Filed under: Festival de Cannes 2012 | Tags: caméra à l'épaule, Cannes, chasseur, cinéastes, cinéma danois, cinéma vérité, Compétition Officielle, dogme, drame, enfance, Festen, Festival, la chasse, Mads Mikkelsen, Palmarès, Palme, Pédophilie, sélection, vérité
Il existe une catégorie de réalisateurs dont on n’attend pas grand chose, quel que soit le projet. Tel est le cas de Thomas Vinterberg, cinéaste danois en perte de vitesse depuis Festen (1998, tout de même). D’où la surprise de voir son Jagten sélectionné pour la compétition officielle de ce soixante-cinquième festival de Cannes. Et pourtant, malgré ces a priori, force est de constater que La Chasse (son titre français), est une œuvre brillante qui réintroduit indubitablement son auteur dans la cour des cinéastes à suivre.
Lucas est employé dans un jardin d’enfants. Divorcé et voyant peu son fils, c’est un homme gentil, attentionné et doux avec les gosses qui l’adorent tout comme la jolie assistante espagnole. Il a tout un tas de copains avec qui il fait souvent des soirées et part régulièrement à la chasse. Bref, nonobstant ce problème de garde d’enfant avec son ex, il mène une vie joyeuse et valorisante. Jusqu’au jour où la fille de son meilleur ami va l’accuser d’avoir commis des actes de pédophilie. Commence alors une descente aux enfers où Lucas va perdre sa famille, sa copine et le respect de son entourage. Seul son fils croit en lui et tout deux vont tenter de rétablir la vérité.
Pointons d’emblée la faiblesse du film : l’absence de doute sur la culpabilité du héros, personnage tellement sympathique qu’il ne ferait pas de mal à une mouche. Dans ce rôle de gentil éducateur à la belle vie qui s’écroule, le toujours remarquable Mads Mikkelsen, l’un des acteurs préférés de Versus, pas loin pour le coup du prix d’interprétation cette année. Touchant dans un registre de l’homme blessé qu’on ne lui connaissait pas, l’acteur découvert dans Pusher en 1996, aidé par tout un ensemble de comédiens justes, est époustouflant de maîtrise et de sensibilité.
La pédophilie est un sujet qui « titille » Vinterberg depuis Festen, même si dans Jagten il est abordé de façon à faire douter de la parole de l’enfant de cinq ans, cet être qu’on voudrait soi-disant à l’abri du mensonge. L’absence de contrepoint à la parole de l’enfant dans la société danoise (et par extension la société occidentale) fait ainsi froid dans le dos tant l’avenir de l’accusé semble sans issue. La chasse du titre devient alors une allégorie évoquant celle dont est victime Lucas de la part de ses ex-amis. Bouc émissaire d’une société bien pensante, le personnage principal ne devra son salut qu’à son obstination à rétablir LA vérité en se battant contre ses concitoyens conditionnés et traumatisés par le spectre de la pédophilie.
Porté par une mise en scène stylisée et efficace à mille lieux du dogme de Festen et par une dramaturgie qui maintient constamment le spectateur en haleine, Jagten mériterait d’accéder au palmarès pour avoir permis à son auteur d’effectuer enfin son retour dans le cercle des cinéastes majeurs.
Fabrice Simon
Film en compétition officielle
Filed under: FESTIVAL UNIVERS CINÉ ALLEMAND 2011 | Tags: 7e Art, Annekatrin Hendel, Autriche, École de Berlin, Über uns das All, Über uns das All (L'amour et rien d'autre), événement, Berlin, Berlinale, bilan, Christoph Hochhäusler, chronique, cinéma allemand, cinéma Katorza de Nantes, compte-rendu, Cours comme tu peux, Cours Lola cours, critique, dass ihr mich liebt (Je veux seulement que vous m'aimiez), Der Sandmann L’homme de sable de Peter Luisi, Die Frau mit den 5 Elefanten (La femme aux cinq éléphants), Die kommenden Tage (Les jours à venir), Fassbinder, Faust, Ich will doch nur, Jan Schomburg, Lars Kraume, Lars Von Trier, Les Damnés de Visconti, Loire Atlantique, Markus Schleinzer, Melancholia, Michael, Morgen das Leben Demain la vie d'Alexander Riedel, Murnau, Nantes, nouvelle vague allemande, Paul Gratzik, programmation, projections, public, salles, sélection, Sous toi la ville, Suisse, Tage die bleiben La vie à trois de Pia Strietmann, Unter dir die Stadt, Vaterlandsverräter (Traître à la patrie)
Du 9 au 15 novembre, Nantes a présenté un large panorama de films germanophones. Dans la salle 2 du Katorza, se sont succédés un téléfilm de Fassbinder, le Faust de Murnau, un programme scolaire, des documentaires et des films de fiction. La langue changeant de l’allemand à l’espagnol en passant par l’albanais et le français nous oblige à faire un bref détour vers la problématique du lien reliant un film à un pays. La langue semble depuis longtemps ne plus faire partie des critères – Les Damnés de Visconti serait sinon associé au cinéma américain. L’origine de l’histoire encore moins au risque de classer To be or not to be parmi les films allemands. Ne parlons pas non plus du lieu de tournage qui transformerait Bollywood en une industrie suisse ! Quel est donc le critère à prendre en compte ? La nationalité du réalisateur semble également une référence incertaine puisque Harry Potter et le Prisonnier d’Azkaban d’Alfonso Cuarón deviendrait alors un film mexicain. Le pays de production devient à ce jour le critère qui est pris le plus fréquemment en considération quoique les pistes soient souvent brouillées – rien qu’avec Melancholia, le dernier film de Lars von Trier, on s’y perd : la France, l’Allemagne, le Danemark et la Suède y sont rassemblés. Si malgré tout, on prend en compte le dernier critère de classification, le titre du festival, “Cinéma allemand”, devrait être corrigé en “Cinéma germanophone” à cause de deux films, l’un autrichien, l’autre suisse qui, sinon, perdus parmi les films allemands, ne peuvent trouver leur place.
