Classé dans : VIDÉO CLUB | Tags: Au mépris des lois, Ça commence à Vera Cruz, Bertrand Tavernier, Don Siegel, Douglas Sirk, Duel sans merci, George Sherman, gerald Drayson Adams, Gwen bagni, Hugo fregonese, John bagni, Joseph Cotten, Passage interdit, Quand les tambours s'arrêteront, Scott Brady, Shelley Winters, Suzan Ball, taza fils de Cochise, Tex Avery, Untamed Frontier, western
Cela se passe dans un Tex Avery. Une vache offusquée débarque dans le bureau du shérif.
“Mooo ! Mooo ! Moooo !, meugle-t-elle
- Quoi !, s’exclame l’homme étoilé. Un de ces sales colons a planté sa clôture autour du lac Red Rock Canyon ! OK, passe-moi ma Winchester, Sam ! Je vais régler ça tout de suite !”
Dans Homesteader Droopy (Droopy pionnier, 1954), Avery s’amuse des grands courants qui parcourent les westerns. L’installation des pionniers et la traversée des terres appartenant aux grands propriétaires en est un, illustré deux ans auparavant par l’Argentin Hugo Fregonese et son Untamed Frontier (Passage interdit, 1952).
Minor Watson y est ce patriarche, possédant un immense domaine et qui refuse aux colons le droit de traverser ses terres pour venir s’installer dans une parcelle appartenant au gouvernement. Autour de lui, les clans vont se former, les bons désireux de la libre circulation d’un côté et les méchants isolationnistes de l’autre.
Ce qui est curieux avec Passage interdit, c’est qu’à l’issue de la projection, les spectateurs retiennent mieux les seconds. Le couple bad boy/vilaine fille, formé par Scott Brady et Suzan Ball (alors également amants dans la vie), est bien plus haut en couleurs que celui formé par Joseph Cotten et Shelley Winters, tous deux bien en deçà de leurs possibilités. Le Stetson et les éperons ne siéent d’ailleurs pas à Cotten, bien plus à son aise dans les costumes modernes du Troisième homme, de Citizen Kane ou de L’ombre d’un doute. Et l’on pourrait dire, de la même manière, que Shelley Winters a beaucoup plus de force de persuasion lorsqu’elle endosse le costume d’une héroïne moderne, de Menace dans la nuit à La nuit du chasseur, du Grand couteau au Coup de l’escalier, en passant par Lolita et La tour des ambitieux.
Donc, Scott Brady et Suzan Ball. Ceux-là forment un duo impeccable, aussi beaux qu’ils sont adeptes du coup bas. Auprès d’eux, Lee Van Cleef n’est pas en reste. Nous aurons une petite pensée émue pour la brûlante brune Suzan Ball, morte trois ans après le film, à l’âge de 22 ans, d’une tumeur à la jambe développée à la suite d’un accident de voiture. Elle n’aura pas eu le temps de participer à de grands projets mais les quelques séquences où elle apparaît dans Passage interdit montrent son potentiel.
On l’aura compris, Passage interdit n’est pas à la hauteur de Quand les tambours s’arrêteront, disponible chez le même éditeur, que Fregonese avait réalisé l’année précédente. Dans les bonus, Bertrand Tavernier vante les talents plastiques du cinéaste : utilisation des couleurs, cadrages. Ils sont d’autant plus remarquables que le scénario, signé par Gerald Drayson Adams, l’acteur John Bagni et sa femme Gwen, reste poussif. Il aurait mérité davantage de péripéties et de rôles secondaires marquants. Auteur de plusieurs westerns (Duel sans merci de Don Siegel, Taza fils de Cochise de Douglas Sirk, Au mépris des lois de George Sherman), Adams a également participé (certes avec Daniel Mainwaring) à ce petit bijou de polar nerveux qu’est Ça commence à Vera Cruz, réalisé par Siegel. C’est dire si, ici, il pensait à autre chose, pension alimentaire ou impôts à payer.
