C’est une série à part dans l’univers formaté de la télévision. Une œuvre inattendue, née pour de mauvaises raisons mais touchée par la grâce. Hors normes à l’époque, elle l’est encore aujourd’hui, aucune production récente ne pouvant prétendre caresser du doigt le ton si particulier qui est le sien. Une série qui s’est affranchie des carcans et des balises imposées par les annonceurs pour créer sa propre voie autant que sa voix propre sur deux-cent cinquante et un épisodes et onze années de diffusion. Une série si novatrice qu’elle créa un genre nouveau qui ne s’applique encore qu’à elle seule : la dramédie.
1970. La guerre du Viêt Nam fait rage et Nixon autorise l’incursion des troupes américaines au Cambodge pour frapper les bases de replis des troupes d’Hô Chi Minh. Dans cette période troublée, où les Etats-Unis doutent d’eux-mêmes et où la contestation contre des opérations militaires qui n’en finissent plus malgré les promesses de désengagement se multiplient, Robert Altman lâche sur les écrans l’un de ses chefs-d’œuvre, M*A*S*H. Palme d’or du festival de Cannes, quatre Oscars à la clé, cette chronique narre le quotidien tragi-comique d’une équipe de soignants officiant durant la guerre de Corée au sein du 4077e M*A*S*H. Ces toutes nouvelles unités chirurgicales mobiles, placées près du front, permettaient de soigner les traumatismes les plus graves avant d’évacuer les soldats vers les hôpitaux classiques. Une sorte de service d’urgence sous les obus. Le film remporte un large succès dans les salles mondiales. À Hollywood, qui dit succès dit pognon et qui dit pognon dit exploitation. Comment donc capitaliser sur le succès d’une tragi-comédie acerbe où des chirurgiens dans le sang jusqu’aux coudes décompressent en jouant au golf avec les trous laissés par les bombardements ennemis ? C’est le patron de la 20th Century Fox lui-même qui trouve la solution. Puisque les décors du film n’ont pas été détruits, pourquoi ne pas lancer une série télé reprenant les personnages du long-métrage que le public se fera un plaisir de retrouver sur un rythme de 26 minutes par semaine ?
Si fait, feu vert est donné et l’affaire confiée aux mains expertes de Gene Reynolds et Larry Gelbart, auteurs et producteurs chevronnés. Durant trois semaines, les deux hommes posent les bases de la série, des personnages qui la traverseront et de leurs interactions. Une bonne “comédie de situation” ne saurait en effet s’épanouir que sur des caractères forts et, surtout, antagonistes, assurant un vivier inépuisable de conflits en tous genres.
Benjamin Franklin Pierce, dit Hawkeye en référence au Dernier des Mohicans de Fenimore Cooper, sera le pivot de la série. Pas son personnage principal, concept délicat dans un “ensemble show”, plutôt son âme. Hawkeye est humaniste jusqu’à l’excès, un antimilitariste rongé par les corps mutilés des jeunes soldats qui passent tous les jours sur sa table d’opération et qui se dissimule derrière la façade d’un boute-en-train doublé d’un dragueur invétéré. Autour de lui évoluent le reste de la distribution, alliés et ennemis. Trapper John, auquel le lie une solide amitié ainsi qu’un amour immodéré pour l’alambic artisanal qu’ils ont installé sous leur tente, le Caporal Klinger, ne portant que des robes en espérant se faire réformer, Walter “Radar” O’Reilly, aide de camp débrouillard et naïf, symbole à peine dissimulé de tous ces soldats arrivés gamins et rentrés hommes à la maison, et le père Mulcahy, homme de foi et boxeur, dont les prêches du dimanche matin se font la plupart du temps devant des bancs vides. Face à eux, le duo infernal Margaret “lèvres en feu” Houlian et son amant (mal) caché le Major Frank Burns représentent toute l’idiotie de la machine militaire. Officiers de carrière, ils partagent le goût pour l’ordre et la discipline que Pierce et Trapper bafouent quotidiennement. Tout ce petit monde se déchire sous la houlette du bienveillant Colonel Henry Blake, officier gradé débonnaire à la limite de l’incompétence.
Hormis Garry Burghoff (Radar), aucun membre de l’équipe originelle ne reprend sa place, les mondes du cinéma et de la télévision étant encore à cette époque imperméables. Très tôt, pour le rôle de Hawkeye qu’ils savent prépondérant, Reynolds et Gelbart portent leur choix sur Alan Alda, habitué des plateaux et immense comédien, pour tenir le rôle. Après avoir fait connaître son intérêt pour la série sur la base du scénario du pilote, Alda laisse planer le doute avant de s’engager fermement la veille du début des répétitions. Il est difficile aujourd’hui d’imaginer ce qu’aurait été M*A*S*H sans lui. Différent au mieux, meilleur, il est permis d’en douter tant Alda, plus qu’interpréter Hawkeye, l’habite avec une intensité rare, effaçant rapidement la fine ligne qui sépare l’acteur de son personnage.
