Alors que le mode de consommation de l’information avait résolument évolué avec l’usage du Web 2.0, offrant à chaque internaute la possibilité d’être son propre journaliste ou son propre éditorialiste, un hacker de génie, Julian Assange, lançait avec WikiLeaks un rapport nouveau à l’information. Sans rentrer de plein fouet dans le débat moral sur la publication des câbles diplomatiques ou des dossiers secrets qui ont fait la renommée du site de partage, il s’avère que WikiLeaks, par sa seule existence, a prouvé que l’information ne pouvait désormais plus être l’apanage de quelques personnes bien renseignées, et que tout un chacun, derrière son ordinateur, pouvait participer à la lente opération de décryptage du monde. Cet état de choses n’a certes pas aidé les journaux papier à rester à flot, à l’heure où la plus grave crise économique menace de les balayer, mais il a favorisé la reconnaissance, par les éditeurs de presse, des besoins nouveaux d’un public en plein renouvellement. Et ce renouvellement passe par les nouvelles technologies. À la une du New York Times, le documentaire d’Andrew Rossi, se nourrit de cette contradiction : traitant de front les problèmes actuels de la presse quotidienne, il se consomme par le biais de l’écran de cinéma et se regardera sans doute plus tard sur des tablettes numériques, celles-là même qui bravent l’existence du papier. Rossi y évoque un grand malade – le célèbre New York Times, maître-étalon de la presse américaine, équivalent du Monde français en plus prestigieux – en le soumettant à son propre problème.
Pendant quatorze mois, entre 2009 et 2010, Andrew Rossi a posé ses caméras dans les locaux de la « Vieille Dame Grise », au cœur du Media Desk (service médias) du quotidien américain. Sur fond de questionnement sur l’avenir de la presse écrite, Rossi met en parallèle les événements extérieurs – surgissement de WikiLeaks dans le paysage médiatique, disparition d’une quantité de journaux locaux, chute du groupe de médias Tribune Company – et les péripéties internes, autour notamment de David Carr, un vieux reporter de la Vieille, et Brian Stelter, blogueur surdoué embauché dès ses 21 ans au plus prestigieux des quotidiens. Si c’est la guerre entre le dehors et le dedans (les « Timers » sont pris à parti, parfois agressivement, par de jeunes loups qui veulent faire valoir leur propre vision de la presse, et qui prédisent la fin de la « Vieille Dame »), dans l’intimité du journal, malgré les différences d’âge et de style, le doyen qui a traîné sa bosse et l’utilisateur de Twitter parviennent merveilleusement à s’entendre. C’est que À la une du New York Times ne confronte pas les types de médias, mais bien les diverses manières d’appréhender le travail de journalisme.
Et ce travail passe, précisément, par le biais des journalistes eux-mêmes : ce sont eux qui font le contenu éditorial du journal, qui lancent les enquêtes et donnent corps à leurs recherches par le biais des mots. Ce sont les poètes du quotidien, les pamphlétaires de l’actualité, les fouineurs de demain. Parmi ceux que suit le réalisateur, David Carr jure avec le style propret de ses collègues : ancien toxico, le corps marqué par un passé houleux, Carr traîne sa bosse et sa voix grave, quasi murmurée, jusqu’à des conférences et des ateliers pour jeunes journalistes, où il invective avec beaucoup d’esprit ces prophètes de malheur qui prédisent la disparition des vieilles institutions au profit du tout-internet. L’homme n’ayant pas sa langue dans sa poche, il se rend tantôt à la rédaction de Vice Magazine pour confirmer, à mots ouverts, à ces reporters à la manque qu’ils n’ont rien de vrais journalistes, et que leur travail n’a rien à voir avec celui des salariés du Times qui investissent leurs articles avec fougue, passion et patience – contrairement aux nouveaux médias qui se contentent, trop souvent, de racoler un maximum avec du sensationnel à tout prix. Difforme et fantomatique, David Carr incarne une sorte d’allégorie du journalisme : bardé de qualités morales, et néanmoins boiteux et taciturne, Carr symbolise une presse malade qui traîne sa misère et ses idées fixes, à la recherche des recettes qui permettent d’évoluer avec son temps tout en respectant ses valeurs traditionnelles. Autant dire que c’est quasiment la quadrature du cercle, et que ce genre de personnage est amené à disparaître irrémédiablement.