[Der Albaner – L'Albanais de Johannes Naber]
Ce festival de films germanophones donc, balaie de nombreux genres et styles cinématographiques, et peut se diviser de manière, certainement simpliste, mais pour le moins évidente, entre les films tirant leur influence majoritairement de l’Allemagne ou d’autres pays germanophones et ceux également imprégnés d’une culture étrangère : congolaise, albanaise, polonaise, espagnole… Tandis que les films bi-nationaux ou tri-nationaux diffèrent du tout au tout, les autres travaux, sans influences étrangères, que l’on nommera ici exceptionnellement les films germaniques, utilisent fréquemment, peu à peu presque un cliché du film allemand contemporain, la froideur des personnages et des couleurs. Cette distance et froideur s’est d’ailleurs retrouvée dans le téléfilm de Fassbinder Ich will doch nur, dass ihr mich liebt (Je veux seulement que vous m’aimiez). Datant de 1976, on peut être surpris d’y retrouver un code thématique et formel si central aujourd’hui. L’esthétique et l’éclairage ne sont pourtant, et heureusement, pas semblable aux travaux des dernières années. Les films récents ont souvent pris l’habitude d’utiliser une lumière plus grise ou tamisée contrastant avec la netteté de l’image parfaitement cadrée et dans bien des cas oppressante. Outre ces traits caractéristiques qu’appliquent de nombreux films germaniques du festival de Nantes, plusieurs thématiques restent des constantes du festival: un pessimisme général étouffé quelques fois par un happy end, un engagement souvent politique mais aussi culturel ou amoureux, une mise en scène du contraste mais également, très fréquemment, une intéressante ambiguité du comportement chez les personnages.
[Die kommenden Tage – Les jours à venir de Lars Kraume]
Tandis que la mort et le deuil apparaissent lors de l’édition 2011 comme des thèmes récurrents, d’autres questionnements s’insèrent dans le pessimisme ambiant et resserrent la problématique : l’engagement politique par exemple. Parfois exprimé dans un film futuriste comme Die kommenden Tage (Les jours à venir) mais plus souvent rattaché au passé de l’époque nazi ou de la séparation Est-Ouest, ce sont majoritairement les documentaires qui s’en emparent. Vaterlandsverräter (Traître à la patrie) nous amène dans le milieu littéraire et artistique de Berlin-Est où la majeure partie des membres envoient des rapports à la Stasi. Dans une moindre mesure, on peut citer Die Frau mit den 5 Elefanten (La femme aux cinq éléphants), portrait d’un personnage qui doit sa vie à son travail de traductrice pour les Allemands en Ukraine lors de la seconde guerre mondiale. Ces deux films s’éloignent de la présentation d’un passé de plus en plus documenté pour partir à la recherche d’explications sur un comportement particulier souvent difficile à comprendre plus d’un demi-siècle après. Ces travaux ne semblent que servir d’élan à la constitution du thème traversant une grande partie de la programmation : l’ambiguité du comportement. Quatre films méritent une attention plus particulière de part leur différents thèmes et la manière de les traiter: Die kommenden Tage sur le terrorisme, Vaterlandsverräter sur la collaboration, Michael sur la pédophilie et Über uns das All (L’amour et rien d’autre) sur le deuil.
[Vaterlandsverräter – Traître à la patrie de Annekatrin Hendel]
Die kommenden Tage et Vaterlandsverräter se dégagent des deux autres films par une forte volonté d’explication des actes, un peu simpliste dans le premier, plus approfondie dans le second. Tous deux comportent un personnage central voulant changer le système ou alors maintenir un régime idéal à tout prix. L’un par la force, l’autre par des rapports envoyés aux services secrets, tous deux croient puis espèrent contribuer à l’établissement d’une société idéale dépérie à la fin de chacun des films. Die kommenden Tage présente la transformation du rebelle Konstantin, en un terroriste malveillant, membre d’une organisation underground à la Rosemary’s Baby. Vaterlandsverräter avec Paul Gratzik montre les dilemmes de l’idéal communiste, son contexte historique avec ses habitudes, et une organisation qui se retourne facilement contre ses propres membres. Dans Kommenden Tage, on est tout d’abord impressionné par Konstantin puis on le hait jusqu’à ce qu’il répugne – probablement exactement ce que le scénario a prévu. On a son moment de plaisir. Pourtant Paul Gratzik dans Vaterlandsverräter en procure encore davantage. Sans cesse lorsque l’on pense définitif son jugement sur ce personnage énigmatique, une réplique bascule notre opinion hâtive et l’on se retrouve à nouveau perdu dans des incertitudes qui ne cessent finalement jamais. Après plus de deux heures, Konstantin est devenu un homme sanguinaire avec quelques regrets. Après une heure et demie chez Annkatrin Hendel, les explications se sont multipliées mais les questions se poursuivent et redoublent pour sembler ne jamais pouvoir s’interrompre – Paul Gratzik, personnage digne du nom, demeure impossible à saisir avec une durée standard.