La série débute donc en 1972 et les premiers temps sont difficiles. Les audiences ne sont pas bonnes et la Fox, qui pensait tourner une série à moindres coûts, doit faire face à un Gene Reynolds résolu qui se bat âprement pour qu’elle soit tournée en pellicule, et non pas en vidéo comme il est d’usage, que le matériel adéquat (hélicoptères, ambulances) soit disponible selon les besoins et qu’un consultant médical soit présent pour superviser les scènes de bloc opératoire. Ce n’est déjà plus la sitcom envisagée, c’est une série soignée à part entière qui va rapidement prendre un virage inattendu. Alors que l’humour potache prévaut dans les premiers temps, le dix-huitième épisode “Parfois on entend le bruit de la balle” va changer la donne. Grièvement blessé, un ami d’enfance de Hawkeye meurt entre ses mains, sur la table d’opération. Un choc en forme d’avertissement pour le spectateur : on n’a pas fini de vous étonner.
Mutations
M*A*S*H va dès lors cultiver sa différence, jouer sur tous les registres, avec beaucoup d’intelligence et de sensibilité. Passer du rire aux larmes dans un même épisode, bien souvent au cours d’une même scène. Parce que les personnages sont des êtres humains placés dans des conditions inhumaines. Une mue tranquille qui ne prendra totalement forme qu’avec le remplacement de plusieurs personnages au fil des saisons.
Très proche dans la forme de Hawkeye, Trapper John quitte le navire. Il est remplacé par BJ Hunnicut. Tout jeune père, BJ est rongé par le sentiment d’avoir abandonné sa famille quand elle avait le plus besoin de lui. Au cours de la huitième saison, un épisode, “L’ennemi commun”, poussera ce sentiment au point que BJ, plus déprimé que jamais, s’écroulera moralement en apprenant que sa fille a appelé innocemment “papa” un militaire rentrant au pays. Cette dimension familiale donne au personnage une profondeur certaine ainsi qu’un regard nouveau sur les événements, au contraire d’un Pierce éternel célibataire qui peut à tout moment chercher le réconfort (sans toujours le trouver toutefois) dans les bras d’une infirmière.
En fin de quatrième saison, c’est le Colonel Blake qui tire sa révérence. Ayant accompli son “tour of duty”, Henry rentre chez lui pour retrouver femme et enfant. Les larmes de joie sont bien vite chassées par celles, plus amères, versée lors de l’épilogue. Mitraillé par l’ennemi, l’avion qui ramenait le Colonel s’est abîmé en mer, il n’y a aucun survivant. Le silence qui règne alors sur le bloc opératoire est celui de l’équipe, véritablement choquée par la nouvelle, les acteurs n’ayant été prévenus de la tournure des événements qu’au dernier moment.
Blake est remplacé par le Colonel Sherman Potter, chirurgien militaire qui a déjà couvert les deux premiers conflits mondiaux. La Corée sera sa dernière guerre avant une retraite autant méritée que redoutée. Bien que soldat de carrière (il s’est enrôlé avant d’avoir atteint sa majorité), Potter est un homme profondément bon et compréhensif. Sa nature même impose le respect aux plus réfractaires, y compris Pierce et Hunnicut qui sauront lui rendre les hommages des hommes de troupes en le saluant, une seule et unique fois, au garde-à-vous.
Sentant son personnage s’essouffler (à raison), Larry Linville décide à son tour de quitter la série et c’est Frank Burns qui quitte la scène. Il est remplacé par Charles Winchester troisième du nom, héritier d’une bonne famille de la bourgeoisie de Boston. Plus conservateur que Nixon, à l’ego surdimensionné, Winchester n’en demeure pas moins un personnage plus intéressant que son prédécesseur. Trop limité dans sa définition, Burns ne s’élevait jamais vraiment au dessus de la caricature de militaire idiot qui lui avait été assignée, représentant sans doute en cela ce que le studio avait en tête en lançant la production de la série. Winchester, lui, est plus profond. S’il reste en premier lieu une force de confrontation face aux deux carabins que sont Pierce et Hunnicut, le conservateur pur jus résistant aux assauts des libéraux rigolards, Charles le 3eme est tout à la fois capable d’un humour ravageur (il ne se gène jamais pour rendre la monnaie de leur pièce à ses deux collègues) autant que d’une compassion sincère, en totale contradiction avec son image. Esthète, Winchester fuit la guerre à sa façon, trouvant dans la musique classique le refuge que d’autres vont chercher dans l’alcool ou les amourettes de passage. De part sa complexité et son évolution, discrète mais bien réelle, Winchester s’avère l’un des personnages les plus intéressants de M*A*S*H, parce que sortant plus que les autres des carcans imposés à la création, venu sur le tard et adapté dès son apparition à une parfaite intégration dans ce que la série est devenue en quelques années.
Le Viêt Nam terminé, l’opinion publique américaine reste durablement marquée et les conséquences de cette sale guerre n’ont pas fini d’alimenter les séries télé et les films des années à venir, jusqu’à l’outrance stupidement guerrière de Rambo II en 1985.