Au moment où Rossi commence à enregistrer des images, le Times subit un difficile plan social aboutissant au licenciement d’une centaine d’employés. Ce sont les images les plus dures du film, qu’on dirait tout droit extraites d’un mauvais mélodrame hollywoodien ; des salariés avec trente ans d’entreprise quittent misérablement les récents locaux du journal (déménagé afin de réduire ses coûts de location), sacrifiant à la tradition qui veut que les malheureux emportent tous leurs biens dans une boîte en carton, signe extérieur de leur déprofessionnalisation. Derrière chaque poste supprimé se cache un être humain larmoyant, qui se demande ce qu’il va devenir, sous les yeux embués du directeur de la rédaction, Bill Keller. Et encore, Rossi nous force à remarquer que la situation du Times n’est pas catastrophique, comparée à tous ces quotidiens locaux qui abandonnent la partie, faute de recettes publicitaires et de ventes suffisantes.
Rossi ne pointe pas de responsables – à quoi bon ? – mais souligne, néanmoins, via la chute du groupe de médias Tribune Company, que les jeunes et dynamiques patrons que l’on place à la tête des journaux plombent leur manne avec des méthodes de management absurdes. La Tribune Company, forte de nombreux quotidiens (dont le Los Angeles Times et le Chicago Tribune) et de médias audiovisuels, a moins subi le contrecoup de la baisse des ventes que les décisions kafkaïennes de ses patrons, financiers insensibles que l’on a préféré, pour des questions de rentabilité, à des hommes ou des femmes qui auraient toute leur vie travaillé pour le journalisme. Ces financiers n’ont que faire d’organes de presse dont ils apprécient seulement l’image qu’ils donnent d’eux au monde entier, et leur demandent d’attirer des lecteurs par tous les moyens – à la façon d’un Rupert Murdoch, récemment pris pour cible dans l’affaire des écoutes téléphoniques illégales du News of the World en Grande-Bretagne. La chute de la Tribune Company et la déchéance du groupe Murdoch prouvent bien que les méthodes modernes de management sauvage ne sauveront pas la presse.
Le respect montré par Andrew Rossi à l’égard de la vénérable institution qu’est le New York Times, qu’il lit depuis son adolescence, ne l’empêche pas de pointer du doigt les scandales qui ont concouru à la défiance populaire envers les quotidiens. On apprend ainsi les bidonnages de Jayson Blair, qui par facilité produisait des reportages sans même se déplacer sur les lieux, et dont les mensonges et plagiats furent découverts a posteriori, mettant gravement en cause l’équipe dirigeante de l’époque et le poussant à démissionner (en 2003). On revient encore sur les articles mensongers de Judith Miller, correspondante en Irak avant l’invasion du pays par l’armée américaine ; elle publia en particulier un papier sur l’achat par le régime irakien de tubes métalliques destinés, selon elle, à la production d’armes nucléaires, papier qui offrit toute latitude au gouvernement Bush pour lancer l’offensive. Miller reconnut plus tard que ses sources s’étaient lourdement trompées.
Rossi dresse ainsi un portrait certes dithyrambique du journal, mais sans nier que la presse, depuis une dizaine d’années particulièrement, a largement participé à son propre discrédit auprès du public. Son film vaut surtout pour le plaisir que l’on éprouve à suivre ces quelques journalistes, jeunes et vieux, anciens et modernes, et parce qu’il se rangera de fait dans le camp des protecteurs de la presse écrite dans le monde entier. Avec une note d’espoir en fin de documentaire : récemment, la direction du New York Times a nommé à sa tête, et pour la première fois de son Histoire, une femme, Jill Abramson. Une façon de corriger une impardonnable injustice, et, en avançant avec son temps, de prouver que la modernité n’est pas étrangère à la bonne vieille impression papier.
À l’aube du 10ème anniversaire du WTC, nous voici à presque 10 années de campagne télévisuelle anti-terroriste avec LA série primée en long en large et en travers pour son concept de temps réel. 8 saisons qui sont en fait 8 journées au cours desquelles les rebondissement nous mènent tambours battants de rebondissements en rebondissements au point qu’on se dit tous à la fin de chaque épisode : "Quel dur métier que celui de défenseur de l’État américain ! Tu te rends compte ?"