[Michael de Markus Schleinzer]
Les deux films de fiction, Michael ainsi que Über uns das All que l’on commentera de manière plus approfondie, s’éloignent d’une étude psychologique de leur personnage, dont ils laissent volontiers le travail aux spectateurs, pour s’attacher, de leur côté, à la présentation, la plus neutre possible, de protagonistes impénétrables.
Michael de Markus Schleinzer glace les spectateurs et divise la critique. Il y a de quoi: Michael tient prisonnier, dans sa cave, un garçon d’une dizaine d’années qu’il traite, selon son humeur, comme son fils ou son objet sexuel. Mais encore ? La caméra déambule dans cet appartement carcéral avec une neutralité provocante, reflétant les visages quasi inexpressifs des deux protagonistes emprisonnés dans le silence du non-dit. Mais encore ? Rien. Au-delà de cette situation sordide, un vide apparaît, que l’on ne peut remplir qu’avec l’impressionnante mise en scène. Peu après, l’effet ayant disparu, on peine à reconstruire ces sentiments qui nous ont envahi lors de la projection, butant sur ce personnage qui finalement paraît suspect trop rapidement et finit en bourreau sans ambivalence.
[Über uns das All de Jan Schomburg]
Über uns das All de Jan Schomburg, sans être parfait, reste par contre la clé de voûte du festival. Film d’ouverture, on le retrouve dans tous les autres, corrigeant les défauts ou suppléant la narration. À Nantes, plus d’une centaine de personnes assistent à la première projection. À Francfort, dans un contexte similaire, à peine un tiers sont venus. Regardé deux fois dans des pays différents, Über uns das All se transforme puis se complète sans pourtant jamais offrir la tranquillité des réponses à laquelle nous habitue le dénouement d’un récit. Aux questions du premier visionnement ne résultent, lors de la seconde projection, pas de réponses, mais une multiplication des doutes d’autant plus surprenante qu’elle est inattendue.
Resté sur sa faim, le public attaque le réalisateur de “pourquoi” attendant des “car” qui ne sont pas exprimés ou alors pas comme on veut les comprendre – Jan Schomburg aime l’incertitude. Un public rassasié de révélations ne lui dit rien et il se plait à fournir des explications, les annulant ensuite tour à tour. Pareil à son réalisateur, Über uns das All se joue des attentes, introduit des situations ayant pu faire éclater un mystère ou révéler un comportement, pour habilement brouiller les pistes quelques plans plus tard. Au basculement narratif, Jan Schomburg ajoute encore sarcasme et indécence sociale. Über uns das All ne crée pas de malaise, ce sentiment récurrent dans un certain cinéma allemand contemporain, mais développe une insatisfaction et une attente. Jan Schomburg va au-delà des doutes de Vaterlandsverräter ou Michael, puisqu’il n’a jamais souhaité les faire disparaître. Son film est construit en ébauche de questionnements et de jugements rassemblant la majeure partie des thèmes du festival sans jamais rentrer dans la même problématique, donnant à chacun une réponse décalée – après un pessimisme ambiant, la fin éclaire l’histoire d’un optimisme abrupt ; le comportement inconcevable du personnage principal reste inexpliqué, semblant ainsi faire partie de la grande provocation à laquelle appartient le film.
Ce qui semble non-maîtrisé et confus gagne une très grande valeur à l’intérieur du déséquilibre volontaire traversant Über uns das All de part en part à travers le langage, l’éclairage, les personnages et le comportement – oscillant chacun sans transition de blanc à noir, de conventionnel à scandaleux. Parodiant, de manière réussie mais sans originalité, la dynamique du langage tragi-comique des films commerciaux, Jan Schomburg a encore utilisé d’autres méthodes, expliquant la signifiante tournée festivalière de ce film : entre autres, les personnages, il était temps d’y venir, construits en opposition les uns par rapport aux autres. Les deux plus intéressants étant le personnage principal, Martha et un personnage très secondaire, Trixie. Fonctionnant en binôme, ces deux femmes sont l’expression différente d’une même situation, le deuil. Martha ignore le décès ou plutôt peine à le réaliser, recommençant presque immédiatement une nouvelle vie qui n’est finalement qu’une transposition de l’ancienne. Trixie pleure pour deux, adoptant le comportement socialement accepté, rappelant à Martha, tout comme au spectateur, l’aspect choquant d’un deuil ni consommé, ni respecté. On retrouve ce schéma, pareil à celui de Vaterlandsverräter, d’une réponse presque donnée ou d’une situation presque acceptée, retombant ensuite encore plus bas dès que tout est remis en cause par un instant qui déstabilise l’ordre à peine édifié. Surgissant en éclair puis s’effaçant que progressivement comme pour souligner encore une fois l’impudeur de la situation, ces moments, fuis par Martha, dévoilent l’aspect branlant des relations construites sur le mensonge et l’insatisfaction. Martha réitérant, sans le comprendre, l’exact même comportement de l’homme qu’elle a perdu. La boucle se referme ou pourtant non, Jan Schomburg n’empreinte pas le chemin du pessimisme où l’on aurait pu retrouver les empreintes de plusieurs noms de l’École de Berlin. Avec sa fin ensoleillée (et ensoleillante), pour plusieurs gênante, pour d’autres rassurante, Über uns das All est un film libertin se détachant de carcans narratifs et troublant les conventions qui irriteraient sa fougue expressive.
