"Liverpool" de Manon Briand

Liverpool marque le retour derrière la caméra de la réalisatrice Manon Briand, dix ans ans après le remarqué La Turbulence des fluides – produit par Luc Besson – avec Julie Gayet et Pascale Bussières. Dans ce nouveau film lui aussi frappé du sceau du mystère, Briand déploie un talent certain pour l’observation des phénomènes de société et fait se télescoper avec efficacité et tendresse, crimes locaux et scandales écologiques internationaux, réseaux sociaux et contestation planétaire, romantisme suranné et relations humaines "2.0". Liverpool projette dans une intrigue de thriller aux accents de comédie sentimentale, une discrète employée de vestiaire d’une boîte de nuit montréalaise, Émilie (Stéphanie Lapointe, qui approfondit son jeu après une prestation plus périssable dans La Peur de l’eau) et Thomas (Charles-Alexandre Dubé), un timide rédacteur/animateur de contenus sur Internet. Elle aime parler aux gens et consulter de vraies cartes routières ; il collectionne les objets technologiques et s’invente des identités sur la toile pour honorer ses travaux publicitaires. Ils sont irrésistiblement attirés l’un vers l’autre, mais n’osent pas s’aborder. L’adversité les réunira, après qu’Émilie, désireuse de rendre service, se retrouve embarquée dans une sombre histoire de famille, un complot filial qui en cache un autre, plus vaste et où interviennent motards violents et industriels véreux.

Solide dans ses partis pris narratifs, Liverpool se révèle visuellement ciselé : des extérieurs nuit inquiétants et aux lumières blafardes s’opposent à des séquences de jour plus légères et acidulées. Souvent l’œil se réjouit de décors bien plantés et graphiquement soignés ; le stylisme de l’ensemble s’enorgueillit de vignettes très design parfois trop appliquées pour être honnêtes – toutes ces scènes où s’immisce ouvertement la marque Apple ne manqueront pas d’agacer les récalcitrants, mais nous sommes quand même loin de l’ostentation publicitaire d’un des derniers épisodes de la saga 007. Attaché à flatter l’œil, Liverpool surprend aussi dans son équilibre stable entre polar concerné par la décrépitude du monde et comédie teintée de (trop) bons sentiments. Entre deux plans inventifs, une contreplongée pour dynamiser l’arrivée d’une voiture à l’hôtel, un emprunt aux déambulations satellitaires du web pour resituer les héros sur la route de la vérité, une flaque d’eau dans laquelle se reflète l’enseigne du club Liverpool et que vient troubler le pas angoissé de son héroïne, etc., les indéniables qualités formelles du métrage parviennent à estomper le mauvais jeu de comédiens secondaires (le gros truand Paul Peretta correspond à un énième numéro de mafieux monolithique, et le ravisseur cagoulé est un poncif de méchant de série B) et les invraisemblances d’un scénario souvent généreux avec les protagonistes : les "coups de chance" sont légion, par exemple pour retrouver des personnages perdus dans l’immensité numérique (Thomas identifie sur un réseau social en quelques minutes une jeune femme qui a pourtant plus d’une centaine d’homonymes) ou sauver les (anti)héros d’une mort certaine. Thomas écope ainsi d’un "simple" passage à tabac lorsque les motards découvrent qu’il les espionnait : une violence minorée par rapport à la réalité où sévissent des Hell’s volontiers assassins.

Malgré ses petites sorties de route de la crédibilité, Liverpool se suit avec intérêt et affection pour son duo de tourtereaux idéalistes animés d’une passion pour la vérité. L’enchaînement de séquences musclées – mais pas inutilement spectaculaires – qui culminent avec la prise d’assaut du vieux-port de Montréal par des militants écologistes et activistes de tout poil (l’effet Anonymous et Occupy Wall Street), entrecoupées d’observations amusées sur les dérives des réseaux virtuels et l’addiction aux technologies, nous capte, nous balade joyeusement de Montréal à Ottawa et, au final, nous propulse au cœur d’une réflexion sur la contestation, incontournable écho au Printemps érable et à la collusion/corruption ambiante (notamment dans l’industrie de la construction) actuellement pointée du doigt par les médias québécois. Avec une énergie communicative, Liverpool se sert agréablement de l’influence sociétale de l’activisme en ligne et des codes graphiques de la culture digitale pour faire avancer son récit. Le charme de ses comédiens principaux animés de dialogues empreints d’authenticité achève d’en faire un thriller rafraîchissant. Qu’est-ce qui fait courir le film – et le spectateur avec lui ? Sa touchante propension à conférer à des individus lambda, et non des surhommes, le pouvoir de changer les choses. Une certaine illustration de la génération descendue dans les rues ces derniers mois pour contester la politique d’éducation nationale du gouvernement Charest.

Stéphane Ledien

> Film sorti en salles au Québec le 3 août 2012
[Remerciements à Julie Moffet]



"L’exercice de l’État" en DVD & Blu-Ray chez Diaphana : JEUX DE POUVOIR

A défaut d’être une année véritablement faste, 2011 aura été un excellent cru pour le cinéma français que ce soit dans le domaine du film d’auteur (notamment grâce à La Guerre est déclarée de Valérie Donzelli) ou de la comédie populaire (Intouchables bien sûr), mais également dans un registre rarement (pour ne pas dire jamais) exploré par le cinéma hexagonal : le film politique. Présenté à Cannes l’an dernier dans la section Un certain regard, aux côtés de Pater et de La conquête (tous deux présentés en sélection officielle), le long-métrage de Pierre Schoeller, L’Exercice de l’État, coproduit par les frères Dardenne, est une œuvre habile portant un regard subtil et lucide sur la pratique du pouvoir et la gestion de l’État. Mais alors que le magnifique opus d’Alain Cavalier, à l’image de ses précédents films (Irène notamment), tenait tout autant du journal intime que du film politique, et que celui de Xavier Durringer décevait, comme s’il était handicapé par la présence d’un modèle présidentiel beaucoup trop écrasant, Pierre Schoeller, libre de toute contrainte idéologique (on ne sait trop à quel parti politique appartiennent les différents protagonistes, même si le libéralisme constitue visiblement leur mode de pensée) signe une œuvre indubitablement crédible sur l’exercice du pouvoir ainsi que sur les diverses compromissions et malversations pour la conservation dudit pouvoir.

Le ministre des Transports Bertrand Saint-Jean (Olivier Gourmet) est réveillé en pleine nuit par son directeur de cabinet. Un car a basculé dans un ravin et plusieurs victimes sont à dénombrer. Il n’a bien évidemment pas le choix : il doit se rendre sur place. Ainsi commence l’odyssée (concentrée sur trois / quatre jours) d’un homme d’État dans un monde toujours plus complexe et hostile. Vitesse de réaction à une époque où les médias sont omniprésents, lutte de pouvoirs inter-claniques, chaos social issu de la crise économique… Tout s’enchaîne et se percute dans un microcosme où une urgence balaie l’autre en un revers de main. À quels sacrifices ces hommes qui nous gouvernent sont-ils prêts ? Jusqu’où tiendront-ils, dans un État qui dévore jusqu’à l’os ceux qui le servent ? Répondant avec brutalité à toutes ces questions, débutant par une scène onirique « scotchante » voire carrément troublante, L’Exercice de l’État se conclut (quasiment !) sur une scène d’accident spectaculaire démontrant le savoir-faire de son réalisateur. Entre les deux, la puissance et la précision du scénario ainsi que les interprétations de Zabou Breitman, Michel Blanc (très convaincant en directeur de cabinet) et surtout d’Olivier Gourmet, excellent dans son rôle de ministre révélant par instant son côté humain (notamment lors d’une scène de pleurs) en se débarrassant de sa coquille technocratique, génère une œuvre intense et forte constamment sous tension, à la limite du thriller.