Malgré des chiffres d’audience catastrophiques, M*A*S*H survit à ses premières années. Mais si l’action est bien située en Corée, dans l’esprit des créateurs comme des acteurs c’est bien de la jungle Vietnamienne dont il est question. Car dans le delta du Mekong comme le long du 38e parallèle, les marines qui s’en vont faire la guerre affichent le même visage acnéique d’une jeunesse américaine sacrifiée à la lutte contre le péril rouge. Le public trouve donc là un écho à ses angoisses mais la série touche aussi plus largement aux idées qui agitent alors la société (la place des femmes, le racisme, etc.), traitant chaque problématique avec intelligence et clairvoyance, refusant la facilité des réponses toutes faites, sans jamais faire l’impasse sur un humour ravageur. Car dans M*A*S*H l’humour n’est pas seulement une nécessité structurelle (faire rire le public pour qu’il revienne la semaine suivante) mais une composante primordiale de la vie du camp. Si les personnages rient, et font rire autant, c’est aussi pour supporter le ballet sans fin des hélicoptères qui déversent jour après jour leurs contingents de soldats blessés dont certains ne rentreront au pays que dans des cercueils.
Si certaines séries tendent à perdre de leur fraîcheur au fil des ans, un cycle d’usure naturelle des caractères et des ressorts dramatiques, M*A*S*H se distingue par un accroissement constant de la qualité, au fur et à mesure qu’elle ose bousculer son audience jusqu’à trouver le parfait équilibre entre rires et drames. Les acteurs s’impliquent de plus en plus dans la création, devenant à leur tour scénaristes ou réalisateurs. Les relations des personnages sont moins bouffonnes, plus humaines.
L’audience enfle de jour en jour et les qualités de la série enfin reconnues par le public comme par la critique. Au cours de sa vie, M*A*S*H sera nominée pas moins de quatre-ving dix neuf fois aux Emmy Awards ! Preuve s’il en est qu’elle aura su toucher largement et durablement son audience.
La série va durer onze ans, soit presque quatre fois plus que la guerre qu’elle est censée couvrir, et s’achève en 1983 par un épisode exceptionnel de 150 minutes.
Le finale s’ouvre sur un Pierce hospitalisé en psychiatrie, laissé aux bons soins du docteur Friedman, aperçu déjà dans plusieurs épisodes. Alors que l’on parle plus que jamais d’une paix imminente et que BJ reçoit son ordre de rapatriement, Hawkeye doit exorciser un souvenir terrible que le psychiatre ira chercher patiemment et qui nous démontre une nouvelle fois, alors qu’elle est dans sa dernière ligne droite, que M*A*S*H ne se repose pas sur ses lauriers et qu’elle ose encore secouer son public, autant qu’elle malmène ses protagonistes.
Dans la deuxième partie, la paix est déclarée ! Fin du massacre. Les derniers blessés sont évacués, les bombes se taisent et c’est au tour de la joie d’exploser. C’est aussi le moment des interrogations sur l’avenir et les perspectives de réinsertion. Potter peut enfin prendre sa retraite, Pierce ne rêve que de la vie tranquille d’un médecin de campagne… Et il y a ceux qui n’en peuvent plus, comme cette infirmière qui décide de quitter le métier, ou cette autre qui a accompagné trop de mourants et ne veut plus travailler qu’en obstétrique où elle aidera à mettre les enfants au monde. Tous vont retrouver leurs familles mais c’en est une autre qu’ils quittent alors que les tentes de la 4077e sont démontées. Des êtres soudés dans un maelström de morts, avec l’espoir ténu de se revoir au pays, un jour, peut être… La dernière image, celle que découvrent en même temps Pierce et le spectateur, une dernière fois réunis, serre le coeur. Un au-revoir mélancolique, entre le soulagement et le regret de la fin d’une époque qui aura compté.
Ce soir là, devant son écran, le public américain a répondu en masse. Près de cent-six millions de téléspectateurs ont assisté au finale, un chiffre inouï, qui reste encore aujourd’hui inégalé. Pour se faire une idée, plus récemment, la série à succès Friends n’avait mobilisé pour son dernier épisode “que” cinquante-sept millions de fans. Une très belle performance qui fait pourtant bien pâle figure en comparaison. Mais à l’heure de la multiplications des canaux, il semble aujourd’hui bien improbable qu’une série, aussi bonne soit-elle, puisse jamais atteindre ce record. Jusqu’à la dernière minute, M*A*S*H aura affirmé sa différence.
À l’aube du 10ème anniversaire du WTC, nous voici à presque 10 années de campagne télévisuelle anti-terroriste avec LA série primée en long en large et en travers pour son concept de temps réel. 8 saisons qui sont en fait 8 journées au cours desquelles les rebondissement nous mènent tambours battants de rebondissements en rebondissements au point qu’on se dit tous à la fin de chaque épisode : "Quel dur métier que celui de défenseur de l’État américain ! Tu te rends compte ?"
Certains ont loué le côté visionnaire de la série avec le fait de faire accepter au public l’idée qu’un Président pouvait être noir. Il est des hasards auxquels il faut cesser de croire. Au moment où 24 Heures Chrono récolte audiences records et abreuve le 5ème pouvoir de temps de cerveau disponible pour éduquer les bons citoyens, l’élection de Barack Obama paraît plus que programmée…
Alors bien sûr, on ne peut attribuer sa victoire électorale à la seule série, au même titre, qu’en France en 1995, Les Guignols de l’info ne furent pas les seuls responsables de l’élection de Jacques Chirac… mais l’image véhiculée dans un programme à très forte audience y contribue largement. Et les politiques ne s’y trompent pas.
