Classé dans : Festival de Cinéma de la Ville de Québec 2011 | Tags: Andreas Schnaas, arrestation, buzz, Canada, censure, choc, cinéma gore underground, Couronne du Québec, crime, débat, documentaire, effets spéciaux, Fantasia, fantastique, FCVQ, fiction, FX, gore, Guinea Pig 2: Flowers of Flesh and Blood, horreur, Inner Depravity, internet;voyeurisme, Interpol, maquillage, Montréal, pénal, Québec, réalisme, réalité, Rémy Couture, Robert Morin, Senécal, snuff, spectacle, téléchargement, vidéo, viol, violence, Violent Shit

Déjà projeté lors du Fantasia de l’été dernier à Montréal, le documentaire Art/Crime de Frédérick Maheux investissait hier samedi soir l’écran du Petit Champlain à Québec. Autre temps fort de la première édition du FCVQ, Art/Crime revient sur les poursuites judiciaires entamées par la Couronne du Québec à l’encontre du maquilleur Rémy Couture. Arrêté en octobre 2009 près de son domicile à Montréal pour avoir mis en ligne l’un de ses courts-métrages de fiction horrifique (alors sur son site InnerDepravity.com, d’ailleurs jamais fermé depuis) simulant le rapt et le meurtre d’un enfant, l’artiste attend toujours d’être jugé pour, on résume mais vous voyez le topo, obscénité et corruption des mœurs.
Succession de prises de parole d’interlocuteurs défendant la cause de Couture, et d’éclairages sur le cinéma qu’on pourrait qualifier "d’extrême" et, plus généralement, sur la culture underground des vidéos circulant sur Internet — ces productions descendantes directes des faux "snuff movies" (par exemple nippons : cf. la série des Guinea Pig ou, plus proche de nous, les "pink eiga") échangés sous le manteau il y a 15/20 ans —, Art/Crime dresse, en passant, un état des lieux du genre horrifique dans ses formalisations les moins grand public et hors des circuits habituels. Plus que de cinéma, Maheux traite de circulation et d’accessibilité de ces images d’un genre bien précis et pose la question, non pas tant de leur rapport au réel (sujet interminable, dont nous parlions nous-mêmes à propos du concept narratif dit "inspiré de la réalité") mais de leur interprétation et de la liberté de leur expression et de leur visualisation. Dans le combat qui oppose Couture à la Couronne du Québec, il n’est en fin de compte question que d’une définition très subjective de l’art, Couture défendant à raison sa vision — quand bien même on n’accrocherait pas à ses réalisations macabres — là où deux procureures y voient une atteinte à la bonne morale et une possible corruption des esprits.

Les questions soulevées par le film sont vastes et, disons-le, sans fin. Parlant de débat, la projection du documentaire était d’ailleurs suivie d’une discussion avec Maheux et Couture, lequel s’accroche en vue de son procès au printemps 2012, sachant que les poursuites l’ont l’obligé à hypothéquer une année de salaire pour financer sa défense. Si l’homme se trouvait condamné, voilà qui créerait un précédent juridique au Canada et ouvrirait une boîte de Pandore que tous les créateurs (le romancier d’horreur Patrick Senécal y dévoile son inquiétude et dénonce l’immixtion d’un grand Ordre moral dans l’œuvre de tout un chacun) craignent de ne plus jamais voir refermée après cela. Ce type d’accusation n’est pas nouveau (souvenons-nous de Violent Shit d’Andreas Schnaas en 1989, censuré puis banni en Allemagne et depuis très recherché dans le milieu du cinéma gore underground) et l’argumentation du pour comme du contre, déjà éprouvée elle aussi. C’est pourtant en se frottant à cette légitimité de l’expression d’un art même le plus extrême qui soit, que le documentaire de Maheux perd l’occasion d’étoffer son sens et son questionnement éthique et thématique (au-delà de la défense, plus que louable, de Couture). Quand il s’agit de démontrer que cinéma, vidéo et autres images sanglantes n’ont jamais précédé la violence mais s’en sont inspirés, les témoignages, bien qu’intéressants (Rodrigo Gudiño, le créateur du magazine Rue Morgue, maîtrise son sujet) ne font pas avancer le schmilblick. De fait, même s’il se targue d’avoir évité des effets de montage et de narration à la Michael