« Le Dernier rempart » de Kim Jee-woon : Schwarzie ne meurt jamais

120X160 Rempart C

« I’ll be back ! » Il avait juré de revenir. La dernière fois que l’on a vu Arnold Schwarzenegger dans un rôle principal, c’était, en 2003, pour Terminator 3, son chant du cygne, face à une cyborg autrement plus sexy que ne l’était Robert Patrick – sans détrôner le chef-d’œuvre que reste toujours le Terminator 2 de James Cameron. L’ancien culturiste y tirait sa révérence hollywoodienne pour s’en aller quérir un poste de gouverneur de Californie – qu’il obtînt avec succès (suite à une destitution), suivant ainsi les pas de son modèle Ronald Reagan. On commençait alors à évoquer un potentiel futur président Schwarzie – imaginez cet énorme tas de muscles, plusieurs fois Monsieur Univers et Monsieur Olympia, ce Conan, ce robot venu du futur, installé dans le fauteuil de la Maison Blanche au prix d’une modification bienvenue de la Constitution ! À part dans Les Simpson : le film, néanmoins, ce fantasme ne s’est pas réalisé. Et le « Chêne autrichien » de revenir illico presto s’incruster dans les films des copains – Expendables et sa suite – pour des apparitions succinctes, promesses d’un retour plus conséquent devant la caméra.

C’est évidemment par le biais du cinéma d’action que « Governator » a choisi de casser une nouvelle fois la baraque. Dès son titre évocateur, Le Dernier rempart sonne comme un avertissement : s’il n’en reste qu’un, ce sera lui, le plus balèze de tous les acteurs américains. Et peu importe s’il n’a rien joué de très conséquent depuis bientôt dix ans. Schwarzie endosse le rôle – si peu original, mais taillé sur mesure – d’un flic sur le retour, ancien agent spécial des stups à Los Angeles, qui a choisi de délaisser la grande ville pour un coin bien paumé, bien tranquille, de l’Arizona, à la frontière mexicaine : Sommerton. Il existe sans doute bled plus inintéressant que Sommerton, mais il faudrait chercher loin. Un diner où se réunissent les croulants du coin (équivalent de notre bon vieux café des sports, celui qui existe dans tous les bleds de la campagne hexagonale), quelques bâtisses miteuses, un commissariat grand comme le placard à balais (doté de sa petite cellule destinée aux alcoolos de passage), et une équipe de foot locale qui, ce week-end, doit enfiler les kilomètres de route pour aller affronter un adversaire bouseux quelque part dans le désert, emmenant, par la même occasion, la majorité de ce que le village comprend d’autochtones. Le plaisir de Sommerton, c’est qu’on sait d’avance tout ce qu’il va arriver. Et c’est précisément ce que recherche Ray Owens (Schwarzie, donc) pour vivre sereinement ses vieux jours.

le-dernier-rempart-1

À plusieurs centaines de miles de là, au cœur de Las Vegas, sorte de Sodome moderne, un prisonnier ultra-dangereux, nouveau chantre du cartel mexicain de la drogue, doit être transféré au tunnel de la mort. Le bonhomme – Carlos Gomez, incarné par l’Espagnol Eduardo Noriega – est libéré par ses comparses lors du transfèrement, dans une séquence qui doit beaucoup, dans son extravagant formalisme, aux récents Batman de Christopher Nolan. Aujourd’hui, dans le cinéma hollywoodien, on n’aide plus simplement les méchants à s’évader : on les fait littéralement planer au-dessus des policiers pour mettre en valeur l’impuissance de ces derniers, et souligner le niveau intellectuel élevé de ces nouvelles figures du mal qui peuplent nos salles obscures. En guise de sbire, Gomez peut faire confiance à un pourri merveilleusement joué par Peter Stormare, qui n’hésite pas à dégommer un fermier récalcitrant perché sur son tracteur (en clin d’œil : une apparition de ce bon vieux Harry Dean Stanton, aussi courte et inutile que dans Avengers, loin, très loin des pensums cinéphiliques de Wenders). De quoi donner du fil à retordre au shérif Owens et à ses acolytes frais comme des gardons.

L’intérêt d’un film tel que Le Dernier rempart ne réside évidemment pas dans son scénario convenu, dont n’importe quel spectateur s’avère capable de prédire les virages à plusieurs centaines de kilomètres de distance. C’est du côté de l’efficacité et du casting qu’il faut lorgner. Outre Schwarzie, dont l’accent inimitable résonne avec bonheur à nos oreilles, et les vilains qui se dressent contre lui, on peut compter sur Jaimie Alexander (issue de la série « Kyle XY ») en fliquette courageuse, Forest Whitaker en insupportable agent du FBI, l’inénarrable Luis Guzman (il apparaît dans un film américain sur trois, vous ne pouvez pas le louper) et le farfelu de la bande, interprété par Johnny Knoxville. Ces personnages hauts en couleurs viennent apporter les liens sociaux, l’amitié et l’humour indispensables à ce genre de production. Quant à l’efficacité, nous voilà servis : des bolides qui foncent, des fusillades qui crépitent, des agents fédéraux qui trahissent et des rednecks stupides qui deviennent de vrais-faux héros. Ceux qui rejettent totalement l’analogie entre cinéma et foire du trône cracheront dans la soupe ; mais les fans de l’actioner des années 80 s’amuseront comme des petits fous, après la relève assurée ces dernières années par les biens nommés Expendables.

