Classé dans : LE TOP 10 DE L'ANNÉE 2011 | Tags: 7e Art, Aaron Houston, accident, alpinisme, amputation, années 80, Aron Ralston, aventures, âge d'or, écrivain, Ballet, Best of, bolides, box-office, Bradley Cooper, Canada, cascadeur, chef d'oeuvre, chorégraphie, chroniques, cinéma, cinéma coréen, cinéma muet, Danny Boyle, Danse, Darren Aronofsky, début du siècle, Denis Villeneuve, Detective Dee, Drive, drogues, DVD, enfants, escalade, escapade, espionnage, flops, fusillades, hallucinations, Hollywood, identité nationale, imagination, J'ai rencontré le diable, Jean Dujardin, Kim Jee-Woon, l'Artiste, La Classe américaine, Le Lac des cygnes, les années folles, les meilleurs films de l'année 2011, Liban, licorne, Limitless, marionnettes, Martin Scorsese, Michel Hazanavicius, Moyen-Orient, Na Hong-Jin, Neil Burger, Nicolas Winding Refn, nostalgie, Phalanges libanaises, Philippe Falardeau, pirates, poètes, Polar, pouvoirs, prison, Québec, réfugiés politiques, Robert de Niro, roman, Sang-Froid, Sans Limites, scène, secret, show, souvenirs, spectacle, Spielberg, succès, Sunflower Hour, The Artist, The Murderer, thriller, Tintin, Top 10, tops, Tsui Hark, Vancouver, Versus n° 21, voitures, voyage dans le temps, Wajdi Mouawad, Woody Allen

En couverture de notre numéro 21 paru en début d’année, Black Swan, de Darren Aronofsky, remporte largement le titre de meilleur film de l’année 2011 décerné par les rédacteurs et contributeurs de Versus. Une domination sans partage et méritée pour ce très grand film, qui rend enfin justice au grand talent de son réalisateur, troisième de notre classement il y a deux ans avec The Wrestler. Derrière, ça se bouscule pour les places d’honneur. "L’aspect novateur et l’avancée technique" que présuppose Les Aventures de Tintin (dixit Eric Nuevo) suffisent au film de Steven Spielberg pour se retrouver sur le podium, en compagnie, heureux hasard, de l’hommage de J.J. Abrams au cinéma de tonton Steven (Super 8). Suivent la "prétentieuse" (dixit Stéphane Ledien) Palme d’Or (The Tree of Life) et le Prix de la mise en scène (Drive) du dernier Festival de Cannes, ainsi qu’une triplette asiatique (Detective Dee, J’ai rencontré le diable, The Murderer) qui souligne une fois de plus tout l’intérêt que Versus porte au grand Tsui Hark, et aux joyaux du cinéma coréen. Notons enfin la présence, en dixième position, du coup de cœur du rédac’ chef Stéphane Ledien, le très beau Incendies (chroniqué dans notre DVD Park n° 7) du Canadien Denis Villeneuve. Côté absences notables, signalons qu’une fois n’est pas coutume, Clint Eastwood (Au-delà) passe à la trappe, de même que Martin Scorsese dont le pourtant magnifique Hugo Cabret échoue aux portes du Top10 en compagnie de The Artist, premier film français cité par la rédaction.
Julien Hairault

TOP 10 DE LA RÉDACTION
1. BLACK SWAN de Darren Aronofsky
2. LES AVENTURES DE TINTIN : LE SECRET DE LA LICORNE de Steven Spielberg
3. SUPER 8 de J.J. Abrams
4. THE TREE OF LIFE de Terrence Malick
5. DRIVE de Nicolas Winding Refn
6. DETECTIVE DEE de Tsui Hark
7. J’AI RENCONTRÉ LE DIABLE de Kim Jee-woon
8. THE MURDERER de NA Hong-jin
9. LA PLANÈTE DES SINGES : LES ORIGINES de Rupert Wyatt
10. INCENDIES de Denis Villeneuve
Tops des rédacteurs
Julien Hairault

1. THE MURDERER de NA Hong-Jin
2. BLACK SWAN de Darren Aronofksy
3. LA GROTTE DES RÊVES PERDUS de Werner Herzog
4. HUGO CABRET de Martin Scorsese
5. HABEMUS PAPAM de Nanni Moretti
6. PATER d’Alain Cavalier
7. DETECTIVE DEE de Tsui Hark
8. INCENDIES de Denis Villeneuve
9. RESTLESS de Gus Van Sant
10. L’EXERCICE DE L’ÉTAT de Pierre Schoeller
——————————-
Stéphane Ledien

