Classé dans : DES FILMS & DÉBATS | Tags: 42ème rue, affiche, Alexandre Aja, bimbo, chronique, cinéphile, cinéphiles, cinéphilie, cine, crapoteux, craspec, critique, Deuxième sous-sol, DVD, Elijah Wood, Gregory Levasseur, Haute Tension, Jack Bauer, Joe Dante, Joe Spinell, Kiefer Sutherland, La Colline a des yeux, mannequin, Mirrors, New York, Nora Arnezeder, Piranha 3D, quartiers huppés, remake, revue, revue versus, revueversus.com, séance, séances, scalp, sorties, sorties ciné, springbreak, tueur, versus.com, versusmag.fr, vue subjective, Wes Craven, William Lustig
Deux films, Alexandre Aja (réalisateur) et son compère scénariste Grégory Levasseur auront incarné une forme de renouveau du cinéma d’horreur l’espace de deux films avec les formidables Haute-Tension et La Colline a des yeux remake du film culte de Wes Craven qui explosait son modèle surévalué. Depuis, ils se sont largement enfoncés dans la médiocrité avec Mirrors (un autre remake, celui-ci d’un film coréen, Into The Mirror de Kim Seong-ho) une histoire de fantômes où un Kiefer Sutherland en mode Jack Bauer explosait tous les miroirs à sa portée et Piranha 3D (un…remake de la série B de Joe Dante), sorte de springbreak du gore où les formes de nombreuses bimbos rivalisaient de relief avec les dents acérés des piranhas qui les mettaient en pièces. Entretemps, ils ont produits un troisième larron, Franck Khalfoun, pour le mauvais 2ème sous-sol (le soir du réveillon de Noël, une jeune femme est aux prises avec un maniaque dans un parking sous-terrain). Pas vraiment de quoi s’enthousiasmer donc lorsque l’on voit ces trois noms associés, qui plus est pour un nouveau remake. D’autant plus que là, il ne s’agit pas d’une série B ayant acquis ses galons d’œuvre culte du fait des affres du temps et de la nostalgie l’accompagnant (La Colline a des yeux de Craven et Piranha de Dante sont sympathiques mais n’ont pas révolutionnés le genre) mais d’un petit classique de l’horreur dont la vision, même plus de trente ans après, demeure remarquablement perturbante. Le Maniac de Lustig mettait en scène un être dérangé, Frank Zito (effarant Joe Spinell), que l’on accompagnait dans ses pérégrinations nocturnes et meurtrières qui se concluaient toujours par le découpage du scalp de jeunes filles qu’il disposait ensuite de retour dans son antre, sur le crâne en plastique de mannequins. Ambiance malsaine, environnement craspec, Lustig livrait un film déroutant de par certaines images à fortes connotations oniriques et fantastiques et l’ambigüité de ce psychopathe qui ne suinte pas le Mal par tous les pores de la peau (son allure terrifiante contrastant avec son regard d’une tristesse intense).
Le film de Khalfoun reprend l’argument de base et certains motifs les plus emblématiques de l’original (mannequins, scalps, la possible romance avec Anna…) avec dans le rôle-titre, Elijah Wood dans un total contre-emploi et surtout à l’extrême inverse de Spinell, tant physiquement que dans la menace intrinsèque que sa silhouette laissait planer. Un changement notable destiné à instaurer une plus grande proximité, voire identification, avec un personnage au physique plus commun et donc accentuer l’horreur des actes commis. Un démarquage qui aurait pu s’avérer payant puisqu’il est couplé avec le choix de nous montrer l’action du point de vue du tueur, son corps et son visage nous apparaissant alors morcelé, révélés seulement lorsque la caméra subjective passe devant une surface réfléchissante (rétroviseur, miroir, …). Une mise en scène qui nous cueille dès les premières secondes et dont les effets sont quasiment annihilés dès que la voix du tueur retentit. Cette dernière commentant alors ce qu’il se passe à l’écran ou dans sa tête, devenant une voix-off insupportable par ses descriptions inutiles ou l’expression de ses états d’âme lorsque le monstre se réveille. Un procédé qui échoue à nous faire entrer dans sa tête, contrairement à son intention première. Il eut été plus judicieux de garder le silence, laissant le spectateur seul avec son propre ressenti. Ce n’est pas systématique (bien sûr, lorsqu’il est au plus près d’une proie, il n’émettra pas de son pouvant révéler sa présence) mais suffisamment agaçant pour déconnecter le spectateur du récit. Une volonté explicative que l’on retrouve également dans les flashbacks donnant à voir les raisons de son trauma quand l’original fonctionnait parfaitement par brèves évocations au détour d’une image fugace ou une bribe de dialogue. Les effets-spéciaux réussis des mises à mort (un des rare point à sauver du film) participent également de cette monstration significative. Mais aussi bien fignolés soient-ils, ils ne pallient jamais au manque de tension patent du métrage.