le-dernier-rempart-2

Ce qui surprend, avec Le Dernier rempart, au-delà du retour de Terminator dans un premier rôle, c’est le nom de son metteur en scène : le studio s’en est allé chercher Kim Jee-woon de l’autre côté du monde, au Pays du matin calme. Connu chez nous pour Deux sœurs (récompensé au festival de Gérardmer en 2004), Le Bon, la brute et le cinglé et plus récemment l’intransigeant J’ai rencontré le diable (récompensé, lui aussi, dans les Vosges, en 2011), Kim Jee-woon est l’un des représentants de cette formidable cinématographie sud-coréenne qui a trouvé sa place parmi les meilleures du monde, en quelques années et une succession de bombes pelliculées. Par sa violence, son excentricité et sa critique sans ambages de la société qui lui a donné naissance, ce cinéma a déferlé sur le globe telle une onde imparable, repoussant dans les marges toutes les autres industries filmiques d’Asie.

le-dernier-rempart-3

Voilà donc un cinéaste de caractère qui acceptait de prendre les commandes d’un projet américain. Sans doute une façon, pour le studio, de rameuter un maximum de jeunes spectateurs dans les salles – réunir l’ancienne grande star du cinéma d’action et le représentant d’une cinématographie montante, c’était un argument qui avait de la gueule. Pour autant, Le Dernier rempart, bien troussé dans son genre, manque furieusement de cette personnalité asiatique que l’on se serait attendu à trouver. Et la présence du compositeur attiré de Kim, Mowg, n’y change pas grand-chose. Rien ne distingue cette sympathique production de n’importe quelle autre du même type. Mais Kim Jee-woon n’y perd pas au change : pour lui, il s’agit sans doute d’une bonne expérience à Hollywood, une sorte de passage obligé, avant (on l’espère) un retour express en Corée du Sud pour reprendre de vraies activités personnelles. Et pour ceux qui auraient envie de hurler sur les producteurs américains en raison de la soumission de leur chouchou aux nababs de Californie, on leur rappellera simplement qu’il y a eu bien pire : à voir la filmographie américaine de John Woo, à l’exception de Volte / Face, on se demande si le cinéaste hongkongais n’aurait pas préféré se casser une patte le jour où Hollywood lui a passé un coup de fil.

Kim Jee-woon était de toute façon trop malin pour se faire des idées quant à la propriété symbolique de ce film, qui était indubitablement celle d’Arnold Schwarzenegger. Rien à voir avec un Johnny Hallyday jouant pour Johnnie To dans Vengeance, amoindrissant sa notoriété pour devenir un simple passager du véhicule filmique. Dans Le Dernier rempart, tout est fait pour ouvrir un boulevard à Schwarzie, de Sacramento (capitale de l’État de Californie, et siège du gouverneur) jusqu’à Hollywood. On peut même affirmer que le scénario d’Andrew Knauer, Jeffrey Nachmanoff et George Nolfi peut se lire comme un manifeste tout entier consacré à l’ex-Monsieur Univers / Olympia (Schwarzenegger l’écrit d’ailleurs lui-même dans son autobiographie, Total Recall). Un policier cherchant à changer de vie et se retrouvant plongé, de nouveau, dans le feu de l’action ? Le « Governator », rangé des voitures du cinéma, laisse la politique derrière lui pour revenir hanter nos salles. Un vieux croulant, aimé de ses proches à Sommerton mais méprisé par les plus jeunes (l’agent du FBI cherche à l’écarter de son affaire et le méchant, Carlos Gomez, l’appelle « grand-père » avant le duel final), montrant qu’il est encore capable d’affronter seul une quantité de balafrés ? Il ne faudrait pas croire que les muscles de notre Autrichien préféré ont fondu : que nenni ! Du début à la fin, Le Dernier rempart ne cesse de marteler le poids et l’influence du personnage et de l’acteur, annonçant, par le biais de la métaphore, le retour en force d’un Schwarzie plus en forme que jamais, malgré son extérieur vieillissant.

le-dernier-rempart-5

De loin en loin, on peut tresser d’autres liens entre Le Dernier rempart et l’actualité de Schwarzenegger, dont on peut lire, depuis quelques mois, l’épaisse autobiographie. Ce n’est sans doute pas un hasard si, dans le film, son personnage est montré célibataire, isolé dans une maison de Sommerton (écho à la révélation de son enfant caché et aux conséquences sur sa vie de famille avec Maria Shriver et leurs mômes). Ce n’est pas non plus un accident si le film interroge directement le corps de Schwarzie, sa résistance, sa solidité, son efficacité – et son avenir. Le titre même laisse à penser que l’acteur serait l’ultime bouclier, physiquement ou moralement parlant, contre l’invasion des films d’action stupides de la nouvelle génération (on citera, pour l’exemple, le remake insolent de Total Recall par le tâcheron dont-il-ne-faut-pas-prononcer-le-nom) ; contre les regards en douce que les amateurs de préjugés et les commères coulent vers lui depuis que les journaux ont exposé sa vie privée ; contre les aléas de l’existence qu’il faut savoir dépasser. « Ce qui ne nous tue pas nous rend plus fort », rappelait la citation de Nietzsche placée en incipit de Conan le Barbare. Schwarzie ne meurt jamais dans ses films, et cela le rend toujours plus fort pour la production suivante !

 

PS : Et non, « Terminator », ça ne compte pas comme une mort de cinéma, puisque Schwarzie est un cyborg. Et un cyborg ne décède pas : il est mis hors-service !