1. INCENDIES de Denis Villeneuve
2. BLACK SWAN de Darren Aronofsky (en fait vu en 2010, car le film est sorti fin 2010 au Québec)
3. MINUIT À PARIS de Woody Allen
4. DRIVE (titre au Québec : SANG-FROID) de Nicolas Winding Refn
5. THE ARTIST (titre au Québec : L’ARTISTE) de Michel Hazanavicius
6. LES AVENTURES DE TINTIN : LE SECRET DE LA LICORNE de Steven Spielberg
7. SUNFLOWER HOUR de Aaron Houston
8. 127 HEURES de Danny Boyle
9. MONSIEUR LAZHAR de Philippe Falardeau
10. LIMITLESS (titre au Québec : Sans Limites) de Neil Burger
——————————-
Fabien Le Duigou

1. BLACK SWAN de Darren Aronovsky
2. J’AI RENCONTRÉ LE DIABLE de Kim Jee-woon
3. TRUE GRIT de Ethan et Joel Coen
4. LES AVENTURES DE TINTIN : LE SECRET DE LA LICORNE de Steven Spielberg
5. X-MEN : LE COMMENCEMENT de Matthew Vaughn
6. LA PLANÈTE DES SINGES : LES ORIGINES de Rupert Wyatt
7. DETECTIVE DEE de Tsui Hark
8. THE MURDERER de Hong-jin Na
9. INSIDIOUS de James Wan
10. ARRIETTY, LE PETIT MONDE DES CHAPARDEURS de Hiromasa Yonebayashi
——————————-
Eric Nuevo

1. BLACK SWAN de Darren Aronofsky
2. THE ARTIST de Michel Hazanavicius
3. DRIVE de Nicolas Winding Refn
4. LA PIEL QUE HABITO de Pedro Almodovar
5. SUPER 8 de J.J. Abrams
6. MELANCHOLIA de Lars Von Trier
7. THE TREE OF LIFE de Terrence Malick
8. RESTLESS de Gus Van Sant
9. LES AVENTURES DE TINTIN : LE SECRET DE LA LICORNE de Steven Spielberg
10. LE DISCOURS D’UN ROI de Tom Hooper & INCENDIES de Denis Villeneuve
——————————-
Philippe Sartorelli

1. SUPER 8 de J.J. Abrams
2. THE TREE OF LIFE de Terrence Malick
3. SUCKER PUNCH de Zack Snyder
4. LES AVENTURES DE TINTIN : LE SECRET DE LA LICORNE de Steven Spielberg
5. HUGO CABRET de Martin Scorsese
6. BLACK SWAN de Darren Aronofsky
7. LA PLANÈTE DES SINGES : LES ORIGINES de Rupert Wyatt
8. X-MEN : LE COMMENCEMENT de Matthew Vaughn
9. MISSION : IMPOSSIBLE, PROTOCOLE FANTÔME de Brad Bird
10. INSIDIOUS de James Wan
——————————-
Fabrice Simon

1. THE MURDERER de NA Hong-Jin
2. SUPER 8 de J.J. Abrams
3. BLACK SWAN de Darren Aronofsky
4. UNE SÉPARATION de Asghar Farhadi
5. J’AI RENCONTRÉ LE DIABLE de Kim Jee-woon
6. INCENDIES de Denis Villeneuve
7. LES AVENTURES DE TINTIN : LE SECRET DE LA LICORNE de Steven Spielberg
8. THE TREE OF LIFE de Terrence Malick
9. FIGHTER de David O. Russell
10. DRIVE de Nicolas Winding Refn
——————————-
Julien Taillard

1. DETECTIVE DEE de Tsui Hark
2. SOURCE CODE de Duncan Jones
3. BLOOD ISLAND de Jang Cheol-soo
4. J’AI RENCONTRÉ LE DIABLE de Kim Jee-woon
5. LA PLANÈTE DES SINGES : LES ORIGINES de Rupert Wyatt
6. VERY BAD TRIP 2 de de Todd Phillips
7. LE DISCOURS D’UN ROI de Tom Hooper
8. SUPER 8 de J.J. Abrams
9. X-MEN : LE COMMENCEMENT de Matthew Vaughn
10. DESTINATION FINALE 5 de Steven Quale
——————————-
Nicolas Zugasti

1. DETECTIVE DEE de Tsui Hark
2. HAPPY FEET 2 de George Miller
3. LES AVENTURES DE TINTIN : LE SECRET DE LA LICORNE de Steven Spielberg
4. CARNAGE de Roman Polanski
5. BLACK SWAN de Darren Aronofsky
6. TRIANGLE de Christopher Smith (inédit DVD)
7. J’AI RENCONTRÉ LE DIABLE de Kim Jee-woon
8. BLACK DEATH de Christopher Smith (inédit DVD)
9. RARE EXPORTS de Jalmari Helander
10. THE WARD de John Carpenter (inédit DVD)
——————————-
Tops des contributeurs
Hendy Bicaise