Les premières diffusions de la première saison surviennent 2 mois seulement après LE drame qui changea la face du monde. Le traumatisme étant tout frais, il est très simple et à la fois très opportuniste de surfer sur la vague terroriste et plonger les 96,1% de foyers américains touchés par le réseau Fox dans une 24H dépendance. "Voyez ce qui se passe trame autour de nous et comment nous le déjouons grâce à des agents hors pairs !"
Le principe actif de la série est le temps réel affiché. Je souligne "affiché" car dans un tout autre style, le film L’Emmerdeur de Molinaro avec Lino Ventura et Jacques Brel est lui aussi en temps réel. Mais hormis Lino Ventura regardant sa montre à plusieurs reprises, pas de décompte angoissant. Aussi, les effets spéciaux tout comme les préoccupations populaires n’étant pas les mêmes en 1973 et en 2001, on pardonnera à ce bon vieux film franchouillard de n’avoir pas eu les mêmes répercussions, bien que son succès de l’époque fut somme toute honorable.
Le Berlusconisme, tout aussi choquant qu’il puisse être pour le grand public, a ceci de très attrayant qu’il permet un total contrôle de la distillation des desseins impénétrables de la raison d’Etat. Il sera donc modernisé, testé, et éprouvé. Pour le modernisme, l’incomparable machine marketing américaine s’en occupe.
Pour le test, prise de risque minimum avec l’évocation première d’un conflit lointain et avec lequel les USA comme les pays qui diffuseront ce programme n’ont aucun lien. Il ne faut pas effrayer les foyers américains plus qu’ils ne le sont déjà mais les maintenir dans un état d’alerte permanent.
Le procédé qui consiste à insuffler une idée à quelqu’un pour lui faire croire qu’il en est l’auteur est un exercice éprouvé depuis des années par la télévision, et on ne peut croire à la naïveté de producteurs aussi avisés en ce qui concerne 24 Heures Chrono. La manipulation est manifeste et fascinante tant elle est menée avec de grosses ficelles et c’est peut-être (sans doute ?) ce troublant parallèle qui tiendra nos téléspectateurs en haleine. Un peu comme une illusion au cirque lorsqu’on se dit : "si y a pas de truc, c’est génial, et s’il y en a un ça l’est encore plus".
Sous couvert d’un côté too much pleinement assumé et faisant passer la série pour une totale et pure fiction (le nombre de rebondissements au sein d’un même épisode est supérieur à ce qui peut arriver à un certain 007 dans un film de 2h), la Fox répond à ses détracteurs lui ayant imposé les quotas, qui l’accusent cette fois de réserver les rôles les plus ingrats, dénigrants et détestables aux Noirs, en plaçant un homme de couleur aux plus hautes fonctions de l’état. Visionnaire ? Aujourd’hui c’est une femme… en prévision de l’élection de Sarah Palin ou d’Hillary Clinton (à laquelle Mme la Présidente dans la fiction concernée ressemble étrangement) ?
Pur hasard diront certains. Les concepteurs de la série surferaient ainsi sur la tendance – et il s’avère que cela tombe bien. Hum. À la place des scénaristes et producteurs, je jouerais au loto, alors…
Et ça donne de la crédibilité et une terrible force de persuasion à un programme de réalité-burlesque, à une chaîne et à un réseau de TV surpuissant. Voici donc le concept éprouvé : Satellite Award de la meilleure série dramatique en 2001.
D’année en année, de saison en saison, les aventures de Jack se gobent au gré des craintes politiques des USA. Le Moyen-Orient cristallise toutes les peurs depuis qu’on a découvert l’Axe du Mal ? Voici un thème tout trouvé et qui tiendra notre public pour la saison 2. Vous vous rappelez de la psychose de l’arme bactériologique ? Et hop voici la saison 3. La Chine arrive économiquement à grands pas ? Quelle belles saisons 4 et 5 ! Quoi ?! On a perdu un peu de saveur ? C’est parce que c’était trop loin. Oui, rappelons que c’est sur notre sol que nous sommes à chaque fois (Pearl Harbour, WTC) très, trop, vulnérables. Allez, saison 6 à domicile !
Saison 3 : arme bactériologique.
Saison 5 et début de la saison 6 : Jack Bauer kidnappé par la Chine.
Pendant ce temps, dans la vraie vie, des soldats américains se font épingler pour des "manquements comportementaux" en Afghanistan, en Irak, et à Guantanamo. Bon, un peu d’auto-critique du système fera le plus grand bien et montrera la série sous un jour contestataire. Mais pas trop ! Début de la saison 7. Ensuite on file, dans des États imaginaires car il faut, diplomatiquement parlant, arrêter de froisser la susceptibilité des vrais émissaires des différents pays incriminés dans les saisons précédentes. Le pays imaginaire sera donc le Juma pour le reste de la saison 7. On y développera et critiquera les relations avec des sociétés américaines de mercenaires qui veulent accroître leur influence. À qui fait-on allusion, là ? Non il n’y a pas de changement éditorial, ni de réelle volonté de dénoncer ces multinationales qui perdurent depuis des années en Afrique en écoulant beaucoup d’armes et un peu de nourriture. Juste une nouvelle hypocrisie à demi-voilée pour pointer des vérités dont tout le monde se fout au fond. Alors de qui parle-t-on ? Monsanto ? Texaco ? Lockheed ? Non, ne nous emballons pas, tout ceci n’est que fiction ne l’oublions pas. Nous parlons de Jack Bauer, alias superman pas déguisé (exit le folklore des années sixties/seventies/eighties, place au réalisme) qui défend l’Amérique et le monde contre les attaque-minutes contre nos belles démocraties, et ceci est minuté en temps réel pour que vous vous rendiez compte de l’ampleur de la tâche qui incombe à nos agents… dans la réalité… mais c’est une fiction… qui joue sur le réalisme… Hop, vendu !