 

Eric Nuevo

> Sortie en salles le 22 août 2012
Distribution Metropolitan FilmExport

 



"The Cat"de Seungwook Byun – "The Moth Diaries" de Mary Harron – "Babycall" de Pal Sletaune (competition)

Rarement les films en compétition cette année à Gérardmer auront soulevés aussi peu d’enthousiasmes. Si La Maison des ombres, Hell et Pastorela se détachent humblement (on peut aussi y adjoindre Eva mais pour ce dernier, le bel ouvrage esthétique oeuvre surtout à masquer les défaillances du récit) grâce à un classicisme de la narration fourbissant quelques vignettes et séquences étonnantes, on aura pas, loin s’en faut, été transporté d’extase. Et ce ne sont pas les dernières cartouches tirées par la section "Compétition" qui contrediront ce déprimant constant (pour retrouver la pêche, il fallait en passer par les sections parallèles où l’on a pu apprécier The Day, Chronicle et surtout LA claque de cette édition, The Woman de Lucky McKee, sur lequel nous reviendrons plus longuement une fois le décalage horaire imposé par le marathon du festival aura été digéré !). .. Comme chaque année, nos avons droit à notre film fantastique coréen mais il semble que l’on ai bouffé notre pain blanc l’année dernière avec les remarquables J’Ai rencontré le diable ou Bedevilled, The Cat de Seungwook Byun réussissant l’exploit de réunir en un seul métrage absolument tout (mais alors TOUT !) ce qui peut horripiler dans les histoires de fantômes asiatique. Une toiletteuse pour chiens et chats recueille le matou d’une cliente retrouvée morte, apparemment, d’une crise cardiaque dans un ascenseur. La présence du félin semble attirer le spectre d’une petite fille venant hanter les lieux de travail et de vie de Seyeon tout en tuant les unes après les autres les personnes de son entourage. Le rythme indolent est une caractéristique de ce cinéma mais ici il sombre dans une totale neurasthénie, le réalisateur parvenant difficilement à maintenir l’attention avec les lentes déambulations de son héroïne à travers des couloirs qui semblent ainsi interminables, sa capacité à tourner les poignées puis ouvrir les portes en plus de trois minutes, les apparitions convenues et attendues du fantôme (et vu la vitesse affichée par les victimes pour tourner la tête, on a laaargement le temps de le voir venir), les personnages pittoresques ou grotesques mais pas trop, le traditionnel flashback explicatif, etc.
Sans compter que la claustrophobie et le trauma dont souffre l’héroïne ne sont jamais véritablement exploités autrement que pour former les pires clichés et que le film emprunte le même sillon tracé par Dark Water d’Hideo Nakata (sans la puissance émotionnelle) et autres versions de The Grudge sans aucune plus-value, modifiant à peine certains motifs.

Autre séance particulièrement pénible, celle de The Moth Diaries de Mary Harron. On n’espérait pas grand-chose de la part de la réalisatrice ayant commis American Psycho et bien elle a dépassé nos attentes tant son film est d’une pauvreté scénaristique peu commune. Et encore, c’est se montrer indulgent avec un récit multipliant les incohérences criardes et stupides. Cette histoire d’amitié fusionnelle entre Rebecca et Lucy, virant à la passion amoureuse et perturbée par l’arrivée de l’étrange Ernessa (la plantureuse Lily Cole) lorgne vers une romance gothique à tendance saphique mais le talent d’Harron pour aseptiser le matériau en main trouve ici matière à s’exprimer avec une force incroyable puisque les tensions sexuelles entre jeunes filles sont inexistantes. De même que le moindre suspense ou rebondissement intéressant. Et comme si ce n’était pas suffisant que la nature d’Ernessa soit évacuée en deux temps, trois photos noirs et blanc et un flashback médiant éventant la révélation finale (!), Harron livre à intervalles réguliers des explications sur l’histoire en cours au moyen d’une voix-off (journal intime de l’héroïne oblige) ou du prof de littérature anglaise (Scott Speedman) étudiant avec ses élèves les passages clés de livres éclairant sur la signification de ce que Rebecca est en train de vivre au moment présent.

La sélection "Compétition" se clôture avec le passable Babycall voyant une jeune femme (Noomi Rapace) emménageant dans un nouvel appartement en compagnie de son fils Anders pour fuir un mari violent. Anna est une mère extrêmement anxieuse et possessive, à tel point qu’elle contraint son fils à dormir avec elle et à étudier au domicile plutôt qu’à l’école. Le postulat de départ sur cette dépendance imposée dans les relations mère-fils est intéressant mais le récit ne s’y appuie jamais vraiment si ce n’est pour trouver un écho lourdingue dans les relations similaire nourries par Helge (futur ami d’Anna) et sa mère mourante. Le film préfère embrayer rapidement vers une nouvelle histoire de trauma et de fantôme ne reposant pas en paix et de long couloirs, etc, de sorte que l’on a la bizarre sensation de se retrouver face au remake norvégien de The Cat. Un sentiment certes exagéré mais il faut dire que le réalisateur ne fait rien pour formaliser une intrigue brillant encore par son absence de cohérence, préférant s’appesantir sur l’inquiétante étrangeté que certaines séquences tentent maladroitement de créer. De plus, le babycall du titre est aussi mal exploité que le reste des éléments laborieusement mis en place, ne parvenant jamais à jouer sur la corde sensible d’un amour maternel presque fusionnel que ce lien technique aurait pu s’amuser à raffermir et exhorter intensément.

Nicolas Zugasti

Bande-annonce de The Cat de Seung Wook Byun

Bande-annonce de Babycall de Pal Sletaune (competition)