Critique du libéralisme au pouvoir où corruption, ambition personnelle, tractations politiques (tiens, je t’échange un plus grand ministère contre ton directeur de cabinet !) et soumission semblent être les fondations de ce type d’idéologie, L’exercice de l’état est sorti récemment en DVD et Blu-ray. L’occasion pour tous de (re)découvrir le long-métrage de Pierre Schoeller, deuxième volet d’une trilogie politique après l’excellent Versailles (meilleur rôle de Guillaume Depardieu). Film indispensable faisant indubitablement froid dans le dos, il installe,de plus, durablement son réalisateur dans la liste des carrières à suivre.

Fabrice Simon

Film sorti en DVD le 01 mars 2012 chez Diaphana.



Gabriel Pelletier, réalisateur de "La Peur de l’eau"

Gabriel Pelletier, réalisateur du polar La Peur de l’eau, aux côtés de Nicole Robert, productrice du film

Officiant derrière la caméra depuis exactement vingt ans, Gabriel Pelletier s’est forgé, au Québec, une solide réputation d’auteur à succès critique et public. Une carrière en somme partagée entre récompenses prestigieuses et excellents résultats au box-office : tout en rassemblant un public nombreux, son film culte Karmina (1996) a récolté de nombreux prix dans les festivals de cinéma fantastique d’Europe et d’Asie ; et, pour n’en citer qu’un autre, sa Vie après l’amour, en 2000, a remporté la Bobine d’Or des prix Jutra et le prix du public au festival Juste pour Rire. Avec La Peur de l’eau, le réalisateur se frotte aujourd’hui au genre qu’il déclare préférer mais n’avait encore jamais approché, même de loin. Un polar sympathique voire parfois drolatique où sa maîtrise de l’humour et de la parodie innervent un récit à toile de fond criminelle, celle-là noire à souhait.

Revue Versus : Assez vite, on ressent La Peur de l’eau comme une tragi-comédie noire grinçante. Le film policier classique se double ainsi d’une dimension que je qualifie pour ma part de "parodique". Vous revendiquez cette intention ?

Gabriel Pelletier : Je revendique l’humour, oui. Grand amateur des frères Coen, je me suis demandé, au moment d’adapter le roman de Jean Lemieux, quel ton nous devrions adopter selon cette influence. Dans le roman, le personnage de Surprenant possédait un côté très pince-sans-rire. À l’écran, nous en avons fait un flic timide, qui n’a pas confiance en lui : ceci permet une identification, un intimisme rassembleur. La Peur de l’eau propose un mélange des genres à la Fargo – c’est le modèle que nous nous sommes fixés. Une enquête à hauteur d’homme, donc de anti-héros, avec une vie et une enquête se déroulant à un rythme très lent.

Revue Versus : Justement, en voyant l’agent Savoie (interprété par Brigitte Pogonat) afficher une mine ahurie et admirative devant son collègue au début du film, j’ai pensé à Frances McDormand dans Fargo.

Gabriel Pelletier : C’est voulu. Il y a aussi ses répliques pleines de silence (contrairement aux polars urbains), comme chez les Coen.

Revue Versus : En parlant de polars urbains… La séquence du policier débarquant de Montréal pour reprendre l’enquête à grands renforts de théorie dignes d’un "profiler" fait, elle, basculer le film dans la parodie. C’est à la fois une critique des clichés du genre et une belle façon de déplacer les enjeux, puisqu’un crime qu’on a l’habitude de voir dans les métropoles a été commis en pleine campagne.

Gabriel Pelletier : Oui, sur ce point précis, c’est parodique. Je voulais prendre mes distances, de façon ludique, avec tous ces CSI : Les experts et autres polars ostentatoires où la technologie et l’esthétique du vidéoclip prennent outrageusement le dessus sur le travail de terrain. Je voulais revenir à de l’humain, de la déduction, de l’intelligence. Et du relationnel : Surprenant se rend compte qu’il ne connaît pas vraiment les gens aux Îles-de-la-Madeleine.

Revue Versus : Oui et plus il enquête, plus son regard s’affine.

Gabriel Pelletier : Surtout, plus il se rapproche de la victime en reconstituant le cours des événements, plus il s’ouvre à la vie. C’est un doux paradoxe.

Revue Versus : C’est un anti-héros total, ce Surprenant. Voilà quelque chose de peu courant dans le polar, en tout cas.

Gabriel Pelletier : Ce qui fait l’originalité du personnage, c’est que c’est un exilé et qu’il a peur d’affronter les défis. Pourquoi aller vivre et exercer en tant que policier aux Îles-de-la-Madeleine quand on vient de la ville ? Cette question sous-tend aussi l’intérêt du film et de son intrigue : dans la réalité, il n’y a jamais eu aucun meurtre aux Îles-de-la-Madeleine. C’est dire le manque d’ambition du personnage, en tout cas par rapport à une investigation criminelle de haute tenue.

Revue Versus : Ce que l’on retient du film, c’est surtout sa peinture d’une communauté repliée sur elle-même, avec les portraits inquiétants – ou drôlement inquiétants – que cela induit.

Gabriel Pelletier : C’est un huis-clos naturel : nous sommes sur une île – donc enfermés, en quelque sorte. J’exploite l’opposition entre les gens d’en dehors et les gens du milieu. L’enquête, ce faisant, devient le prétexte à du tourisme dramatique. Considérons ceci comme un polar excentré. Comme disait David Lynch : "It’s a place". C’est presque ethnographique, le personnage comme le spectateur sont confrontés à une réalité exacerbée par différents milieux.

Revue Versus : Après la ville et sa condescendance via le personnage de Gingras, vous riez aussi de la campagne et de ses gens qui s’espionnent les uns les autres cachés derrière le rideau de leur fenêtre.

Gabriel Pelletier : Oui, tout à fait ! En fait, je trouvais intéressant de mettre en scène la rumeur. Elle est presque un personnage à part entière : la standardiste du poste de police, Majella (jouée par Sandrine Bisson). Et au-delà du film, on a vu aussi comment se propageaient les on dit pendant le tournage. Tout le monde a su rapidement quel acteur interprétait quel personnage. Les habitants de l’île se sont tous passés le mot à propos du film, des rôles…

Revue Versus : C’est un peu comme dans les romans mettant en scène Miss Marple : une communauté ravagée par les jalousies…

Gabriel Pelletier : Tout à fait. Le film est un vrai "whodunit". On distribue les indices au fur et à mesure. Même quand il a toutes les cartes en main, le spectateur reste surpris par la révélation. Je reste un grand lecteur et spectateur de polars.

Revue Versus : Au-delà des frères Coen et d’Agatha Christie, quelles sont vos influences ?