Moore qui biaisent le point de vue dénoncé (c’est vrai), Maheux ne donne la parole qu’à des artistes et spécialistes qui soutiennent la cause de Couture et dénoncent la brimade de la liberté d’expression que ravive son cas. À part ce représentant de la police de Montréal qui cherche à justifier l’action de la Couronne (on semble reprocher à Couture qu’il ait fait commerce de cette violence ou ait cherché à la promouvoir), Art/Crime ne s’aventure pas sur un terrain d’objection, semble-t-il glissant pour le réalisateur (il affirme aussi qu’il n’a pas rencontré d’interlocuteurs favorables à la condamnation de Rémy Couture ; et on le croit volontiers). Étant donné que son documentaire s’adresse à un public averti et, c’est clair, gagné à la cause de Couture, jouer les avocats du diable aurait pourtant été stimulant et aurait contraint le récit comme l’argumentation construite à sortir des ornières de l’habituelle litanie anti-censure : non pas que celle-ci soit fausse ou démagogique, mais sa répétition en boucle (via différents propos qui aboutissent à la même conclusion) finit par en tarir la légitimité rhétorique (étrangement, les jeux vidéo sont pointés du doigt comme vecteurs de plus grand danger et d’annihilation de toute empathie par le réalisateur Robert Morin ; ça n’est pas faux, mais c’est déplacer le débat). Les réflexions les plus intéressantes sur ce point proviennent finalement de Couture lorsqu’il dit que rendre "acceptable et supportable" la violence de ses créations reviendrait à la banaliser (soit le contraire de l’expérience prodiguée) et, surtout, du réalisateur espagnol Nacho Cerda (entre autres pour son court-métrage "thanatologique" Aftermath, déjà évoqué dans nos colonnes, in Versus n° 11) qui, contrairement à un Senécal qui se contente de déclarer, avec lucidité mais aussi un peu de démission, que l’artiste ne peut pas être plus responsable que le spectateur (de fait, il se doit de l’être un tant soit peu), évoque la nécessaire éducation du public face aux images, ainsi qu’un encadrement de la diffusion de celles-ci (pas question, par exemple, de projeter Aftermath à un public d’aliénés ou à des individus en proie à des pulsions). C’est à lui aussi que revient le mot de la fin quand il déclare qu’en fait, le mal n’est pas dans l’image mais dans sa perception. Perception qui rejoint incidemment la définition très orientée (et déformée) de l’art par la Couronne qui, en décidant de ne pas lâcher prise malgré la faiblesse des éléments à charge, transforme la question audiovisuelle en sujet purement politique. Il ne s’agit que de cela : l’appropriation d’un bouc-émissaire pour remplir le vide juridique, l’ectoplasme de droits que représente un Internet source de toutes les visions même les plus dérangées et dérangeantes.
Stéphane Ledien
Classé dans : DES FILMS & DÉBATS, VIDÉO CLUB | Tags: ADN, Alien, armée, Blu-ray, buzz, céphalopodes, chronique, cinéma, clandestinité, Cloverfield, contagion, crash, créatures, critique, Cthulu, District 9, DVD, extra-terrestres, Fitzcarraldo, genre, horreur, infection, invasion, Julien, les frères Strause, M6 Video, Mexique, monstres, NASA, pieuvres, pitch, poulpes, revue, rumeur, Série B, Skyline, sonde, Taillard, vaisseau, Versus, versusmag, Werner Herzog, zone interdite

Il y a un mystère dans le cinéma et dans ce qui fait, ou ne fait pas, un succès ou un échec. Quelle que soit l’œuvre, son origine, ses qualités et ses défauts, son appréciation ne sera jamais que le reflet de sa rencontre avec son public. Ainsi si les blockbusters font toujours recette par la grâce de budgets publicitaires indécents, d’autres se montrent plus malins et utilisent avec une belle efficacité les réseaux mis à leur disposition pour créer le “buzz” incontournable aujourd’hui. Internet, terre de liberté s’il en est, est l’une de ces armes nouvelles, celle qui peut aider à ouvrir des portes, accrocher le spectateur potentiel et jouer sur l’attente savamment orchestrée pour créer l’envie. Mais c’est aussi une arme à double tranchant qui peut se retourner in fine contre les créateurs malgré leurs bonnes intentions.
