Comme pour la ressortie de Titanic en 2012, la conversion en 3D de Jurassic Park est l’occasion de redécouvrir le film avec un émerveillement intact voire même renforcé par la magnificence conférée par la stéréoscopie ajoutée. Preuve une fois encore que l’outil technologique n’est rien sans le regard acéré d’un cinéaste, Spielberg comme son confrère James Cameron dont la vision englobe déjà fondamentalement une construction du cadre en termes tridimensionnels.
Mais outre le pouvoir de sidération toujours aussi prégnant conféré par la mise en scène (la découverte inaugurale d’un brachiosaure paissant dans la plaine est tout autant stupéfiante, l’attaque du T-rex contre les jeeps stoppées à cause de la panne de courant durant une tempête tropicale demeure un grand moment de trouille pure), il s’avère que Jurassic Park peut sans doute être considéré comme le film charnière de l’œuvre de Spielberg (et avec La Liste de Schindler suivant de près, on peut étendre l’affirmation à l’année de leurs sorties, 1993, toute entière) puisque c’est avec ce métrage que le génial réalisateur a profondément modifié l’ADN du cinéma comme du sien propre.
La crédibilité conférée à l’emploi des C.G.I pour recréer les dinosaures à ouvert la voie vers un champ des possibles où tout est désormais concevable. L’incorporation de ces créatures numériques (merci I.L.M et Denis Muren) et celles en animatroniques (conçues par Stan Winston et son équipe et animées en go-motion par Phil Tippett) était bluffante de véracité il y a vingt ans et l’est tout autant maintenant. Une authenticité qui ravivera la flamme des plus fous espoirs de Kubrick et Cameron qui à la vision du monstrueux film de Spielberg entrevoieront enfin la concrétisation de leurs rêves, A.I pour le génie solitaire (et que prendra en charge Spielberg en guise d’hommage posthume) et Avatar pour l’ingénieur touche à tout. Plus généralement, Jurassic Park convertira l’industrie du film aux possibilités infinies offertes par de tels effets numériques (pourtant en portion congrue dans le film mais tellement bluffants…) qui se propageront comme un feu de poudre. Mais encore faut-il, pour que le résultat soit sinon mémorable, du moins qu’il tienne la route, qu’ils ne supplantent pas la vision du metteur en scène. Autrement dit, que ce nouvel outil perfectionné ne devienne pas une fin en soi (ce qui est malheureusement trop souvent le cas).
C’est d’ailleurs peu ou proue le discours tenu en filigrane par Spielberg dans son film, une science sans conscience pouvant bien vite échapper à tout contrôle et engendrer le chaos théorisé et prophétisé par le docteur Ian Malcolm (inoubliable Jeff Goldblum). Ainsi, s’il est très enthousiaste, le réalisateur se montre aussi très critique envers ce nouveau genre d’artifices. Le parc jurassique peut d’ailleurs être tout aussi bien être assimilé à une mise en abyme des spectateurs incrédules retournés avec fracas par un spectacle aussi saisissant que celle d’une Hollywood découvrant d’incroyables potentialités. Tout en conservant la maîtrise de son récit, le réalisateur fait de chaque partie du parc où s’ébattent et se battent les dinos autant de grandioses bandes démo. Un Spielberg ici particulièrement facétieux puisqu’il ironisera sur la propension de l’industrie du film à raisonner rapidement en termes financiers et marketing (les produits dérivés intégrés au métrage puisqu’il y sont montrés) en faisant en sorte que leur figuration filmique, l’avocat en assurances, se fasse boulotter par le T-Rex dans une position grotesque (assis sur la cuvette des toilettes dans lesquelles il s’est réfugié).
Jurassic Park est tout autant un tournant dans l’œuvre de Spielberg. Non seulement d’un point de vue esthétique puisque Januz Kaminski deviendra le directeur photo attitré dès le film suivant, La Liste de Schindler, mais également narrativement et thématiquement. Désormais la plongée dans le merveilleux n’est plus aussi aisée et ne préserve plus d’une réalité mortifère. Le raté mais intéressant Hook l’année d’avant en étant un prémisse (Peter Pan adulte tente un retour peu concluant dans le monde imaginaire). Et à partir de la découverte du monde fabuleux recréé par Hammond/Spielberg (l’apparition des brontosaures), tout va dérailler. Ainsi, le recours aux artifices pour échapper à une réalité morne ou traumatisante en produisant du rêve ne doit pas être exempte d’un certain contrôle si on veut éviter de se perdre totalement dans l’illusion.
Depuis Jurassic Park, l’oeuvre du réalisateur tend à déchirer le voile des illusions pour se confronter frontalement à l’horreur de la réalité. A.I, La Guerre des mondes, Minority Report, Munich, Cheval de guerre, Lincoln, Il Faut sauver le soldat Ryan, contiennent à un moment ou à un autre – quand ils ne sont pas des immersions directes et totales dans un réel violent – une séquence où le héros ou un protagoniste positif voit son monde basculer, l’idéal se fendiller. Une image saisissante et parfaitement signifiante de War Horse étant ce plan voyant une gamine passer du versant bucolique d’une colline en compagnie de son grand-père à l’autre côté où l’armée a pris possession des lieux (exemple plus récent, la confrontation du fils de Lincoln avec l’horreur de la guerre dans la magistrale séquence de la fosse des corps démembrés). Renvoyant ainsi à une tentative plus ancienne d’instaurer une certaine gravité avec en 1986 le remarquable Empire du soleil.
Pour autant, la fantaisie n’est pas totalement évacuée puisque c’est elle qui permet à la communauté dans l’ombre de la zone de transit du Terminal de rester soudée, de se constituer, de résister et permettre la survivance de Viktor Navorski. Ou encore dans A.I où les illusions, les artifices sont bien ancrés dans la réalité, ces androïdes se révélant même plus humains que les hommes. Des êtres artificiels à l’aube de supplanter l’humanité. Et pourtant, l’illusion est toujours nécessaire puisque s’en est une qui apaisera in fine le robot David Swinton.De même dans Cheval de guerre, pour traverser l’horreur, il faut pouvoir s’accrocher à de puissants symboles capable de faire ré-émerger le merveilleux (la marque sur le museau renvoyant le cheval à la figuration d’une licorne). Tintin (et les futures suites) est le dernier îlot totalement fantasmagorique (même si le destin de Haddock est une puissante tragédie) et surligne par contraste le grand pessimisme, la noirceur infusant désormais le cinéma de Spielberg. A l’époque, et encore maintenant vingt plus tard, certains se sont gaussés du grand écart entre le pur divertissement proposé par le roller coasterJurassic Park et l’émergence quelques mois plus tard du sérieux et grave La Liste de Schindler. Mais plus qu’une tendance à la schizophrénie artistique, l’enchaînement des deux films est une évolution logique, le sentiment d’horreur et de stupéfaction nous étreignant à la vision de La Liste de Schindler étant préparé par la conclusion de Jurassic Park. Les monstres ont pris le contrôle et le retour en hélicoptère des survivants mal en point laisse transparaître un apaisement apparent masquant le traumatisme des épreuves endurées. Ils ne sont pas dans l’état catatonique de l’invincible major Dutch à la fin de Predator mais on sent bien que leur aventure les a profondément marqués. Rien de comparable avec les camps de la mort nazis mais l’humeur maussade de la fin de Jurassic Park se voit prolongée et décuplée avec La Liste de Schindler.
Et depuis cette première incursion dans le monde d’Hammond, Spielberg fait preuve d’une mélancolie appuyée puisque la réunion de la famille est illusoire ou sinon un réconfort éphémère.