Une séquence est particulièrement représentative de l’échec global du film. Frank poursuit une jeune fille dans un parking, renvoyant à la terrifiante traque dans le métro d’une infirmière rentrant chez elle de l’original mais sans en retrouver une once de la tension qui nous étreignait alors. Puisque nous voyons par les yeux du tueur, il ne demeure plus aucun suspense quant à la potentielle survie de la victime. Planqué sous un 4×4, il sectionne le tendon d’Achille de la fille qui s’écroule, redoublant ses cris. Puis, alors qu’il abat plusieurs fois son couteau sur elle, soudain la caméra change d’angle pour nous le montrer à califourchon sur la belle, lui donnant le coup de grâce avec sur le visage une expression proche d’une forme d’extase, du moins de jouissance. Un mouvement d’appareil finalement très intéressant puisque s’exprime ainsi l’idée qu’il peut s’extraire du monstre qu’il est uniquement au moment du coup fatal. Malheureusement, cette approche originale ne débouchera sur rien par la suite et ce plan sera presque aussitôt gâché par un coup de coude absolument inepte aux cinéphiles. Alors qu’il se relève, on nous montre son reflet sur la portière d’une voiture et l’on voit alors reproduit la célébrissime affiche du film de Lustig, la main gauche tenant un scalp dégoulinant de sang, la main droite le couteau ensanglanté et le reste du corps est cadré au niveau de la taille. Un clin d’œil qui aurait pu passer s’il n’était pas aussi ostentatoire, le plan durant longuement, histoire de bien faire comprendre la référence. Seulement, cette durée excessive nous fait prendre conscience qu’Elijah Wood n’a pas la carrure de son modèle. A l’image du remake face à l’original.
Nicolas Zugasti
Maniac est sorti en salles le 02 janvier 2013
Classé dans : VIDÉO CLUB | Tags: affiche, Alexandre Aja, Alfred Hitchcock, chronique, cinéphile, cinéphiles, cinéphilie, cine, Courteney Cox, critique, David Arquette, Dewey, DVD, Fenêtre sur cour, Gale Weathers, Halloween 1, Halloween 2, Kevin Williamson, La Colline a des yeux, Marnie, Neil Marshall, Neve Campbell, parodie, pastiche, Rear Window, remake, revue, revue versus, Rob Zombie, séance, séances, Scary Movie, Scream, Scream 2, Scream 3, Scream 4, sorties, sorties ciné, Sydney Prescott, The Descent, The Devil’s Rejects, torture porn, versus.com, versusmag.fr, victime, Wes Craven

Quinze après le premier Scream lancé, Wes Craven tente de réactiver avec Scream 4 (DVD dispo depuis le 05 octobre 2011) une franchise plombée dès la première séquelle mais le réalisateur s’avère incapable d’ausculter intelligemment le genre. On peut d’emblée présumer de la faillite de l’entreprise sans avoir vu une seule image puisque la promo du DVD propose comme phrase d’accroche « 10 ans après, la peur retrouve son vrai visage ». Seulement, il y a dix ans, il était question du pitoyable Scream 3 qui se fourvoyait déjà dans une redite insensée et faussement virtuose des éléments séminaux de la saga. Pas vraiment ce que l’on peut considérer comme un modèle à reproduire ou exploiter. Pourtant, c’est précisément dans cette direction que va s’élancer Scream 4, alors qu’il y avait de quoi faire un film autrement plus passionnant.
L’idée de revisiter la franchise à l’aune de la nouvelle génération fan d’horreur et des nouveaux codes qui en ont découlé, tout en questionnant l’évolution de ses personnages emblématiques (Sydney, Gale, Dewey) était vraiment intrigante, malheureusement, sa réalisation dévoile une réflexion postmoderne pataude et complètement dépassée.