Gabriel Pelletier : David Lynch. Il y a un petit côté Twin Peaks dans La Peur de l’eau. J’aime aussi le surréalisme de Blue Velvet. Et sinon, la série The Klling, qui exploite elle aussi l’élément liquide, la pluie…


Propos recueillis et mis en forme par Stéphane Ledien

> La Peur de l’eau est sorti en salles au Québec le 27 janvier 2012. Lire aussi notre chronique du film



"La peur de l’eau" de Gabriel Pelletier

Tandis qu’à Gérardmer, Nicolas Zugasti et quelques joyeux contributeurs assistent au défilé des bonnes et mauvaises surprises du festival du film fantastique, l’actualité cinématographique est aussi marquée, du côté du Québec (où la neige ne manque pas en ce jour de tempête) par la sortie en salles du thriller La Peur de l’eau, sympathique polar adapté du roman On finit toujours par payer de Jean Lemieux (paru aux Éditions de la courte échelle, spécialistes du genre). Partant d’une intrigue criminelle classique qui se réclame du whodunit traditionnel, le réalisateur Gabriel Pelletier livre au premier plan une galerie de portraits saisissants, tantôt sombres, tantôt drôles, et finalement drôlement sombres. Ce n’est qu’en toile de fond que se déploient les motifs inquiétants du meurtre à caractère sexuel et du trafic de drogue, esthétique brutale dans un paysage de carte postale où dominent l’image de la plage et des falaises balayées par le vent. La Peur de l’eau peut ainsi se (conce)voir comme un polar touristique, l’incursion du crime urbain dans un univers paisible, attrayant et curieux – original ne serait pas le mot, convenons-en – jeu d’opposition entre sauvagerie humaine et beauté de la nature.
Tout commence par la découverte du cadavre de Rosalie Richard (Stéphanie Lapointe, la gagnante de la deuxième édition de la Star Académie version québécoise, en 2004) la fille du maire des Îles-de-la-Madeleine. L’enquête échoit au timide agent de la Sûreté du Québec André Surprenant (Pierre-François Legendre en anti-héros attachant), un policier intuitif mais effacé, plus prompt à dresser des contraventions qu’à traquer un meurtrier. Il est secondé dans sa tâche par l’agent Geneviève Savoie (Brigitte Pogonat), une jeune flic affublée d’un appareil dentaire et au visage figé dans une perpétuelle expression de surprise – ses mimiques rappellent la shérif Marge Gunderson, interprétée par Frances McDormand, dans le Fargo des frères Coen. Assez vite, Surprenant collecte, sous l’œil admiratif de sa collègue, les indices qui viennent brouiller la piste initiale du meurtre commis par un psychopathe, et déterre de sombres histoires de drogue, de chantage, de conflits d’intérêt entre habitants des îles. En reconstituant patiemment – et aussi à partir de rumeurs, illustrées avec un sens de l’à-propos visuel – les événements, Surprenant se dote d’un nouveau regard sur sa communauté. Une auscultation que viennent compliquer l’hostilité à son égard de notables et/ou de délinquants locaux, et le parachutage du sergent-détective Gingras (Normand D’Amour, l’inquiétant "ange exterminateur" de 5150, Rue des Ormes), une "huile" de la police de Montréal rompue aux nouvelles méthodes d’investigation et de profilage criminel. Raillé par l’expert venu de la métropole qui le voit comme le représentant typique d’une "police de campagne", bousculé par ceux qu’il questionne et ébranlé dans ses convictions, Surprenant va transcender son manque d’assurance et vaincre sa phobie de l’eau pour mieux naviguer dans celles, troubles, de l’affaire Rosalie Richard…

Comme dans les bons vieux Miss Marple de Dame Agatha Christie – influence revendiquée par Gabriel Pelletier – La Peur de l’eau égrène ses révélations et fait ses preuves, à l’instar de son policier anxieux, au fur et à mesure d’un récit fluide sachant user, sans en abuser, de flashes-back inventifs et dynamiques (comme cet étonnant "raccord parfait" entre la scène de la reconstitution du soir du meurtre et la soirée originale, dans le bar où Rosalie a bu son dernier verre). Mais aussi, de vignettes brutales insérées dans la narration comme autant de ruptures de ton destinées à rappeler que par-delà les manèges verbaux (Surprenant ne cesse de marmonner des "excellents" et des "exact") et les affectations de langage (confrontation ludique des accents), l’histoire reste celle d’une nature humaine éprouvée à l’aune des jalousies et des convoitises – exactement comme dans les Miss Marple où cette nature, disait la détective anglaise, "est partout la même" : on retiendra comme moment fort de mise en scène, le filmage du meurtre en plongée ce fameux soir fatidique, intensité d’une mort coagulée dans un bleu nuit profond cinglé par la pluie, comme dans les polars étasuniens les plus efficaces ; ou encore la sécheresse de la confrontation finale entre Surprenant et l’un des protagonistes de l’affaire, sur un bateau filant à toute allure vers les rives de la vérité et de la transfiguration de son personnage principal.
Tout en amenant, avec les tensions qui s’imposent, son récit vers la résolution d’une enquête primordiale pour la légitimité de son héros trop humain pour être iconique (même si, par son regard amoureux, l’agent Savoie tend à le sublimer), Gabriel Pelletier applique d’habiles coups de pinceau sur la toile. Cela, afin de livrer, plus qu’un simple polar, une peinture de caractères où, derrière le prétexte du "qui l’a tuée ?", pointent la parodie, l’humour noir et la satire grinçante de la condescendance de la grande ville et des mœurs parfois frustes de la campagne (crudités, indélicatesses et "on dit" à tout-va). Considérant que le réalisateur œuvra surtout pour les genres de la comédie (La Vie après l’amour en 2000, Ma tante Aline en 2007) et du fantastique (Karmina, 1996, comédie à effets spéciaux considérée comme culte dans la Belle Province, et sa suite, K2, en 2001), il n’y a là, a priori, rien de surprenant. Et pourtant, ça l’est.

Stéphane Ledien

> Film sorti en salles au Québec le 27 janvier 2012

> À lire prochainement : notre "brève rencontre" avec le réalisateur Gabriel Pelletier.