Les héros spielbergien sont toujours animés par la volonté d’accomplir un retour au foyer mais il ne s’accompagne pas forcément d’une reconstruction de la cellule familiale (Ray Ferrier dans La Guerre des mondes en est un exemple patent, sans doute le plus probant). Cependant, depuis Cheval de guerre, il semble encore évoluer puisque Albert le jeune fermier retournera dans la ferme familiale avec son cheval Joey rejoindre père et mère mais cela n’en fait pas une conclusion béate de joie puisque ce retour s’effectue sur fond de coucher de soleil rougeoyant, come si l’arrière-plan était en flammes, annonçant des jours pas forcément réjouissants. Avec Les Aventures de Tintin, il poursuit sur cette voie puisque le journaliste/détective solitaire va aider le capitaine Haddock à se réconcilier avec ses racines et constituer avec lui un duo de frères d’armes, du moins d’aventures. Et puis dernièrement, il ya Lincoln, père de la nation, figure paternelle ultime. La reconstruction du foyer, national, cette fois, passe par la fin du conflit fratricide et l’adoption de l’amendement instituant que les frères noirs en font partie.
Ainsi, depuis Jurassic Park, on assiste à une responsabilisation du père. Figure invoquée mais absente dans les films précédents, désormais plus présent et attentionné, mu par la volonté de se racheter. Le docteur Grant est présenté comme réfractaire à l’idée d’avoir des enfants avec sa compagne et collègue de fouille, le docteur Ellie Satler, particulièrement maladroit, voire même envisagé comme un croquemitaine lorsqu’il explique de manière effrayante (toute griffe de raptor fossilisée dehors) à un gamin la façon de tuer des vélociraptors.
Au contact des petits-enfants de Hammond, il va peu à peu s’ouvrir, se sensibiliser à cette forme de vie totalement inconnue pour lui. Le danger (la confrontation terrifiante avec le T-Rex, puis la traversée du parc pour retourner en lieu sûr dans le complexe) va révéler des capacités d’action et de protection insoupçonnées, tout en lui faisant prendre conscience de son empathie pour ces gosses.
La figure paternelle sera dès lors plus présente, plus concernée, véritablement impliquée (Tom Cruise dans La Guerre des mondes et Minority Report, le père de substitution Tom Hanks dans Attrape-moi si tu peux, engendrent de puissantes répercussions émotionnelles. L’un des enjeux fondamentaux de Munich réside ainsi dans la manière d’envisager ce rôle, Avner (Eric Bana), lui-même père en construction puisque sa femme a accouché depuis peu, étant tiraillé entre deux conceptions ambigües, l’homme qui les oriente lui et son groupe vengeur vers les cibles à abattre et « Papa » (Michael Lonsdale) l’incitant à rejoindre sa « famille » en poursuivant et accentuant une voie mortifère. Cette sur-responsabilisation (tuer pour venger ses compatriotes, ses « frères » israéliens) l’entraînant dans un engrenage de violence menant à la perdition morale. Un chemin emprunté par Ray Ferrier par nécessité absolue (la séquence de la cave).
Métaphoriquement, les pères post-Jurassic Park sont aussi aveugles que ne l’était celui irresponsable de Rencontres du troisième type par les lumières extra-terrestres. Pour retrouver sa clairvoyance, celui de Minority Report devra littéralement perdre la vue avant de changer de regard. Toutes ces épreuves étant nécessaires pour parvenir à l’évolution incarnée par les figures paternelles de Cheval de guerre et Lincoln, pères idéalisés mais pas forcément idéaux puisque demeure en ce dernier une certaine part d’ombre avec laquelle il doit s’accommoder pour accomplir l’action politique la plus juste, la plus lumineuse (le jeu de clair-obscur accompagnant la mise en scène du personnage de président attestant de cette dualité).
En vingt ans, Spielberg est donc passé du chaos à un certain ordre, voire apaisement, sans pour autant occulter les difficultés inhérentes à surmonter. A l’époque déjà, Jurassic Park avait démontré que le réalisateur s’était détaché du trait de personnalité personnifié par Hammond. Et si l’on a pu craindre avec Le Monde perdu en 1997 qu’il ne s’enferme réellement dans son cirque de puces, il n’en a rien été, Spielberg décloisonnant son univers et libérant sa mise en scène où plus que jamais ses rêves côtoient notre réalité.
Nicolas Zugasti
Jurassic Park 3D est ressorti en salles le 1er mai 2013
Depuis quelques jours, une page Facebook dédiée, Free McTiernan, tente de mobiliser les fans du génial réalisateur John McTiernan afin de sensibiliser le plus grand nombre sur le sort qui lui est réservé et peut-être, si la vague de soutiens se répercute assez loin, jusqu’à certains puissants collaborateurs de McT (l’ex Governator, par exemple), amener le juge qui l’a condamné à une peine de prison d’un an ferme, 100 000 dollars d’amende et trois ans de liberté surveillée ensuite, à revoir sa lourde copie, notamment au vu de l’inexactitude d’éléments déterminants du dossier à charge. Mais surtout, cette action représente l’occasion d’exprimer notre amour pour cet artiste qui a tant contribué pour le cinéma, qui nous a fait vibrer et s’extasier devant sa maîtrise technique et narrative, un réalisateur populaire qui tirait le meilleur parti de scénario parfois faméliques pour en accomplir sa propre musique. Montrer à ce type qu’on ne l’oublie pas. Et puis, c’est un des parrains de la revue puisque outre Sam Raimi, Versus lui avait consacré un dossier conséquent en deux parties dans les deux premiers numéros.
Attention, ce n’est pas parce que c’est un artiste qui nous est cher qu’il est au-dessus des lois mais dans cette sordide affaire d’écoutes téléphoniques, il aura été le seul des nombreuses personnalités ayant eu affaire avec le détective privé des stars, Anthony Pellicano (Tom Cruise, Nicole Kidman, Chris Rock, Demi Moore,…) à être inquiété. Surtout, depuis ses démêlés judiciaires, il se voit ostracisé depuis maintenant une décennie. Après Basic, son dernier film datant de 2003, il n’a plus touché à une caméra, un déjà trop lourd tribut payé et cette peine signerait sans doute définitivement sa fin en tant qu’artiste.
Pour résumer, il est reproché à McTiernan d’avoir menti au F.B.I sur le fait d’avoir engagé Pellicano pour mettre sur écoute son producteur de l’époque du tournage de Rollerball, Charles Roven. Problème, alors que les fédéraux enquêtaient sur les agissements criminels de Pellicano (accointance avec la mafia, racket, intimidation, violences…), ils ont découvert dans le bureau du détective, outre des armes et autres explosifs, des bandes cryptées et un enregistrement clairement audible d’une conversation du cinéaste avec le privé faisant mention de la surveillance dont Roven ferait l’objet contre une rétribution de 50 000 dollars.
Condamné en première instance à quatre mois de prison, McT se pourvoit en appel et c’est celui-ci qui a été jugé et rejeté en janvier dernier, le juge alourdissant même la peine – qui deviendra effective d’ici quelques jours.
Pour en connaître un peu plus sur ce drôle de loustic de Pellicano (condamné lui à quinze ans de prison et reconnu coupable de soixante seize des soixante dix sept chef d’inculpation !), lire l’excellent papier d’Arnaud Bordas pour Capture Mag et le non moins excellent livre de Charles Fleming, Box Office contant la vie mouvementée du producteur Don Simpson dont le succès sera concomitant avec l’émergence du détective.
Rollerball (2002)
Au-delà de considérations procédurales, qu’est-ce qui a pu mener McTiernan a en venir à une telle extrémité, demander à un détective mafieux de mettre sur écoute son producteur ?