Et cela commence dès la première séquence où Craven se lance dans un peu subtil jeu de poupées gigognes voyant s’emboîter les uns dans les autres les extraits de plusieurs séquelles de Stab, la fiction dans la fiction apparue dans Scream 2 et adaptant le livre de Gale Weathers relatant les évènements du premier Scream. Une mise en abyme censée démontrer la maîtrise de Craven sur son œuvre et les interactions de sa narration mais qui ne fait que souligner sa platitude, son incapacité à se renouveler et à porter un regard pertinent sur l’évolution du genre. Parce que pour Craven, le fleuron représentatif de l’horreur actuelle se nomme Saw et ses suites et plus généralement la mouvance dit du torture porn ou les remakes de classiques du genre. Il limite d’emblée la portée de son semblant de réflexion en n’intégrant pas à son corpus des films à la violence plus malsaine et brutale comme ceux de Rob Zombie (The Devil’s Rejects, Halloween 1 et 2), The Descent de Neil Marshall ou La Colline a des yeux d’Alexandre Aja (remake enterrant l’original signé…Wes Craven), sans parler de la vague d’horreur asiatique mêlant préoccupations existentielles et une ambiance anxiogène. Au lieu de travailler le rapport de Scream avec ces films qui, eux, reviennent à une horreur plus viscérale, moins rigolarde (ou cynique), il préfère s’intéresser au tsunami post-Scream justement. Et le peu qu’il a à dire sur le genre se limite à un retour vers une horreur plus parodique et que la copie ne vaudra jamais l’original. Effectivement, cela valait le coup de revenir à Woodsboro dix ans après Scream 3.

La volonté affichée par Craven est de se livrer à un remake de Scream, il fait revenir toutes les personnes emblématiques de la franchise, des interprètes (Neve Campbell, Courteney Cox, David Arquette) à son scénariste, Kevin Williamson, et se confronte à un nouvel environnement technologique (portables, blogs, vidéos mises en ligne, facebook, etc.), soit déterminer si un tel projet est soluble ou non dans les réseaux sociaux. Mais cela n’aboutit à aucune réflexion ou du moins dramatisation de cette nouvelle donne puisque les comptes facebooks, la caméra vidéo « vissée » sur le crâne d’un des protagonistes, les sonneries anxiogènes des smartphones et tout le reste ne serviront qu’à un vague décorum presque totalement déconnecté des ramifications de l’intrigue, n’engendrant aucun nouvel enjeu, aucune nouvelle terreur. Pire, le projet du nouveau tueur au masque de pleureur de rejouer les scènes marquantes de Scream et les monter pour une diffusion sur le net ne sera que rapidement évoqué (on peut même dire carrément balancé !) dans la dernière bobine, au moment des justifications d’usage. L’intention était excellente et aurait pu déboucher sur un film qui opposerait pertinemment les générations qui se télescopent dans le film en soulignant la prégnance des images comme évolution majeure de leurs différences. Mais non, Craven en fait un slasher qui tente d’être plus malin que la moyenne en dissertant sur la nouvelle vague de l’horreur. Enfin, une partie. Pour le coup, Wes Craven a vraiment réussi son coup et livré un vrai remake de son premier film : dévitalisé, stupide dans sa surenchère et sa volonté de revisiter les éléments constitutifs de la franchise.
Et n’oublions pas d’évoquer les jumpscares d’une débilité affligeante et le personnage de Trévor qui dans le genre fausse piste que l’on charge un max pour attirer les soupçons et détourner l’attention, était plutôt gratiné, terminant de faire de Scream 4 un film aussi inepte que vain.

Finalement, ce qui effraie le plus est de voir le réalisateur se contrefoutre totalement de son sujet puisque les innombrables auto-citations transforment rapidement le film en véritable parodie digne des derniers Scary Movies. Surtout, Craven, comme Lucas avec sa saga intergalactique, semble prisonnier de la franchise qui lui a ouvert les portes de la renommée publique mais l’a dans le même temps enfermé dans un genre qu’il n’avait abordé dans les années 70 que par défaut (à l’époque l’horreur et le porno étaient les deux genres les plus accessibles aux apprentis réalisateurs sans le sou). Scream 4 pourrait être envisagé comme une mise à mort inconsciente et à laquelle le réalisateur ne peut totalement se résoudre. A ce titre, soulignons que le seul enjeu intéressant est celui consistant (pour le tueur, extension filmique de Craven) à tuer Sydney, à s’en débarrasser définitivement pour passer à autre chose. Or, cette dernière s’avère aussi increvable que la figure du mal ultime qu’est Michael Myers. Mais Craven n’aborde précisément et justement ce point que dans le climax.