1. COMMENT SAVOIR de James L. Brooks
2. THE TREE OF LIFE de Terrence Malick
3. JE VEUX SEULEMENT QUE VOUS M’AIMIEZ de Rainer Werner Fassbinder
4. DRIVE de Nicolas Winding Refn
5. THE FUTURE de Miranda July
6. 127 HEURES de Danny Boyle
7. LA DERNIERE PISTE de Kelly Reichardt
8. L’APOLLONIDE – souvenirs de la maison close de Bertrand Bonello
9. LA PIEL QUE HABITO de Pedro Almodovar
10. MISSION : IMPOSSIBLE – PROTOCOLE FANTÔME de Brad Bird
——————————-
Nicolas Domenech

1. BLACK SWAN de Darren Aronofsky
2. DRIVE de Nicolas Winding Refn
3. THE TREE OF LIFE de Terrence Malick
4. LA PLANÈTE DES SINGES : LES ORIGINES de Rupert Wyatt
5. POLISSE de Maïwenn
6. SUPER 8 de J.J. Abrams
7. FIGHTER de David O. Russell
8. 127 HEURES de Danny Boyle
9. LA COULEUR DES SENTIMENTS de Tate Taylor
10. COWBOYS & ENVAHISSEURS de Jon Favreau & LE DISCOURS D’UN ROI de Tom Hooper
——————————-
Pierre Gaffié

1. MELANCHOLIA de Lars Von Trier
Suivi de :
SI TU MEURS, JE TE TUE de Hiner Saleem
BLUE VALENTINE de Derek Cianfrance
DONOMA de Djinn Carrénard
THE FUTURE de Miranda July
LES CHEMINS DE LA MÉMOIRE de José-Luis Penfuerte
LAST NIGHT de Massy Tadjedin
POUPOUPIDOU de Gérald Hustache-Mathieu
RABBIT HOLE de John Cameron Mitchell
L’ÉTRANGÈRE de Feo Aladag
Classé dans : Festival de Cinéma de la Ville de Québec 2011 | Tags: alcool, Another Day In Paradise, Bully, Chloë Sevigny, classe de maître, contagion, corps adolescent, Destricted, drogues, FCVQ, Harmony Korine, Jeremy Peter Allen, jeunesse, Justin Pierce, Ken Park, Kids, Leo Fitzpatrick, masterclass, Musée de la Civilisation, New York, photographie, Québec, rétrospective, Rosario Dawson, sexe, SIDA, Teenage Caveman, teenagers, viol, vol, Wassup Rockers

Déjà à l’honneur d’une rétrospective au Musée d’Art Moderne de Paris en octobre de l’année dernière, l’œuvre cinématographique de Larry Clark (abordée notamment dans notre numéro 20) ressurgit cet automne dans le giron de l’analyse versusienne, cette fois-ci du côté de Québec. Le réalisateur et photographe prenait ainsi la parole le temps d’une classe de maître (animée par Jeremy Peter Allen, réalisateur, scénariste et professeur de cinéma à l’université Laval) dans l’auditorium (étrangement peu rempli) du Musée de la Civilisation de la ville de Québec, où fut aussi projeté en préambule à la discussion son premier long-métrage Kids.
S’agissant de la présence de Clark au FCVQ, l’un des organisateurs expliqua que l’artiste incarnait l’idée que les têtes pensantes de la programmation se faisaient du cinéma indépendant américain et, bien que l’effet choc ait moins de résonance d’exclusivité auprès d’un public qui aurait eu la chance de (re)visualiser le travail de Clark en 2010, on peut y voir une volonté de frapper fort pour cette première édition avec un invité prestigieux et éloigné des conventions. Pour l’occasion, tous les films de Larry Clark seront projetés au Clap de Québec en copie 35 mm, l’opportunité pour un public moins exposé au réalisme cru de sa cinématographie, d’en appréhender toute la force de frappe. Assurément, une expérience dont l’épreuve se veut toujours aussi impressionnante. Plus de 15 ans après sa présentation à Cannes (dont le Palais des Festivals semble avoir marqué par sa grandiloquence le réalisateur, qui déclare qu’il pourrait "y mourir"), Kids reste d’une intensité et d’une actualité brûlantes.

Kids, qui n’aurait pas dû être le premier film de Clark (il projetait depuis des années de réaliser Ken Park), fit l’effet d’un électrochoc au moment de sa sortie et souleva de nombreuses polémiques. Lesquelles, confiait le cinéaste lors de cette soirée incontournable, lui parurent alors une atteinte à sa liberté artistique, fait d’autant plus rageant pour lui qu’il avait l’habitude, en photographie, de s’exprimer comme il le souhaitait. Aux parents et critiques effarés qui s’insurgèrent du tableau que brossait Clark de l’adolescence new yorkaise (ou disons, d’une certaine adolescence), le réalisateur répondit que c’était la réalité, la plus crue et donc la plus difficile à appréhender.
Dans cette discussion qui n’eut rien, en passant, d’une leçon de maître (peu de sujets techniques abordés ce soir-là), Clark évoqua surtout les souvenirs afférents au tournage de ce premier film où débutèrent Rosario Dawson et Chloë Sevigny : un tournage pour ainsi dire marathon, essoufflant filmage d’un groupe de jeunes (qui plus est skaters) toujours en mouvement. Dans Kids comme dans les films suivants, la jeunesse se conjugue obligatoirement au pluriel, le corps adolescent s’incarne principalement en groupe, y compris dans la sexualité (et quand les relations se font en couple, l’entourage amical s’immisce dans l’acte, au moins en tant que spectateur / voyeur). L’autre mouvement du film vient aussi de la contagion que filme Larry Clark via le personnage de Telly (Leo Fitzpatrick). Un protagoniste qui se déplace sans cesse dans le champ et dont l’idée du safe sex se résume au dépucelage de vierges alors que lui-même ne se sait pas infecté par le VIH. Kids est une course contre la montre (Jennie, interprétée par Chloë Sevigny, cherche à retrouver Telly — le seul garçon avec qui elle ait couché — pour l’empêcher de contaminer d’autres jeunes filles) et conserve son statut de baptême du feu pour le réalisateur, soutenu pour cette première entreprise par Gus Van Sant. Scénarisé par le (alors) jeune Harmony Korine mais avec des nombreuses scènes directement inspirées des discussions d’adolescents (cette séance d’échange de propos sur le sexe entre filles, en parallèle de celle des garçons), du matériel discursif documentaire que Clark avait enregistré sur bandes pour en retranscrire l’essentiel et le faire jouer par ses jeunes comédiens. Comédiens à propos desquels les anecdotes ne manquent pas : le casse-tête de la mauvaise diction de Fitzpatrick (que les producteurs voulurent faire corriger mais que Clark maintint pour son authenticité du parler adolescent), le destin tragique de l’acteur Justin Pierce (ici dans le rôle de Casper, l’ami de Telly) qui se suicida par pendaison en 2000, l’expérience sexuelle des interprètes en parfaite opposition avec leur rôle dans le film, l’incapacité des nombreuses figures adolescentes du métrage à improviser de façon juste, même pour une brève séquence consistant à répondre au téléphone…
Confiant que son film préféré restait Wassup Rockers et que l’exercice de son art cinématographique s’avérait "de plus en plus difficile" (rappelons que son exposition au Musée d’Art Moderne de la Ville de Paris en 2010 fut censurée, ou plutôt interdite aux mineurs), Clark a livré pour cette classe de maître un long commentaire en forme de ressenti où se mesure aussi son rapport à la morale et son inspiration puisée à la source, soit la réalité du quotidien. "À l’époque de Kids, les jeunes parlaient de se protéger mais ne le faisaient pas car ils détestaient mettre des préservatifs". Le développement de Kids, du moins dans son enjeu autour du personnage contagieux de Telly, fait ainsi suite à la rencontre de Clark avec un jeune disant se protéger en ne couchant qu’avec des jeunes filles vierges ; un détonateur ajouté à la volonté de livrer un instantané de la jeunesse hors cadres pré-formatés de la famille (comportements normés dans une cellule institutionnalisée) et de l’Hollywood (casting complètement anti-héroïque et loin des canons de beauté de l’industrie cinématographique de masse). Confiant cet élément-clé à Harmony Korine pour qu’il écrive un scénario nourri de ces expériences de vie brûlée par les deux bouts, Clark allait livrer un film unique, point de départ d’une carrière dévouée à la violence de la crise de l’adolescence éprouvée, retransmise de façon directe, abrupte, alarmante et terriblement véridique. C’est sur ce point de réalisme que l’auteur est revenu à maintes reprises, rappelant l’hostilité du scénariste de Bully (Zachary Long) à son égard face aux changements qu’il avait imposés au script en plein tournage du film, Clark préférant se tourner vers les pages du roman adapté, matériel selon lui beaucoup plus approprié et authentique. Larry Clark œuvre pour le vrai.
Stéphane Ledien