Les relations de McT avec les studios ont pour la plupart été souvent problématiques, entre le script remanié et l’incapacité de peaufiner Last Action Hero, le final cut refusé sur Une Journée en enfer, le travail de sape de Michael Crichton pour s’imposer et remonter Le Treizième guerrier, entre autres, le réalisateur aura connu son lot d’avanies qui aura un peu plus fragilisé sa position et attisé une certaine paranoïa. Alors qu’il est opposé à Charles Roven sur l’orientation à donner à Rollerball (il veut en faire un brûlot politique agressif avec révolte des esclaves à la Spartacus à la clé, Roven préfère un film d’action lambda et plus tranquille), McTiernan le soupçonne de travailler contre lui dans son dos auprès du studio MGM pour reprendre le contrôle du projet et l’évincer au passage. Il engage donc Pellicano pour savoir ce qu’il en retourne exactement. La suite est malheureusement funeste.
Si la justice américaine tient absolument à emprisonner quelqu’un impliqué dans la franchise Die Hard, on leur laisse le choix entre Len Wiseman et John Moore.
Et quelle plus belle et appropriée vidéo que la prière avant la bataille du Treizième guerrier pour conclure ce bref hommage ?
Mondwest raconte, vingt ans avant Jurassic Park de Steven Spielberg (dont Michael Crichton a écrit le scénario adapté de son propre roman), comment un rêve d’idéaliste se transforme brutalement en un terrible cauchemar, avec pour décor un parc d’attractions hyper-technologique. Si le film de Spielberg s’attachait à développer des problématiques liées à des peurs gravitant autour de la génétique, celui de Crichton mettait en relief les craintes de son époque : progrès de l’électronique, évolution de la robotique, accroissement des besoins humains en loisirs et attractions en tous genres, et un thème que reprendra son futur avatar : prédominance de l’hubris humaine face à une nature qui s’avère plus efficiente. Les dinosaures de Spielberg étaient, deux décennies avant, remplacés par des robots qui finissaient eux aussi par combattre leur déterminisme et affronter leurs ennemis les hommes, dans un jeu soudain devenu réalité.
Dans Mondwest, cela dit, le rêve n’est pas personnifié par un brouillon de John Hammond, et Crichton choisit de faire un film plus direct et pragmatique que ne le sera son roman Jurassic Park. L’idéalisme candide du créateur n’a pas ici de raison d’être : le monde de Mondwest ressemble à l’Univers vu par les astrophysiciens, né d’une impulsion peut-être intelligente mais abandonné depuis par celui qui en est à l’origine. Les visages anonymes qui se succèdent derrière les écrans d’ordinateur, les vidéosurveillances et les outils de réparation des robots ne font pas longtemps illusion : le parc d’attractions montré par le réalisateur est un lieu mort, peuplé de figures vides, de pantins animés par une foi vacillante. Ils pourraient être substitués par d’autres visages tout aussi anonymes ; et rien ne prouve par ailleurs que les techniciens humains qui s’affairent dans les coulisses ne sont pas eux-mêmes de complexes machines laissées là en héritage pour donner l’illusion du contrôle.
L’histoire nous propulse en 1983, avenir pas si lointain de l’époque de production du film. Le village-vacances de Délos – en référence à l’île grecque dédiée à Poséidon – propose à ses participants, au prix exorbitant de 1 000 dollars la journée, de devenir les acteurs de mondes pittoresques tirés d’époques révolues : western, Moyen-Age et Rome antique. Peter Martin (Richard Benjamin) et John Blane (James Brolin) choisissent de vivre une semaine dans le décorum du western. La particularité de ce parc d’attractions d’un nouveau genre tient en ce que les habitants des mondes sont partagés entre les visiteurs et des robots d’apparence humaine, ceux-ci jouant leur rôle au mieux pour plaire aux riches touristes – ils se battent en duel, se blessent, meurent, couchent, selon les besoins et les envies. Dans les premières heures, le sceptique (et limite benêt) Peter Martin se plaint du monde-western : « C’est du chiqué ! » lance-t-il en arrivant au saloon avec son compagnon. Mais l’apparition soudaine du « Gunslinger » sans nom et le premier duel contre Martin achèvent de prouver à celui-ci qu’à Délos, le faux ressemble furieusement à du vrai.
Dans le rôle du Gunslinger, Yul Brynner reprend les codes vestimentaires du personnage célèbre qu’il incarnait dans Les Sept mercenaires de John Sturges (1960), la parole en moins. Sa rigidité, son mutisme, sa détermination – toute robotique – ne laissent entrevoir aucun espoir lorsque le mécanisme se met en branle pour tuer. Du fait d’un dysfonctionnement qui s’étend comme un virus chez les machines, causant d’abord des pannes inexpliquées avant de les rendre agressives, les principaux adversaires de chaque monde – Gunslinger pour le western, chevalier noir au Moyen-Age – perdent les pédales et s’en prennent aux visiteurs jusqu’à la mort. Les engins implacables imaginés par Michael Crichton préfigurent l’inflexibilité du Terminator dans les deux films éponymes de James Cameron (1984 et 1992) : insensible aux prières et aux regrets, le monstre de métal et de boulons continue inlassablement sa route vers la cible qu’il s’est choisie. La peur provoquée par le Gunslinger provient en outre du fait que, non content d’avoir une visée quasi-parfaite, il suit constamment Martin au ralenti, marchant les doigts dans la ceinture tandis que sa proie s’épuise à la course – et le retrouvant toujours. On pense aussi au Predator de John McTiernan (1987) lorsque la caméra nous fait pénétrer pour quelques plans à l’intérieur du cerveau du Gunslinger : ces images représentant le point de vue du robot procèdent d’une technologie de synthèse tout à fait inédite au début des années 70, et chacune d’elles pouvait réclamer un travail de huit heures. (Dans sa suite réalisée par Richard T. Heffron en 1976, Les Rescapés du futur, des images 3-D seront utilisées pour la première fois au cinéma.)
Le cinéaste Crichton possède la précision et les vertus narratives du romancier. On retrouve dans Mondwest, comme plus tard dans Runaway, l’évadé du futur (1984), cette ambition scientifique et ce goût pour la technologie qui font ou feront le sel de ses livres – Le Mystère Andromède (adapté par Robert Wise en 1971), Jurassic Park, L’Homme terminal, Sphère (porté à l’écran, avec moins de bonheur, par Barry Levinson en 1998). Médecin et chercheur en biologie, Crichton n’a jamais hésité à poser des questions précises et angoissantes sur le devenir biologique des êtres vivants, et ce n’est sans doute pas un hasard s’il commençait, dans Mondwest, son premier long-métrage en tant que réalisateur, par s’interroger sur la place prise progressivement par les machines dans notre société – thématique à nouveau développée dans Runaway.