Certains ont loué le côté visionnaire de la série avec le fait de faire accepter au public l’idée qu’un Président pouvait être noir. Il est des hasards auxquels il faut cesser de croire. Au moment où 24 Heures Chrono récolte audiences records et abreuve le 5ème pouvoir de temps de cerveau disponible pour éduquer les bons citoyens, l’élection de Barack Obama paraît plus que programmée…
Alors bien sûr, on ne peut attribuer sa victoire électorale à la seule série, au même titre, qu’en France en 1995, Les Guignols de l’info ne furent pas les seuls responsables de l’élection de Jacques Chirac… mais l’image véhiculée dans un programme à très forte audience y contribue largement. Et les politiques ne s’y trompent pas.
Les premières diffusions de la première saison surviennent 2 mois seulement après LE drame qui changea la face du monde. Le traumatisme étant tout frais, il est très simple et à la fois très opportuniste de surfer sur la vague terroriste et plonger les 96,1% de foyers américains touchés par le réseau Fox dans une 24H dépendance. "Voyez ce qui se passe trame autour de nous et comment nous le déjouons grâce à des agents hors pairs !"
Le principe actif de la série est le temps réel affiché. Je souligne "affiché" car dans un tout autre style, le film L’Emmerdeur de Molinaro avec Lino Ventura et Jacques Brel est lui aussi en temps réel. Mais hormis Lino Ventura regardant sa montre à plusieurs reprises, pas de décompte angoissant. Aussi, les effets spéciaux tout comme les préoccupations populaires n’étant pas les mêmes en 1973 et en 2001, on pardonnera à ce bon vieux film franchouillard de n’avoir pas eu les mêmes répercussions, bien que son succès de l’époque fut somme toute honorable.
Le Berlusconisme, tout aussi choquant qu’il puisse être pour le grand public, a ceci de très attrayant qu’il permet un total contrôle de la distillation des desseins impénétrables de la raison d’Etat. Il sera donc modernisé, testé, et éprouvé. Pour le modernisme, l’incomparable machine marketing américaine s’en occupe.
Pour le test, prise de risque minimum avec l’évocation première d’un conflit lointain et avec lequel les USA comme les pays qui diffuseront ce programme n’ont aucun lien. Il ne faut pas effrayer les foyers américains plus qu’ils ne le sont déjà mais les maintenir dans un état d’alerte permanent.
Le procédé qui consiste à insuffler une idée à quelqu’un pour lui faire croire qu’il en est l’auteur est un exercice éprouvé depuis des années par la télévision, et on ne peut croire à la naïveté de producteurs aussi avisés en ce qui concerne 24 Heures Chrono. La manipulation est manifeste et fascinante tant elle est menée avec de grosses ficelles et c’est peut-être (sans doute ?) ce troublant parallèle qui tiendra nos téléspectateurs en haleine. Un peu comme une illusion au cirque lorsqu’on se dit : "si y a pas de truc, c’est génial, et s’il y en a un ça l’est encore plus".
Sous couvert d’un côté too much pleinement assumé et faisant passer la série pour une totale et pure fiction (le nombre de rebondissements au sein d’un même épisode est supérieur à ce qui peut arriver à un certain 007 dans un film de 2h), la Fox répond à ses détracteurs lui ayant imposé les quotas, qui l’accusent cette fois de réserver les rôles les plus ingrats, dénigrants et détestables aux Noirs, en plaçant un homme de couleur aux plus hautes fonctions de l’état. Visionnaire ? Aujourd’hui c’est une femme… en prévision de l’élection de Sarah Palin ou d’Hillary Clinton (à laquelle Mme la Présidente dans la fiction concernée ressemble étrangement) ?
Pur hasard diront certains. Les concepteurs de la série surferaient ainsi sur la tendance – et il s’avère que cela tombe bien. Hum. À la place des scénaristes et producteurs, je jouerais au loto, alors…
Et ça donne de la crédibilité et une terrible force de persuasion à un programme de réalité-burlesque, à une chaîne et à un réseau de TV surpuissant. Voici donc le concept éprouvé : Satellite Award de la meilleure série dramatique en 2001.