Six ans après qu’une sonde de la NASA se soit écrasée à son retour de mission, la moitié du Mexique bordant la frontière US est considérée comme “zone infectée” et interdite. Des créatures gigantesques, céphalopodes monstrueux rappelant aussi bien les pieuvres de nos profondeurs que le grand Cthulhu, s’y sont installées et multipliées, rognant sur l’espace humain. Les armées mexicaines et américaines tiennent la zone sous haute surveillance, larguant quotidiennement des tonnes de produits chimiques destinés à éradiquer l’invasion.
Andrew, photo-reporter cynique à la recherche du cliché qui lui rapportera le plus, se voit dans l’obligation de reconduire Samantha, la fille de son patron, aux Etats-Unis où l’attend son fiancé qu’elle rejoint avec pourtant peu d’entrain. À la suite du vol de leurs papiers, les voilà donc contraints de passer par une filière clandestine et, par conséquence, de traverser la zone infectée alors que l’activité des aliens est à son plus haut.

Pitch simple, personnages déjà vus dans nombre de comédies romantiques : Monsters ne se distingue véritablement que par ce que laisse entrevoir sa bande annonce. Sans dévoiler ses monstres, mais laissant à chaque instant sentir leur présence et le poids de leurs actions. Ici un avion de chasse abattu, là un bateau planté au sommet des arbres, écho lointain au Fitzcarraldo d’Herzog. Et puis le film est un petit budget ambitieux, ne présentant que deux acteurs professionnels en tête d’affiche, le reste du casting étant recruté sur place selon les besoins. La rumeur enfle, l’attente se fait fébrile. Hélas. Ceux qui bientôt voient le film ne peuvent, en grande majorité, dissimuler leur déception. Car s’il est bon de créer une attente, le résultat doit se montrer à la hauteur et, au minimum, combler les espoirs du spectateur à défaut de les surpasser. Comme en son temps Cloverfield (auquel Monsters est abusivement comparé) avait fait baver tout le monde avec la tête de la statue de la liberté s’écrasant au beau milieu des passants avant de généreusement montrer une créature sortie d’on ne sait pour détruire New-York. Et c’est sans doute là le point d’achoppement, celui qui porte à Monsters le coup fatal : le malentendu. Car Monsters n’est pas un film de monstres mais un film avec des monstres. La nuance peut paraître mince mais elle est d’importance tant elle se reflète dans l’ADN même du film.
La plupart des critiques négatives, venant de professionnels ou de simples quidams, n’ont ainsi jamais considéré le film pour ce qu’il est mais pour ce qu’il aurait dû être dans leur inconscient. Venus voir une énième invasion de la terre par des extraterrestres belliqueux, il sont forcément ressortis de la projection déçus. Au contraire du tout récent Skyline, série B boursouflée qui démontre surtout que les frangins Strause n’ont pas plus de talent quand ils ont les mains libres que lorsque les méchants producteurs d’Hollywood leur filent des millions pour faire un Alien vs Predator : Requiem qu’ils renient très fort aujourd’hui.

De quoi parle Monsters ? De gens lâchés en territoire hostile et avec lequel ils doivent composer pour survivre. Mais ce constat ne s’applique pas qu’aux deux héros. À leur image, les “monstres” du film sont aussi des êtres perdus dans un endroit qu’ils doivent apprendre à maîtriser. Souvenons-nous qu’ici les extra-terrestre ont été ramenés par la sonde de la NASA et qu’en aucun cas ils n’ont débarqué dans leur soucoupe volante avec la volonté d’asservir l’homme. Si leur présence a un impact direct sur la société des hommes, qui est allée les chercher, et sur cette nouvelle nature à laquelle ils doivent s’acclimater, c’est bien à leur insu. Tout comme Andrew et Sam, les poulpes géants sont des clandestins essayant de survivre. Mais leur gigantisme et leur nature même d’animal en font des ennemis qu’il faut au mieux dompter, au pire éliminer.
Limité par un budget minimal, Edwards se garde bien de donner dans la surenchère spectaculaire et se concentre sur l’atmosphère générale. Même sans les voir, les monstres sont là, tout autour des personnages. Les marques de leur présence sont autant des preuves tangibles, comme cette carcasse enfouie sous les décombres d’un immeuble de Mexico City, que les traces qu’ils laissent dans la vie quotidienne : iconisation à travers les graffitis sur les murs, intégration à la vie culturelle par le dessin animé, nécessité de conserver un masque à gaz à portée de main en cas de frappe de l’armée… Une accumulation de détails qui rend leur existence tangible aux yeux des spectateurs.