2007 : Screen Actors Guild Award de la meilleure équipe de cascadeurs dans une série.
2008 : élection de Barack Obama. Une réalité issue de la fiction ? Pour vérifier, le Chef de l’État est désormais et bientôt une femme. C’est vraiment rétrograde de ne pouvoir accepter l’idée qu’une femme puisse être Président des Etats-Unis d’Amérique…
Saison 7 : trafic d’armes et SMP en Afrique, des mercenaires contre la Maison Blanche, et le Président des États-Unis est une femme.
24 Heures Chrono recyclé en madame Irma ? Non c’est plus fin que cela. LA recette c’est : des pronostics et de l’espoir. Le terreau de la spéculation. L’esprit même des USA. Yes we can ! Le pari commun : dans la joie face au danger. Saison 8, nouvelle mission : on garde bien la maison et on protège le monde face à notre nouveau pays fictif : le Kamistan qui a cherché à se procurer l’arme nucléaire. Visionnaire, non ?
Et les producteurs et la chaîne se félicitent de contribuer involontairement au changement positif de leur société, car leur vrai métier c’est l’entertainment, donc si cette corrélation est avérée, elle est vraiment inespérée. L’entertainment, dont la traduction est divertissement. Divertir c’est amuser, changer les idées. Même famille que diversion. Dont le Larousse nous dit :
"diversion nom féminin
(bas latin diversio, -onis, de divertere, détourner) Manœuvre ou procédé visant à attirer l’adversaire vers une zone ou un point différent de celui sur lequel on compte attaquer : Opérer une diversion.
Événement, action qui amène quelqu’un à détourner son attention d’une tâche, d’un souci : Une agréable diversion à son ennui."
Alors oui ! Tout le cinéma et la télévision sont de l’entertainment et on ne peut taxer ainsi toute cette industrie sans se couvrir de ridicule. Mais on ne parle ici QUE de 24 Heures Chrono et bien que « Les personnages et les situations de ce récit étant purement fictifs, toute ressemblance avec des personnes ou des situations existantes ou ayant existé ne saurait être que fortuite », on se demande bien quel est le réel intérêt d’une chaîne de télévision passée n° 1 devant CBS à mettre en avant une série qui pourrait soulever des questions dérangeantes sur les liens entre le pouvoir et les milieux économiques. L’attrait du scoop si jamais il peut en ressortir un ? Butin trop insignifiant pour des gens sous la houlette de Rupert Murdoch, 17ème homme le plus riche des USA selon le magazine Forbes, et propriétaire des plus puissants organes de presse spécialistes du scoop (Wall Street Journal, New York Post aux USA, Daily Telegraph en Angleterre, The Herald et The Australian en Australie entre autres). S’attirer la sympathie du public pour contre-balancer le poids du pouvoir en ses murs ? Risqué quand on connaît les relations plus qu’étroites qu’entretient M. Murdoch avec TOUS les Présidents des USA depuis Truman.
Parce que la Fox c’est tout de même Santa Barbara, Le Cosby Show, 21 Jumpstreet, Beverly Hills, Les Simpson, X-Files, et des concepts d’émissions de télé-réalité mondialement dupliqués tels "Qui veut épouser un millionnaire ?", "L’Ile de la tentation", "Joe le Millionnaire", "American Idol"… du haut de gamme en temps de cerveaux disponible ! Et tout cela sans jamais se mêler du pouvoir. Ce n’est que de la fiction ne l’oublions pas… Faire croire aux téléspectateurs qu’ils sont désormais dans le vrai. Au coeur du pouvoir. Qu’on leur montre la vérité. Une vérité romancée. Si ça doit péter à nouveau vous serez au courant à la minute près sur Fox à 20h40 ! Ne manquez pas cet épisode de 24 Heures Chrono !
Alors à qui profite cette série culte ? Au public ? À la chaîne qui en tire des audiences folles depuis neuf ans ? Aux producteurs ? Ou à quelqu’autre personne ou organisation voire mode de pensée ?
Son schéma manichéen opposant systématiquement l’occident au reste du monde assoit une effrayante vision pessimiste de l’avenir. L’accélération et la récurrence chronologique du risque étranger exacerbe et cristallise les peurs, tout comme il pousse insidieusement au nationalisme et au protectionnisme.
En celà, la série pourrait alors constituer (mais ce ne serait pas la seule…) un formidable outil moderne de recrutement détourné. 24 Heures Chrono continue, c’est certain, de servir l’idée qu’on défend et répand les valeurs de la démocratie par les armes. Pas étonnant de la part d’un pays dont le passe temps préféré est d’envoyer sa jeunesse guerroyer.
Alors on recrute ! Et aujourd’hui vous pouvez aussi être un soldat sans effets spéciaux, en chemise-cravate, invité à prendre le petit déjeuner dans le bureau ovale pour déjouer les innombrables complots contre les USA car la guerre est l’affaire de tous, du plus haut dignitaire de l’état au trouffion dévoué venu du Wisconsin.
Qu’est-ce qui dérangerait, au fond, dans cette vision ?
Assurément le côté "visionnaire". Parce que si l’on recrute avec le concours des médias et avec autant d’artifices rendus si soigneusement acceptables et éducatifs pour la pensée, cela signifie qu’il y aura encore la guerre. Chaque Président américain, blanc, noir ou femme, a droit à la sienne.
Propagande minute après minute on Fox TV ? Pas si parano, après tout. 24 Heures Chrono : la plus grande saga prémonitoire publicitaire pour le pouvoir étasunien jamais vue. Primée partout et par tous. Invraisemblable mais potentiellement vrai.
Jocelyn Demoniere
> Lire aussi notre dossier sur "le 11 septembre à l’écran" (dont l’article "Tous à la foi !") dans Versus n° 10, toujours disponible (extraits en *.pdf à télécharger ici).
> La série 24 Heures Chrono est disponible en Blu-ray (éditeur : 20th Century Fox) depuis le 03 décembre 2010.
(N.B. : pour information – référé par Wikipédia -, selon l’hebdomadaire L’Express, la série pointait les dérapages de la politique américaine et la proximité entre le pouvoir et les milieux économiques. Tiens donc.)
24 Heures Chrono, teaser/trailer officiel de la 8ème et dernière saison
Lorsque la Warner décide d’abandonner la production de la série hebdomadaire V, elle laisse sur le carreau des millions de fans. En effet, même si la série n’est objectivement pas au niveau de qualité des deux téléfilms de luxe qui font sa base, elle possède néanmoins un attrait ludique qui satisfait sans problème ses spectateurs encore nombreux. Un abandon sans justification réelle sur laquelle Warner ne reviendra pas malgré la mobilisation véhémente des fans les plus endurcis. Il est souvent arrivé que les chaînes, submergées par les nombreux courriers de mécontentement, fassent marche arrière et sauvent des œuvres appelées à disparaître. Mais pour V, point de salut et c’est sur un cliffhanger que se termine la saga des lézards venus vider la belle bleue de ses ressources naturelles et de ses habitants.
Très rapidement cependant, Kenneth Johnson, créateur et réalisateur du premier téléfilm, fait connaître son envie de reprendre l’aventure là où il l’avait laissée malgré lui, une volonté qui redonne aux fans du monde entier l’espoir qu’un jour enfin l’histoire connaisse un dénouement digne de ce nom.
Si l’éventualité de cette suite directe (toujours plus ou moins en projet) est séduisante, assez rapidement l’on parle d’une reprise de la série. Mais plus vraiment d’une continuité, peut-être une nouvelle vision des événements. À l’époque, le terme de "reboot" n’est pas encore en vogue mais les prémices sont là et, à l’image du Prisonnier, V se transforme en serpent de mer, apparaissant et disparaissant au gré des envies des uns et des autres mais jamais vraiment de façon formelle.
Puis c’est ABC qui dégaine et annonce : V revient, enfin, officiellement, pour une nouvelle série hebdomadaire. Mais plus de Mike Donovan et de Julie Parrish aux prises avec la redoutable Diana, magnifique garce en chef des lézards-nazis en uniformes cintrés. En plein marasme cathodique où la télévision, après des années de créativité faste, se cherche une nouvelle identité et de nouveaux héros, la tentation du flash-back est dans tous les esprits. C’est le moment où déjà les nouveautés – risquées et balayées au bout de deux épisodes si elles n’ont pas accroché leurs quelques millions de spectateurs requis – sont délaissées au profit du revival de quelques grands titres des années 80 : K2000, Bionic Woman…
En comptant sur le capital sympathie laissé dans les esprits des téléphages d’hier devenus les consommateurs d’aujourd’hui, les décideurs des grands networks espèrent reconquérir une audience dispersée entre internet et jeux vidéo.
Le nouveau V sera un remake, avec des personnages nouveaux dans un contexte radicalement différent. Pour les envahisseurs comme pour les autres, le 11 septembre est passé par là et le monde a changé.
Cette nouvelle mouture est confiée aux bons soins de Scott Peters, scénariste et co-créateur des 4400, autre série de science-fiction qui a duré quatre ans. Le bonhomme n’est donc pas un nouveau venu dans le genre, même si après un bon départ sa série précédente s’enlisait quelque peu, ne laissant au final que le souvenir d’une œuvre pas désagréable mais pas transcendante non plus. Rien d’assez grave cependant pour effrayer un parterre de connaisseurs déjà suffisamment agacé par l’absence de "ses" héros.
La production trouvera tout de même le moyen d’inquiéter sa future audience en essayant purement et simplement de rayer Kenneth Johnson du générique, prétextant que sur un thème commun et surexploité les deux séries possédaient assez de différences pour qu’il ne soit plus fait référence à son créateur. Mais les fans ont cela d’excessif qu’ils connaissent de leurs œuvres phares les moindres recoins, les moindres participants, et "virer" symboliquement Johnson résonnait déjà pour beaucoup comme une déclaration de guerre. Du passé faisons table rase, certainement pas !
ABC recule, Johnson retrouve sa place au générique, quand bien même la créature n’aurait plus qu’un lointain cousinage avec son aînée.
Nouveau coup de tonnerre, la chaîne annonce que quatre épisodes seulement seront diffusés dans un premier temps, au cours du mois de novembre, et que selon les résultats enregistrés une suite serait proposée au cours de l’année suivante.
Par un beau matin, alors que l’agent du FBI Erica Evans s’inquiète de son adolescent de fils qui a fait le mur, de gigantesques soucoupes volantes font leur apparition dans le ciel de vingt-neuf capitales à travers le monde.
Alors qu’un vent de panique commence à balayer les rues (l’arrivée impromptue des vaisseaux spatiaux faisant incidemment se crasher un jet de l’armée de l’air au milieu des badauds ébahis), apparaît le visage rassurant, tout à fait humain et plutôt joli, d’Anna, la visiteuse en chef (Morena Baccarin), se voulant rassurante. Les visiteurs débarqués de nulle part sans un bruit sont bien entendus des amis venus en paix pour demander de l’aide à l’Humanité. En échange, et dans un esprit de réciprocité coopérative, les nouveaux venus sont bien sûr prêts à partager leur savoir technologique et médical sans équivalent.
Mais l’enquête menée par Erica, sur des groupes terroristes domestiques, l’amène bientôt à découvrir que les visiteurs sont présents sur terre depuis bien des années et que, patiemment, ils ont infiltré tous les rouages de la société afin de préparer leur arrivée. Avec sans doute une idée derrière la tête.
On aimerait aimer cette nouvelle version de V. Ou même la détester. Au moins on aurait l’impression de ressentir quelque chose pour des personnages et des événements qui s’enchaînent sans jamais provoquer chez le spectateur autre chose qu’un ennui poli. À l’instar des 4400 qui souffrai(en)t des mêmes défauts, V se suit d’un œil tranquille sans parvenir à scotcher le spectateur à son écran. Si l’actualisation n’est pas ratée à proprement parler et brasse les thématiques auxquelles l’on pouvait s’attendre (terrorisme, paranoïa) l’ensemble paraît si terne et fadasse que même le cliffhanger clôturant chaque épisode retombe à plat. Les personnages, souvent sans épaisseur (la mère célibataire en conflit avec son fils, le prêtre qui s’interroge sur sa foi) ne parviennent jamais à susciter la sympathie, certains étant tout simplement irritants, à l’image du fils ado-rebelz à mèche Zacheffronnesque tellement obnubilé par les visiteurs qu’il craque au premier regard pour une jolie visiteuse blonde aux yeux de biche. Ou Twilight avec des lézards masqués en guise de vampires abstinents.
Comble du comble, les visiteurs eux-mêmes ont perdu de leur superbe. Adieu les jolis uniformes, réminiscence d’un passé peu glorieux, bonjour les tailleurs stricts, les costard-cravates et les intérieurs de vaisseaux aussi délirants qu’une agence du Crédit Mutuel. Car à moins que Scott Peters, faisant preuve alors d’un humour noir qui ne lui est pas coutumier, n’ait voulu disserter à sa façon sur la crise financière, ses extra-terrestres manquent singulièrement de piquant, à l’image du reste.
Techniquement irréprochable, cohérent dans ses idées et leur mise en œuvre, V nouvelle version ne laisse aucune trace dans la mémoire du téléspectateur qui en a vu (beaucoup) d’autres. En vingt ans la télévision a changé, le public nourri aux productions du câble est devenu plus exigeant et il en faut plus que ça pour le surprendre.
Alors que chacun attend plus ou moins la suite selon son degré de tolérance et de curiosité, il est peut-être rassurant de savoir que le poste de showrunner a été confié à un autre Scott, Rosenbaum, scénariste ayant œuvré entre autres sur The Shield. On peut donc espérer qu’il secoue un peu tout ce petit monde ronronnant et ramène véritablement V sur le devant de la scène, là où la mémoire collective l’a à tout jamais installée un beau soir de 1982.
Julien Taillard
> la diffusion de cette série est prévue vers le dernier trimestre 2010 en Europe.
Quand la chaîne du câble américain AMC annonça voilà quelques temps déjà qu’elle lançait très officiellement un remake télévisuel du Prisonnier, série phare de la fin des années soixante pour laquelle le terme « culte » semble avoir été créé, on put lire ça et là deux types de réactions. Tout d’abord celle d’un public lambda n’ayant pas vu la série originelle, donc peu ou pas marqué par la saga. Ces spectateurs-là s’en foutaient un peu, attendant sans engouement particulier de voir ce qu’on allait leur offrir. Et il y eut la réaction des fans, des connaisseurs, des amoureux, ceux pour qui les dix-sept épisodes de l’œuvre matricielle forment un monument intouchable et indépassable. Voulue, créée, produite, scénarisée et réalisée en grande partie par Patrick McGoohan, alors mondialement connu pour son rôle de l’agent secret John Drake dans la série Destination Danger et qui s’adjugea au passage le rôle-titre, Le Prisonnier est forcément une œuvre à part.
Après les nombreuses rumeurs au cours des années passées sur la possible adaptation de la série sur grand écran (1), le serpent de mer cinématographique prenait finalement son essor sur l’étrange lucarne qui hante nos salons. Puis arrivèrent les premières informations : la série ne reprendrait pas le décor de l’original, préférant un nouvel environnement à la surexploitation d’un lieu devenu mythique (2), le numéro 2 serait le même tout au long de la série alors que ce rôle très symbolique se voyait incarné par un nouvel acteur à chaque épisode.
D’ailleurs cette nouvelle version n’en comptera que six, épisodes, rejoignant en cela la volonté première de McGoohan qui dut « rallonger » son œuvre plus qu’il ne le voulait afin d’en faciliter la vente (et donc la production même) aux Etats-Unis.
Des marques importantes de respect, une nouvelle vision et non une basse copie mercantile et servile, une actualisation d’un feuilleton qui fut en avance sur tout le monde.
Et puis avouons-le, lorsque l’on apprend qu’en plus l’unique numéro 2 sera joué par le grand Ian McKellen, quand même, on se dit que ça a de la gueule et ça rassure.
La série fut diffusée sur trois soirées à raison de deux épisodes par jour. Une « salve » du genre à marquer le coup et à attirer les spectateurs potentiels qu’il faut bien pouvoir arracher à leurs shows habituels. Le Prisonnier possède comme toute grande œuvre un rayonnement que les années n’ont pas su entamer et les plus réfractaires comme les plus curieux ne purent facilement résister à l’envie de voir enfin ce qu’allait apporter cette nouvelle vision en dehors du rôdeur – la grosse boule blanche – aperçue dans la longue-bande annonce afin de tranquilliser tout le monde.
Un homme (Jim Caviezel) se réveille dans un désert de dunes. Il y découvre « le village », une cité où les habitants se désignent par des numéros au lieu de noms et vivent sous l’autorité bienveillante du numéro 2. Comment est-il arrivé là ? Il l’ignore et découvre que partir ne sera pas facile, personne autour de lui ne semblant croire qu’il puisse exister un « ailleurs ». Bien décidé à s’enfuir, le nouveau numéro 6 va se lancer dans une bataille pour retrouver l’existence qui était la sienne, ce qui l’amènera à découvrir le secret de ce lieu étrange.
Si le résumé de cette nouvelle version sonne comme l’exact reflet de son modèle, autant vous avertir tout de suite que la comparaison s’arrêtera là et que quelques minutes suffiront pour vous convaincre qu’un bon sujet sans vision solide derrière n’amène qu’à la déception. Car cePrisonnier 2009 n’est que cela au final, une déception amère – encore que pas tout à fait surprenante – au regard des moyens déployés.
Le village ressemble à une station balnéaire figée dans les années 50 sans qu’il n’apporte un supplément d’âme, les personnages sont creux, souffrant d’un manque de caractère flagrant. Au premier rang desquels nul autre que le héros, numéro 6, partagé sans cesse entre ce qu’il doit faire, se laissant plus porter par les événements que prêt à se retrousser les manches pour se sortir de là. Même le numéro 2 laisse un certain goût d’inachevé tant il ne semble pas faire grand chose à part se balader en costume blanc. Un super méchant ramené à l’état de « El gringo », on a connu plus ambitieux.
Ajoutez à cela une forme aussi languissante et mal maîtrisée que le fond (les enchaînements de scènes laissent parfois à penser que le monteur devait travailler sous l’influence de substances illicites) et vous obtenez ce que beaucoup attendaient et/ou redoutaient : un effroyable ratage, un enterrement grand luxe pour un projet qui partait avec une montagne trop haute à escalader. La décence, le devoir de réserve ainsi qu’une certaine honnêteté nous obligent à passer sous silence la résolution du tout, volontairement alambiquée mais fumeuse à laquelle le spectateur déjà à moitié endormi par les cinq heures et demie précédentes ne prêtera que peu d’attention. Là où McGoohan jouait avec les attentes de ses spectateurs et transformait son travail en "énigme allégorique" inscrivant la série dans les annales de la télévision autant que dans les consciences, cette nouvelle version ne se hissera jamais qu’au niveau d’un Lost ou d’un Prison Break, deux plaisirs coupables dont plus personne ne parlera quand ils auront disparu des écrans.
Car qu’on le veuille ou non, chaque image, chaque action, chaque faux pas de la copie est inconsciemment comparé à l’excellence de son modèle, une œuvre si forte qu’elle reste une référence incontournable quarante-deux ans après sa création.
Bonjour chez vous.
(1) Suite à leur collaboration fructueuse sur Braveheart, Patrick McGoohan soutint la mise en chantier d’une version avec Mel Gibson dans le rôle-titre.
(2) La ville de Portmeirion qui servit au tournage existe bel et bien sur les côtes du Pays de Galles > http://www.portmeirion-village.com/