péquenauds et leur faire la peau pour libérer leur amie. Malheureusement, un des leurs se tue accidentellement (se croyant poursuivi par Tucker armé d’une tronçonneuse rugissante, il s’empale sur une branche), renforçant aux yeux des autres le statut de psychopathes des deux campagnards. Les quiproquos et autres malentendus ne vont faire que s’accentuer, par des actions mal comprises ou des bribes de paroles entendues hors de leur contexte, et engendrer de nombreux gags très drôles malgré le résultat tragique pour les victimes. Tucker et Dale fightent le mal renvoie ainsi à l’excellent Shawn of the Dead dans sa volonté de rendre hommage au genre en y appliquant une grille de lecture délirante et rafraîchissante. Mais au contraire du film d’Edgar Wright, Eli Craig ne parvient jamais à dépasser son postulat de base et demeure engoncé dans son approche au second degré, n’engendrant aucune réflexivité ou émotion. Dommage mais en l’état, le film est parfaitement réjouissant, jouant adroitement sur les contrastes entre les personnages d’étudiants excessivement apeurés, Chad complètement obtus jusqu’à l’obsession, Alison la compréhensive et les attachants Tucker et Dale. Sans être un futur classique en puissance, Tucker et Dale fightent le mal est plus qu’une simple comédie potache en plongeant nos deux loosers eux-mêmes dans la fiction d’horreur balisée dont ils ignorent les codes, la sincérité de leurs réactions s’avérant aussi touchantes qu’amusantes.
Nicolas Zugasti
Bande-annonce de Tucker et Dale fightent le mal d’Eli Craig, en salles le 1er février 2012
Classé dans : Festival de Cinéma de la Ville de Québec 2011 | Tags: Assaut, camp, Carpenter, courts, croque-mitaines, Dominic James, Fantasia, FCVQ, feu, forêt, gore, horreur, Jason Voorhees, Jerome Sable, La Horde, La Nuit des morts-vivants, morts-vivants, parodie, pauvreté, psychopathe, Renaud Plante, Romero, slasher, tueur, Vendredi 13, zombies
Bref retour sur deux courts-métrages fantastico-horrifiques projetés hier samedi soir au Petit Champlain dans le cadre du FCVQ ; le premier avant le documentaire Art/Crime de Frédérick Maheux, le second avant l’excellente "comédie pour adultes" Sunflower Hour de Aaron Houston.

Hommage évident et roboratif au style offensif de Carpenter et de Romero, Saint-Belmont (projeté à Fantasia l’été dernier) de Renaud Plante met aux prises un nouveau locataire (joué par Sébastien Huberdeau, acteur vedette du thriller Angle Mort) avec des morts-vivants, en fait tous les pauvres et les défavorisés que la nouvelle politique immobilière de Montréal (flambée des loyers, éviction des moins riches pour construire à la place des logements sociaux de luxueux condominiums pour classes aisées) a jetés à la rue ou confinés dans les ghettos. La nuit venue, comme dans le Land of The Dead de l’ami "George A", les zombies contestataires de ce nouvel ordre économique s’en prennent aux habitants fraîchement installés sur leur ancien territoire. Poursuivi par une horde déchaînée, le héros avocat parcourt les rues aidé d’un laitier noir. Plante reprend ici, en les détournant quelque peu, les schémas matriciels de La Nuit des morts-vivants et de Assaut (quelques vignettes sont des décalques jouissifs des meilleures plans de ces deux chefs-d’œuvre), sauf que l’idéalisme social (heu, relatif) des pellicules originales est ici remplacée par l’implacable injustice urbaine contemporaine. Porté par une ambiance très bien rendue et posée (l’obscurité imbuvable de la ville en pleine nuit, le brouillard), découpé avec la régularité des maîtres cités, et bourré de trouvailles de mises en scène (l’avocat joue au golf et vise la tête de ses assaillants pour s’en débarrasser !), Saint-Belmont s’amuse mais n’omet jamais, à l’instar des grand John et George, de piquer là où ça fait mal, un bon bras d’honneur aux institutions qui entretiennent la misère (le carton en début de film appuie ce propos engagé). C’est très pro (on n’a pas affaire à un court bricolé), photographié comme il faut, joué à peu près correctement (les dialogues sonnent un peu faux ici et là) et même si ça n’a rien d’original (les zombies, thème archi-rebattu), l’ensemble fait énormément de bien. En dire plus serait délayer.

Production également québécoise, le court The Legend of Beaver Dam, réalisé par Jerome Sable, propose quant à lui une variation sur le thème du croque-mitaines et des massacres au camp d’été. Un cas d’école en même temps qu’un univers ultra-codifié ; autant dire des figures que le réalisateur connaît sur le bout de l’objectif. L’ambiance est posée et décryptable d’emblée, pour le plus grand plaisir des amateurs de slashers, de Jason Voorhees et de Candyman. Des scouts et leur animateur sont tranquillement assis autour du feu et poussent la chansonnette. L’adulte se heurte à la superstition d’un des gamins, un binoclard que les autres chahutent quand il avoue avoir peur de prononcer trois fois le nom du croque-mitaines Beaver Dam et ainsi de le faire apparaître. S’en suit un délire où le monstre surgit en effet et opère un massacre, jusqu’à ce que… N’en disons pas plus au risque de déflorer les surprises successives de ce court qui accumule pas moins de deux, voire trois, twists aussi ludiques qu’ébouriffants. Travaillé avec un amour sincère du genre, techniquement irréprochable, mis en scène comme une série B crédible avec maquillages de constance et gore potache (mais juste comme il faut), The Legend of Beaver Dam mêle horreur, humour, absurde, jusqu’à retomber sur ses pieds dans une conclusion plus noire que jamais. Comme on dit : une petite tuerie.
Stéphane Ledien
Bande-annonce de The Legend of Beaver Dam de Jerome Sable