Ce sentiment de réalisme est admirablement rendu par le travail d’Edwards, qui emprunte plus au documentaire qu’à la fiction classique. La caméra est au plus prés des personnages, toujours portée mais jamais agitée. Guidés par un synopsis de quelques pages, les deux acteurs improvisent quotidiennement leurs dialogues dans une volonté certaine d’accentuer ce réalisme. Fort heureusement, autant Scoot McNairy (vu dans The Shield) que Whitney Able (la jolie blonde de All The Boys Love Mandy Lane, c’était elle) sont à la hauteur de la tâche. Leur parfaite maîtrise du jeu et la profonde confiance qui les unit (ils étaient alors un couple à la ville et ont été en partie recrutés sur ce critère) confère à leurs personnages une humanité et une fraîcheur qu’ils n’auraient sans doute jamais eu dans le cadre d’un script trop écrit, même si la progression dramatique les amènera à se rapprocher comme il est d’usage. Edwards se permet même de boucler son film sur une scène étonnante, d’une douceur inattendue, presque poétique.
Alors définitivement, non, Monsters n’est pas le film que le public attendait. Il est bien plus intéressant que cela et mérite d’être (re)découvert pour ce qu’il est — et non pour ce que certains auraient voulu qu’il soit.
Julien Taillard
> Monsters est disponible en France depuis le 06 avril en DVD et Blu-ray chez M6 Video
Classé dans : TRIBUNE LIBRE | Tags: Alaska, aliens, études, buzz, cinéma vérité, d'après une histoire vraie, enlèvement extraterrestre, films d'archives, inspirés de faits réels, Milla Jovovich, Nome, Olatunde Osunsanmi, psychothérapie, rencontres du 3ème type, témoignage, The 4th Kind
Depuis le coup d’éclat radiophonique d’un certain Orson Welles le 30 octobre 1938, émission au cours de laquelle le futur réalisateur de Citizen Kane mit en scène La Guerre des mondes de HG Wells et fit croire à ses concitoyens qu’une véritable invasion extraterrestre avait eu lieu sur le territoire étatsunien, le phénomène médiatique générée par une fiction que l’on ("on" c’est-à-dire les studios, les diffuseurs…) fait passer pour du réel constitue une valeur sûre de promotion « choc » et d’adhésion des foules.
Générateur de rumeurs, déclencheur de bouche-à-oreille, ce phénomène s’est particulièrement bien illustré lors de la campagne d’exploitation du Cannibal Holocaust de Ruggero Deodato, « faux » documentaire d’horreur qui fut saisi par un magistrat dès après sa première en Italie, et qui valut à son réalisateur d’être arrêté pour délit d’obscénité. Qualifié carrément de snuff movie à cause de rumeurs persistantes de meurtres des acteurs devant la caméra, Cannibal Holocaust a ouvert la voie d’une étonnante réflexion sur les rapports de l’image retransmise dans le feu de l’action avec la réalité.
Des strates de sens que viennent brouiller l’idée du montage, des effets divers et variés de caméra, et du mystère cultivé hors champ. En étant cinématographique « mais pas trop », en faisant preuve d’une crudité visuelle inédite que l’on n’attribue volontiers qu’au réel, Deodato a semé le doute, cette petite graine à partir de laquelle le spectateur se fait un plaisir de faire pousser toutes les ramifications d’un sentiment de paranoïa, de vérités (incroyables) cachées qui ne demandent qu’à rejaillir, l’image retrouvée, exhumée des décombres civisationnels ou d’un quelconque lieu d’horreur prenant aussitôt une valeur testamentaire qui augmente son intensité spectaculaire et, comme en référence aux reportages qui ne peuvent être que « vrais » pour le spectateur (sic !), sa légitimité.