LE TOP 10 DE L’ANNÉE 2011 PAR LA RÉDACTION DE VERSUS

En couverture de notre numéro 21 paru en début d’année, Black Swan, de Darren Aronofsky, remporte largement le titre de meilleur film de l’année 2011 décerné par les rédacteurs et contributeurs de Versus. Une domination sans partage et méritée pour ce très grand film, qui rend enfin justice au grand talent de son réalisateur, troisième de notre classement il y a deux ans avec The Wrestler. Derrière, ça se bouscule pour les places d’honneur. "L’aspect novateur et l’avancée technique" que présuppose Les Aventures de Tintin (dixit Eric Nuevo) suffisent au film de Steven Spielberg pour se retrouver sur le podium, en compagnie, heureux hasard, de l’hommage de J.J. Abrams au cinéma de tonton Steven (Super 8). Suivent la "prétentieuse" (dixit Stéphane Ledien) Palme d’Or (The Tree of Life) et le Prix de la mise en scène (Drive) du dernier Festival de Cannes, ainsi qu’une triplette asiatique (Detective Dee, J’ai rencontré le diable, The Murderer) qui souligne une fois de plus tout l’intérêt que Versus porte au grand Tsui Hark, et aux joyaux du cinéma coréen. Notons enfin la présence, en dixième position, du coup de cœur du rédac’ chef Stéphane Ledien, le très beau Incendies (chroniqué dans notre DVD Park n° 7) du Canadien Denis Villeneuve. Côté absences notables, signalons qu’une fois n’est pas coutume, Clint Eastwood (Au-delà) passe à la trappe, de même que Martin Scorsese dont le pourtant magnifique Hugo Cabret échoue aux portes du Top10 en compagnie de The Artist, premier film français cité par la rédaction.

Julien Hairault

TOP 10 DE LA RÉDACTION

1. BLACK SWAN de Darren Aronofsky
2. LES AVENTURES DE TINTIN : LE SECRET DE LA LICORNE de Steven Spielberg
3. SUPER 8 de J.J. Abrams
4. THE TREE OF LIFE de Terrence Malick
5. DRIVE de Nicolas Winding Refn
6. DETECTIVE DEE de Tsui Hark
7. J’AI RENCONTRÉ LE DIABLE de Kim Jee-woon
8. THE MURDERER de NA Hong-jin
9. LA PLANÈTE DES SINGES : LES ORIGINES de Rupert Wyatt
10. INCENDIES de Denis Villeneuve


Tops des rédacteurs

Julien Hairault

1. THE MURDERER de NA Hong-Jin
2. BLACK SWAN de Darren Aronofksy
3. LA GROTTE DES RÊVES PERDUS de Werner Herzog
4. HUGO CABRET de Martin Scorsese
5. HABEMUS PAPAM de Nanni Moretti
6. PATER d’Alain Cavalier
7. DETECTIVE DEE de Tsui Hark
8. INCENDIES de Denis Villeneuve
9. RESTLESS de Gus Van Sant
10. L’EXERCICE DE L’ÉTAT de Pierre Schoeller

——————————-

Stéphane Ledien

1. INCENDIES de Denis Villeneuve
2. BLACK SWAN de Darren Aronofsky (en fait vu en 2010, car le film est sorti fin 2010 au Québec)
3. MINUIT À PARIS de Woody Allen
4. DRIVE (titre au Québec : SANG-FROID) de Nicolas Winding Refn
5. THE ARTIST (titre au Québec : L’ARTISTE) de Michel Hazanavicius
6. LES AVENTURES DE TINTIN : LE SECRET DE LA LICORNE de Steven Spielberg
7. SUNFLOWER HOUR de Aaron Houston
8. 127 HEURES de Danny Boyle
9. MONSIEUR LAZHAR de Philippe Falardeau
10. LIMITLESS (titre au Québec : Sans Limites) de Neil Burger

——————————-

Fabien Le Duigou

1. BLACK SWAN de Darren Aronovsky
2. J’AI RENCONTRÉ LE DIABLE de Kim Jee-woon
3. TRUE GRIT de Ethan et Joel Coen
4. LES AVENTURES DE TINTIN : LE SECRET DE LA LICORNE de Steven Spielberg
5. X-MEN : LE COMMENCEMENT de Matthew Vaughn
6. LA PLANÈTE DES SINGES : LES ORIGINES de Rupert Wyatt
7. DETECTIVE DEE de Tsui Hark
8. THE MURDERER de Hong-jin Na
9. INSIDIOUS de James Wan
10. ARRIETTY, LE PETIT MONDE DES CHAPARDEURS de Hiromasa Yonebayashi

——————————-

Eric Nuevo

1. BLACK SWAN de Darren Aronofsky
2. THE ARTIST de Michel Hazanavicius
3. DRIVE de Nicolas Winding Refn
4. LA PIEL QUE HABITO de Pedro Almodovar
5. SUPER 8 de J.J. Abrams
6. MELANCHOLIA de Lars Von Trier
7. THE TREE OF LIFE de Terrence Malick
8. RESTLESS de Gus Van Sant
9. LES AVENTURES DE TINTIN : LE SECRET DE LA LICORNE de Steven Spielberg
10. LE DISCOURS D’UN ROI de Tom Hooper & INCENDIES de Denis Villeneuve

——————————-

Philippe Sartorelli

1. SUPER 8 de J.J. Abrams
2. THE TREE OF LIFE de Terrence Malick
3. SUCKER PUNCH de Zack Snyder
4. LES AVENTURES DE TINTIN : LE SECRET DE LA LICORNE de Steven Spielberg
5. HUGO CABRET de Martin Scorsese
6. BLACK SWAN de Darren Aronofsky
7. LA PLANÈTE DES SINGES : LES ORIGINES de Rupert Wyatt
8. X-MEN : LE COMMENCEMENT de Matthew Vaughn
9. MISSION : IMPOSSIBLE, PROTOCOLE FANTÔME de Brad Bird
10. INSIDIOUS de James Wan

——————————-

Fabrice Simon

1. THE MURDERER de NA Hong-Jin
2. SUPER 8 de J.J. Abrams
3. BLACK SWAN de Darren Aronofsky
4. UNE SÉPARATION de Asghar Farhadi
5. J’AI RENCONTRÉ LE DIABLE de Kim Jee-woon
6. INCENDIES de Denis Villeneuve
7. LES AVENTURES DE TINTIN : LE SECRET DE LA LICORNE de Steven Spielberg
8. THE TREE OF LIFE de Terrence Malick
9. FIGHTER de David O. Russell
10. DRIVE de Nicolas Winding Refn