D’année en année, de saison en saison, les aventures de Jack se gobent au gré des craintes politiques des USA. Le Moyen-Orient cristallise toutes les peurs depuis qu’on a découvert l’Axe du Mal ? Voici un thème tout trouvé et qui tiendra notre public pour la saison 2. Vous vous rappelez de la psychose de l’arme bactériologique ? Et hop voici la saison 3. La Chine arrive économiquement à grands pas ? Quelle belles saisons 4 et 5 ! Quoi ?! On a perdu un peu de saveur ? C’est parce que c’était trop loin. Oui, rappelons que c’est sur notre sol que nous sommes à chaque fois (Pearl Harbour, WTC) très, trop, vulnérables. Allez, saison 6 à domicile !
Saison 3 : arme bactériologique.
Saison 5 et début de la saison 6 : Jack Bauer kidnappé par la Chine.
Pendant ce temps, dans la vraie vie, des soldats américains se font épingler pour des "manquements comportementaux" en Afghanistan, en Irak, et à Guantanamo. Bon, un peu d’auto-critique du système fera le plus grand bien et montrera la série sous un jour contestataire. Mais pas trop ! Début de la saison 7. Ensuite on file, dans des États imaginaires car il faut, diplomatiquement parlant, arrêter de froisser la susceptibilité des vrais émissaires des différents pays incriminés dans les saisons précédentes. Le pays imaginaire sera donc le Juma pour le reste de la saison 7. On y développera et critiquera les relations avec des sociétés américaines de mercenaires qui veulent accroître leur influence. À qui fait-on allusion, là ? Non il n’y a pas de changement éditorial, ni de réelle volonté de dénoncer ces multinationales qui perdurent depuis des années en Afrique en écoulant beaucoup d’armes et un peu de nourriture. Juste une nouvelle hypocrisie à demi-voilée pour pointer des vérités dont tout le monde se fout au fond. Alors de qui parle-t-on ? Monsanto ? Texaco ? Lockheed ? Non, ne nous emballons pas, tout ceci n’est que fiction ne l’oublions pas. Nous parlons de Jack Bauer, alias superman pas déguisé (exit le folklore des années sixties/seventies/eighties, place au réalisme) qui défend l’Amérique et le monde contre les attaque-minutes contre nos belles démocraties, et ceci est minuté en temps réel pour que vous vous rendiez compte de l’ampleur de la tâche qui incombe à nos agents… dans la réalité… mais c’est une fiction… qui joue sur le réalisme… Hop, vendu !
2007 : Screen Actors Guild Award de la meilleure équipe de cascadeurs dans une série.
2008 : élection de Barack Obama. Une réalité issue de la fiction ? Pour vérifier, le Chef de l’État est désormais et bientôt une femme. C’est vraiment rétrograde de ne pouvoir accepter l’idée qu’une femme puisse être Président des Etats-Unis d’Amérique…
Saison 7 : trafic d’armes et SMP en Afrique, des mercenaires contre la Maison Blanche, et le Président des États-Unis est une femme.
24 Heures Chrono recyclé en madame Irma ? Non c’est plus fin que cela. LA recette c’est : des pronostics et de l’espoir. Le terreau de la spéculation. L’esprit même des USA. Yes we can ! Le pari commun : dans la joie face au danger. Saison 8, nouvelle mission : on garde bien la maison et on protège le monde face à notre nouveau pays fictif : le Kamistan qui a cherché à se procurer l’arme nucléaire. Visionnaire, non ?
Et les producteurs et la chaîne se félicitent de contribuer involontairement au changement positif de leur société, car leur vrai métier c’est l’entertainment, donc si cette corrélation est avérée, elle est vraiment inespérée. L’entertainment, dont la traduction est divertissement. Divertir c’est amuser, changer les idées. Même famille que diversion. Dont le Larousse nous dit :
"diversion nom féminin
(bas latin diversio, -onis, de divertere, détourner) Manœuvre ou procédé visant à attirer l’adversaire vers une zone ou un point différent de celui sur lequel on compte attaquer : Opérer une diversion.
Événement, action qui amène quelqu’un à détourner son attention d’une tâche, d’un souci : Une agréable diversion à son ennui."