Revoir le film aujourd’hui en DVD permet encore d’apprécier l’avant-gardisme dont fait preuve Crichton dans le domaine des univers virtuels. Si l’on se réfère simplement au principe du village-vacances de Délos – trois mondes-époques destinés à l’immersion du participant – en regard des loisirs qui dominent la scène mondiale depuis vingt ans, on pense tout de suite à l’importance prise par le jeu vidéo dans le domaine ludique, et on constate combien l’idée de Crichton trouve son prolongement dans l’enjeu de ce loisir : l’intégration d’un joueur à un espace-temps virtuel choisi parmi les grands moments de l’Histoire comme autant de véhicules d’un puissant imaginaire pédagogique. On tue à Délos de la même manière qu’un avatar se débarrasse d’une entité artificielle dans n’importe quel jeu vidéo ; on s’habille et on choisit ses accessoires (une scène où Martin et Blane sélectionnent chapeaux et pistolets avant de pénétrer de plain-pied dans le « Westworld ») comme le joueur avant que le jeu ne commence véritablement, notamment dans les jeux massivement en ligne qui réclament la construction complète d’un personnage ; enfin, on se moque ici des conséquences de ses actes, à la façon des joueurs de Grand Theft Auto (dans lequel le joueur incarne un brigand commettant larcins et autres actes délictueux dans une métropole) projetant dans l’écran leurs fantasmes les plus indicibles, depuis le meurtre jusqu’à la fréquentation de filles de joie. Crichton ne se rendait évidemment pas compte alors du chemin que suivrait, des années plus tard, l’industrie du loisir électronique (pour rappel, Pong date de 1972 et la console familiale Attari de 1976), mais il intégrait néanmoins les éléments ludiques de la comédie burlesque façon La Grande course autour du monde (Blake Edwards, 1962), notamment lors de la scène de pugilat au saloon, et ceux, angoissants, du thriller scientiste (sur le mode : si la technologie nous échappe elle risque de se retourner contre nous). Rares sont les films qui fusionnent aussi bien passé et futur, tradition du cinéma de genre et avancées techniques de l’image, discours conservateur (seuls les riches peuvent se payer ce genre de vacances) et visées progressistes. Un constat qui rend de factoMondwest parfaitement indémodable, en DVD comme dans sa version inédite Blu-ray.
La meilleure façon de se préparer à l’immense ratage de ce Predators est encore de lire les propos de Robert Rodriguez, producteur du film et metteur en scène bien surestimé par ailleurs, lorsqu’il évoque la genèse du projet : « A l’origine, j’ai juste été engagé comme scénariste. Ils [la 20th Century Fox] cherchaient une nouvelle approche du personnage, et j’ai saisi cette chance. J’étais fan de Predator… » Et d’y ajouter ceux de Nimrod Antal, propulsé réalisateur : « Ce film [Predator], c’est mon enfance. J’étais un mordu de cinéma. Je me souviens d’avoir vu Predator le jour de sa sortie (…) et cela avait été une expérience très forte ». Quoi de choquant dans ces sympathiques notes d’intention, par ailleurs semblables à beaucoup d’autres bavardages promotionnels ? Le fait que ces propos soient, précisément, proches de ceux d’autres geeks de l’industrie hollywoodienne. Proches de ceux d’un Paul W.S. Anderson, par exemple, qui s’affirme en tant que fan absolu des jeux vidéo qu’il a si nullement adaptés pour le grand écran. Comment croire rétrospectivement un type qui nous assure de son amour pour la saga de Capcom Resident Evil après qu’il ait osé réaliser une version cinéma absolument honteuse, et alors qu’il s’apprête à remettre le couvert avec un quatrième épisode mis en scène par ses (mauvais) soins ? Comment penser une seconde que les réalisateurs des Tomb Raider, Street Fighter et autres Dragon Ball puissent avoir voulu « rendre hommage » à ces jeux à et ces séries télé qui ont rythmé leur enfance, alors que ces adaptations sont rapidement tombées au fond du panier de l’inacceptable production cinématographique ? En fait, il suffit d’entendre un cinéaste affirmer qu’il est fan d’un produit (film, jeu, comic book, BD, livre, etc.) pour devenir immédiatement des plus méfiants. Rappelons, juste comme ça, qu’un Kubrick se gargarisait d’adapter des œuvres littéraires mineures précisément pour en tirer quelque chose de grandiose (il suffit de lire Shining de King ou Barry Lyndon de Thackeray pour s’en convaincre). Le philtre sentimental existant entre l’œuvre d’origine et sa nouvelle version fait souvent craindre le pire. Et il est inutile de venir me reprocher ma mauvaise foi : aucun amateur de Carpenter n’attend le remake de The Thing, aucun ! Et quand bien même son réalisateur, au nom imprononçable, serait un aficionado de l’original, cela n’y changerait rien, comme cela n’a rien changé au remake de The Fog. Il y a bien sûr des exceptions. Ne soyons pas trop dur, ni trop radical. Mais il semble délicat d’octroyer une pleine confiance à un Nimrod Antal qui n’a pas encore fait ses preuves derrière la caméra (Motel, Kontrol et Blindés ne font pas en eux-mêmes un excellent CV) ni à un Rodriguez qui, à force de banaliser la stupidité dans ses films, a largement puisé dans le capital confiance des spectateurs.
On pourrait croire, à la lecture de ces quelques lignes, que votre serviteur partait perdant avant même de poser les pieds dans la salle de projection. Faux : il y avait dans cette petite caboche une montagne d’espoir, un sommet de crédulité, un volcan d’optimisme. Au point d’avoir convaincu quelques amis journalistes de s’y rendre également – les mêmes qui refusent aujourd’hui de répondre à mes appels téléphoniques et qui me renvoient mes mails avec la mention « Spam ». Il a fallu batailler, après la projection, pour préserver une certaine légitimité. Et défendre malgré tout les précédents opus. A une journaliste qui m’avouait n’avoir jamais vu Predator, j’ai pris soin d’assurer que les bobines qu’elle venait de voir n’avaient aucun rapport avec le chef-d’œuvre de John McTiernan. Et qu’elle pouvait même, pour le plaisir, regarder la suite réalisée par Stephen Hopkins, film sympathique et bien troussé qui n’a de toute façon pas la prétention de surpasser son modèle.
Finalement, le plus grave, ce n’est pas que ce Predators soit raté. Les films ratés pullulent, mais ils ont souvent quelque chose à partager avec le public. Le pire, c’est bien qu’il soit mauvais, au sens où rien, ni dans sa construction dramatique, ni dans son projet esthétique, ne donne à croire qu’une foule de techniciens a travaillé dur pour contenter le spectateur. A l’inverse, on se demande, avec beaucoup de colère, comment un tel script, si absurde, si mal fichu, si dépassé a pu franchir les décisionnaires du studio, sauf à penser que ceux-ci ne voient dans un tel projet que les retombées financières potentielles en préférant, à l’intelligence du propos, la bêtise du sujet. C’est bien sûr une figure de rhétorique : rares sont les studios qui ambitionnent de révolutionner si complètement le cinéma qu’ils prendraient le moindre risque. Le cinéma hollywoodien, avec ses suites et ses remakes, ressemble de plus en plus à un laboratoire scientifique où l’on ne financerait les chercheurs que pour peu qu’ils soient certains de breveter un médicament inédit et de le vendre à des sociétés pharmaceutiques. Hasard ou pas, Adrien Brody, héros de Predators, est aussi à l’affiche du dernier film de Vincenzo Natali, Splice, dont le sous-texte rejoint quelque peu ces réflexions : alors que son personnage et sa femme sont parvenus à créer des organismes de synthèse d’un nouveau genre, leurs patrons et mécènes ne pensent qu’à obtenir la molécule qui leur rapportera du fric. Imagine-t-on une seconde Terrence Malick sortir de chez les producteurs de New Line Cinema, avec son script du Nouveau Monde sous le bras, débouté au prétexte que ses ambitions formelles ne siéraient pas à une sortie grand public ? « Okay, elle est bien belle votre séquence finale métaphorique sur la métempsycose qui transforme l’esprit de l’héroïne en chef indien ; mais quand est-ce que Colin Farrel et la fille couchent ensemble ? » Impossible ? Spectateurs avisés, nous avons pourtant régulièrement l’impression que les producteurs posent des questions aussi crues et vides à leurs poulains. Parce qu’il est incompréhensible que certains scénarios puissent passer cette barrière si solide du financement sans qu’une telle explication soit viable.
Et le film, alors ? La projection de Predators fut à l’image de cette introduction, à savoir pleine de frustration et de mécontentement. La première image signale par avance le problème de ce long-métrage, problème qui est aussi celui d’une grande partie de la production : la vitesse. Le film s’ouvre sur Adrien Brody ouvrant les yeux et se découvrant en chute libre, au milieu des airs. Un parachute sur le dos. Il essaie à plusieurs reprises de le déclencher, tape férocement sur son plastron, rien n’y fait. De l’autre côté de la couche nuage épaisse qu’il traverse : une forêt, à perte de vue, qui se rapproche à très grande vitesse. Parvenant finalement à ouvrir sa toile, subissant quelques égratignures dû à la chute dans les arbres, l’inconnu finit sa course sans trop de dégâts, la fin sur le fusil d’assaut. C’est ce cette façon que nous sommes lancés dans la fiction, sans préliminaires, pénétrés à sec par l’air brûlant de la chute libre. Pas de commencement. C’est qu’il ne faudrait pas traîner : la traditionnelle présentation des protagonistes peut aussi bien se dérouler sur une toile de fond mystérieuse. Principe propre à l’excellent Cube (et au huis clos sartrien en général) : les personnages, ici tombés du ciel, se découvrent au fur et à mesure, apprennent à se connaître, car ils ne se sont jamais vus. Tous sont des militaires armés jusqu’aux dents. Tous ont l’air de pros. Là début l’addition consciencieuse des clichés : il y a le Black balèze, combattant dans une armée de libération en Sierra Leone (Ali) ; le Mexicain primitif (l’indispensable Danny Trejo, sidekick de Rodriguez) ; le Russe gentil mais à la tête toute vide (Taktarov) ; la jeune et belle soldate de Tsahal (Alice Braga, compagnon de survie de Will Smith dans Je suis une légende) ; le fou dangereux, tueur en série notoire (Goggins) ; et, parmi les perles rares de la distribution, un yakuza inexpressif et muet, habillé en garde du corps de luxe, qui contemple stoïquement le ciel en prenant une pose soi-disant intelligente ; ainsi qu’un intrus, simple professeur, qui détonne forcément dans ce groupe de tueurs professionnels. Et, bien entendu, il y a Royce (Brody), le monsieur-j’ai-un-secret-qui-tue-et-je-le-dirai-pas, et dont nous ne révélerons pas le métier, non par crainte de spoiler une donnée importante du film, mais parce qu’il nous semble si ridicule d’avoir entouré ce détail de non-dit et de suspense qu’il fallait bien accepter de garder le silence sur ce point, par pure provocation. Tout ce petit monde découvre rapidement la vérité sur leur présence : les predators aimeraient bien leur tailler un short et garder leurs crânes en guise de trophées.
Tous ces bonshommes virils (plus une sympathique demoiselle) tentent dès lors de comprendre où ils se trouvent, et pourquoi ils y sont. Interrogations légitimes qui se traduisent par des répliques d’une gratifiante imbécillité. Surtout à travers le personnage de l’Israélienne (cliché, cliché, cliché !) qui affirme, avec un parfait sérieux, ne pas reconnaître cette jungle dans laquelle ils évoluent. Mention spéciale, donc, à cette jeune femme qui connaît à la feuille près toutes les jungles de la planète Terre et qui s’estime capable, à la seule vue de quelques branchages, de décréter la bizarrerie du lieu. Avant de lancer à Royce, qui garde le mystère sur ce qu’il fait, quand bien même tout le monde a joyeusement évoqué son activité meurtrière au moment où ils ont été « déportés » vers un ciel inconnu : « Tu connais bien la jungle ». Intéressant. Passionnant. Autre perle des dialoguistes (permettons-nous ici de révéler un secret qui, on s’en doute, n’en sera pas un pour qui aura simplement vu la bande-annonce) : la bande arrivant près d’une falaise, dans une partie dégagée de la jungle, et apercevant, dans le ciel, un paysage de planètes qui ne ressemble en rien à une vue depuis la Terre. Royce : « Il va nous falloir un plan B ». Votre serviteur reconnaît ici sa mauvaise foi : la réplique n’est pas ridicule, et prononcée dans d’autres circonstances, d’autres films, par d’autres protagonistes, elle eût sans doute été très différente. Mais les conditions de sa prononciation la rendent absurde, ainsi que le contexte. Que serait devenu un film tel que Pitch Black si, apercevant le triple soleil, les personnages avaient pareillement ironisé ? Je suis plutôt favorable à l’humour dans les films d’action et de science-fiction, même si, ces dernières années, Hollywood tend à privilégier des plaisanteries de plus en plus tartes. Mais avouez que les punch lines du Predator de McTiernan avaient plus de gueule !
Il n’est pas indispensable de poursuivre longuement cette critique sur un tel modèle. Laissons-là répliques, situations absurdes et incompétences. Soulignons simplement que l’objectif de Predators est triple : d’abord, construire un film qui conjugue le meilleur des deux premiers opus, entre la jungle de Predator et l’exploration du vaisseau spatial de Predator 2. Antal ne dissimule pas sa volonté de filiation avec ses prédécesseurs ; il l’affiche même, faisant relater à l’un de ses personnages l’histoire du premier film, sur le mode de l’information ultra-secrète. Ensuite, proposer une suite jouissive et enthousiasmante, loin des ratages que furent les deux Alien VS Predator, en essayant de devenir par rapport aux deux précédents épisodes ce que Alien, le retour fut à Alien, le 8e passager. Seulement voilà : Rodriguez et Antal, même réunis, ne sont pas James Cameron. Dont acte. Enfin, Predators voudrait se développer en parabole intelligente sur l’humanité, décrétant, par son titre à double fond, que si les humains sont les proies des méchants extraterrestres belliqueux, ils sont aussi, eux-mêmes, leurs propres prédateurs. Cette idée, qui pourrait se résumer par une phrase bien idiote du type « l’homme est un prédateur pour l’homme en même temps qu’une victime du Predator qui finalement n’est pas aussi méchant que l’homme », est tout entière illustrée par un rebondissement final d’une gratuité et d’une imbécillité sans nom, avec le retournement de personnalité de l’un des personnages. Cela veut dire, grossièrement, qu’après avoir subi les assauts répétés de la sottise généralisée de ces soldats sans cervelle, les répliques schizophréniques d’un Lawrence Fishburne bouffi et complètement à côté de la plaque, et une succession de péripéties sans intérêt, Predators se conclut sur ce twist absurde et viscéralement inutile qui confine à l’agression intellectuelle. Et le tout pour quelques millions de dollars, dépensés pour des clopinettes en temps de crise. Je n’irai pas plus loin, et j’espère simplement que ce film ne donnera surtout pas lieu à une énième suite, sans quoi il faudra ressortir les mêmes armes au prochain épisode.
Si elle n’a pas primé de films réellement exceptionnels, la 17ème édition du Festival International du Film Fantastique de Gérardmer aura tout de même livré de solides lauréats qui, outre une satisfaction immédiate, trouveront sûrement, grâce à leur prix, des débouchés pour une distribution hexagonale (le trio gagnant n’a toujours pas de date de sortie annoncée) voire appuieront une renommée naissante. A deux ou trois exceptions près, les films sélectionnés en compétition ou présentés hors-compétition auront démontré une certaine maîtrise formelle et esthétique et diviseront avant tout au niveau du ressenti propre à chacun. Une édition homogène qui aura réservé son lot de surprises, ceci sous l’œil bienveillant du président du jury, le grand John McTiernan.