——————————-

Julien Taillard

1. DETECTIVE DEE de Tsui Hark
2. SOURCE CODE de Duncan Jones
3. BLOOD ISLAND de Jang Cheol-soo
4. J’AI RENCONTRÉ LE DIABLE de Kim Jee-woon
5. LA PLANÈTE DES SINGES : LES ORIGINES de Rupert Wyatt
6. VERY BAD TRIP 2 de de Todd Phillips
7. LE DISCOURS D’UN ROI de Tom Hooper
8. SUPER 8 de J.J. Abrams
9. X-MEN : LE COMMENCEMENT de Matthew Vaughn
10. DESTINATION FINALE 5 de Steven Quale

——————————-

Nicolas Zugasti

1. DETECTIVE DEE de Tsui Hark
2. HAPPY FEET 2 de George Miller
3. LES AVENTURES DE TINTIN : LE SECRET DE LA LICORNE de Steven Spielberg
4. CARNAGE de Roman Polanski
5. BLACK SWAN de Darren Aronofsky
6. TRIANGLE de Christopher Smith (inédit DVD)
7. J’AI RENCONTRÉ LE DIABLE de Kim Jee-woon
8. BLACK DEATH de Christopher Smith (inédit DVD)
9. RARE EXPORTS de Jalmari Helander
10. THE WARD de John Carpenter (inédit DVD)

——————————-


Tops des contributeurs

Hendy Bicaise

1. COMMENT SAVOIR de James L. Brooks
2. THE TREE OF LIFE de Terrence Malick
3. JE VEUX SEULEMENT QUE VOUS M’AIMIEZ de Rainer Werner Fassbinder
4. DRIVE de Nicolas Winding Refn
5. THE FUTURE de Miranda July
6. 127 HEURES de Danny Boyle
7. LA DERNIERE PISTE de Kelly Reichardt
8. L’APOLLONIDE – souvenirs de la maison close de Bertrand Bonello
9. LA PIEL QUE HABITO de Pedro Almodovar
10. MISSION : IMPOSSIBLE – PROTOCOLE FANTÔME de Brad Bird

——————————-

Nicolas Domenech

1. BLACK SWAN de Darren Aronofsky
2. DRIVE de Nicolas Winding Refn
3. THE TREE OF LIFE de Terrence Malick
4. LA PLANÈTE DES SINGES : LES ORIGINES de Rupert Wyatt
5. POLISSE de Maïwenn
6. SUPER 8 de J.J. Abrams
7. FIGHTER de David O. Russell
8. 127 HEURES de Danny Boyle
9. LA COULEUR DES SENTIMENTS de Tate Taylor
10. COWBOYS & ENVAHISSEURS de Jon Favreau & LE DISCOURS D’UN ROI de Tom Hooper

——————————-

Pierre Gaffié

1. MELANCHOLIA de Lars Von Trier
Suivi de :
SI TU MEURS, JE TE TUE de Hiner Saleem
BLUE VALENTINE de Derek Cianfrance
DONOMA de Djinn Carrénard
THE FUTURE de Miranda July
LES CHEMINS DE LA MÉMOIRE de José-Luis Penfuerte
LAST NIGHT de Massy Tadjedin
POUPOUPIDOU de Gérald Hustache-Mathieu
RABBIT HOLE de John Cameron Mitchell
L’ÉTRANGÈRE de Feo Aladag



"The Murderer" de NA Hong-jin (Un Certain Regard)

Présenté dans la section Un Certain Regard, The Murderer est le second long-métrage du Coréen NA Hong-jin. Le cinéaste confirme tous les espoirs placés en lui à l’issue de son très convaincant premier film, The Chaser, réalisé il y a trois ans. NA se positionne surtout, avec ce coup de maître, comme l’un des tous meilleurs représentants du cinéma d’action coréen, et comme l’une des valeurs sûres du cinéma mondial à venir, tant son œuvre ne fait pas qu’embrasser un genre en particulier, mais résonne aussi et surtout dans les méandres de la société coréenne.

Au cœur de ce film passionnant, un personnage comme vous et moi, ou presque, un citoyen lambda. À l’image de ses confrères, NA plonge au sein d’une intrigue qui ne va pas tarder à exploser dans tous les sens. Notre héros est un chauffeur de taxi criblé de dettes, et qui vit dans une province à la frontière entre la Chine, la Corée du Nord et la Russie. Pour subvenir à ses besoins et à ceux de sa femme exilée à Séoul, il accepte de partir clandestinement en Corée du Sud pour exécuter un homme qu’il ne connaît pas, et dont l’assassinat accouchera d’une avalanche de règlements de comptes et de vengeances en tout genre.

The Murderer est d’abord un film politique, qui dresse un constat sans appel d’une région en ruines, et dont les habitants ne sont pas les bienvenus en Corée du Sud, où ils sont persécutés. L’ancrage social du personnage principal permet dans un premier temps de lui accorder un capital sympathie intéressant auprès du spectateur, qui tout au long de l’histoire vibrera au gré des aventures de cet homme, qui, au fond, s’accroche à l’espoir qu’il a de refaire sa vie avec sa femme, bien loin de toute la corruption et de la violence qui l’entourent. La trajectoire tragique du personnage rappelle les meilleures tragédies, celles où le destin d’un homme se joue sans son accord, succombant ainsi à la loi du plus fort. On retrouve cela chez BONG Joon-ho, précisément dans The Host par exemple, à travers cette famille prise malgré elle dans le mensonge d’une administration coréenne vendue aux Américains. Il n’y a pas à dire, il y a là une grande noblesse chez ces héros des temps modernes, qui souvent au péril de leur vie se lancent la tête la première au-delà d’un danger insurmontable.