Et puis, le cinéaste ne se montre capable que de figurer des amorces de réflexivité. Alors par des répliques ampoulées déclamées par Dewey, Gale et Sydney il tente de redonner une facture plus mature à son entreprise et va même jusqu’à convoquer l’ombre tutélaire du grand Hitchcock. C’est sans aucun doute cette référence qui rend l’entreprise totalement risible. Car franchement, cette tentative de faire une version de Fenêtre sur cour pour ado est complètement à côté de la plaque et s’impose de manière particulièrement pachydermique. On aperçoit ainsi un poster bien apparent du film dans la chambre de la cousine de Sydney, une inscription voyante sur le tableau derrière les geeks de seconde zone tenant le club vidéo du lycée (difficile de ne pas remarquer cette prestigieuse référence), sans parler du personnage de la blondinette nommée Marnie dans la séquence poupée russe du début, pour bien montrer que les influences sont autrement plus respectables. En tout cas, cette référence à la limite de l’ingérence donne, au final, la scène la plus intéressante du film voyant Kirby (Hayden Pannetière a bien "mûri" depuis Heroes !) et Jill observer impuissantes, à travers la fenêtre, le meurtre de leur copine dans la maison d’en face. Intéressante parce que seule Sidney réagit immédiatement en se précipitant de l’autre côté, soulignant plutôt pertinemment des modes d’action différents séparant ces générations.
Scream 4 est un ratage vraiment dommage car l’idée de ramener Sydney sur les lieux maudits de son adolescence et de la confronter à un traumatisme encore très prégnant laissait augurer d’une certaine puissance narrative. Mais Craven ne la traite que du bout de la caméra, s’activant principalement autour de la nouvelle génération (la propre cousine de Sydney – décidément, on en sortira jamais de cette famille – et ses copains). Or, c’est justement dans le traitement de ce statut de victime que le film aurait pu décoller en proposant une approche nouvelle. Mais pour ce genre de réflexion et de dramatisation inédite, mieux vaut se tourner vers le Halloween 2 de Rob Zombie dans lequel il s’intéresse aux conséquences, sur la pauvre Laurie Strode, des évènements décrits dans sa version du film de Carpenter. Mais Zombie n’a pas l’aura (surestimée) de son aîné et ce film se contentera d’une sortie DVD en catimini.
Certes, on pourra louer qu’avec Scream 4, Wes Craven démontre une fringante capacité à tourner en dérision son propre travail et le genre, mais la vision du produit fini ne fait qu’entériner le fait que Craven se moque avant tout de son public.
Nicolas Zugasti
Classé dans : PROJOS À CHAUD | Tags: Alexandre Aja, bimbo, Christopher Lloyd, Cosmopolitan, Eli Roth, Elisabeth Shue, faille, fun, gore, Gregory Levasseur, Haute Tension, horreur, implants mammaires, Joe Dante, La Colline a des yeux, lac, Lake Victoria, les dents de la mer, Mirrors, plage, poissons, relief, remake, requin, Richard Dreyfuss, Roger Corman, séquence sous-marine, Sea, sex and blood, sexe, sexy comedy, squale, Steven R. McQueen, vorace

Aïe aïe aïe !!! Cruel dilemme à l’arrivée de l’unique projection-presse du dernier film d’Alexandre Aja – remake en 3D du Piranha de Joe Dante (1978) – très attendu après le décevant Mirrors en 2008. L’attaché de presse explique calmement qu’il nous faudra choisir entre une projection de la version française en 3D ou de la version originale sous-titrée en 2D, la post-production en relief de cette dernière n’étant pas encore finalisée !