L’Américain dont la présence justifiait presque à elle seule le déplacement dans les terres enneigées géromoises car s’il montre toujours un certain détachement face à la célébrité et au système (et après les batailles contre les studios entraînant ses déboires avec la justice et le F.B.I, on le comprend), il demeure accessible pour le public (cf. sa masterclass).
Alors que les discours des élus et des organisateurs se succédant au pupitre lors de la cérémonie d’ouverture mêlaient bons mots et inquiétudes à peine larvées quant aux difficultés à financer un tel événement, McT. Imposait immédiatement sa patte par son attitude. Tandis que les membres du jury arrivaient sur la scène de manière détendue et rapide, le président se distingue d’emblée par une démarche tranquille, les mains dans les poches (on croirait le voir déambuler au milieu de son ranch !) et semblant détailler l’agencement de ce décor. Le réalisateur de génie tel qu’en lui-même, d’apparence un peu gauche et bourrin mais dégageant une classe folle.
Étonnamment, John McTiernan ne suscita pas d’applaudissements franchement enthousiastes à l’annonce de son nom. Comme si son absence des écrans depuis près de sept ans l’avait plus ou moins entraîné dans l’oubli (à l’ère d’internet et de la rapidité croissante et la multiplication des flux, ce n’est malheureusement pas une surprise). A croire qu’il ne suffit pas d’avoir redéfini les codes du film d’action (Die Hard, Last Action Hero, Die Hard III) et donné en sus des classiques du genre (Predator, Le treizième guerrier) puisque Pierre Mondy et Véronique Jeannot, membres du jury de l’édition précédente, avaient généré plus d’agitation. Résolument triste et honteux.
Un petit peu comme le film d’ouverture Dans ton sommeil de Caroline et Eric Du Potet, un exercice bien franchouillard puisqu’il aborde le genre sur la pointe des pieds. Traumatisée par la mort de son fils de 18 ans, Sarah (Anne Parillaud, membre du Jury) se prend d’affection pour un jeune homme qu’elle percute accidentellement avec sa voiture. L’amenant chez elle afin de le soigner, ils vont être menacés par un homme poursuivant Arthur pour le tuer. Ébauchant plusieurs pistes d’action (slasher, film de siège, drame psychologique), le film à force d’hésitation ne procurera finalement aucune excitation, restant à la lisière de la transgression. Nous avons bien droit à quelques épanchements sanglants et meurtres choquants (une famille entière décimée dans leur sommeil) mais la réalisation très télévisuelle, le montage grossier et des interprétations dissonantes finissent de décontenancer et déconnecter les plus indulgents des spectateurs. Les festivités ne commencent pas sous les meilleurs auspices. Heureusement, la compétition et donc les choses sérieuses commencent dès le lendemain matin. Une sélection d’où on peut remarquer l’absence des Etats-Unis, ses représentants étant relégués hors-compétition.
Le premier jour débute à la première heure (11 heures, ça va) avec un film de fantôme coréen et le spectre du surestimé grand prix de 2004, Deux sœurs de Kim Jee-Woon, est prêt à surgir. Mais première surprise, Possessed de Lee Yong-Ju, s’il met en jeu un rythme et des figures classiques du genre, étonne par son récit articulé autour de croyances aussi antagonistes que le chamanisme et le christianisme. Sous forte influence de Hideo Nakata (Ring, Dark Water), le film instille une ambiance déroutante par l’alternance de moments de latence angoissante et les ruptures de tons propres à ce cinéma si particuliers (peur et comique de situation se mêlent). Un drame ésotérique troublant dans sa volonté de ne pas tout dévoiler et dénonçant la persécution d’une gamine de 13 ans tiraillée entre des locataires superstitieux et une mère bigote.
Également en compétition, le très attendu La Horde de Yannick Dahan et Benjamin Rocher. Si le public de l’espace Lac était tout entier acquis à la cause du film et de Dahan, le vociférateur iconoclaste et intelligent de l’émission du câble Opération Frisson, on sentait tout de même une pointe d’appréhension à l’idée que le film soit de la lignée du catastrophique Mutants de David Morley. Pari tenu et réussi par le duo de réalisateurs, leur film n’a d’autres prétentions que de divertir et il le fait intelligemment en ne sombrant jamais dans la surenchère et en se reposant sur des personnages très bien caractérisés. La palme revenant à l’incroyable René (Yves Pignot), qui réussit à être aussi inquiétant qu’hilarant. Un film de zombies en banlieue qui commence comme un épisode de The Shield (expédition punitive dans la tour abritant un gang) et proprement réjouissant par le rythme imposé à l’action et aux dialogues (on retrouve la gouaille, toutes proportions gardées, du grand Jacques Audiard). Pas exempts de défauts (le manque de budget n’excuse pas tout) mais il parvient sans mal à laver l’affront des purges Humains, Vertige et Mutants. Récompensé par le prix Syfy (sorte de lot de consolation), il loupe le prix du public à 10 voix près (et personne n’a demandé à recompter les voix ?) ! Ce dernier étant attribué à 5150, rue des Ormes d’Eric Tessier.
Film québécois, 5150, rue des Ormes se déroule dans une banlieue pavillonnaire bien tranquille et proprette jusqu’à ce que les mésaventures de Yannick, jeune étudiant en cinéma, n’en fissure les façades. Après un accident de vélo, il demande de l’aide auprès de la maison la plus proche, celles des Beaulieu. Malheureusement pour lui, il sera séquestré par le père de famille, véritable illuminé qui s’est chargé de la mission de punir ceux qu’ils considèrent comme injustes (dealers, pédophiles, voleurs…). Il fait un marché avec le jeune homme, il le libèrera s’il parvient à le battre une fois aux échecs. La croisade de ce patriarche rappelle par sa ferveur le dérangeant Emprise de Bill Paxton, bien qu’ici il fasse appel à son observation et ne s’en remet à aucune voix ou apparition pour lui indiquer les personnes malfaisantes. Souffrant d’un léger coup de mou en milieu de métrage, Tessier parvient néanmoins à créer une ambiance pesante et même glauque lorsque nous est révélé le projet sur lequel travaille depuis 15 ans monsieur Beaulieu. A noter que 5150 désigne dans le California Welfare and Institutions Code une section qui autorise la détention contre son gré d’une personne souffrant de troubles mentaux et pouvant être dangereuses pour elle-même ou autrui. Ce qui éclaire sous un angle intéressant les intentions du réalisateur.
Que serait le festival de Gérardmer sans film espagnol ? Se serait un peu comme une paella sans chorizo, cela manquerait de piquant. De plus, ils repartent bien souvent avec un prix comme pour La Secte sans nom, Fausto 5.0, L’Echine du diable, Fragile ou encore REC et l’Orphelinat et proposent généralement des œuvres bien ancrées dans le genre, à la force narrative et émotionnelle. Or cette année, Hierro de Gabe Ibanez et plus encore Les Témoins du mal de Elio Quiroga échouent complètement à répondre aux fortes attentes engendrées par leur script respectif et l’excellence de leur prédécesseurs. Hierro s’attarde sur l’histoire de Maria, jeune mère solitaire à la recherche de son enfant disparu sur le ferry les emmenant en vacances sur l’île de Hierro. Essayant d’instaurer un suspense et un climat déliquescent par l’incertitude liée au sort du bambin (mort ? enlèvement ?), Ibanez peine à générer la moindre émotion quant au trauma de la belle Maria (très belle Elena Anaya). Dommage car la facture esthétique de l’ensemble est remarquable (photo superbe, plans à la frontière de l’onirisme et de la réalité) et débutait par un accident de voiture impressionnant par sa beauté et sa brutalité. Par contre, seules les premières minutes et le contexte inédit des Témoins du mal sont à sauver. Encore une histoire d’enfants meurtris, de possession, de vengeance d’outre-tombe mais cette fois desservie par une interprétation fluctuante (pour être gentil), une construction narrative à l’emporte-pièces et surtout sans surprises. Un couple avec leur bébé vient emménager dans une vieille demeure isolée théâtre d’événements surnaturels (visions cauchemardesques, porte qui claque, bruits bizarres…) liés au passé. Une grosse déception car si le synopsis et le film lui-même respirent le déjà-vu en beaucoup mieux ailleurs, le postulat de départ s’appuyait sur les documents cinématographiques créés en période franquiste et diffusés obligatoirement (jusqu’en 1976) avant le film. Ses productions définies par l’acronyme NO-DO (pour NOticiero DOcumental) avait pour finalité "de nourrir, de sa propre initiative et avec l’orientation adéquate, l’information cinématographique nationale", autrement dit des œuvres de propagande et qui dans le programme du film Les Témoins du mal étaient envisagées du côté de leur commanditaire, l’église catholique espagnole. Quelques exemples de ces vidéos ici.
Il y avait donc de quoi nourrir une fiction originale et engagée et éviter ce résultat trop timoré et prévisible de bout en bout.
Prix du Jury et de la critique, Moon de Duncan Jones est une histoire de science-fiction hypnotisante par ses superbes images et la musique atmosphérique de Clint Mansell. Vivant reclus depuis près de trois ans dans la station lunaire de Sarang où il gère l’extraction d’un gaz rare capable de résoudre la crise énergétique frappant la Terre, Sam Bell combat la monotonie quotidienne (mêmes actions et contrôles répétitifs jusqu’à l’aliénation) en occupant son esprit à penser à son proche retour. Mais à deux semaines de repartir, il est assailli par des visions étranges, est victime d’un accident à l’extérieur et se retrouve nez à nez avec un autre lui-même. Parfaitement maîtrisé formellement, Duncan Jones n’exploite pas assez intensément les dilemmes moraux, éthiques et émotionnels liés à l’explication de la présence d’un double. A la vision de cette tentative inégale on pense bien entendu au Solaris d’Andreï Tarkovski ou au 2001, Odysée de l’espace de Kubrick mais Jones s’en dégage suffisamment pour livrer un film à l’ambiance personnelle. Il utilise d’ailleurs plutôt bien ces références en jouant sur l’ambigüité comportementale du compagnon robotique de Sam (excellent Sam Rockwell), cet être si serviable et amical en apparence semble cacher une nature plus maligne. Un bon film c’est sûr mais dont le potentiel parfois mal exploité aurait pu amener à l’excellence.
Autre premier film au potentiel certain, Amer de Hélène Catet et Bruno Forzani se veut une relecture plus qu’une redéfinition du giallo puisqu’il n’use que des motifs propres à ce genre tombé en désuétude depuis la chute artistique d’Argento sans jamais repenser le modèle narratif le constituant. Nous avons droit à des images superbes à la colorimétrie très travaillée, des mains gantées de noir vues en plan subjectif, une lame de rasoir, une bâtisse renfermant des souvenirs traumatiques auxquels il faudra se confronter, etc. mais finalement tout cela est vain car les réalisateurs oublient d’articuler leur histoire autour de ces codes. Amer n’est donc qu’une très belle expérimentation formelle sur la quête charnelle et de désir de son héroïne sans d’autre but que de susciter une sensualité exacerbée. Ce parti pris est parfaitement atteint et maîtrisé grâce à l’utilisation de nombreux inserts sur des parties du corps filmées en gros plan (une bouche, un menton, une jupe qui se soulève, le grain de peau luisant de transpiration…) et par le remarquable travail sonore (crissement de pas sur le gravier, froissement du cuir des gants, des sièges d’une auto, vrombissement du moteur…), ceci créant une hallucinante proximité presque intime mais au final ne raconte rien. Pire, développé sur toute la durée du film, ce jeu esthétique et poétique finit par lasser et insupporter par sa vacuité et parfois sa drôlerie involontaire (la séquence du peigne et de la baignoire). Injustement hué, ce film audacieux mais à la limite de l’autisme auteurisant ne méritait pas de voir une bonne partie du public se lever en pleine projection pour quitter la salle. Un mauvais film qui paradoxalement proposait les images les plus enivrantes. Amer sort le 3 mars 2010 et s’il aura du mal à captiver et trouver un public, ce ne sera pas à cause de son affiche magnifique.
Enfin, terminons ce tour d’horizon de la compétition avec le mérité grand prix attribué à The Door (Die Tür en V.O) de Anno Saul, réalisateur germanique habitué à tourner des comédies. Si l’histoire de The Door ne prête pas franchement à sourire (un père responsable de la mort de sa fille de 7 ans à cause de son inadvertance coupable), le réalisateur mêle pourtant avec bonheur gravité et instants comiques pour un résultat très contrasté et déroutant. Surtout, le film est très bien rythmé et rebondit naturellement au gré des éléments mis en place. La seconde chance offerte à David (Mads Mikkelsen, encore une fois très bon) de rattraper ses erreurs en passant une porte le renvoyant au moment du drame va tour à tour se transformer en rêve éveillé et son pire cauchemar. Drame familial, comédie de mœurs, complot, voisins inquiétants, éléments fantastiques, tout se mêle avec grâce pour donner un récit poignant et intense. En espérant que The Door débarque en salles et pas directement en DVD.
Avec McTiernan comme président, l’occasion ne fut pas manquée de lui rendre hommage à travers six films, Nomads, Die Hard, Predator, Die Hard III, Le Treizième guerrier et Rollerball. Par manque de temps votre serviteur n’a pu revoir que Predator et malgré la piètre qualité de la copie le plaisir reste intact. Vingt trois ans après, le film conserve sa force et sa virtuosité renvoie la concurrence à ses chères études (meilleur film du festival et de loin !). Très appréciée fut également la masterclass d’une heure prodiguée par ce génie incompris. Il est ainsi revenu sur la politique inique des studios à son encontre, ses influences, ses projets futurs, l’avenir du cinéma, James Cameron et la 3D (il a adoré Avatar mais considère que pour l’instant la 3D est un agréable gimmick pas encore prêt à révolutionner profondément le septième art). Une masterclass que vous pouvez télécharger ici .
Fantastic’Arts, c’est aussi la compétition des courts-métrages. Des réalisations vraiment plus intéressantes que celles de l’année dernière puisque aux délires potaches et effets de style, les courts de cette année substituent une réelle volonté de raconter une histoire. Même si c’est plus ou moins raté dans le cas de Entre-Deux de Béatrice et Hughes Espinasse trop axé autour de son symbolisme ou La Morsure de Joyce A. Nashawati qui lui propose seulement des images léchées mais vides de toutes substance narrative. Tout le monde se demande encore comment il a pu ravir le prix tant ce court étale sans vergogne des afféteries auteurisantes et un goût immodéré et insupportable pour la pose. La Carte de Stefan Le Lay verse dans le désuet plutôt sympathique (un plagiste d’une carte postale en couleurs veut rejoindre sa bien-aimée, une femme à ombrelle en bord de mer dans une carte en noir et blanc) mais qui peine à faire oublier ses modèles le conte La Bergère et le ramoneur et surtout le formidable court d’animation des studios Pixar Knick Knack (un bonhomme de neige dans sa boule tente de rejoindre une jolie demoiselle en bikini dans la boule voisine). Barbie Girls de Vinciane Millereau est un délire potache plutôt rigolo mais sans génie et Toute ma vie de Pierre Ferrière surprend par son twist final très bien amené. Non, celui qui aurait dû s’imposer est le court-métrage d’origine belge, Les Naufragés de Mathieu Frances certes un peu trop long (27 minutes) mais qui parvient à faire peser une menace sourde sur son héroïne enceinte de 8 mois et seule après la disparition inexplicable de son mari explorant la demeure en bord de mer qu’ils ont louée pour le week-end. Une histoire formant un étonnant prolongement au chef-d’œuvre de Serrador Les Révoltés de l’an 2000, d’autant plus surprenant que le réalisateur du court avoue n’avoir découvert ce film que quelques temps après la fin du montage.
Le documentaire Viande d’origine française de Xavier Sayanoff et Tristan Shulman (le doc’ Suck my geek et l’émission Frisson Break sur Ciné Cinéma Frisson), présenté logiquement à la suite de la première projection de La Horde, établit un bilan pas fameux de la production de films de genre en France. Entre querelles de clochers, frilosité des investisseurs, difficultés pour les réalisateurs de dépasser leurs envies et digérer leurs multiples influences ; autant de raisons bridant le financement de films fantastiques ou d’horreur en France. Surtout, le documentaire révèle une contrainte inhérente à tous, la mainmise des télévisions dans le budget alloué. Sans pré-ventes aux chaînes raisonnant seulement en fonction d’une diffusion en prime-time, l’existence de projets risqués restera irrémédiablement en marge ou du moins financé à minima (le budget maximum accordé pour un film horrifique est de 2 millions d’euros. Même avec beaucoup d’inventivité et d’énergie, difficile de concrétiser sa vision). A moins qu’un succès inespéré dégage un horizon bien plombé. Ces problématiques, les autres cinématographies européennes y sont également confrontées, preuve que ce n’est pas seulement un problème culturel ou générationnel. Alors bien sûr, le modèle américain continue à faire rêver les jeunes réalisateurs français s’expatriant de plus en plus mais ce supposé eldorado ne saurait occulter la liberté artistique mise à mal par l’octroi de moyens conséquents. Les expériences de Eric Valette (One Missed Call, Hybrid) ou Alexandre Aja (qui semble tristement apprécier de végéter sur des productions telles que Mirrorsou bientôt Piranhas 3D) l’attestent. Le panorama américain et plus précisément les productions en provenance des Etats-Unis font l’objet d’un deuxième documentaire, Nightmares in Red, White and Blue de Andrew Monument qui retrace en 1h20 l’évolution d’un cinéma par définition transgressif et reflétant la société et ses peurs les plus profondes et intimes. Le réalisateur donne ainsi la parole à certains des plus illustres représentants américains (Joe Dante, John Carpenter, George Romero, etc.) permettant de mesurer le fossé pour l’instant infranchissable séparant ce cinéma de nos tentatives nationales.
L’espoir demeure même s’il se fonde sur la déconfiture d’une des figures majeures de l’horreur, le zombie made in Romero. Son dernier opus navrant intitulé Survival of the Dead ne fait qu’entériner ce que Diary of the Dead avait mis en évidence, l’incapacité pour le maître à renouveler un genre qu’il a en partie fondé, se noyant dans ce que la critique bobo attend de lui, soit un discours crypto-politico-social au mieux pompeux, au pire affligeant de bêtise et de naïveté. Mais là où le papy gâteux devient franchement embarrassant, c’est qu’il se parodie lui-même en tentant d’insuffler de l’humour façon Sam Raimi dans une intrigue lorgnant honteusement du côté de soaps tels que Santa-Barbara ou Côte Ouest, révélations stupides à l’appui (ah, le coup de la sœur jumelle !…). Avec des décors et des effets plus ringards que jamais, Survival of the Dead s’impose comme le pire des nanars car il est impossible de rigoler devant le suicide artistique d’un ancien grand nom de l’horreur.
Heureusement, les dernières productions signées Rob Zombie et Vincenzo Natali étaient là pour soulager nos larmes. Bien que pour le cas Halloween II du métalleux grundge, le résultat aura plutôt divisé. Mais pas autant que sa formidable (je suis le seul à le penser) relecture du chef-d’œuvre absolu et incontestable de Carpenter, Halloween. Avec cette suite imposée par les frères Weinstein, Zombie s’approprie complètement le personnage de Michael Myers en le pliant à son univers crasseux et déjanté par l’entremise de séquences impressionnantes d’âpreté et de brutalité et l’adjonction de visions oniriques visuellement barrées préparant la conversion ultime de Laurie Strode dont le parcours psychologique dramatique structure le récit. Un bon petit film sans prétention que d’aucun reprocheront de s’éloigner du mythe crée par Big John. Alors que les mêmes détracteurs reprochaient au premier Halloween de Zombie de trop s’attacher aux pas du boogieman tel qu’imaginé par Carpenter. Le film sortira directement en DVD le 1er avril 2010.
Plus original, Splice du talentueux Vincenzo Natali est un film dont l’histoire tourne autour de l’expérience menée par un couple de scientifique mixant ADN humain et issu d’une créature créée en laboratoire pour former un être aux propriétés génétiques curatives. Soit la possibilité de soigner les maladies les plus retorses figurée par un monstre à l’apparence humaine et que les scientifiques baptisent Dren. Natali aborde toutes les problématiques éthiques et morales liées à l’éducation d’une telle créature et va jusqu’au bout des conséquences de l’attirance naissante entre Clive (Adrien Brody) et Dren. Dommage que le réalisateur peine à susciter de l’empathie pour cette créature singulière car son film est magnifiquement travaillé par des images aussi révoltantes que poétiques et dont certains instants rappellent Jeepers Creepers ou les premiers films de Cronenberg (Pulsions, Rage, La Mouche). Là encore, pas de date de sortie de prévue.
Autre incursion science-fictionnelle après Moon, Cargo de Ivan Engler rappelle d’ailleurs ce dernier par son rythme progressif et les interrogations existentielles. Mais ce film suisse impressionne plus par ses décors monumentaux (l’intérieur du cargo en question est vraiment bluffant) que son intrigue trop diluée dans le temps (presque deux heures de métrage). et clairement marquée par ses références (2001, Solaris, Matrix, Silent Running).
Enfin terminons ce tour d’horizon avec le fendard Doghouse de Jake West, réalisateur de l’inédit et foutraque Evil Aliens, et qui ici livre un film de zombie surplombé par l’ombre de Shaun of the Dead sans que cette référence incontournable devienne trop pesante. Une bande de copains décident de passer un week-end dans un village isolé dans la campagne anglaise afin de changer les idées à leur pote sur le point de divorcer. Ils y reçoivent un accueil pour le moins particulier de la gent féminine locale trop entreprenante surtout lorsqu’il s’agit de zombies. Une comédie d’horreur vraiment poilante qui stigmatise au passage les comportements machos et misogynes de ses « héros » (hilarante scène du bouton contrôlant les femmes zombies, entre autres).
Si la 17ème édition de ce festival, on l’espère, amené à durer encore de nombreuses années n’a pas révélé de chef-d’œuvres impérissables ou du moins de films prompts à figurer dans les traditionnels tops de fin d’année, elle aura au moins démontré la vigueur d’un cinéma bien trop souvent laissé pour compte par les grands médias.
Effet d’annonce, promesse d’avenir ? En tous cas, les derniers mots prononcés par MCTiernan lors de la soirée hommage qui lui était consacrée ciblent déjà Gérardmer comme le rendez-vous indispensable de l’année prochaine. Le réalisateur américain ayant promis de venir ici-même présenter en exclusivité son prochain film ! Où est-ce qu’il faut signer pour réserver sa place ?…
Nicolas Zugasti
> Lire aussi, prochainement, notre article/compte-rendu dans VERSUS n° 18 (sortie fin février / début mars).