NA Hong-jin comprend d’ailleurs très bien que son spectateur entend souffrir et vibrer avec son personnage. Sa mise en scène, très découpée et rythmée, reste fidèle à ce principe aussi bien au cœur de l’action (et le film contient quelques morceaux de bravoure sensationnels, à l’image de la première scène de poursuite qu’applaudira la salle toute entière au terme des dix plus grandes minutes de cinéma du Festival), que lors des scènes plus calmes. NA nous plonge au centre de l’action, au plus près des protagonistes, avec un sens de la mise en scène qui rend l’ensemble parfaitement lisible et cohérent. Les multiples points de vue ne font que renforcer l’enfermement du personnage principal dans une intrigue qui se resserre sur lui comme un étau. Avec un sens du rythme probablement inégalé dans le cinéma contemporain, NA est d’une générosité incroyable, et les 2h20 de son film ambitieux passent sans aucun problème, tant il nous aura rarement été donné l’occasion d’autant vibrer à Cannes cette année.

Enfin, le méchant de l’histoire, interprété par le génial KIM Yun-seok, volerait presque la vedette au héros, et résume à lui toute seule la violence et la méchanceté du fond de l’histoire. Dans la veine récente des thrillers coréens (de J’ai rencontré le Diable à Bedevilled), The Murderer est un film sanglant, qui ne lésine pas sur l’hémoglobine sans pour autant tomber dans la gratuité et un esthétisme rougeâtre tapageur. Et mis à part les policiers (qui une de fois plus sont tournés en ridicules), personne ici n’utilise des armes à feu, préférant, à l’ancienne, les haches, les couteaux de cuisine, les tournevis ou même, l’os à moelle. Ce refus de la simplicité caractérise assez bien le cinéma de NA, auteur d’un scénario complexe (un poil brouillon sur la fin), qui mélange donc la chronique sociale comme le mélodrame, avec comme fil rouge sang la répartition savante, toutes les trente minutes, d’une extraordinaire scène d’action qui pose une bonne fois pour toute la Corée comme la meilleure source de grands cinéastes d’action de la planète. Et qui fait de The Murderer le meilleur film vu à Cannes cette année.

Le film sortira le 13 juillet prochain.

Julien Hairault

Bookmark and Share


Lever de rideau sur "VERSUS" n° 21

couverture de Versus n° 21

À la une :
Que les spectacles commencent ! Les plus grands films consacrés au ballet et à l’opéra, des Chaussons rouges à Black Swan. Un panorama complété par une analyse des comédies musicales de l’âge d’or (Chantons sous la pluie), une visite des coulisses du cinéma hollywoodien (Boulevard du crépuscule, Les Ensorcelés, Road To Nowhere) et une illustration ludique des thèses de Guy Debord, entre Rollerball et les Courses à la mort.

Mais aussi :
> Accidents de la route : Carancho, Crash, Boulevard de la mort et quelques autres
> 18e Festival du Film Fantastique de Gérardmer
> 13e Festival du Film Asiatique de Deauville & interview de Kim Jee-woon
> Extrême Cinéma à la Cinémathèque de Toulouse (2010) & interview de Frank Henenlotter
> Analyse carrière Tsui Hark
> Parallèles analytiques entre Incassable & Au-delà, Buried & 127 Heures
> Rencontre avec Christoph Hochhäusler, réalisateur de Sous toi, la ville
> Actualité DVD de la saison
> Portrait de Jeff Bridges

68 pages — couvertures couleur — 5,00 €
Disponible à la vente sur le site de la revue et dès le 28 avril en librairies.







Bookmark and Share


Deauville côté Asie, 13ème édition

Présidé cette année par Amos Gitaï, le 13ème festival du film asiatique de Deauville s’est achevé dimanche 13 mars par la remise du lotus du meilleur film à Eternity du Thaïlandais Sivaroj Kongsakul. Cette édition restera marquée par le très bon niveau d’ensemble des œuvres présentées, preuve de l’éclatante santé dont fait preuve le cinéma asiatique et tout particulièrement le cinéma japonais.
La famille (et par extension les liens familiaux) constitue le principal fondement de la société japonaise. Comme dans tout pays économiquement développé, au Japon, les valeurs familiales ont évolué et même si le taux de divorce est toujours relativement bas, il existe de plus en plus de familles recomposées. Les relations à l’intérieur de ces familles déchirées peuvent s’avérer délicates et sont le point de départ du nouveau film de l’expérimenté mais malheureusement méconnu en France, Sono Sion. Cinéaste nihiliste dans la lignée de Takashi Miike ou de Shinya Tsukamoto, Sono Sion livre à travers des films de genre des charges terribles sur la société nippone. Partant de la relation impossible entre une adolescente rebelle et sa belle-mère, Cold fish, sous son aspect de film gore traitant d’un fait divers particulièrement atroce (un serial killer qui aurait fait plus de 50 victimes), est une charge terrible sur la famille japonaise dont la figure patriarcale ressort totalement atomisée. Un événement à ne pas rater, le film ayant l’honneur d’une sortie française au cours de l’année qui vient.