Malgré la déception de devoir se rabattre sur la VF, l’envie de se faire chatouiller le nez par ces charmants petits poissons sera trop grande pour passer à côté d’une telle expérience. Un avis partagé par beaucoup, comme en témoigne une salle quasi pleine et impatiente de découvrir le métrage. Sauf peut-être cette journaliste assise à quelques sièges de moi et qui semble avoir été entraînée de force dans l’aventure. Sans doute une représentante de Cosmopolitan, Elle ou Femme actuelle, nouvellement recrutée et qui a été chargée de visionner ce film que personne d’autre ne voulait voir. Car soyons honnêtes, Piranha 3D ne plaira qu’à une gent masculine avide de sensations fortes !

Première scène et premier fou rire contagieux parmi le public qui découvre un pêcheur noctambule s’adonnant à son hobby à bord d’une barque sur un petit lac, une bière à la main et une petite chansonnette aux bords des lèvres. Sous les traits de ce gaillard grisonnant : Richard Dreyfuss !!! L’acteur s’est de toute évidence trompé de film, et malgré son expérience lui ayant permis de triompher maintes fois du grand requin blanc, le pauvre homme finira dévoré par ces petits poissons carnivores.
L’ouverture explicite également l’origine de cette menace qui bouleversera la petite ville de Lake Victoria : un séisme déchire la croute terrestre et produit une faille désenclavant un lac sous-terrain, ce qui libère des centaines de piranhas jusqu’alors prisonniers des abîmes. Plus tard, les protagonistes apprendront qu’il s’agit d’une variété de l’espèce disparue depuis « au moins deux millions d’années », selon les dires du professeur Goodman incarné par un Christopher Lloyd cabotinant comme jamais !
Si les enjeux narratifs sont évidemment des plus basiques (des « méchants recouverts d’écaille » déciment une population qui finit par venir à bout de ces petites bestioles, non sans en avoir payé le prix fort), il n’empêche que ce type de métrage ne peut fonctionner que si les personnages sont suffisamment crédibles et/ou attachants. L’amateur d’hémoglobine ne saurait se contenter de morsures et de tripailles sans se sentir un minimum impliqué dans l’histoire qu’on lui propose.
Le spectateur croisera la route du shérif Julie Forester (Elisabeth Shue) qui tentera avec ses hommes de sauver les nombreux étudiants participant à une grande fête organisée sur les bords du lac pour le week-end de Pâques. La représentante des forces de l’ordre aura fort à faire pour s’occuper à la fois de ces jeunes débauchés insouciants – qui préfèrent continuer à danser et boire malgré l’ordre qui leur a été donné de sortir de l’eau – et de ses enfants partis naviguer sans la prévenir. Laura et Zane Forester se retrouvent piégés sur une petite île sur laquelle ils souhaitaient pêcher tandis que leur grand frère Jake (Steven R. McQueen) s’est fait engager sur le tournage d’un porno sur un bateau. L’équipe du film avait besoin d’un régisseur connaissant bien le coin afin de dénicher les endroits les plus paradisiaques de la région pour shooter ses prises. L’adolescent était en fait chargé par sa mère de garder ses petits frères et sœurs, mais qui le blâmerait d’avoir préféré admirer des nymphettes lesbiennes en pleine action à une longue journée de babysitting ?!?

Adhésion totale du spectateur à l’intrigue, d’autant que l’on prend toujours un grand plaisir à (re)voir à l’écran des acteurs aussi sympathiques que Ving Rhames ou Jerry O’Connell, avec une mention spéciale au petit cameo d’Eli Roth qui campe un érotomane excité présentant un concours de « Miss T-Shirt mouillé ». Cette compétition déplaît fortement à un petit groupe de chrétiens fondamentalistes manifestant leur opposition et suggérant la lecture de la « Sainte Bible » à ces jeunes lubriques déchaînés. Une foi qui ne parviendra malheureusement pas à les épargner du carnage, les piranhas ne faisant aucune différence entre la chair pervertie de la jeunesse et celle pieuse des contestataires. Ces derniers auraient mieux fait de rester chez eux à regarder une énième rediffusion de la série Les Routes du paradis, avec l’inénarrable Michael « Charles Ingalls » Landon !