Louise Burkart
Bande-annonce de Michael en version originale
Bande-annonce de Vaterlandsverräter en version originale
Bande-annonce de Die kommenden Tage en version originale
Bande-annonce de Über uns das All en version originale
Filed under: ÉVÉNEMENTS, Festival du Nouveau Cinéma 2011 | Tags: 40e édition, 7e Art, Amy George de Yonah Lewis, Behold the Lamb de John McIlduff, Canada, chronique, cinéma, compétition, compte-rendu, critique, Festival, filmographie, films, FNC, Julia Leigh, jury, Justin Kurzel, Koji Shiraishi, La Fille au manteau blanc de Darrell Wasyk, Laurent Bernier, Les Géants de Bouli Lanners, Marie Losier, Monsieur Lazhar, Montréal, Québec, réalisateur, revue, revueversus.com, Romain Gavras, sélection, Shame de Steve McQueen, Sion Sono, Survivre au progrès de Mathieu Roy, Takashi Miike, The Last Christeros de Matias Meyer, Tsukamoto, Without de Mark Jackson
Du 12 au 23 octobre prochain se tiendra la 40e édition du Festival du Nouveau Cinéma, à Montréal. On pourra y voir entre autres Behold the Lamb de John McIlduff, Les Géants de Bouli Lanners, The Last Christeros de Matias Meyer, Shame de Steve McQueen (on l’attend avec impatience !), Without de Mark Jackson, Le Policier de Nadav Lapid, Monsieur Lazhar de Philippe Falardeau, Another Silence de Santiago Amigorena avec Marie-Josée Croze, et de nombreux autres – la liste est longue et alléchante.
Côté compétition canadienne, il y aura aussi de quoi voir avec Amy George de Yonah Lewis, La Fille au manteau blanc de Darrell Wasyk, Survivre au progrès de Mathieu Roy… On n’est pas exhaustif là non plus, le programme est d’un foisonnement qui peut donner du fil à retordre à notre agenda de spectateur.
D’autant que l’événement ne s’arrête pas à cette compétition : on notera aussi les séances spéciales dites “horde sauvage” avec du Takashi Miike, du Tsukamoto, du Sion Sono, du Koji Shiraishi, du Marie Losier, du Laurent Bernier, du Romain Gavras, du Julia Leigh (Sleeping Beauty, relire ici, souvenez-vous), du Justin Kurzel (…Snowtown, relire ici)…
La revue est partenaire de cet événement majeur dans une ville décidément très animée côté ciné. On y reviendra, mais en attendant le coup d’envoi, découvrez la bande-annonce ci-dessous.
La programmation du festival est disponible sur le site http://www.nouveaucinema.ca
Filed under: Festival de Cinéma de la Ville de Québec 2011 | Tags: Atmen, Belgique, Café de Flore, Canada, Capitale-Nationale, carte blanche, cinéma fantastique, Comédie, comédie dramatique, droit au sexe pour les handicapés, Espagne, Fantasia, FCVQ, Geoffrey Enthoven, gore, handicapés, Hasta La Vista, horreur, humour, jury, première édition, prix, Québec, récompenses, sélection, Sunflower Hour, trash comedy
Il y a deux jours le FCVQ prenait fin. Que dire de l’événement maintenant que nous l’avons suivi avec assiduité, même si nous n’en avons visionné qu’une partie de la programmation ? Nos chroniques des différentes œuvres projetées dans le cadre de cette première édition (et qui ne devrait pas être la dernière) parlent, de fait, d’elles-mêmes. Pas de long discours de clôture, donc – nous laissons cela aux officiels.