Cold Fish

Les relations familiales, en l’occurence les rapports mère/fille, sont également au cœur du surprenant mais radical Birth Right. Naoki Hashimoto, le réalisateur, avait prévenu les spectateurs. « Je fais des films que seul 20 % d’entre vous vont apprécier » avait-il dit en présentant son film. Et c’est vrai que Birth Right ne laisse pas indemne. À peine gâché par un flash-back explicatif en plein milieu du film tentant de justifier l’injustifiable, ce huis clos étouffant et impressionnant, histoire d’enlèvement couplé à la destruction d’une cellule familiale en apparence solide, premier film faisant penser inévitablement à Kiyoshi Kurosawa, marque la naissance d’un cinéaste à suivre.
Récompensé par le prix du jury, beaucoup moins radical que les deux films précédents mais tout aussi intéressant, Sketches of Kaitan City de Kazuyoshi Kumakiri met en scène cinq événements en apparence sans importance se déroulant dans une ville du nord de l’Archipel. Tiré de nouvelles écrites en 1990 par l’écrivain Yuasushi Sato qui s’est suicidé peu avant la parution de son recueil, Sketches of Kaitan City peut être considéré comme un film coopératif. Financée par 1200 habitants d’une petite ville japonaise, produite par un gérant de cinéma d’art et d’essai, interprétée par des acteurs amateurs, cette œuvre touchante est une critique acerbe de la mondialisation et une réflexion – encore une – sur les liens et les valeurs de la famille japonaise. À travers le prisme des crises économique et sociale qui secouent actuellement son pays, le réalisateur démontre l’universalité des images de la société nippone. Chômage touchant les plus démunis, absence de pouvoirs des syndicats et des élus sur l’économie mondiale, isolement des personnes âgées et des plus jeunes qui s’enferment dans le mutisme, absence de dialogue au sein de la cellule familiale : un film typiquement local donc essentiellement universel, qu’une fin malencontreuse (tentant de répondre aux interrogations soulevées à chaque fin de sketch) ne vient pas ternir.

Sketches of Kaitan City

La crise économique frappe également la Corée du Sud, comme le démontre le très beau The Journals of Musan, premier film du jeune réalisateur Park Jungbum, récompensé également du prix du jury. Handicapé par son origine nord-coréenne, Jeon Seungchul peine à trouver du travail à Séoul. Timide et réservé, il a du mal à se créer des liens avec les personnes qu’il croise notamment à l’église. Victimes de nombreuses discriminations, il cache de plus un terrible secret qu’il va lui falloir dévoiler. Film de festival (primé à Pusan, Rotterdam et Marrakech), The Journals of Musan, même s’il montre la difficulté des réfugiés Nord-Coréens à s’intégrer dans la société sud-coréenne, n’est pas uniquement un drame de l’intégration. Portrait d’un marginal en mal de reconnaissance et de respectabilité, le métrage est avant tout un drame social et chrétien (L’Église compatissante sort grand vainqueur du film !) qui porte un regard critique sur une société terne et violente qui a du mal à quitter le giron fasciste dans lequel elle s’était enfermée pendant presque un demi-siècle.

Du côté de l’empire du Milieu, le sentiment s’avère nettement plus mitigé. Absent du palmarès malgré un accueil public des plus chaleureux, Buddha Mountain de la réalisatrice chinoise Li Yu raconte l’histoire de trois amis qui viennent de terminer le lycée et qui se rendent dans la ville de Chengdu où ils louent plusieurs chambres dans la maison d’une ancienne chanteuse de l’opéra de Pékin… Courageuse est le terme le plus fréquemment utilisé lorsque l’on évoque la filmographie de Li Yu. Après avoir traité avec subtilité de l’homosexualité féminine dans Fish and Elephant (2000) puis des jeunes filles mères dans l’émouvant Dam Street (lotus du meilleur film à Deauville en 2006) et enfin du pouvoir de l’argent dans les nouvelles métropoles chinoises dans Lost in Beijing (2007), la cinéaste chinoise aborde le thème du passage à l’âge adulte et de la relation entre les jeunes adultes et leurs aînés dans la Chine d’aujourd’hui. Sens du récit, scénario parfaitement maîtrisé permettant la multiplication habile des points de vue, dialogues souvent drôles et de qualité… On retrouve dans ce film tout ce qui fait la force du cinéma de Li Yu – un cinéma rafraîchissant, inter-générationnel et spirituel dont le seul défaut est de tomber parfois dans le mélodrame convenu.
Le conflit des générations est également à la base de l’autre film chinois de la compétition. Dans The Old Donkey de Li Ruijun, l’action (enfin c’est vite dit !) se passe dans un petit village à la lisière du désert. Un entrepreneur local sans scrupules achète les terres des paysans, ou du moins essaie de les en chasser, afin de construire une usine de produits chimiques qui rendrait le village prospère. Ma (73 ans au compteur) surnommé « le vieux baudet » refuse obstinément de vendre ses terres… Débuté sous forme non-narrative à la limite du documentaire, filmé dans des décors désertiques superbes, The Old Donkey marque exagérément l’écart grandissant qui existe entre la Chine de Mao (représentée par Vieux Baudet qui possède un portrait du grand timonier cinq plus fois plus grand que celui de ses parents disparus) et la nouvelle Chine capitaliste (symbolisée par les fils de Vieux Baudet, tous partis à la ville faire fortune laissant leur père seul avec leur sœur et l’entrepreneur local, véritable fripouille). Mais surtout, en se plaçant ouvertement du coté du vieillard, ce film possède quelques relents de « C’était mieux avant ! » discutables voire problématiques.

Buddha Mountain

Dans un petit village de la campagne thaïlandaise, un fantôme revient hanter les lieux de sa jeunesse. Il s’appelle Wit et il est mort trois jours auparavant. Il se souvient des jours où il était tombé amoureux de Koi, sa future épouse. Un fantôme, la Thaïlande : pas de doute, nous sommes devant le nouvel opus d’Apichatpong Weerasethakul. Eh bien non, le réalisateur culte primé à Cannes l’année dernière avec Oncle Boonmee, celui qui se souvient de ses vies antérieures (et à Deauville en 2007 avec Syndrome And A Century) n’a pas le monopole des films de fantômes thaïlandais. C’est un peu dommage d’ailleurs tant Eternity de Sivaroj Kongsakul manque cruellement des qualités des œuvres de son aîné. Si l’on devait résumer en une phrase ce film contemplatif, on pourrait imiter Woody Allen et déclarer « L’éternité c’est long, surtout vers la fin… ».
Du coté des déceptions toujours, citons La ballade de l’impossible, qui démontre par la vacuité de son propos et la prétention de sa mise en scène qu’adapter le grand auteur Haruki Murakami n’est pas chose aisée. Les productions philippine (Donor) et indienne (Udaan déjà présent à Cannes dans la sélection Un certain regard) ne furent également pas au niveau.