En 1999, Le Projet Blair Witch, même s’il n’avait pas la force de persuasion de son aîné italien justement parce qu’il ne projetait aucune image choc, suscita bien des croyances lui aussi ; et quoique l’histoire n’eut rien de très crédible, le tournage et la direction d’acteurs, tous deux très expérimentaux (part d’improvisation, comédiens livrés à eux-mêmes en pleine forêt…) contribuèrent à la légende du métrage, qui déchaîna les peurs (mais aussi les passions, puisque certains furent persuadés de la réalité filmée) et les foules à partir de rien (quelques bouts de bois, une ombre furtive, une ambiance « naturellement » menaçante).
Depuis, la vidéo amateur a explosé, l’interactivité comme le filmage à l’arrache s’immiscent partout et l’image DV contamine régulièrement celle du 35 mm cinémacospé ou non, pour mieux témoigner d’une réalité qu’on veut ancrer plus que jamais dans le vécu du spectateur (lire ou relire à ce sujet, notre dossier « docus-fictions et caméras embarquées » dans VERSUS n° 13). Hier le Super 8 signifiait le souvenir ; aujourd’hui le grain vidéo affublé d’un éclairage approximatif peut faire passer l’entreprise pour des images volées – donc appartenant au réel. Cloverfield, REC., autant d’exemples frappants d’incursion dans l’horreur quotidienne, proche de nous car sans artifices (en réalité, si, mais en apparence, non) esthétisants propres au cinéma ; la fausse approximation, le chaos « calculé » de ces séquences achalandées avec génie mais où subsistent quelques indices « d’identité cinématographique » (les deux couches temporelles de narration dans Cloverfield, le retour en arrière rapide dans REC. dans un supposé reportage filmé en direct), ne sont pas ici assénés pour nous faire croire à la véracité des incidents démontrés – trop énormes, trop « déjà vus » pour être honnêtes. Simplement, leur effleurement du réel (cadrages « comme on peut »), leur apparente absence d’anticipation des événements en font plus que des films : une expérience. Sensitive et culturelle, qui rejoint dans l’effroi de cette proximité forte avec la réalité (pas d’enluminure, ou alors invisible), le frisson du « c’est possible » et du « et si c’était vrai ? » généré par Deodao et plus tard par le duo Myrick / Sanchez.
Devenu presque tarte à la crème, l’incursion de la vidéo dans l’image cinématographique, accolée au gimmick du « d’après des faits réels » (un autre classique, formellement plus global et fourre-tout, qu’il serait intéressant de décortiquer) a quoi qu’il en soit aujourd’hui plus de mal à susciter la surprise, et les studios cherchent à en réinventer le procédé pour ne pas voir mourir la poule-buzz aux œufs d’or.

Dernier exemple de phénomène travaillé jusqu’à la rupture des repères hors champ / hors film : The Fourth Kind du réalisateur Olatunde Osunsanmi. Dans cette variation du mythe de l’enlèvement de populations rurales par les extraterrestres, Milla Jovovich interprète Abigail Tyler, psychothérapeute dont on veut nous faire croire qu’elle existe réellement. The Fourth Kind suit ainsi ses recherches en Alaska dans le village de Nome, où le nombre d’habitants diminue d’année en année sans raison valable sauf une : certains prétendent avoir été enlevés par des aliens. Jouant de son inspiration constante des « vrais travaux » menés par « l’authentique » Abigail Tyler, la bande-annonce a le mérité de renouer avec le fameux doute (un instant « d’incrédulité « crédule ») qui étreignit le spectateur au moment du visionnage des films de Deodato et de Myrick & Sanchez.
On franchit là une nouvelle étape dans la démonstration du réel, pas seulement avec le travail de l’image propre aux captures d’une insoutenable vérité (grain vidéo, pixellisation pour préserver l’anonymat), ni même dans l’introduction d’archives et d’interviews habilement conçues (un exercice de style très répandu et souvent réjouissant d’ailleurs), mais avec l’intervention « hors intrigue » de Milla Jovovich expliquant qu’elle interprète un personnage réel (qu’on s’empresse de nous montrer en parallèle, le visage « crypté ») et que les images (« footage ») dévoilées sont inédites. L’art du buzz, en somme, fabriqué à partir d’une vérité inébranlable : ces images ne sont en effet connues de personne puisqu’elles ont été créées spécialement pour l’occasion filmique. L’art du mensonge au final propagé comme une vérité contestable – et c’est bien ce qui la rend excitante, intriguante pour le public qui la découvre à l’écran.
Stéphane Ledien
[Sortie du film prévue le 6 novembre 2009 aux USA]