Riche en découvertes pointues dans des genres spécifiques, le FCVQ a en tout cas efficacement rempli, de notre point de vue, la mission qu’il s’était assignée, faire partager à un large public la passion pour des films de tous types. Certes, les comédies et comédies dramatiques ont rassemblé plus que de raison (mais est-ce une surprise ?) tandis que les séances consacrées au fantastique, à l’horreur, au documentaire, ont généré quelque désertion des salles concernées. Et que dire du public restreint, aussi, de la Classe de maître Larry Clark avec sa projection de Kids, essentiellement suivie par un parterre d’étudiants en cinéma ou de gens du métier (dont votre serviteur) ? Idem pour la classe de maître Jean-Claude Labrecque, néanmoins plus prompte à soulever l’enthousiasme des spectateurs québécois et pour cause : il s’agit de leur patrimoine. La présence d’un public attentif mais moins nombreux qu’on l’aurait cru, surtout pour les films de SF, d’horreur, de fantastique et la masterclass Larry Clark, ne doit pas nous faire tirer des conclusions pessimistes sur le type d’amour du cinéma que nourrit le “grand public” (toujours à mettre entre guillemets car le grand public, selon le moment et le film programmé, ce peut être vous, ce peut être moi…). De quel cinéma parle-t-on ? À quoi se mesure le succès d’un festival ou le goût cultivé pour sa programmation ? Du moment qu’un fort parti pris, en parallèle des nécessaires démonstrations de prestige (Café de Flore) animait ses organisateurs ; du moment que la carte blanche à Fantasia nous permettait de découvrir des pellicules folles furieuses, dont certaines maladroites mais étranges, curieuses (Hellacious Acres) ; du moment, enfin, que la catégorie “Expérience(s)” offrait à notre rédaction de grands moments de bravoure cinématographique, dans l’humour trash (Sunflower Hour, notre coup de cœur du festival) comme dans la noirceur (The Corridor, Brawler), nous n’avons aucune raison de déplorer l’engouement général pour des films un peu à l’opposé de nos genres de prédilection à nous, car l’un n’empêchait pas l’autre de s’épanouir et de trouver ses spectateurs, bien au contraire. C’est dans cet effort louable de présenter sur un même pied d’égalité de la programmation – et ça c’est incroyable, quand on y songe – un petit film auto-produit et connu de personne sauf de ses géniteurs ou presque et un drame branché mystique avec têtes d’affiche internationales, ou des pellicules autrichienne, belge, allemandes, japonaise aux côtés de titres québécois forcément plus rassembleurs dans la Capitale-Nationale (tout autant que le cinéma étatsunien pourrait-on dire). Considérant tous ces aspects et compte tenu que ses organisateurs ont monté le festival en un temps record (huit mois, on l’écrivait au moment de l’ouverture), nous n’avons aucune, non, aucune raison de ne pas nous réjouir de ces douze jours (okay, c’est limite trop long : on ne peut pas tout voir !) passés en compagnie de films, de réalisateurs et directeurs de la photographie dont certains comptent à nos yeux parmi les plus grands talents du moment dans des genres que nous n’avons pas fini de chérir. Allez, plus que 363 jours avant la seconde édition.
Grand Prix du Public Cinoche.com :
The Artist de Michel Hazanavicius
Prix du Public Prestige :
Hasta La Vista de Geoffrey Enthoven (présentement à l’affiche)
Prix du Public Découverte :
In Film Nist (Ceci n’est pas un film) de Jafar Panahi et Mojtaba Mirtahmasb
Prix du Public Expérience(s):
Mirokurôze de Yoshimasa Ishibashi
Prix de la Meilleure Première Œuvre :
(au fait : dans le jury de professionnels se trouvait entre autres Charles-Olivier Michaud, réalisateur de Neige et Cendres ; au temps pour nous, donc ; nos doutes émis à l’ouverture du festival n’avaient pas lieu d’être !)
Atmen de Karl Markovics
Prix du Public Court Métrage :
Mokhtar de Halima Ouardiri

Avant de refermer sur ce blog, jusqu’à la prochaine édition du moins, la catégorie FCVQ – même si nous reviendrons très bientôt sur Marécages de Guy Édoin –, nous ne pouvons passer sous silence les réjouissantes qualités du film flamand belge Hasta La Vista de Geoffrey Enthoven. Nous n’y revenons pas parce que le film a reçu le Prix du Public Prestige – mérité – dans le cadre du festival, mais bien parce qu’il représentait un juste équilibre entre l’émotion forte et le message compassionnel avec une mise en scène simple mais travaillée. Un juste équilibre, aussi, entre rires et gravité via un humour grinçant à partir de situations difficiles. Tout ce qu’attend, en somme, un public venu au cinéma pour se divertir plus que pour faire des découvertes artistiques, mais sensible à la ciselure de son discours de fond.
Présenté en compétition mondiale du 35e Festival des Films du monde de Montréal où il avait raflé le Grand Prix des Amériques, le prix public pour le film le plus populaire, ainsi qu’une mention spéciale du jury œcuménique, Hasta La Vista raconte comment trois handicapés (l’un est malvoyant, l’autre en chaise roulante à cause d’une tumeur qui l’a privé de l’usage de ses jambes, et le troisième, complètement paralysé), sous couvert d’un voyage de découverte, se rendent en Espagne dans l’espoir d’y vivre leur première expérience sexuelle au sein d’un bordel spécialisé nommé El Cielo.