"MILLENIUM : LES HOMMES QUI N’AIMAIENT PAS LES FEMMES" DE DAVID FINCHER : SOUS LA NEIGE, RIEN DE NOUVEAU…

Certains cinéphiles abhorrent par principe la volonté d’Hollywood de cannibaliser les succès cinématographiques étrangers – qu’ils soient asiatiques, avec par exemple la vague des Kaidan Eiga japonais dans les années 1990-2000, ou européens comme l’attestent les remakes récents de films français tels Pour elle ou Anthony Zimmer. La manœuvre opportuniste et essentiellement mercantile s’accompagne souvent, il est vrai, d’un ethnocentrisme des plus pénibles à force de vouloir absolument recentrer les intrigues et les thématiques à travers le prisme étasunien. Après Brothers (2009) réalisé par Jim Sheridan et inspiré par le métrage de la Danoise Suzanne Bier et, quelques années auparavant, Insomnia de Christopher Nolan (2002) remake du film norvégien éponyme de Erik Skjoldbjaerg, les studios US s’attaquent une nouvelle fois au cinéma scandinave en confiant à David Fincher l’adaptation du best-seller de l’écrivain suédois Stieg Larsson, qui a déjà connu les joies d’une adaptation ciné avec le film de Niels Arden Oplev datant de 2009.
Après son remarquable The Social Network, Fincher s’attèle avec Millénium : les hommes qui n’aimaient pas les femmes à sa troisième adaptation littéraire, après son Fight Club d’après Chuck Palahniuk et L’Étrange histoire de Benjamin Button inspirée d’une nouvelle de F. Scott Fitzgerald. C’est par contre la première fois que son travail sera – forcément – jugé à l’aune d’un autre film basé sur le même matériau original. Le spectateur familier de l’univers littéraire de "Super Blomkvist" et de la jeune Lisbeth Salander ou de l’adaptation dano-suédoise ne sera pas surpris par le déroulement de l’intrigue qui conserve la structure narrative qu’il connaît déjà, à quelques modifications marginales près : Mikael Blomkvist est le père d’une adolescente « bigotte » qui lui donne un indice précieux dans l’avancement de son enquête sur la disparition de l’adolescente Harriet il y a plusieurs décennies. Et si la révélation du finale prend quelques libertés avec son modèle , elle ne bouleverse aucunement la dynamique et le fondement de l’histoire.

Après un générique qui surprend – et agace un peu – par son caractère « clippesque » (et qui confortera sans doute les détracteurs du cinéaste ne lui pardonnant pas ses soi-disant tics de mise en scène hérités de sa carrière pré-cinématographique), Millénium convainc par la qualité de la mise en scène – ampleur des cadres et des mouvements de caméra – et une caractérisation des personnages et des performances d’acteurs bien meilleures et plus subtiles que celles du film de Niels Arden Oplev. Si on peut reprocher à Fincher le défaut d’originalité du projet (intrinsèque à tout remake ou nouvelle adaptation d’un roman), on ne peut donc que reconnaître ses qualités de réalisateur qui font de ce Millénium un métrage meilleur que son homologue européen. Nul doute que sans l’existence de la première adaptation du thriller politico-économico-historique de Stieg Larsson, l’appréciation du film de Fincher aurait été encore réévaluée, sans aucune réserve sur la qualité du métrage. Car le réalisateur américain – ou plus précisément le scénariste Steven Zaillian, auteur du Mission : Impossible de Brian De Palma tout de même ! – manque ici l’occasion de faire un « grand » film politique sur les États-Unis d’Amérique, en choisissant de préserver le cadre de la Suède pour son intrigue, alors que celui des Etats-Unis correspond parfaitement aux enjeux du scénario inspiré par le roman.

Au-delà du constat sur la beauté des paysages enneigés du nord du continent américain qui n’ont rien à envier à ceux des pays scandinaves, la transposition aurait permis de raviver le passé douteux de certains Américains à l’époque du nazisme, qui n’ont pas hésité à choisir une franche collaboration avec le IIIème Reich. Plutôt que souligner l’acceptation et l’adhésion d’une partie de la population suédoise (notamment la Haute Société de l’époque) aux thèses et aux politiques défendues par le parti national-socialiste allemand, il aurait été nettement plus intéressant et subversif de mettre en lumière les agissements identiques des grands industriels américains. Rappeler qu’Henry Ford fut l’un des bailleurs de fonds étrangers les plus importants d’Hitler – qui le récompensera d’ailleurs de la « Grande croix de guerre allemande » – et que ses propos controversés sur les Juifs ne laissent guère planer le doute sur son antisémitisme radical (1). Que Rockfeller et sa Standard Oil ont permis le développement énergétique de l’Allemagne après 1934 par le transfert technologique au profit de IG Farben (2) et favorisé, de facto, les préparatifs de guerre du IIIème Reich. Que les relations économiques de firmes comme ITT (International Telephone and Telegraph), General Motors, IBM, ou General Electric – qui prennent des participations dans les entreprises allemandes (3) – avec le Reich ont été intenses malgré le totalitarisme s’installant progressivement en Allemagne. Peu importe la couleur politique du régime tant que les profits étaient au rendez-vous. Sans doute aussi que certains de ces capitaines d’industries voyaient d’un meilleur œil le modèle allemand comparativement à la social-démocratie et au progressisme social que tentait de mettre en place le président Roosevelt de leur côté de l’Atlantique. Une trace sombre dans l’Histoire des États-Unis, qu’il aurait été salutaire de rappeler à ses citoyens.

Les autres motifs et thématiques abordés auraient tout aussi pu être traités dans le cadre du pays de l’Oncle Sam : les dynasties familiales qui se succèdent à la tête des empires économiques et financiers assurant la reproduction intergénérationnelle des « élites » déterminées par les liens du sang et non le talent ou le mérite ; les difficultés des contre-pouvoirs médiatiques à enquêter et menacer les intérêts des grands consortiums privés, le monde des affaires gangréné par les liens étroits avec les mafias et qui profite des possibilités offertes par les paradis fiscaux et leurs comptes off-shore afin d’échapper à un contrôle politique et citoyen. Les États-Unis étant le cœur du système économique mondialisé et dérégulé érigé depuis trop longtemps en modèle indépassable, Millénium aurait pu (aurait dû) délaisser Stockholm et sa région pour s’installer de l’autre côté de l’Atlantique pour traiter cette enquête policière sur fond de « féminicides ». Un acte manqué donc, d’autant plus regrettable que le métrage s’adresse en priorité à un public américain qui n’a pas eu accès à la première adaptation du roman, et qui aurait sans doute marqué les esprits aux États-Unis – on imagine la réaction des Suédois face à leur passé peu reluisant que Stieg Larsson puis Niels Arden Oplev  leur ont remémoré.

De fait, si le métrage connaît un succès critique et public, cette bonne réception s’expliquera – outre les qualités de la mise en scène déjà évoquées et une photo magnifique – par une intrigue policière solide et  captivante (sans être un chef d’œuvre littéraire, le roman est très bon, il faut le rappeler). À travers le personnage de Lisbeth Salander, Millénium dresse le portrait d’une femme forte qui décide d’affronter ces « Hommes qui n’aiment pas les femmes ». La réflexion s’oriente notamment sur les rapports de genre reposant toujours sur une logique de domination masculine insupportable, selon laquelle certains hommes ne conçoivent les relations hommes-femmes qu’à travers la violence : le nouveau tuteur de Lisbeth qui profite de son statut pour abuser sexuellement de la jeune femme, et les auteurs des crimes atroces qui jalonnent l’histoire de la Suède depuis plusieurs décennies. Malgré tout, la qualité de l’histoire et le talent (voire le génie) de David Fincher n’empêchent pas le spectateur d’être dubitatif sur l’intérêt de la démarche et de spéculer sur ce qu’aurait pu être Millénium : Les hommes qui n’aimaient pas les femmes si le choix avait été fait de décontextualiser l’intrigue de son cadre original et d’offrir un film miroir de la société américaine, auscultant et reflétant ses zones d’ombres, son passé collaborationniste, ses « métastases » qui gangrènent et contaminent lentement l’ensemble de ses contours. Un métrage de la trempe des Seven, Zodiac ou The Social Network, les trois meilleurs films du réalisateur à ce jour.

Fabien Le Duigou

(1) Voir le texte « The International Jew » publié dans The Deadborn Independant (publication appartenant à Henry Ford)
(2) Voir le travail de l’historien américain Antony C. Sutton, notamment Wall Street and The Rise Of Hitler (1976)
(3) Pierre Abramovici, « Comment les firmes US ont travaillé pour le Reich », Historia, n°669.