Jean-Charles Lemeunier
DVD sorti le 20 mars 2012 chez Sidonis
Classé dans : Festival Lumière 2011 | Tags: Actes Sud, André de Toth, Bertrand Tavernier, Femme de feu, Festival, Festival Lumière 2011, Grand Lyon, Hollywood, Institut Lumière, La Chevauchée des bannis, Lyon, Patrimoine, Ramrod, René Clair, Veronica Lake, western, Wild Side

Programmé dans le cadre du festival Lumière à Lyon, Femme de feu est l’occasion, pour l’Institut Lumière, organisateur de la manifestation, de renouer avec un cinéaste reçu à deux reprises et objet de deux livres publiés chez Actes Sud, dans une collection dirigée justement par… l’Institut Lumière. En rediffusant quelques-unes des pièces maîtresses de sa filmographie (dont La Chevauchée des bannis, ressorti depuis en DVD chez Wild Side), l’Institut Lumière a contribué à une meilleure connaissance d’André De Toth, celui que l’on a qualifié de “dernier borgne de Hollywood”, sans doute moins connu que les trois autres mousquetaires que sont Ford, Lang et Walsh.
Ramrod qui, en anglais, désigne le dispositif qui propulse une balle dans le canon des premières armes à feu, a été traduit, pourquoi pas, par la très passe-partout Femme de feu. Cette femme prête à tout, c’est Veronica Lake qui l’interprète, alors épouse de De Toth. Laquelle est à des coudées de l’étrange femme fatale des Voyages de Sullivan (1941, Preston Sturges), des polars où elle a Alan Ladd pour partenaire (Tueur à gages de Frank Tuttle et La Clé de verre de Stuart Heisler, tous deux de 1942, Le Dahlia bleu de George Marshall en 1946) ou encore de la célèbre comédie de René Clair, Ma femme est une sorcière (1942) qui inspira quelques années plus tard une série télévisée bien connue. Dans Femme de feu, Veronica a perdu la mèche sur les yeux qui l’a rendue célèbre au profit d’anglaises.

Pour son premier western, De Toth illustre un traditionnel conflit dans une petite ville de l’Ouest : le vacher sympathique et plutôt sans saveur s’oppose au méchant qui traîne derrière lui une cohorte de sales types (parmi eux Lloyd Bridges, le père de Jeff et Beau). Le gentil, c’est Joel McCrea, très gentil. Le méchant, Preston Foster, très méchant. Rien de bien neuf dans ce western assez routinier si ce n’est une femme sûre d’elle et qui tient la dragée haute à tout le monde (Veronica, donc). Elle annonce sans aucun doute Marlene Dietrich dans L’Ange des maudits (1952, Fritz Lang), la Vienna incarnée par Joan Crawford dans Johnny Guitare (1953), le film de Nicholas Ray, ou Barbara Stanwyck dans 40 tueurs (1957, Sam Fuller). Mais ne leur arrive malheureusement pas à la cheville.
Soyons honnête envers De Toth : le Hongrois découvre l’univers westernien et ne s’en tire pas trop mal. Il fera ses gammes un peu plus tard avec la déjà citée et magnifique Chevauchée des bannis, avec aussi la non moins formidable Rivière de nos amours. Femme de feu est un poil au-dessous mais on pardonne beaucoup à André. En tout cas, moi je lui pardonne, pour avoir eu le plaisir de l’interviewer et de succomber à nombre de ses films.
Jean-Charles Lemeunier
Le film sort en DVD chez Wild Side en février 2012
Veronica Lake (avec Alan Ladd) dans La Clé de verre (extrait)
Classé dans : Festival Lumière 2011 | Tags: Alex Stapleton, Allan Arkush, Bertrand Tavernier, bikini, Bruce Dern, Candice Rialson, David Carradine, Dementia 13, Dennis Hopper, Easy Rider, Edgar Poe, Federico Fellini, festival Lumière, films fauchés, Francis Ford Coppola, George Lucas, Hells Angels, Hollywood Boulevard, Ingmar Bergman, Institut Lumière, Jack Nicholson, Joe Dante, John Sayles, Jonathan Demme, Julie Corman, La chambre des tortures, La petite boutique des horreurs, L’attaque des crabes géants, L’horrible cas du Dr X, les dents de la mer, Lyon, Martin Scorsese, Mexique, Michelangelo Antonioni, monstre marin, Monte Hellman, Peter Bogdanovich, Peter Fonda, Robert de Niro, Roger Corman, Roman Polanski, Ron Howard, ségrégation raciale, Série B, Star Wars, sud des États-Unis, Teenage Caveman, The Intruder, The Saga of the Viking Women and Their Voyage to the Waters of the Great Sea Serpent, The Trip, Vincent Price
85 ans et… toutes ses dents, pourrait-on dire de Roger Corman, invité par l’Institut Lumière au festival Lumière, à Lyon. Et le grand cinéaste et producteur américain avait de quoi les montrer, ses dents, tant son sourire était éclatant : une salle entière debout l’applaudissait à tout rompre.
Dans le cadre de son festival dédié au patrimoine cinématographique, l’Institut Lumière a projeté, en présence de Corman, de sa femme Julie et de la réalisatrice Alex Stapleton, le documentaire consacré à ce roi de la série B des années cinquante à aujourd’hui : Corman’s World : Exploits of a Hollywood Rebel.
Corman a la réputation d’avoir toujours tourné extrêmement vite avec très peu de dollars en poche. Bertrand Tavernier rapportait que, souvent, la longueur des titres des films de Corman cachait le peu de moyens. Et de citer en rigolant The Saga of the Viking Women and Their Voyage to the Waters of the Great Sea Serpent (ouf). Tavernier évoque aussi la première fois où il a rencontré le cinéaste américain à Los Angeles : “J’avais beaucoup discuté avec son assistant-réalisateur, qui venait de diriger son premier film, Dementia 13 : il s’agissait de Francis Ford Coppola.”
Car, et c’est loin d’être une légende, tout le nouvel Hollywood a travaillé avec Corman : outre Coppola, citons encore Martin Scorsese, Jonathan Demme, Monte Hellman, Peter Bogdanovich, Joe Dante, Ron Howard, John Sayles, Jack Nicholson, Peter Fonda, Dennis Hopper, Robert De Niro, Bruce Dern, David Carradine, etc.
Ce que le film nous apprend surtout, c’est que Corman s’est toujours rebellé contre le système hollywoodien et que des titres tels que L’attaque des crabes géants, Teenage Caveman, La chambre des tortures ou L’horrible cas du Dr X ont été réalisés par un artiste que ses pairs traitaient de communiste à une époque où l’appellation était loin d’être un compliment. Corman est aujourd’hui célèbre pour avoir réalisé une série de films tirés d’Edgar Poe et joués par Vincent Price ou d’avoir tourné la première version de La petite boutique des horreurs, célèbre aussi pour tous ces monstres en caoutchouc dont on prend un plaisir coupable à avoir peur. Ils étaient, certes, son fond de commerce, mais pas seulement. Interviewé par Alex Stapleton, Corman parle de “texte et sous-texte”, de message. Et c’est avec beaucoup d’émotion qu’il relate l’échec de The Intruder (1962), qu’il considère comme son meilleur film, sur un sujet fort : la ségrégation des Noirs dans le sud des États-Unis.

Corman n’a peur de rien. Il détourne Peter Fonda des nunucheries familiales, style les aventures de Tammy (jouées par Sandra Dee) pour le faire enfourcher une moto dans Les anges sauvages en 1966, début de la vogue des films de motards et de Hell’s Angels. L’année suivante, en pleine période hippie, il teste le LSD pour The Trip, un film sur la drogue dans lequel on retrouve le jeune Fonda aux côtés de Dennis Hopper. Quand, en 1969, les deux compères viennent trouver Corman pour tourner ce qui va devenir Easy Rider, le producteur accepte de partager les risques. Malheureusement pour lui, le film atterrit sur le bureau d’un exécutif de la Columbia. Easy Rider obtiendra le succès (mérité) que l’on sait. Et le train de billets verts passera sous le nez de Corman.