Road-movie décalé où l’empathie chaleureuse n’égale que le détournement de la tragédie du lourd handicap par un humour décomplexé (hilarante parade de Jozef, le malvoyant, pour rapporter secrètement chez lui les vêtements d’un de ses camarades), Hasta La Vista évite de tomber dans le piège de la peinture pleine de commisération. Maniant avec nuance les frustrations physiques de ses personnages, il porte un regard attendri, ludique mais aussi savoureusement ironique sur la condition des handicapés et l’expression de leurs désirs et pulsions. En optant pour un trio dont chaque membre se trouve dépendant des deux autres, Geoffrey Enthoven instaure une dynamique intéressante basée sur une interaction permanente et paradoxale des personnages, très enrichissante pour le récit. Philip, entièrement paralysé, reste ainsi le meneur de l’ensemble, tandis que Jozef, quasiment aveugle, sera le seul à voir la belle personne que représente Claude, leur guide obèse, protagoniste secouant tout ce petit monde à la manière de Jack Nicholson dans Vol au-dessus d’un nid de coucou. De son côté, Lars cloué dans sa chaise roulante, reste un modèle d’évasion pour ses amis, de par ses connaissance œnologiques et son apparence prompte à séduire les jeunes filles. L’issue tragique émouvante, mais libératoire, de ce personnage, saura leur faire comprendre à quel point leur voyage en valait la peine. Même s’il se trouve parfois sur le fil du rasoir d’un point de vue émotionnel (c’est presque un peu trop par moments…), Hasta La Vista offre une dissertation divertissante, et avec une mise en scène bien au-dessus des standards télévisuels – normal, c’est belge, pas français – sur ce qu’est la différence et sur la manière dont elle siège avant tout dans l’œil de chacun : nos héros eux-mêmes s’empoignent en dénigrant leurs handicaps respectifs, et font preuve d’un ostracisme certain par exemple à l’égard de Claude au départ ou de ce groupe de Hollandais dans le vignoble bordelais. Geoffrey Enthoven livre-là un beau film qui n’élude pas la question du plaisir auquel ont droit tous les êtres humains, plaisir exprimé sans détour et célébré dans un finale festif et drôle mais aussi dans une intimité que nous prenons goût à ne pas envahir. Toujours cet équilibre entre décomplexion rigolarde et pudeur touchante.
Stéphane Ledien
Filed under: Festival de Cinéma de la Ville de Québec 2011 | Tags: angoisse, bande de copains, bois, cabane, Canada, champ magnétique, contagion, couloir, David Patrick Flemming, Fantasia 2011, fantastique, fantômes, FCVQ, Folie, forêt, Glen Matthews, hiver, horreur, James Gilbert, Matthew Amyotte, meurtre, mort, neige, Nouvelle-Écosse, nuit, possession, programme, sapins, sélection, soirée, Stephen Chambers, veillée, violence

Autre bonne surprise pour qui aime le cinéma fantastique, The Corridor confirme la richesse de la catégorie “Expérience(s)” du Festival de Cinéma de la Ville de Québec. Bien que cette section soit surtout constituée d’empreints à la dernière édition de Fantasia, et donc moins placée sous les feux de la rampe du festival autrement plus axé sur ses projections prestigieuses (des drames ou tragi-comédies intimistes rassembleuses ; okay, chacun ses priorités), il faut relever l’extraordinaire prise de risques et la qualité d’ensemble des titres choisis pour la composer. Même si lors de sa dernière projection, la salle, comme pour le film de Chris Sivertson ou Hellacious Acres d’ailleurs, était peu remplie, le bonheur de visionner pareille pellicule œuvrant avec rigueur et intelligence pour le genre fantastique-horreur n’en demeurait pas moins fort. Pour un peu, on se croirait à Gérardmer mais, on ose l’écrire, avec un programme un cran au-dessus.
Premier long-métrage de Evan Kelly, The Corridor recycle avec brio le thème du groupe d’amis passant un week-end dans une cabane au fond des bois et basculant dans l’horreur sous l’impulsion de forces maléfiques. Comme le cadre est canadien, l’auteur se trouve bien placé pour exploiter cet archétype du chalet perdu en pleine forêt, lieu de retraite paisible qui va immanquablement se transformer en terrain “de jeu” cauchemardesque. Pas de réitération d’horreur bouffonne et de gore potache à la Cabin Fever dans The Corridor. Éloigné des concepts nourris au jeunisme que l’on voit pulluler à Hollywood depuis plus d’une décennie, le métrage de Kelly déploie une mécanique d’angoisse palpable mais paradoxalement imperceptible et de fantastique subtil, avant d’accentuer son propos, passant dans son dernier tiers à une terreur psychologique pure plus inconfortable puis à un pétage de plombs sanglant.

The Corridor, c’est l’histoire de quatre amis qui se rassemblent dans le chalet de la défunte mère de l’un deux, justement pour un week-end de veillée funèbre où chansons, alcool et soutien affectif à l’ami orphelin, dénommé Tyler (Stephen Chambers), sont au programme. Entre les protagonistes, une tension règne, palpable dès l’arrivée de chacun en ces lieux enneigés (tourné en Nouvelle-Écosse, le film donne furieusement l’impression de se dérouler au Québec). Les liens d’amitié qui unissent les personnages ont en effet été mis à mal par Tyler qui, le jour de la mort de sa mère, avaient tenté de poignarder ses amis dans un accès de folie passagère alors qu’ils lui rendaient visite à son domicile (prologue du film d’une intensité manifeste, émotionnellement engageante). C’est marqués par cet épisode douloureux que les trois amis nourrissent une relation de défense et de protection mutuelle à l’égard de Tyler, tout juste sorti de l’hôpital psychiatrique et toujours sous médicaments. Dans ces conditions, tous trouvent peu étrange, mais inquiétant néanmoins, de l’entendre parler de visions et d’une découverte mystique dans les bois, en plein milieu de la première nuit de ce week-end de veillée particulière. Tyler finit par emmener ses amis avec lui pour leur faire partager cette rencontre avec des forces obscures, mystiques. Un contact dont chacun ne sortira indemne ni mentalement, ni physiquement.