Sorti le 18 janvier 2012.

Bande annonce VO sous titrée français :



LE TOP 10 DE L’ANNÉE 2011 PAR LA RÉDACTION DE VERSUS

En couverture de notre numéro 21 paru en début d’année, Black Swan, de Darren Aronofsky, remporte largement le titre de meilleur film de l’année 2011 décerné par les rédacteurs et contributeurs de Versus. Une domination sans partage et méritée pour ce très grand film, qui rend enfin justice au grand talent de son réalisateur, troisième de notre classement il y a deux ans avec The Wrestler. Derrière, ça se bouscule pour les places d’honneur. "L’aspect novateur et l’avancée technique" que présuppose Les Aventures de Tintin (dixit Eric Nuevo) suffisent au film de Steven Spielberg pour se retrouver sur le podium, en compagnie, heureux hasard, de l’hommage de J.J. Abrams au cinéma de tonton Steven (Super 8). Suivent la "prétentieuse" (dixit Stéphane Ledien) Palme d’Or (The Tree of Life) et le Prix de la mise en scène (Drive) du dernier Festival de Cannes, ainsi qu’une triplette asiatique (Detective Dee, J’ai rencontré le diable, The Murderer) qui souligne une fois de plus tout l’intérêt que Versus porte au grand Tsui Hark, et aux joyaux du cinéma coréen. Notons enfin la présence, en dixième position, du coup de cœur du rédac’ chef Stéphane Ledien, le très beau Incendies (chroniqué dans notre DVD Park n° 7) du Canadien Denis Villeneuve. Côté absences notables, signalons qu’une fois n’est pas coutume, Clint Eastwood (Au-delà) passe à la trappe, de même que Martin Scorsese dont le pourtant magnifique Hugo Cabret échoue aux portes du Top10 en compagnie de The Artist, premier film français cité par la rédaction.

Julien Hairault

TOP 10 DE LA RÉDACTION

1. BLACK SWAN de Darren Aronofsky
2. LES AVENTURES DE TINTIN : LE SECRET DE LA LICORNE de Steven Spielberg
3. SUPER 8 de J.J. Abrams
4. THE TREE OF LIFE de Terrence Malick
5. DRIVE de Nicolas Winding Refn
6. DETECTIVE DEE de Tsui Hark
7. J’AI RENCONTRÉ LE DIABLE de Kim Jee-woon
8. THE MURDERER de NA Hong-jin
9. LA PLANÈTE DES SINGES : LES ORIGINES de Rupert Wyatt
10. INCENDIES de Denis Villeneuve


Tops des rédacteurs

Julien Hairault

1. THE MURDERER de NA Hong-Jin
2. BLACK SWAN de Darren Aronofksy
3. LA GROTTE DES RÊVES PERDUS de Werner Herzog
4. HUGO CABRET de Martin Scorsese
5. HABEMUS PAPAM de Nanni Moretti
6. PATER d’Alain Cavalier
7. DETECTIVE DEE de Tsui Hark
8. INCENDIES de Denis Villeneuve
9. RESTLESS de Gus Van Sant
10. L’EXERCICE DE L’ÉTAT de Pierre Schoeller

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Stéphane Ledien

1. INCENDIES de Denis Villeneuve
2. BLACK SWAN de Darren Aronofsky (en fait vu en 2010, car le film est sorti fin 2010 au Québec)
3. MINUIT À PARIS de Woody Allen
4. DRIVE (titre au Québec : SANG-FROID) de Nicolas Winding Refn
5. THE ARTIST (titre au Québec : L’ARTISTE) de Michel Hazanavicius
6. LES AVENTURES DE TINTIN : LE SECRET DE LA LICORNE de Steven Spielberg
7. SUNFLOWER HOUR de Aaron Houston
8. 127 HEURES de Danny Boyle
9. MONSIEUR LAZHAR de Philippe Falardeau
10. LIMITLESS (titre au Québec : Sans Limites) de Neil Burger

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Fabien Le Duigou

1. BLACK SWAN de Darren Aronovsky
2. J’AI RENCONTRÉ LE DIABLE de Kim Jee-woon
3. TRUE GRIT de Ethan et Joel Coen
4. LES AVENTURES DE TINTIN : LE SECRET DE LA LICORNE de Steven Spielberg
5. X-MEN : LE COMMENCEMENT de Matthew Vaughn
6. LA PLANÈTE DES SINGES : LES ORIGINES de Rupert Wyatt
7. DETECTIVE DEE de Tsui Hark
8. THE MURDERER de Hong-jin Na
9. INSIDIOUS de James Wan
10. ARRIETTY, LE PETIT MONDE DES CHAPARDEURS de Hiromasa Yonebayashi

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Eric Nuevo

1. BLACK SWAN de Darren Aronofsky
2. THE ARTIST de Michel Hazanavicius
3. DRIVE de Nicolas Winding Refn
4. LA PIEL QUE HABITO de Pedro Almodovar
5. SUPER 8 de J.J. Abrams
6. MELANCHOLIA de Lars Von Trier
7. THE TREE OF LIFE de Terrence Malick
8. RESTLESS de Gus Van Sant
9. LES AVENTURES DE TINTIN : LE SECRET DE LA LICORNE de Steven Spielberg
10. LE DISCOURS D’UN ROI de Tom Hooper & INCENDIES de Denis Villeneuve

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Philippe Sartorelli

1. SUPER 8 de J.J. Abrams
2. THE TREE OF LIFE de Terrence Malick
3. SUCKER PUNCH de Zack Snyder
4. LES AVENTURES DE TINTIN : LE SECRET DE LA LICORNE de Steven Spielberg
5. HUGO CABRET de Martin Scorsese
6. BLACK SWAN de Darren Aronofsky
7. LA PLANÈTE DES SINGES : LES ORIGINES de Rupert Wyatt
8. X-MEN : LE COMMENCEMENT de Matthew Vaughn
9. MISSION : IMPOSSIBLE, PROTOCOLE FANTÔME de Brad Bird
10. INSIDIOUS de James Wan

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Fabrice Simon

1. THE MURDERER de NA Hong-Jin
2. SUPER 8 de J.J. Abrams
3. BLACK SWAN de Darren Aronofsky
4. UNE SÉPARATION de Asghar Farhadi
5. J’AI RENCONTRÉ LE DIABLE de Kim Jee-woon
6. INCENDIES de Denis Villeneuve
7. LES AVENTURES DE TINTIN : LE SECRET DE LA LICORNE de Steven Spielberg
8. THE TREE OF LIFE de Terrence Malick
9. FIGHTER de David O. Russell
10. DRIVE de Nicolas Winding Refn

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Julien Taillard

1. DETECTIVE DEE de Tsui Hark
2. SOURCE CODE de Duncan Jones
3. BLOOD ISLAND de Jang Cheol-soo
4. J’AI RENCONTRÉ LE DIABLE de Kim Jee-woon
5. LA PLANÈTE DES SINGES : LES ORIGINES de Rupert Wyatt
6. VERY BAD TRIP 2 de de Todd Phillips
7. LE DISCOURS D’UN ROI de Tom Hooper
8. SUPER 8 de J.J. Abrams
9. X-MEN : LE COMMENCEMENT de Matthew Vaughn
10. DESTINATION FINALE 5 de Steven Quale