Coréalisateurs en 1976 de Hollywood Boulevard, avec la pimpante et souvent dénudée Candice Rialson, Allan Arkush et Joe Dante reviennent sur leur travail avec Corman et mentionnent surtout les raisons de son déclin. Lorsqu’en 1975, Spielberg sort Les Dents de la mer, le scénario, remarquent-ils, est digne d’une production Corman, à la différence près que le film est produit par Universal. Même chose, en 1977, avec le premier volet de Star Wars de George Lucas. Ce sont ces films, annoncent-ils clairement, qui ont eu raison de Corman, puisqu’on mettait à présent des millions de dollars sur des sujets qu’il pouvait diriger ou produire pour tellement moins. Autre sujet d’étonnement : le cinéma qu’apprécie Corman est à cent lieues des films qu’il a mis en scène et produits : il a ainsi distribué aux États-Unis Bergman, Antonioni et Fellini.
Très intelligent, le documentaire d’Alex Stapleton démarre sur une production récente de Corman tournée au Mexique, au titre évocateur de Dinoshark, avec filles en bikinis et monstre marin, pour retracer toute la carrière du bonhomme. Exceptions faites de Coppola et Hellman, on y croise tous ceux dont les noms ont été cités plus haut et bien d’autres encore. Certains sont hauts en couleurs. Jack Nicholson, par exemple, qui, à chacune de ses interventions, râle après la pingrerie de Corman et s’amuse de la naïveté des films ainsi tournés à la sauvette. Soudain sa voix se brise : il veut faire savoir à Corman qu’il le remercie de lui avoir mis le pied à l’étrier, qu’il l’admire et qu’il l’aime. Et le grand Jack, qui peut se faire péter le nez sans sourciller chez Polanski, place humblement la main devant ses yeux pour cacher ses larmes. Comédie, me direz-vous ? Je ne pense pas. Ayant vu Alex Stapleton, je crois qu’elle a suffisamment de charme pour que l’acteur se laisse aller aux confidences et à l’émotion.
Il serait temps de rendre à Corman ce qui appartient à Roger : un immense talent qui vaut bien de revisiter ses films. Peut-être pas tous, en tout cas pas tous du même œil, mais avec le plus grand respect.
Jean-Charles Lemeunier
Classé dans : Festival Lumière 2011 | Tags: 2011, actrices, âge d'or, érotisme, beauté, Bertrand Tavernier, blonde, call-girl, chronique, cinéma, cinémathèque, Code Hays, critique, désir, Dorothy Mackaill, Femme fatale, Festival Lumière 2011, film zozo, filmographie, Hollywood, Institut Lumière, jambes gainées de bas, Jean-Charles Lemeunier, l'Enfer, les jambes de Dorothy Mackaill, lumière, lumiere.org, Lyon, machisme, macho, Monographie, noir et blanc, Patrimoine, prostitution, rétrospective, revue, revueversus.com, sexe, trottoir, V.O., version originale, vieux films, Wild Boys on the Road, Will Hays et Joseph Breen, William Wellman
À propos de Safe in Hell, "c’est un film zozo" s’exclame Bertrand Tavernier, venu présenter la rétrospective William Wellman dans le cadre du festival Lumière, organisé à Lyon par l’Institut Lumière que le cinéaste préside.
Zozo, on ne saurait dire mieux à propos de ce film Pré-Code, ainsi dénommé parce qu’il a été tourné en 1931, soit trois ans avant l’instauration d’un code de censure, imposé aux producteurs par Will Hays et Joseph Breen. Autant dire qu’en 1931, on peut parler librement de prostitution, de sexe, de désir, autant de sujets qui débordent littéralement dans ce fabuleux film qui s’ouvre sur les jambes gainées de bas de Dorothy Mackaill, négligemment posées sur un bureau.