Sans en dire trop concernant l’intrigue et les enjeux de ce petit film fantastique intimiste basculant dans l’horreur brutale, on peut en souligner l’originalité dans le déploiement graphique du mal hantant les lieux et les personnages : pas de fantômes ni d’apparitions monstrueuses ici, juste une sorte de champ magnétique qui se dresse en pleine forêt. Tirant parti d’un décor naturel de toute beauté et d’une blancheur renvoyant à l’innocence et à la lumière, Evan Kelly introduit une intéressante contradiction horrifique ; derrière la pureté cristalline du “couloir” et de l’environnement neigeux lui-même, se profile l’horreur la plus noire (et rouge) dictée par une folie contagieuse, les pensées meurtrières se transmettant d’un personnage à un autre, tous, alors, habités d’une rage et d’une haine basée sur une connaissance intime de ce que l’autre possède de plus détestable et de plus faible au fond de lui. C’est dans cette dynamique que fonctionne à plein régime la peur distillée par la mise en scène d’Evan Kelly, cinématographie proche de celle d’un Brad Anderson, en moins travaillé néanmoins. Personnages cruxifié, scalpé, poignardé, mis en joue par un fusil de chasse : Kelly exploite quelques formes de mise à mal ou à mort cinématographiques les plus spectaculaires et anxiogènes du genre, situations d’autant plus génératrices d’épouvante qu’elles prennent place dans un environnement bucolique et lumineux, déjà perturbé auparavant par l’aura fantomatique de la mère de Tyler et ses étranges messages enregistrés sur bande vidéo. Un crescendo cultivé jusqu’à l’ambiguïté entre imagination torturée et réalité, quand Tyler croit se retrouver à l’hôpital alors qu’il se bat contre son ami Everett (James Gilbert, vu dans Saw VI), pris de folie lui aussi. Hormis une résolution sacrificielle un brin brouillonne y compris dans sa forme, The Corridor fait montre d’un sens aigu de l’épouvante quasi-minimaliste, droite, claire, efficace.
Stéphane Ledien
Filed under: ÉVÉNEMENTS | Tags: Afrique, Burkina Faso, cinéma africain, Clap Noir, convivialité, Fespaco, Festival, Festival panafricain du cinéma de Ouagadougou, inédits, JCC, Journées Cinématographiques de Carthage, le plus grand festival de cinéma panafricain du continent, maquis, Nouveau Latina, Ouagadougou, programmation, Sarah Bouyain, sélection

En dehors des festivals, les cinémas d’Afrique sont peu montrés en France. On en entend parler, mais on ne sait où les voir. Les quelques films qui sortent en salle ne circulent pas longtemps. Les longs métrages primés dans les deux plus grands festivals du continent, les Journées Cinématographiques de Carthage (JCC) et le Festival panafricain du cinéma de Ouagadougou (Fespaco) résonnent dans nos têtes mais ne sont visibles que longtemps après en région parisienne. Grâce à Clap Noir, vous pouvez enfin découvrir ces cinématographies rares et pourtant riches.
Sélection inédite de films vus au Fespaco 2011, “Clap sur l’Afrique” permet, sur trois soirées, de donner un aperçu du festival, avec de la fiction, du documentaire, du long, du court, de l’émotion, de l’humour, de l’engagement : les nouveaux visages de l’Afrique montrés par les réalisateurs africains. L’événement a lieu fin septembre au Nouveau Latina à Paris, espace convivial associant cinéma, bar et rencontres…
Le cycle se répartit en 6 séances, du vendredi 23 au dimanche 25 septembre prochains.
Le dossier de presse complet avec détail de la programmation est disponible (format *.pdf.zip) en cliquant exactement ici.
(Source : dossier de presse & Caroline Pochon)
Bande-annonce de Notre étrangère de Sarah BouyainFiled under: ÉVÉNEMENTS | Tags: animation, argentin, édition, bandes-annonces, bord de mer, Bruno Romy, Canadien, cinéma local, compétition, coréen, courts-métrages, Dans la peau, Deauville, fantastique, Festival, films normands, Gaston Duprat et Mariano Cohn, Harry Bozino, images de synthèse, Jason Bourne, Je vous écris du Havre, jeunesse, L''enfant prodige, L'amour fou, l'Artiste, La Fée, Le Havre, longs-métrages, Luc Dionne, Mozart, n° 1011, Normandie, Palmarès, parodie, Pierre Bergé, Pierre Thorreton, Polar, Québécois, sélection, Vernon, Yves Saint-Laurent

La troisième édition de “la Normandie et le monde” s’est déroulée du 30 juin au 03 juillet dans la ville de Vernon dans l’Eure. Original dans les thématiques qu’il aborde (l’art, les artistes et les films normands), le festival proposait cette année des longs-métrages en compétition et plus d’une soixantaine de courts. Provenant des cinq continents et abordant tous les genres possibles (documentaire, animation, polar…), les œuvres présentées se sont offertes aux spectateurs comme autant de petites perles cinématographiques.
Concernant les courts-métrages tout d’abord, notons dans la catégorie polar les excellents La vieillesse dans la peau de Harry Bozino (hilarante et inventive parodie gériatrique des aventures de Jason Bourne) et surtout Day before Yesterday de la Canadienne Patricia Chica dont l’œuvre, forte d’une ambiance glauque et oppressante, rappelle les premiers Abel Ferrara. Dans la catégorie films normands, mention spéciale au documentaire Je vous écris du Havre de Françoise Poulain-Jacob qui rend de façon juste et élégante un bel hommage à cette grande ville normande, patrimoine mondial de l’UNESCO, toujours autant décriée (certains la considèrent encore comme la Stalingrad de l’Ouest). Mais le choc incontestable au niveau des courts-métrages se trouvait dans la catégorie animation et venait de la Corée du Sud. N° 1009 de Lee Seung-min raconte les aventures d’un robot esseulé intrigué par l ’apparition subite d’une raie géante. Poétique, ce court-métrage entièrement réalisé en image de synthèse impose la vision d’un monde dénaturé et apocalyptique cohérent justement récompensé par le prix du meilleur film jeunesse attribué par les écoliers vernonais.
La Vieillesse dans la peau de Harry Bozino
D’un niveau global remarquable (seul L’Enfant prodige du Canadien Luc Dionne déçoit par son traitement académique d’un sujet pourtant fort : la vie très brève de celui qui fut considéré en son temps comme le Mozart québécois), la compétition long-métrage aura permis aux spectateurs de découvrir plusieurs petits bijoux même si, indéniablement, trois œuvres sortaient du lot. Récompensé par le prix du meilleur film international, La Fée (après L’Iceberg et Rumba) est le nouveau conte burlesque du trio franco-belge Abel-Gordon-Romy. Fable ayant fait l’ouverture de la Quinzaine des réalisateurs à Cannes cette année (tout de même !), La Fée (photo en ouverture de l’article) raconte l’histoire du veilleur de nuit d’un hôtel du Havre qui rencontre une rousse à moitié folle prétendant être une fée. Parfaitement mis en valeur dans leurs numéros scéniques mimés par la réalisation de plus en plus impressionnante et en constante progression de Bruno Romy, les clowns Dominique Abel et Fiona Gordon semblent être les héritiers directs et les fils spirituels de Jacques Tati et de Pierre Etaix, tout en apportant enfin de la fraîcheur et de la gaieté dans un cinéma français trop souvent sclérosé dans des schémas mélodramatiques nombrilistes. Profitant à merveille des décors de la ville du Havre (encore !) et d’un scénario souvent drôle, cette comédie naïve et fière de l’être sera l’un des films à voir dès la rentrée (sortie prévue le 14 septembre).
N° 1009 de Lee Seung-min
Autre grand moment du festival, la projection du nouveau film (après L’Homme d’à côté) du duo argentin Gaston Duprat et Mariano Cohn. Jorge travaille dans un service de gériatrie. Les dessins qu’il propose à une galerie font de lui un artiste incontournable. Mais l’auteur de ces œuvres est en fait Romano, un vieil homme souffrant d’autisme. Conte humble et satirique sur le snobisme présent dans le domaine de l’art contemporain, L’Artiste est un film convaincant par son dispositif minimaliste (très peu de dialogues et beaucoup de plans-séquences orchestrés comme des tableaux), également très drôle (voir les scènes avec le critique d’art) et comportant des trouvailles de mise en scène percutantes (on ne voit jamais, par exemple, les œuvres du peintre et les visiteurs de la galerie où sont exposés les dessins du « maître » sont filmés à travers des cadres vides). Mettant en vedette un antihéros dépassé par sa propre imposture, L’Artiste est une fiction absurde interrogeant tout un chacun sur la question de la création et de la critique entourant celle-ci.
L’Artiste de Gaston Duprat et Mariano Cohn
Yves Saint-Laurent et Pierre Bergé ont connu ensemble le véritable amour pendant près de cinquante ans. À la mort du célèbre créateur, Pierre Thorreton s’est intéressé à cette relation et a réalisé le documentaire L’Amour fou présent à Vernon cette année en compétition. Ce film élégant (à l’image de ses protagonistes), peut-être un peu trop classique dans sa narration, suit la naissance et la mort (par vente aux enchères) de la fabuleuse collection d’art qui fut la concrétisation de cet amour. Constitué par d’impressionnantes images d’archives (de la création de la fameuse maison de couture où Yves Saint-Laurent apparaît tout timide, à la vie de la Jet-Set parisienne depuis un demi-siècle) et des réflexions de Pierre Bergé sur sa relation avec son âme sœur, L’Amour fou est une œuvre délicate, bouleversante et mélancolique qui ravit les inconditionnels de haute couture et passionne les autres.
Festival improbable aux dires mêmes de son délégué général Pierre Constantin, “La Normandie et le monde” a démontré, tout au long de ces quatre jours de compétition, sa spécificité et son originalité (notamment la volonté des organisateurs de tendre vers l’éducation à l’image, à travers les thématiques de l’art et des artistes et de l’ouverture sur le monde). Preuve aussi qu’il peut aisément soutenir la comparaison avec d’autres manifestations, dont le grand frère deauvillais, référence en matière de festival cinématographique normand.
Fabrice Simon








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