Alors oui ! Tout le cinéma et la télévision sont de l’entertainment et on ne peut taxer ainsi toute cette industrie sans se couvrir de ridicule. Mais on ne parle ici QUE de 24 Heures Chrono et bien que « Les personnages et les situations de ce récit étant purement fictifs, toute ressemblance avec des personnes ou des situations existantes ou ayant existé ne saurait être que fortuite », on se demande bien quel est le réel intérêt d’une chaîne de télévision passée n° 1 devant CBS à mettre en avant une série qui pourrait soulever des questions dérangeantes sur les liens entre le pouvoir et les milieux économiques. L’attrait du scoop si jamais il peut en ressortir un ? Butin trop insignifiant pour des gens sous la houlette de Rupert Murdoch, 17ème homme le plus riche des USA selon le magazine Forbes, et propriétaire des plus puissants organes de presse spécialistes du scoop (Wall Street Journal, New York Post aux USA, Daily Telegraph en Angleterre, The Herald et The Australian en Australie entre autres). S’attirer la sympathie du public pour contre-balancer le poids du pouvoir en ses murs ? Risqué quand on connaît les relations plus qu’étroites qu’entretient M. Murdoch avec TOUS les Présidents des USA depuis Truman.
Parce que la Fox c’est tout de même Santa Barbara, Le Cosby Show, 21 Jumpstreet, Beverly Hills, Les Simpson, X-Files, et des concepts d’émissions de télé-réalité mondialement dupliqués tels "Qui veut épouser un millionnaire ?", "L’Ile de la tentation", "Joe le Millionnaire", "American Idol"… du haut de gamme en temps de cerveaux disponible ! Et tout cela sans jamais se mêler du pouvoir. Ce n’est que de la fiction ne l’oublions pas… Faire croire aux téléspectateurs qu’ils sont désormais dans le vrai. Au coeur du pouvoir. Qu’on leur montre la vérité. Une vérité romancée. Si ça doit péter à nouveau vous serez au courant à la minute près sur Fox à 20h40 ! Ne manquez pas cet épisode de 24 Heures Chrono !
Alors à qui profite cette série culte ? Au public ? À la chaîne qui en tire des audiences folles depuis neuf ans ? Aux producteurs ? Ou à quelqu’autre personne ou organisation voire mode de pensée ?
Son schéma manichéen opposant systématiquement l’occident au reste du monde assoit une effrayante vision pessimiste de l’avenir. L’accélération et la récurrence chronologique du risque étranger exacerbe et cristallise les peurs, tout comme il pousse insidieusement au nationalisme et au protectionnisme.
En celà, la série pourrait alors constituer (mais ce ne serait pas la seule…) un formidable outil moderne de recrutement détourné. 24 Heures Chrono continue, c’est certain, de servir l’idée qu’on défend et répand les valeurs de la démocratie par les armes. Pas étonnant de la part d’un pays dont le passe temps préféré est d’envoyer sa jeunesse guerroyer.
Alors on recrute ! Et aujourd’hui vous pouvez aussi être un soldat sans effets spéciaux, en chemise-cravate, invité à prendre le petit déjeuner dans le bureau ovale pour déjouer les innombrables complots contre les USA car la guerre est l’affaire de tous, du plus haut dignitaire de l’état au trouffion dévoué venu du Wisconsin.
Qu’est-ce qui dérangerait, au fond, dans cette vision ?
Assurément le côté "visionnaire". Parce que si l’on recrute avec le concours des médias et avec autant d’artifices rendus si soigneusement acceptables et éducatifs pour la pensée, cela signifie qu’il y aura encore la guerre. Chaque Président américain, blanc, noir ou femme, a droit à la sienne.
Propagande minute après minute on Fox TV ? Pas si parano, après tout. 24 Heures Chrono : la plus grande saga prémonitoire publicitaire pour le pouvoir étasunien jamais vue. Primée partout et par tous. Invraisemblable mais potentiellement vrai.
Jocelyn Demoniere
> Lire aussi notre dossier sur "le 11 septembre à l’écran" (dont l’article "Tous à la foi !") dans Versus n° 10, toujours disponible (extraits en *.pdf à télécharger ici).
> La série 24 Heures Chrono est disponible en Blu-ray (éditeur : 20th Century Fox) depuis le 03 décembre 2010.
(N.B. : pour information – référé par Wikipédia -, selon l’hebdomadaire L’Express, la série pointait les dérapages de la politique américaine et la proximité entre le pouvoir et les milieux économiques. Tiens donc.)
24 Heures Chrono, teaser/trailer officiel de la 8ème et dernière saison