Tavernier soulignait à juste titre, en préambule, combien Bill Wellman, malgré sa réputation de macho, savait filmer ses actrices. Celles-ci font facilement le coup de poing, comme on le voit dans Wild Boys on the Road et également dans ce Safe in Hell. Ce sont des dures, frappées par la vie mais qui ne s’en laissent pas conter.
Des jambes de Dorothy Mackaill à sa situation dans la vie, le spectateur a vite fait de comprendre. Quand la jolie blonde se retrouve en présence de celui qui l’a précipitée sur le trottoir (façon de parler, elle est davantage call girl), elle le tue accidentellement. Pour fuir une condamnation certaine, elle se réfugie sur une petite île qui refuse les extraditions et sur laquelle vivent de sombres individus tous plus déjantés les uns que les autres. Wellman signe là une belle galerie de portraits à l’eau-forte, mettant beaucoup d’acide dans sa description des personnages.
Dans ce récit, Wellman mêle adroitement l’humour et la désillusion et nous surprend par la chute. Safe in Hell, dont le titre rappelle la condition de l’héroïne, saine et sauve, certes, mais dans un enfer insulaire, ne souffre d’aucune ride, malgré son âge. Un souffle de liberté embarque les personnages et, avec eux, le spectateur. En 1931, le cinéma parlant n’a que deux ans d’existence et les films de cette époque sont très souvent bavards. Rien de tel ici : au contraire, Wellman a de formidables idées de plans, tel ce gimmick : chaque fois que Dorothy Mackaill sort de sa chambre, les cinq pensionnaires tordus de l’hôtel où elle réside placent leurs chaises face à l’escalier et s’installent confortablement pour jouir du spectacle. Détail qui tue : ils prennent soin de s’allonger pour mettre en avant ce qu’ils cachent sous leurs braguettes.
Espérons à présent qu’un éditeur DVD ait un jour la bonne idée de sortir quelques-uns de ces formidables films Pré-Code, qui méritent beaucoup mieux qu’un simple coup d’œil.
Jean-Charles Lemeunier
Classé dans : VIDÉO CLUB | Tags: 1959, 7e Art, analyse, bagarre, baston, Bertrand Tavernier, Blu-ray, cavalcade, chronique, cinéma, collection, collines, cowboy, Don Murray, DVD, Jean-Charles Lemeunier, L'Étrangleur de Boston, légende, Lee Remick, Les Ambitieux, lynchage, Patrick Brion, pistolet, plaines, revue, Richard Egan, Richard Fleischer, Sidonis, sorties, The Carpetbaggers, Versus, versusmag, western

Avant même de commencer à parler de ce western de 1959 signé Richard Fleischer, on peut se demander ce qui, à l’époque, passait dans la tête des distributeurs français ? Pourquoi ce beau titre américain, These Thousand Hills, littéralement « ces milliers de collines », s’est-il transformé en baston dans la mélasse ? Parce qu’on voit, à la fin du film, un duel dans la boue entre Don Murray et Richard Egan ? Mouais mais c’est un peu court, jeune homme.
Malgré son décor, le film ne suit aucunement la trame classique d’un western. Certes, Don Murray est un cowboy mais l’ambition qui le mènera jusqu’au sommet ressemble plus à celle qui est le sujet de plusieurs romans et films des années soixante (je pense, en particulier, à The Carpetbaggers, Les Ambitieux d’Edward Dmytryk, tiré d’un bouquin de Harold Robbins), qui montrent un héros aux dents rayant le plancher et broyant ses amis comme ses ennemis. C’est ce qui arrive avec Duel dans la boue. Murray, que l’on a déjà vu dans le rôle du cowboy puérilement sympathique de Bus Stop, aux côtés de Marilyn, joue à la perfection le cynique. Face à lui, il trouve plusieurs partenaires de choix : Stuart Whitman est son solide copain, Richard Egan le salaud désigné et Lee Remick, sa jolie mais malchanceuse compagne.

L’action est ici limitée (une belle course à cheval, un lynchage formidablement filmé et la fameuse bagarre) et il faut reconnaître à Richard Fleischer un sacré talent : jamais on ne s’ennuie. Cet enfant du sérail, fils de Max Fleischer et neveu de Dave Fleischer, créateurs de Popeye et Betty Boop et grands concurrents de Disney, s’est essayé avec bonheur dans des genres très différents. On retiendra son polar claustrophobe (L’Enquête du Chicago Express), des films policiers tels que Les Inconnus dans la ville et L’Étrangleur de Boston, des films d’aventures pour adultes (Les Vikings) et enfants (Vingt mille lieues sous les mers, qu’il tourne, l’ingrat, pour Disney), de la SF (Soleil vert et Le Voyage fantastique, où Raquel Welch se fait miniaturiser pour se balader dans le corps d’un petit veinard) et même Conan le destructeur et Kalidor, tous deux avec Schwarzenegger. Malgré cet éventail large de tous les genres hollywoodiens, Fleischer n’est pas, loin de là, un tâcheron. Il connaît son métier et le prouve avec Duel dans la boue.

Pour tous les titres de cette collection "westerns de légende", Sidonis a eu la bonne idée de demander à Patrick Brion et Bertrand Tavernier de parler du film dans les bonus. Ils sont tous deux passionnants et Tavernier nous apprend, par exemple, que Fleischer composait ses plans comme des tableaux et qu’il lui avait avoué adorer Mondrian. De là à retrouver l’inspiration du peintre, fameux pour l’utilisation des couleurs primaires, il n’y a qu’un pas que Tavernier franchit allègrement, images à l’appui. Ce qui, entre nous, est tellement plus intéressant comme bonus que tous les bêtisiers et autres séquences coupées anodines.
Jean-Charles Lemeunier
Extrait de Duel dans la boue
Classé dans : ÉVÉNEMENTS | Tags: 7e Art, Ardèche, Aubenas, Audiard, événement ardéchois, bande annonce, Bertrand Tavernier, carrefour cinématographique, cinéma européen, cinéphilie, Festival, films d'auteurs, films français, Ingmar Bergman, John Boorman, Maison de l'Image, passion, Un Prophète

Oyez, oyez. La Maison de l’Image, à Aubenas en Ardèche (voilà pour le rappel géographique) organise depuis 1999 les Rencontres des Cinémas d’Europe. Durant une semaine en novembre, une cinquantaine de films sont programmés dans les 6 salles des cinémas Navire et Palace d’Aubenas. Cette manifestation (sans compétition) a pour vocation de porter un éclairage particulier sur les films réalisés et produits dans les différents pays du Vieux Continent (qui ne manque pas de talents neufs en revanche), en diffusant une cinématographie peu connue et peu médiatisée.
De nombreuses figures du 7e Art européen ont déjà fréquenté l’événement, de plus en plus prisé (près de 15 000 visiteurs l’an dernier !) : Jacques Audiard, John Boorman… Ils seront encore nombreux pour cette onzième édition, où sera entre autres célébré Ingmar Bergman.

La programmation suit les axes suivants :
- Hommages ;
- Panorama de films européens de l’année ;
- Rétrospective (cette année, donc : Ingmar Bergman) ;
- Films jeune public ;
- Débats quotidiens ;
- Activités en relation avec le travail à l’année de la Maison de l’Image : documentation, librairie, stage de réalisation audio-visuelle, accueil et encadrement de scolaires et d’étudiants.
VERSUS est partenaire de la 11ème édition des Rencontres des Cinémas d’Europe du 15 au 22 novembre prochain.
Rendez-vous très bientôt au cœur de ce carrefour culturel incontournable !



