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Nicolas Zugasti

1. DETECTIVE DEE de Tsui Hark
2. HAPPY FEET 2 de George Miller
3. LES AVENTURES DE TINTIN : LE SECRET DE LA LICORNE de Steven Spielberg
4. CARNAGE de Roman Polanski
5. BLACK SWAN de Darren Aronofsky
6. TRIANGLE de Christopher Smith (inédit DVD)
7. J’AI RENCONTRÉ LE DIABLE de Kim Jee-woon
8. BLACK DEATH de Christopher Smith (inédit DVD)
9. RARE EXPORTS de Jalmari Helander
10. THE WARD de John Carpenter (inédit DVD)

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Tops des contributeurs

Hendy Bicaise

1. COMMENT SAVOIR de James L. Brooks
2. THE TREE OF LIFE de Terrence Malick
3. JE VEUX SEULEMENT QUE VOUS M’AIMIEZ de Rainer Werner Fassbinder
4. DRIVE de Nicolas Winding Refn
5. THE FUTURE de Miranda July
6. 127 HEURES de Danny Boyle
7. LA DERNIERE PISTE de Kelly Reichardt
8. L’APOLLONIDE – souvenirs de la maison close de Bertrand Bonello
9. LA PIEL QUE HABITO de Pedro Almodovar
10. MISSION : IMPOSSIBLE – PROTOCOLE FANTÔME de Brad Bird

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Nicolas Domenech

1. BLACK SWAN de Darren Aronofsky
2. DRIVE de Nicolas Winding Refn
3. THE TREE OF LIFE de Terrence Malick
4. LA PLANÈTE DES SINGES : LES ORIGINES de Rupert Wyatt
5. POLISSE de Maïwenn
6. SUPER 8 de J.J. Abrams
7. FIGHTER de David O. Russell
8. 127 HEURES de Danny Boyle
9. LA COULEUR DES SENTIMENTS de Tate Taylor
10. COWBOYS & ENVAHISSEURS de Jon Favreau & LE DISCOURS D’UN ROI de Tom Hooper

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Pierre Gaffié

1. MELANCHOLIA de Lars Von Trier
Suivi de :
SI TU MEURS, JE TE TUE de Hiner Saleem
BLUE VALENTINE de Derek Cianfrance
DONOMA de Djinn Carrénard
THE FUTURE de Miranda July
LES CHEMINS DE LA MÉMOIRE de José-Luis Penfuerte
LAST NIGHT de Massy Tadjedin
POUPOUPIDOU de Gérald Hustache-Mathieu
RABBIT HOLE de John Cameron Mitchell
L’ÉTRANGÈRE de Feo Aladag



"Contagion" de Steven Soderbergh

Le cinéma de Steven Soderbergh est plus que jamais, après la sortie de ce nouveau film, un cinéma de l’anecdote. Et le plus rageant, dans cette histoire, c’est que le réalisateur lui-même semble se complaire là-dedans. Contagion, sans être oubliable, revendique clairement un côté périssable et éphémère, qui est aussi celui de son principal sujet : le virus qui se propage d’un bout à l’autre de la planète. Mais la concordance des temps entre celui du film (cent minutes) et celui de l’action (plusieurs mois), est le principal défaut d’un métrage qui justement, ne prend pas son temps. Au petit jeu du « on aurait préféré que … », Soderbergh avait sans doute, avec sa dizaine de personnages et sa demi-douzaine de situations, matière à écrire une série plutôt qu’un film aussi peu long. Car passé un premier quart d’heure très efficace sur le début de la contagion, le rythme ne ralentit pas alors qu’au contraire, l’humanité toute entière semble piétiner : recherche d’un vaccin, atermoiements politiques, réflexes de survie, début d’apocalypse…

Ni vraiment un thriller (le suspense n’existe quasiment pas), encore moins un film politique (le tableau qui est esquissé des liens pouvant exister entre les laboratoires pharmaceutiques, les organisations nationales et mondiales pour la santé, et les gouvernements, est plutôt simpliste), et surtout pas un film de "fin du monde" (l’accumulation de victimes un temps efficace finit par ne plus toucher le spectateur, même quand l’un des "héros" est contaminé à son tour), Contagion est tout et rien à la fois. Pire, le film, qui semble dans un premier temps vouloir embrasser le monde entier comme lieu de son intrigue, ne quitte jamais le territoire américain à l’exception de faibles séquences à Hong-Kong, où Marion Cotillard se retrouve à faire la classe (en anglais !) aux enfants d’un village sous la protection du Christ… Voilà pour le niveau de ridicule que peut parfois atteindre le film. Dans le même registre, le flashback final sur l’origine du virus, nécessairement attribuée à l’Homme (la déforestation), reporte une grande partie de la cause de celui-ci sur les Asiatiques. On peut plaider la naïveté, ou bien un peu de bêtise, mais néanmoins, certains choix d’écriture (le scénario est de Scott Z. Burns, déjà auteur du plus intéressant The Informant !) ne sont pas sans conséquence.

Au-delà de ces scories idéologiques, le scénario du film est trop éclaté pour susciter un intérêt permanent de la part d’un spectateur baladé d’un bout à l’autre des Etats-Unis dans des scènes/situations qui ne dépassent pas les trois minutes. Du MidWest à San Francisco en passant par Atlanta, des laboratoires aux conférences de presse sans oublier l’insurrection de la rue, Contagion affiche un large éventail de situations et de personnages qui (sur)vivent et meurent devant nous dans un défilé de vignettes inégales. Si la partie scientifique de l’intrigue remplit plutôt bien sa fonction informative (exception faite d’une mise en scène qui nous fait vite comprendre qu’elle focalisera tout du long sur les contacts humains transmetteurs du virus), cela se fait au détriment du cinéma de genre, qui sonne plusieurs fois à la porte du métrage sans jamais que celui-ci ne l’ouvre. Les séquences d’évacuation et de pillage de et par la population (la partie Matt Damon du film, qui aurait mérité, comme toutes les autres, un long à elle-seule) sont bâclées et ne nous émoustillent pas. Pas plus que la « partie » Jude Law, qui incarne un bloggeur influent qui se méfie des autorités, n’arrive à instaurer le propos « altermondialiste » et critique qu’elle semble pourtant couver.

Si bien que l’on finit par ne pas s’attacher à des héros malmenés, non pas par l’intrigue, mais par leur créateur. Des actions naissent sans que l’on en sache la fin. Incroyable sentiment de tromperie quand lors des dernières minutes du film, les personnages interprétés par Jude Law et Marion Cotillard se lancent dans de nouvelles actions dont on ne connaîtra pas le fin mot (l’interview de citoyens en attente d’être vaccinés pour le premier, une course pour quitter l’aéroport et retrouver les enfants d’un village à qui l’on a promis de vivre mais que l’on a trompés). Comme si le cinéma n’était pas le bon medium pour un scénario si imposant, et qu’au bout du compte, la casse constatée était prévisible. Sans de bons comédiens et un sens plutôt alerte du montage, le film ne serait pas recommandable. Il l’est un petit peu pour l’énergie qu’il met en œuvre pour nous dépeindre un scénario qui pourrait très bien arriver aujourd’hui, demain, ou dans dix ans. Mais son absence de parti pris et de mise en garde en fait vite une œuvre mineure, qui à trop copier les faiblesses de son époque (vacuité, égoïsme…), finit par se parer de ces mêmes défauts.

Julien Hairault

Le film est sorti en salles depuis le 9 novembre 2011, distribué par Warner Bros.



"La main noire" de Richard Thorpe (Wild Side Video)

Richard Thorpe est un vieux routier de la MGM, tout aussi foutu de filmer quelques aventures dans la jungle (jouées par le vrai Tarzan, c’est-à-dire Johnny Weissmuller) que les moyenâgeux Chevaliers de la Table Ronde et Ivanhoé ou que le très emballant Prisonnier de Zenda. Mais on aurait tort de croire que le gaillard n’a que du savoir-faire et qu’il ne cherche même pas à le faire savoir. En fouillant dans sa filmographie, les curieux pourront découvrir quelques pépites telles que l’hitchcockien Above Suspicion ou l’étrange Force des ténèbres.
La Main noire (Black Hand) qu’il réalise en 1950 souffre quelque peu des défauts de la MGM, avec un scénario qui ne cherche jamais à trop déranger. Réalisateur de studio, Thorpe suit son script à la ligne sans penser à le pervertir en lui donnant sa marque. Pourtant, le sujet est fort, qui décrit les débuts de la mainmise de la mafia sur la communauté italienne de New York, au tout début du XXe siècle. Le cinéaste se réfugie, semble-t-il, dans une manière de filmer les décors très expressionniste, utilisant les ombres, rendant inquiétante la moindre ruelle ou une anodine montée d’escaliers. Thorpe sait quoi faire de sa caméra et il le prouve : ses plans de la Little Italy des années 1900, avec ses rues encombrées d’étalages, renvoient forcément au New York des années vingt montré par Coppola dans Le Parrain 2.

C’est courant dans les films américains, le scénario met en balance l’individualisme et le collectif. Revenu aux États-Unis pour accomplir une vendetta, le héros va progressivement travailler pour la communauté italienne en luttant corps et âme contre la mafia. On dit que La Main noire est un des premiers, sinon le premier film à aborder la question de la Cosa Nostra en tant qu’organisation secrète qui pourrit la vie de tout un quartier. Ici, les méchants ne sont ni Scarface ni Little Caesar, seulement de petits commerçants qui tiennent la population sous leur coupe.
Après un brillant début qui laisse augurer du meilleur, le film devient bavard. Il nous rattrape avec l’enquête en Italie et ne nous lâche pas avec la capture du héros par les méchants. Grand studio oblige, la fin est malheureusement trop happy pour être crédible.
À ces bonnes surprises décrites plus haut (les plans, le suspense), il faut ajouter celle du casting. On croise dans cette Main noire beaucoup d’excellents seconds rôles qui nous permettent d’entrer encore mieux dans l’histoire. Le soin mis à filmer leurs visages burinés est tout autant à porter au crédit de Thorpe que de son directeur de la photo, Paul Vogel. Quant à la vedette, on sera étonné de découvrir qu’il s’agit de Gene Kelly, finalement ici aussi à l’aise que lorsqu’il chante sous la pluie. Le célèbre danseur a tourné La Main noire entre deux comédies musicales, preuve de son goût du risque.



Jean-Charles Lemeunier

> Film sorti en DVD le 20 septembre chez Wild Side



"The Silence" de Baran bo Odar (section "Expérience(s)")

Sorti en avril dernier en France sous le titre Il était une fois un meurtre, The Silence a franchi quelques semaines plus tard l’Atlantique pour être intégré à la programmation de Fantasia. D’où sa présence aussi dans la catégorie "Expérience(s)" de la première édition du FCVQ, heureuse prolongation de l’événement montréalais dans la Capitale-nationale. Projeté en dernière séance du festival hier dimanche soir au Clap de Québec (dans des conditions peu optimales, avec une copie numérique de qualité discutable), The Silence a permis de clore l’ensemble sur une note de frisson et de virtuosité. Réalisé par le Suisse Baran bo Odar – classé par le magazine Variety parmi les dix réalisateurs à suivre en 2011 – The Silence est un thriller haletant et pessimiste dont les enjeux se déploient sur deux époques. En juillet 1986, deux désaxés pédophiles planifient le meurtre d’une jeune fille ; l’un des deux, en fait témoin et complice passif, disparaît et refait sa vie. 23 ans plus tard, à la même date et au même endroit, une jeune fille est assassinée. Un meurtre qui pousse l’ancien complice à sortir de l’ombre et à retrouver, mû par des pulsions qu’il ne pourra bientôt plus supporter, l’assassin initial. En parallèle, un inspecteur de police veuf et quelque peu borderline mène l’enquête, aidé par le policier qui travailla autrefois sur l’affaire, et aujourd’hui à la retraite. D’une époque et d’un protagoniste, à un autre, le récit se resserre autour des culpabilités et des fêlures de l’âme.

Filmé avec un sens de l’épure et du cadrage dramatique (pléthore de plongées pour un point de vue déique : damnation éternelle des personnages), The Silence prend le parti de rapprocher la solitude des parents des victimes, à celle des tueurs et du flic dépenaillé faisant office de héros basculant dans l’obsession maladive. La trame est classique mais Baran bo Odar, en plus d’orchestrer l’habituelle traque avec mise en perspective des indices d’une époque à la lumière d’une autre, redéfinit la notion de course-poursuite. Tous les protagonistes sont ainsi poursuivis par la culpabilité et la souffrance de vivre seuls. Un concept qui renforce la tension extrême de l’ensemble, notamment celle des situations d’interrogatoire de routine devant mener à la piste de l’assassin : voir cette séquence éprouvante pour les nerfs où Peer Sommer se tient prêt à sortir son couteau face à la présomption de la femme flic venu le questionner à son domicile. Original dans son traitement héroïque avec ce policier hirsute à qui son supérieur ordonne "de prendre une douche", The Silence rompt avec les figures du genre, n’hésitant pas à fragiliser l’image virile et forte de l’enquêteur traquant un serial-killer. Le héros, toujours lui, est ainsi surpris en pleine nuit en train de porter une robe de sa défunte femme, dont il n’a pas fait le deuil. Ailleurs, Baran bo Odar ne tombe pas non plus dans le piège de la représentation cliché du pédophile, affublant ses assassins d’un physique d’individu sans histoires et non de l’apparence convenue du binoclard à cheveu gras telle que l’aurait affectionnée un mogul hollywoodien. Dans cette volonté de ne jamais rendre attirant aucun des protagonistes de cette sordide histoire mais de les montrer à hauteur et à horreur d’hommes, le réalisateur décuple la puissance anxiogène d’un monde qui n’est plus une hyperbole cinématographique : juste un écho aux tragédies de notre actualité quotidienne, écho que vient assombrir un finale privilégiant l’irrésolution et l’isolement de tous.



Stéphane Ledien



Festival de Cinéma de la ville de Québec : première édition et grandes premières

Hier mercredi 21 septembre était donné le coup d’envoi de la première édition du Festival de Cinéma de la ville de Québec. Un événement paré des plus beaux atours de la Capitale Nationale, avec soirée de première (et d’ouverture) du film Café de Flore de Jean-Marc Vallée projeté au Palais Montcalm, où fut déroulé pour l’occasion le désormais traditionnel tapis rouge, apparat de rigueur dans ce genre de festivités de grande envergure. "Internationale" pourrait compléter ce dernier mot, mais le nom de l’événement lui-même permet d’en resituer avec légitimité le positionnement : le FCVQ, s’il se veut incontournable (attendons au moins la fin de cette première édition pour en avaliser l’idée) ne peut sans doute pas prétendre à un rayonnement mondial. D’abord parce qu’on y note l’absence d’une compétition officielle et de prix conséquemment décernés par un jury de personnalités, disons, compétentes (terme à prendre avec des pincettes), du 7e Art. Il y aura bien, pour la petite histoire, quelques prix attribués par le public ainsi que, c’est vrai, un Prix Quebecor du "meilleur premier film" décidé et remis par un jury de "professionnels reconnus", mais le sponsor s’immisce un peu trop dans la dénomination pour qu’on y voie une reconnaissance pleine, entière et indépendante. Pour voir les choses de façon positive, disons que le plaisir spectatoriel domine ici celui de l’académisme et, tout compte fait, c’est peut-être mieux ainsi. Ensuite, et c’est la raison pour laquelle nous disons "peut-être mieux ainsi", même si la volonté de ses trois instigateurs (Marie-Christine Laflamme, Christopher Lemonnier et Olivier Bilodeau, que tous les communiqués décrivent comme des "passionnés de cinéma" : rien de profondément significatif) tend vers l’organisation d’un festival "comparable à ceux qu’on retrouve dans plusieurs grandes villes du monde" (en clair : diversité et renom, oui ; émergence forte, pas forcément), l’impact de la programmation ne saurait rivaliser avec le TIFF (à Toronto), aujourd’hui de même classe que la Mostra et qui brille d’une aura proche des lumières cannoises. En organisateurs avisés, les têtes pensantes du FCVQ n’ont pu que déplacer le propos et, vraie bonne et louable idée, rendre accessible au public francophone de la province la cinématographie qui fit les beaux jours des récents festivals majeurs, du Canada (au-delà de Toronto, Montréal propose aussi le Festival du Nouveau cinéma — on y reviendra, nous sommes partenaires —, le Festival des Films du monde, les Rendez-vous du cinéma québécois, et Fantasia) mais aussi du monde entier (Venise, Deauville, Berlin…). Il ne faut pas se tromper d’intention : le Festival de Cinéma de la ville de Québec, fruit d’un travail acharné (il a été monté en huit mois seulement) joue la carte de l’accessibilité sans se départir d’un élégant cérémonial, gage de qualité événementielle. Il ne prend certes pas le risque de jouer les vrais découvreurs mais agit comme un relais intelligent, laissant l’avant-garde à ceux qui la maîtrisent — à juste titre et en vertu de plus gros moyens — depuis des années.
Sur le déploiement de paillettes et la volonté d’attirer un public amoureux du grand écran, le FCVQ joue pleinement, à raison, la carte du glamour, d’où la transformation momentanée du Palais Montcalm en salle de projection des films considérés comme les plus prestigieux de la programmation. L’éclat du cérémonial en rehausse le retentissement et la perception, osons le mot, "mondaine". Mais l’intérêt d’un festival ne se mesure pas à sa mise en scène. Pour ce qui est du Palais Montcalm, quoi qu’on en comprenne aisément l’adoption comme lieu de flamboyance festivalière, nous ne le qualifierions pas de salle de cinéma d’exception ; pour la projection de Café de Flore, la sonorisation flirtait avec l’agression auditive. Mais ceci est un détail technique…

Killing Ruth : The Snuff Dialogues de Nicholas Kinsey

Venons-en au cœur du sujet : la programmation. C’est à travers ses partis pris, ses risques et ses ouvertures que l’événement imposera sa signature et marquera le paysage, déjà saturé, des festivals cinématographiques. Jusqu’au 2 octobre, le FCVQ propose une cinquantaine de films "d’ici et d’ailleurs", tous précédés de courts métrages majoritairement québécois.
Les films seront regroupés dans quatre sections, "Prestige" pour les films "de maîtres" (appellation subjective s’il en est) et les premières, "Découverte" pour l’émergence de nouveaux talents ou sujets, "Rétro" pour des reprises marquantes, "Expérience(s)" pour des films de genre plus pointus.
Au-delà de ces classifications plus ou moins évasives, notre enthousiasme se lit surtout à l’évocation de quelques noms déjà publiés dans les colonnes de notre belle revue : Larry Clark pour une rétrospective et une classe de maître forcément incontournables, Denis Villeneuve (pour son incroyable court-métrage Next Floor), Chris Sivertson (pour Brawler, une histoire de "fight-club" criminelle et forcément brutale), Gus Van Sant (pour Restless, chroniqué par l’ami Nuevo ici même), Aki Kaurismäki (pour Le Havre, descendu en flèche par l’ami Hairault lors du dernier festival de Cannes)… Le cinéma québécois s’y illustre bien sûr dans tous ses états, entre premiers films audacieux (Marécages de Guy Édoin avec Pascale Bussières, on y reviendra) et classiques (Maria Chapdelaine de Gilles Carle), comédies événementielles (French Immersion de Kevin Tierney) et premières très attendues (Café de Flore de Jean-Marc Vallée ; on le chronique dans le prochain billet), sans oublier une classe de maître Jean-Claude Labrecque. D’avance, notre attention se porte aussi sur Art/Crime de Frédéric Maheux, un documentaire traitant de la réprésentation de la violence, de la fiction et de la censure au cinéma ; Womb, film fantastique franco-germano-hongrois de Benedek Fliegauf où intervient l’idée de clonage ; The Silence, thriller allemand signé Baran Bo Odar autour du thème du tueur en série ; Killing Ruth : The Snuff Dialogues de Nicholas Kinsey, film québécois racontant l’histoire d’une tueuse professionnelle collectionneuse de talons hauts ; Hasta La Vista de Geoffrey Enthoven, road movie belge où trois handicapés entament la route des vins espagnole pour y vivre leur première expérience sexuelle ; Hellacious Acres : The Case of John Glass, de Pat Tremblay, film de Sf expérimentale québécois à l’ambiance semble-t-il post-apocalyptique ; ou encore le faux documentaire canadien Sunflower Hour de Aaron Houston, où quatre marionnettistes se disputent la présentation d’une émission pour enfants…
Les Français The Artist d’Hazanavicius (relire ici, pour mémoire…), Omar m’a Tuer de Roschdy Zem (relire …) et Je Vous aime très beaucoup de Philippe Locquet, les grands muets Chaplin et Keaton, les branchouilles Jonathan Caouette (All flowers in time), Pascal Arnold et Jean-Marc Barr (American Translation), entre autres références, se croisent aussi dans la liste des films projetés tout au long du festival.
12 jours pendant lesquels, même si les élites de Cannes, de Toronto et d’ailleurs ont déjà laissé leurs empreintes sur les pellicules maniées ici et là, le plaisir sera pleinement restitué à un public qui méritait lui aussi de voir enfin de quoi il en retourne.



Stéphane Ledien

Bande-annonce de Brawler de Chris Sivertson

Bande-annonce de Sunflower Hour de Aaron Houston




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