Mais l’incontestable réussite de Piranha 3D provient de sa capacité à susciter les émotions les plus diverses et extrêmes, au point de chambouler les repères du spectateur. De véritables « montagnes russes » qui ne lui laissent aucun répit : angoisse intense lors des séquences précédant les attaques des poissons, avant que cette tension ne laisse place à l’écœurement à la vision des corps déchirés, amputés et déchiquetés ! Rien de nouveau objectera l’amateur du genre, notamment chez un Alexandre Aja d’ordinaire très généreux en effets gore (Haute tension tout particulièrement). Sauf que le réalisateur nous gratifie ici d’un humour inhabituel de sa part, désamorçant complètement l’horreur visible à l’écran mais décuplant le plaisir ressenti par le spectateur.
Un maelstrom de sensations donc, qui prend par surprise une audience le faciès encore tordu par le dégoût. Une grimace qu’un gag viendra effacer brusquement avant de replonger tout aussi brutalement dans l’horreur, alors que les sourires sont encore figés sur tous les visages. Si bien qu’il n’est pas rare de se sentir un peu honteux de rire à gorge déployée devant des plans dévoilant des corps en lambeaux (voir cette séquence où le haut de maillot de bain d’une Bimbo se dégrafe par « accident »). Dans Piranha 3D, les cris de douleur des victimes peinent à couvrir le bruit du public hilare, qui souscrit sans difficulté à l’humour quelquefois potache et nettement « en-dessous de la ceinture » du métrage.

Des jeunes filles se trémoussant sensuellement sur fond de musique techno, que la caméra filme impudiquement en opérant de gros plans sur leurs poitrines saillantes et leurs fesses généreuses ! À croquer ! Aja annonce clairement la couleur dès la première scène de la party estudiantine : Piranha 3D sera libidineux et ostentatoire dans sa volonté de faire la part belle aux chairs les plus exquises ! Dans un esprit très bis (que la VF sert parfaitement in fine), le réalisateur multiplie les idées les plus jubilatoires. Au hasard : le gag des implants mammaires, le plan en vue subjective sous-marine où une fille – le cul planté dans une bouée – ressemble étrangement à un appétissant donut fourré géant, ou encore l’ahurissant et jouissif ballet aquatique exécuté par deux hardeuses. Avec de la musique classique en guise de fond sonore, la séquence constitue un surprenant intermède narratif provoquant l’hilarité de toute la salle ! Vêtues de simples palmes, les actrices nagent ensemble selon une chorégraphie des plus érotiques, pour le plus grand plaisir de l’équipe de tournage – et des spectateurs occasionnellement.
Piranha 3D fait donc partie de la catégorie des films de pur divertissement et ne pourra s’apprécier que si l’on accepte cet état de fait. La tagline française du métrage (« Sea, sex… and Blood ») et son affiche rendant clairement hommage au film culte de Dante enfoncent le clou une fois pour toutes : il s’agit d’une série B dont l’objectif est avant tout d’en mettre plein la vue, ce qui ne signifie pas être dénué de toute dimension esthétique et formelle. Bien au contraire. Le sens de la mise en scène du réalisateur français (travail sur les cadres, mouvements de caméra, découpage des scènes d’action, etc.) contribue à transcender ce qui n’aurait pu être qu’un vulgaire « film de samedi soir » entre potes. Pour autant, le divertissement sera évidemment paroxystique s’il est partagé entre amis. L’assurance de se poiler pendant quatre vingt dix minutes. Car oui, Piranha 3D concourt bel et bien au titre du métrage le plus fun de l’année !

S’agissant de la 3D, le film nous offre quelques éclaboussures sanglantes et des effets visuels déjà vus ailleurs, ainsi que des vues subjectives des piranhas se frayant un chemin parmi les algues et les récifs. Un simple gimmick rigolo donc, mais on n’en demandait pas plus à ce nouveau Piranha. Le principe fonctionne même quand il participe d’un humour du plus mauvais goût, genre le spectateur qui essuie un jet de vomi en plein dans la tronche. Il trouve par contre sa pleine légitimité par le relief supplémentaire qu’il donne aux formes de ces demoiselles si peu farouches, renforçant ainsi un peu plus le processus d’immersion propre au medium cinématographique. Nul doute que la prochaine étape de l’exploitation du procédé se concrétisera dans le cinéma X, pour que le relief ne soit plus uniquement le fait du caleçon des spectateurs !
Fabien Le Duigou
PS : si la journaliste de Cosmopolitan n’a pas beaucoup ri pendant la projection du film, elle n’en est pas moins restée jusqu’à la fin. Bravo, chère confrère !
> Sortie en salles le 1er septembre