Udaan

Enfin, cette 13ème édition du festival normand aura permis de vérifier la bonne santé du cinéma sud-coréen grâce à l’hommage accordé à Hong Sang Soo et le regard porté sur l’œuvre de Kim Jee Woon.
Une ritournelle de piano. Des personnages issus du même milieu artistique (des cinéastes en général sur lequel l’auteur interroge la condition). Un triangle amoureux où la jeune femme sexy se confronte à des jeunes gens cyniques souvent aux bord de l’ivresse. On peut aisément critiquer Hong sang Soo en lui reprochant de reproduire, malgré de légères variations, indéfiniment le même film. Mais que vaut ce reproche devant la qualité intrinsèque des œuvres proposées par le maître coréen ?
Considéré comme l’un des cinéastes les plus importants du cinéma international, Hong Sang Soo fut découvert en 1996 grâce au film Le Jour où le cochon est tombé dans le puits. Ses œuvres, fortement influencées par Eric Rohmer, sont depuis plébiscitées dans les plus grand festivals internationaux. Radiographies des relations amoureuses, ses films sont de petits bijoux de comédie sentimentale où la séduction domine le désir, où l’alcool coule à flots et où les situations comiques confinent au burlesque. Présenté en avant-première à Deauville, Hahaha et Oki’s Movie, respectivement ses 10ème et 11ème opus, confirment bien évidemment la tendance.
Comportant deux récits entrelacés l’un dans l’autre (avec comme point d’intersection les histoires d’amour vécues par les protagonistes avec la même femme), Hahaha est un bijou de construction narrative. Munkyung, réalisateur (double de Hong Sang Soo ?), prévoit de quitter Séoul pour vivre au Canada. Quelques jours avant son départ, il revoit autour d’un verre son grand ami Jungshik, critique de films. Lors de ce rendez-vous arrosé de bière et de l’alcool local, le soju, les deux amis découvrent qu’ils se sont rendus récemment dans la même ville en bord de mer où ils ont rencontré la même femme. Film féministe où l’héroïne, mature et forte, prend toutes les décisions malgré les manipulations des hommes cyniques et à la limite du ridicule, Hahaha surprend par la qualité de ses dialogues, la simplicité de la réalisation et la fraîcheur des comédiens dont la magnifique Moon So-ri, actrice révélée par Oasis de Lee Chang Dong.
Composé de quatre courts-métrages (qu’il faut voir comme autant de variations sur la même histoire), illustrant de plusieurs façons le même triangle amoureux composé d’un professeur de cinéma, de son étudiant favori et d’une jeune femme dont ils sont tous deux amoureux, Oki’s Movie intègre également les composantes du cinéma de Hong Sang Soo. Même s’il déçoit un peu par rapport à Hahaha, la façon de traiter ses histoires que le cinéaste y déploie rappelle si besoin qu’un même point de départ ne mène pas forcément au même point d’arrivée. Une façon de répondre avec élégance à ses détracteurs.

Oki’s Movie

Contrairement à son compatriote, on ne peut pas pour l’instant reprocher à Kim Jee Woon de toujours reproduire le même film. Le regard sur son œuvre proposé par le festival asiatique cette année a permis de constater l’éclectisme du réalisateur, que beaucoup considèrent comme l’un des plus excitants du moment. Sa carrière a débuté avec deux comédies, A Quiet Family et The Foul King puis s’est enchaînée avec un film d’épouvante d’une remarquable beauté visuelle, Deux sœurs. Suivent le polar A Bittersweet Life rappelant le meilleur du cinéma Hong-kongais des années 90 et le western « kimchi », Le Bon, la brute et le cinglé, hommage à peine voilé au cinéaste Sergio Leone et aux films de kung-fu de la Shaw Brothers. Présenté à Deauville en avant-première, son dernier opus J’ai rencontré le diable, qui sortira cet été en France, est un chef-d’œuvre du genre. Avec une accroche issue d’un essai de Friedrich Nietzsche (Que celui qui lutte avec des monstres veille à ce que cela ne le transforme pas en monstre), J’ai rencontré le diable, dans la forme, est aux antipodes des œuvres de son compatriote Park Chan Wook (et sa trilogie sur la vengeance), auquel on va inévitablement le comparer. Imposant brillamment son style dans ce vigilante movie à la violence à la limite de l’insoutenable (selon la volonté du réalisateur, les spectateurs doivent sortir éprouvés de la séance et souffrir autant que les personnages) mais loin d’être gratuite, Kim Jee Woon déconstruit tous les mécanismes de la vengeance afin d’en extraire les ressorts psychologiques qui deviennent le thème essentiel du film. Moins intéressé par le processus de la vengeance que par les effets qu’elle produit sur son investigateur, J’ai rencontré le diable est une œuvre singulière à la dimension religieuse qui démontre une fois de plus la frontière ténue existant entre le bien et le mal.

Fabrice Simon

> Lire aussi notre article (avec interview de Kim Jee Woon) dans le prochain numéro (21) de Versus, parution fin avril.

> À propos de J’ai rencontré le diable, lire aussi notre compte-rendu du festival du film fantastique de Gérardmer (édition 2011), sur le blog et dans le prochain numéro de Versus.



Bande-annonce de Eternity de Sivaroj Kongsakul

Bande-annonce de Cold Fish de Sono Sion

Bande-annonce de The Journals Of Musan de Park Jungbum



Bookmark and Share



Suivre

Recevez les nouvelles publications par mail.

Joignez-vous à 27 followers

%d bloggers like this: