Classé dans : DES FILMS & DÉBATS, Festival de Cannes 2011 | Tags: Alice Cooper, ARP Sélection, bande annonce, bisons, Cannes, chasseur de nazis, Cheyenne, cinéma, Compétition Officielle, David Byrne, David Lynch, dépression, Etats-Unis, expérimentation, hard-rock, Harry Dean Stanton, Heinz Lieven, humour, interprétation, Into the Wild, Irlande, italien, Joyce Von Patten, Lemeunier, oies, Paolo Sorrentino, revue, Robert Smith, rock-star, sélection officielle, Sean Penn, star system, Talking Heads, Versus

S’il vous plaît, ne vous arrêtez pas uniquement sur le look de Sean Penn dans This Must Be the Place de Paolo Sorrentino. Et pourtant, voilà une belle performance : la coiffure à la Alice Cooper ou Robert Smith, le visage fardé avec fond de teint et rouge à lèvres, les ongles (mains et pieds) peints, la démarche mesurée, la petite valise à roulettes, la voix au ralenti, tout ne pourrait sentir que le surjeu et la course aux Oscars. Pourtant, du fond de ce personnage calibré et typé (“la rock ‘n’ roll star”), Sean Penn fait un numéro d’acteur éblouissant. Rien à voir avec sa coiffure, sa démarche, sa voix, tout cela est requis par Cheyenne, ce drôle de bonhomme qui a quitté le star system il y a vingt ans et s’est retiré en Irlande. Non, ne regardez que ses yeux, les yeux bleus de Sean Penn : ce sont ceux d’un enfant perdu dans un corps adulte, d’un pauvre gamin qui se cherche encore, à plus de cinquante ans, et ne s’est pas trouvé.
Sorrentino a scindé son film en deux : la première partie irlandaise, amusante et désespérée, dans laquelle Cheyenne traîne son ennui. Puis la seconde, américaine, qui prend les allures d’un road movie initiatique, nourrie de rencontres comme l’était Into the Wild du même Sean Penn.
Pourquoi This Must Be the Place mérite-t-il un large détour ? Sans doute moins pour son scénario (somme toute du déjà vu) que pour son interprétation (et pas seulement Sean Penn), ses façons de s’attarder sur un détail, une rencontre, du superflu. On disait de Hawks qu’il plaçait toujours sa caméra à hauteur d’homme. Dans ce film, Sorrentino mérite le même compliment.

Comment remplir les vides avec du plein ? Je crois que le cinéaste italien ne se pose même pas la question. Il suit tout simplement ses envies. Ainsi le formidable moment où Cheyenne suit à New York un concert de David Byrne, l’ex-leader des Talking Heads auxquels le film emprunte le titre d’une des chansons, puis discute un moment avec lui. Ou l’histoire de l’invention de la valise à roulettes par le génial Harry Dean Stanton.
On peut reprocher à Sorrentino de vouloir faire trop d’esthétisme, un peu à la David Lynch. De placer dans ses plans des éléments incongrus, telle l’oie dans la maison de Joyce Van Patten ou le bison qui apparaît dans le cadre d’une fenêtre. Ce qui pourrait passer pour du maniérisme, ainsi que quelques maladresses (mineures), font tout le sel de This Must Be the Place.
Curieusement, le film déborde de gentillesse : la rock star n’est pas teigneuse ni le mec tatoué rencontré dans un bar ni celui qui propose à Sean Penn une cigarette ni celui qui le conseille sur l’achat d’une arme, etc. Comment décrire un monde méchant quand on sait que Penn est parti à la recherche du Mal suprême, un nazi ? L’interprétation de ce dernier par Heinz Lieven est étonnante, engendrant tout à la fois dégoût et pitié.
Projeté à Cannes lors du dernier festival, This Must Be the Place n’a pas été spécialement remarqué et c’est dommage. Ce mélange d’humour et de dépression va peut-être, c’est à espérer, trouver son public dans les salles. Là où doit être sa place !
Jean-Charles Lemeunier
Film sorti en salles en France le 24 août 2011
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Classé dans : DES FILMS & DÉBATS, Festival de Cannes 2011 | Tags: A vif, américain, Cannes 2011, castor, Complexe du castor, Dans la peau de John Malkovich, dépression, déprime, Eternal Sunshine of the Spotless Mind, famille, Hors de Contrôle, hors-compétition, Jodie Foster, Kyle Killen, Maverick, Mel Gibson, Michel Gondry, Neil Jordan, Passion du Christ, psychanalyse, psychologie, Spike Jonze, star trek, Steve Golin, The Beaver, Winter's Bone

Difficile d’être crédible quand on est une peluche de castor et qu’on a « le bras d’un quinqua dans le derrière » comme le souligne elle-même la marionnette par la voix de Walter Black, lors d’une présentation aux salariés de l’entreprise JerryCo. Difficile, pour un film, d’être légitime avec un scénario qui joue aussi explicitement sur un argument a priori grotesque, celui d’un père de famille dépressif qui trouve, via une peluche de castor attachée à son bras, une manière de dépasser son blocage psychologique et de recommencer à vivre. Rapidement dépassé par son alter ego, Walter ne s’exprime bientôt plus qu’à travers le castor (tout simplement appelé « the beaver », le castor en V.O.), au risque de disparaître totalement derrière l’animal de pacotille, et de voir le long-métrage s’écrouler sous le poids de la surenchère psychanalytique.
Et pourtant, Jodie Foster réussit son coup. Avec élégance, style et intelligence – en somme, avec une conjugaison de qualités qui lui ressemblent. Légèrement secouée par la planète cinéma après son rôle ambigu dans le très conservateur A vif de Neil Jordan, l’actrice-réalisatrice a insisté auprès du producteur Steve Golin pour avoir une chance de mettre en scène le scénario improbable de Kyle Killen, d’autant plus improbable qu’elle décidait en parallèle de proposer le rôle principal à Mel Gibson, son partenaire dans Maverick, quasi has been d’Hollywood et persona non grata pour les raisons que l’on connaît bien. Le réalisateur d’une Passion du Christ sanglante et idéologiquement discutée, projeté devant la caméra pour la seconde fois après Hors de contrôle après plusieurs années de disette, avec une peluche de rongeur collée à la main censée parler à sa place pour sublimer sa tendance dépressive ? Ce n’était pas gagné d’avance. Mais Steve Golin a l’habitude des projets risqués : il a permis à Spike Jonze et Michel Gondry de réaliser respectivement Dans la peau de John Malkovich et Eternal Sunshine of the Spotless Mind, deux créations folles extraites des cerveaux dérangés d’artistes incontrôlables. Heureusement qu’il existe encore quelques producteurs audacieux.

Le Complexe du castor n’a pas non plus la gouache des deux films cités, et sa mise en scène, proprette, reste assez consensuelle pour satisfaire le plus grand nombre. Mais Foster parvient à transcender complètement son sujet lorsqu’elle explore l’impact du comportement paternel sur les membres de sa famille, ce qui lui permet de dresser partout des miroirs sociaux pénétrants. Le meilleur exemple est celui du fils, Porter (incarné par Anton Yelchin, le Tchekhov de Star Trek version J.J. Abrams), adolescent rebelle dont l’unique but dans l’existence est précisément de ne pas ressembler à son père, de n’être pas le miroir de son comportement dépressif chronique. Dans l’antre qui lui sert de chambre, Porter étale une série de Post-it où sont indiqués tous les défauts qu’il estime avoir hérité de son géniteur, et qu’il lui faut apprendre à gommer. Cet ado hypra-complexé, qui use de son intelligence empathique pour rédiger les devoirs de ses camarades de classe contre rétribution financière, rejette complètement la nouvelle lubie du père, certainement parce que celle-ci lui ressemble encore terriblement : quand Walter parle par le biais d’une peluche, Porter s’exprime à travers les travaux de ses amis, plongeant pour cela dans leur personnalité comme on endosse un costume de scène. Le parcours du père et du fils sont suffisamment parallèles pour que Walter travaille à libérer son intériorité en l’extériorisant grâce au castor, quand Porter se projette dans l’esprit de la jolie Norah (Jennifer Lawrence, vue dans Winter’s Bone) pour la pousser à exprimer son talent artistique, et débloquer ainsi sa propre psyché.

Malgré tout, un tel récit risquerait vite de tourner en rond si la réalisatrice, qui incarne également la femme de Walter, ne jonglait efficacement avec les tonalités pour passer du comique de la parole (l’accent cockney prononcé du castor est un spectacle en soi) à la gravité de la situation psychologique de Walter. Lorsque Meredith, sa femme, tente de défaire le couple homme / marionnette, estimant que la thérapie est terminée, Walter replonge immédiatement dans un profond marasme, révélant l’ampleur d’un mal jusque là joyeusement dissimulé sous le vernis du divertissement. La peluche se gonfle dès lors d’une importance toute angoissante, et bientôt ne provoque plus vraiment le rire. Roublarde, Foster ose l’isolement du castor dans le cadre : passant dans une émission de télévision avec sa marionnette, Walter se voit relégué hors-champ au profit de l’animal, pris en gros plan, comme s’il s’animait d’une vie propre plus inquiétante qu’amusante. On peut regretter que, malgré un dénouement surprenant, la réalisatrice n’ose pas le grotesque jusqu’au-boutiste en détachant la marionnette du manipulateur pour lui injecter la vie, ce qui aurait été le paroxysme du dédoublement de personnalité. A défaut, la conclusion du Complexe du castor reste très séduisante et plutôt juste.
Eric Nuevo
Présenté au festival de Cannes en sélection officielle, hors-compétition
Sortie en salles le 25 mai 2011
Classé dans : Festival de Cannes 2011 | Tags: Antarès, Antichrist, Armageddon, Cannes 2011, Charlotte Gainsbourg, Coppola, danois, Dracula, fin du monde, Kiefer Sutherland, Kirsten Dunst, Lars Von Trier, maladie, mélancolie, Melancholia, nihilisme, planète, polémique, surréalisme, Terre, trajectoire, Tristan & Iseult, Tristan und Isolde, Wagner

Indépendamment de la polémique qui a fait suite, à raison, aux propos prononcés par Lars Von Trier lors de la conférence de presse de son film, Melancholia est une œuvre fascinante, hermétique et irréelle, qui délivre d’autant moins ses secrets que la personnalité de son auteur est impénétrable. Derrière ce titre mystérieux, parmi les plus beaux de cette édition cannoise, se cache une petite planète que sa trajectoire doit mener tout droit sur la Terre, menaçant la race humaine d’extinction. C’est donc un récit de fin du monde que nous propose le cinéaste danois, mais très loin d’Armageddon et de ses dérivés apocalyptiques. Une fin du monde en chambre, plutôt.
Le découpage académique du récit, en deux parties soulignées par des cartons (du nom des deux sœurs héroïnes, Justine et Claire), contredit d’entrée une séquence introductive fantasmatique : une dizaine de minutes projetées au ralenti, dans une ambiance gothique qui évoque brièvement l’atmosphère du Dracula de Coppola, une touche de surréalisme en plus. Ces quelques minutes sont parmi les plus marquantes du festival. Elles voient se succéder des images de Justine (Kirsten Dunst) en robe de mariée, étrangement flottante, d’un puissant cheval pris dans le mouvement, de lunes multiples projetant leurs ombres mystiques, jusqu’au paroxysme qui voit la planète Melancholia s’écraser sur notre monde. Von Trier nous avait déjà servi une séquence du même type dans Antichrist, mais la puissance émotionnelle déployée ici, au son de l’ouverture de Tristan und Isolde de Wagner, est sans commune mesure. Impossible de rester insensible à ces images-là. Impossible de ne pas les aimer ou les détester. Le reste du long-métrage est à leur mesure : il raconte la même histoire diluée dans le temps, étirée à l’extrême vers l’errance mentale d’un côté, la résignation mortifère de l’autre.

La question c’est : que raconter dans Melancholia après cette introduction en forme de synthèse ? Comment diluer en une longue élégie de deux heures une affaire qui se résume à un merveilleux prologue ? Comment dire cette sensation d’apesanteur des corps, cette obturation de l’esprit qui se refuse à voir la destruction en approche, cette indélicatesse d’une caméra qui veut capter les refoulements intimes des membres d’une même famille, sinon par l’abstraction ? Réponse : en amollissant les corps comme Dali amollissait les montres, c’est-à-dire en modifiant leur composition structurelle profonde tout au long d’une trajectoire tant physique que morale. Le corps – en particulier celui de Justine, qui fait l’objet de la première partie – et l’esprit ne font qu’un : la mélancolie qui emplit Justine agit sur son organisme qu’elle ne contrôle plus, à l’instar de ses pulsions. Elle leur laisse donc volontairement libre cours. Le premier acte montre comment elle dynamite son mariage avec Michael en produisant toutes sortes d’actions contrariantes pour ses invités et ses hôtes. Le désir de prendre un bain au beau milieu du repas, ou l’attirance sexuelle soudaine pour un inconnu, sont autant de comportements dérivés d’une inquiétude spirituelle caractéristique du personnage.
Melancholia raconte aussi la résignation. Angoissée et fébrile dans le premier volet, emportée doucement vers l’errance mentale, Justine devient, dans le second, résignée. A voir la planète étrangère entrer en collision avec la Terre. A assister de l’intérieur à la destruction de l’humanité. Son discours fermement anthropocentriste et franchement nihiliste génère l’angoisse de ses proches : « La Terre est mauvaise, elle ne manquera à personne ». Puis : « Nous sommes seuls dans l’univers », mettant fin ainsi à la foi scientifique qui veut que la destruction de notre civilisation ne signifie pas la disparition de toute intelligence dans le Cosmos. Raté : Melancholia siphonne toute vie. Débarrassée de tous les oripeaux d’une situation sociale classique (elle rejette travail et mari, se reposant uniquement sur sa sœur et son beau-frère), Justine occupe moins la seconde partie qu’elle ne la hante, fantomatique et éphémère, délaissant la compagnie des êtres humains pour privilégier une communion avec la nature. Claire, sa sœur (Charlotte Gainsbourg), prend le relai ; son mari (Kiefer Sutherland) croit que la justesse des calculs scientifiques démontre la trajectoire innocente de la planète intruse, alors que des petits malins sur internet s’amusent à démontrer comment elle rentrera en collision avec la nôtre.

Rigueur et erreur scientifique contre prescience spirituelle ? Non, ce n’est pas là le sujet du film. Le fait que Melancholia tombe bel et bien sur la Terre n’est que la conséquence d’un processus amorcé des millions et des millions d’années plus tôt, au départ de la trajectoire cosmique du corps céleste, programmé pour rejoindre le nôtre. Il y a du fatalisme dans cette trajectoire. Les astronomes ne se sont pas complètement trompés, puisque l’intruse passe à côté de la Terre, la première fois ; c’est son retour immédiat qui n’était pas prévu ni prévisible. C’est sans doute un processus identique, de longue haleine, qui mène l’être humain, dans son parcours évolutionniste, à la résignation mortifère. Celle, dionysiaque, de Justine, qui pousse le vice jusqu’à se caresser sous la lumière bleutée de Melancholia.
Si le nom donné à la planète est celui de la mélancolie, c’est parce que les trajectoires du corps céleste et du corps terrestre communient étrangement dans le fatalisme. La mélancolie s’extraie de la nuit des temps pour venir se fracasser contre l’esprit humain, et le perdre sur la route du nihilisme. L’acceptation, ou résignation, reste l’ultime possibilité. Melancholia s’approche, d’abord discrète, dissimulée par le mari astronome derrière le nom d’Antarès, puis invisible à l’œil nu : Justine se marie, tout va bien, le mal menace mais il reste lointain. Plus la planète approche, plus sa trajectoire la dirige vers la Terre, et plus Justine se laisse envahir par la mélancolie. Celle-ci la frôle, puis revient pour le finale. Victoire de mélancolie / Melancholia, victoire du corps céleste sur le corps terrestre. Victoire de l’idée poétique. Alors permettons-nous celle-ci : et si nous n’avions pas passé le film sur Terre, mais sur Melancholia ? Et si le récit avait pour décor le projectile plutôt que la cible ?
Eric Nuevo
Classé dans : Festival de Cannes 2011 | Tags: Bertrand Bonello, Drive, Festival de Cannes 2011, Grand Prix du Jury, Jasper Newell, Jonathan Caouette, La piel que habito, Le Gamin au vélo, Maïwenn, Nicolas Winding Refn, Palme d'Or, Pedro Almodóvar, Polisse, Quinzaine des Réalisateurs, Semaine Internationale de la Critique, We Need to Taklk about Kevin

Palmarès personnel des films en compétition, établi après avoir vu 15 des 20 films de la sélection :
Palme d’Or : Drive, de Nicolas Winding Refn (Etats-Unis)
Grand Prix : La Piel que habito, de Pedro Almodovar (Espagne)
Prix du Jury : L’apollonide – souvenirs de la maison close, de Bertrand Bonello (France)
Prix de la Mise en scène : Le gamin au vélo, de Luc et Jean-Pierre Dardenne (Belgique)
Prix du Scénario : Polisse, de Maïwenn (France)
Prix d’Interprétation Masculine : Jasper Newell (We need to talk about Kevin)
Prix d’Interprétation Féminine : prix collectif (L’apollonide – souvenir de la maison close)
Caméra d’Or : Les Crimes de Snowtown de Justin Kurzel (Australie), faute de mieux…

TOP 5 du Festival de Cannes (toutes compétitions confondues) :
# 1 : DRIVE de Nicolas Winding Refn (Etats-Unis / En compétition)
Je reviens de loin… Refn était, pour moi, catalogué cinéaste fanfaron et m’as-tu-vu depuis Bronson (2009) puis déjà plus intriguant avec Le Guerrier silencieux (2010). Drive l’assoit définitivement chez les grands. A l’image de son héros monolithique refusant sa propre violence, le film se déploie dans dans un charmant entre-deux, à la fois caressant et rageur, jusqu’à placer le spectateur dans un état de transe que ses musiques (formidables !) prolongeront encore.
# 2 : LA PIEL QUE HABITO de Pedro Almodovar (Espagne / En compétition)
Un chirurgien crée une peau synthétique pour l’une de ses patientes. Entre surface et profondeur, Almodovar soulève la peau et révèle la vraie chair de son film : sous l’apparence d’un thriller déjà remarquable se dévoile à coups de flashbacks un pur mélo. Toujours sur le fil du rasoir, La piel que habito finit par émouvoir… profondément.
# 3 : L’APOLLONIDE – souvenirs de la maison close de Bertrand Bonello (France / En compétition)
Alors que je venais à Cannes pour Takashi Miike, Naomi Kawase, Terrence Malick et quelques autres de mes cinéastes fétiches, leurs nouveaux films me déçurent tous (à différent degrés). Comme Refn, un autre réalisateur que j’abhorrais par le passé m’enchante cette année : avec son Apollonide, Bertrand Bonello a fait fort. Touchant et envoutant, son film se veut aussi passionnant en seconde lecture lorsque l’auteur évoque l’irréalité de son univers à l’aide de subtiles allégories sur la fiction et sur l’art de simuler.
# 4 : PLAY de Ruben Östlund (Suède / Quinzaine des réalisateurs)
S’il avait été en Compétition, Play aurait été le film-scandale de Cannes 2011. L’auteur part d’un fait divers : le « vol » presque consenti d’un téléphone portable appartenant à un enfant blanc par cinq garçons noirs. Passionnant dans sa rhétorique, évoquant la dialectique comme arme suprême au cœur d’un monde de contradictions idéologiques et sociologiques, Play est aussi une bombe d’un point de vue formel ! Tourné uniquement en plan fixes, les mouvements furent crées en post-production et dévoilent le plus souvent dans ses recoins quelques clés essentielles pour comprendre pleinement son récit.
# 5 : WALK AWAY, RENEE de Jonathan Caouette (Etats-Unis / Semaine Internationale de la Critique)
Jean-Christophe Berjon, directeur de la Semaine de la Critique puis Leo Soesanto, l’un de ses sélectionneurs, ont chacun leur tour préciser lors de la projection que Walk away, Renée n’était pas un « Tarnation 2 ». Et pourtant… Caouette réutilise ses rushes de home-movies et autres photos d’enfance dans ce nouveau film, qui se rapproche toutefois bien plus d’une stricte fiction. Et même de la science-fiction. C’est dans ces instants que son récit devient captivant, lorsque Caouette imagine pour lui et sa mère d’autres mondes pour tenter d’y trouver la plénitude qui les fuit depuis toujours.
Hendy Bicaise
Classé dans : Festival de Cannes 2011 | Tags: Alain Cavalier, Arirang, Bertrand Bonello, Bruno Dumont, Drive, Footnote, Gus Van Sant, Habemus papam, Hanezu, Hors Satan, Joseph Cedar, Julia Leigh, Kim Ki-duk, L'Apollonide, L'exercice de l'état, La piel que habito, Lars Von Trier, Le Gamin au vélo, Luc et Jean-Pierre Dardenne, Lynne Ramsay, Markus Schleinzer, Melancholia, Michael, Michel Hazanavicius, Michel Piccoli, Nanni Moretti, Naomi Kawase, Nicolas Winding Refn, Pater, Pedro Almodóvar, Pierre Schoeller, Restless, Sleeping beauty, The Artist, Tilda Swinton, We need to talk about Kevin

Palme d’or : La Piel que habito de Pedro Almodovar
Grand Prix du Jury : The Artist de Michel Hazanavicius
Prix du Jury : Melancholia de Lars Von Trier & L’Apollonide de Bertrand Bonello
Prix de la Mise en scène : Drive de Nicolas Winding Refn
Prix du Scénario : Footnote de Joseph Cedar
Prix d’interprétation masculine : Michel Piccoli dans Habemus Papam de Nanni Moretti
Prix d’interprétation féminine : Tilda Swinton dans We Need to Talk About Kevin de Lynne Ramsay
Prix Spécial Eric Nuevo : Pater d’Alain Cavalier
Caméra d’or : Sleeping Beauty de Julia Leigh
Prix Un Certain regard : Restless de Gus Van Sant

Top 5 des films du festival (toutes compétitions confondues) :
1. LA PIEL QUE HABITO de Pedro Almodovar (Espagne / compétition)
Pedro Almodovar attend sa palme depuis bien longtemps, il est temps qu’il la reçoive cette année, pour un film étonnant et superbe, dans la droite lignée de ses précédents chefs-d’œuvre (Volver et Les Étreintes brisées). La belle Elena Anaya y resplendit littéralement.
2. THE ARTIST de Michel Hazanavicius (France / compétition)
Le nouveau film de Michel Hazanavicius est une pure merveille de cinéma qui réconcilie le goût du divertissement et le plaisir intellectuel du cinéphile. The Artist est à la fois un bijou de mise en scène, un bonheur de spectateur, un vrai cours d’histoire du cinéma et une belle leçon de vie.
3. MELANCHOLIA de Lars Von Trier (Danemark / compétition)
Malgré la polémique qui entoure les propos malheureux du cinéaste en conférence de presse, son film présenté en compétition est à la limite entre le merveilleux et le grotesque. Et plus proche du merveilleux, à mon avis. L’errance mélancolique de Kirsten Dunst, soulignée par la proximité de la fin du monde, renvoie d’une certaine manière à la vision universelle de Malick dans The Tree of Life.
4. HABEMUS PAPAM de Nanni Moretti (Italie / compétition)
Le Pape nouvellement élu a une crise de foi ? L’amusant point de départ de Nanni Moretti tend à infantiliser un maximum les cardinaux enfermés en conclave, en les traitant comme des garçons timides et dissipés, tandis que le Pape incarné merveilleusement par Michel Piccoli part faire le tour de Rome en quête d’une réponse métaphysique à son angoisse. Un bijou humoristique et grave à la fois.
5. L’EXERCICE DE L’ETAT de Pierre Schoeller (France / Un certain regard)
Le costume de ministre sied parfaitement bien à Olivier Gourmet, occupé et préoccupé ici par la gestion des transports au sein d’un gouvernement réformateur libéral. Pierre Schoeller rentre de plain-pied dans l’intimité d’un membre éminent de l’élite gouvernementale, traitant des coulisses du politique comme on observe l’évolution d’un animal. Brillant et instructif.
Flop 5 des films du festival (toutes compétitions confondues) :
1. HORS SATAN de Bruno Dumont (France / Un certain regard)
Quelle abomination que ce film ! Indépendamment de la notoriété bien connue du cinéaste au sein du festival, il est incompréhensible que Hors Satan ait été sélectionné dans une grande compétition comme celle-ci (et heureusement pas en sélection officielle). Aucun projet de cinéma ni de mise en scène, aucune volonté esthétique, aucune envie de plaire. Dumont philosophe dans son coin sur le bien et le mal, en espérant peut-être que trois ou quatre spectateurs parviendront à suivre. Tant mieux pour ceux qui y trouvent un quelconque intérêt ; mais il y a trop de bons films en ce bas monde pour perdre du temps devant cet objet.
2. ARIRANG de Kim Ki-duk (Corée du Sud / Un certain regard)
Okay pour la démarche : Kim Ki-duk, cinéaste idolâtré bien au-delà de ses frontières, qui a abandonné les plateaux depuis trois ans à cause d’un coup de déprime, a filmé son auto-psychanalyse avant de l’envoyer à Thierry Frémaux. Sans doute passionnant pour les fans du réalisateur, qui le suivent depuis le début et comprennent ses errances spirituelles. Mais insupportable pour les autres, qui n’ont pas envie de subir la confession (en partie chantée) de ce bonhomme sur un écran géant. A l’avenir, merci de réserver ce genre d’exercice pour le psychiatre.
3. LE GAMIN AU VELO de Luc et Jean-Pierre Dardenne (Belgique / compétition)
A l’heure où j’écris ces lignes, je ne sais pas si le nouvel opus des Dardenne recevra une récompense – et a fortiori la palme d’or pour la troisième fois. Mais ce qui est sûr, c’est qu’une telle gratification lancerait un bien mauvais signal pour l’avenir de la sélection cannoise. Grosso modo : pour gagner un prix au festival de Cannes, ne vous fatiguez pas trop à choisir des sujets originaux et des thématiques avant-gardistes. Surtout, contentez-vous de faire du drame social bien mièvre, bien consensuel, avec un gamin insupportable qui malgré tout est aimé par tout le monde (parce que, tout de même, ce n’est pas de sa faute).
4. MICHAEL de Markus Schleinzer (Autriche / compétition)
Le directeur de casting de Michael Haneke se cale derrière une caméra pour la première fois, doté d’un sujet qui pourrait avoir été filmé par son illustre maître. Inspirée de l’affaire Kampusch, son histoire de séquestration d’enfant par un adulte timoré et presque autiste tourne en rond sans jamais faire montre d’audace ni prendre le moindre risque. Son récit a priori couillu se révèle être une vraie arnaque.
5. HANEZU de Noami Kawase (Japon / compétition)
Deux montagnes sont amoureuses d’une troisième montagne, car c’est ce que font tous les êtres vivants depuis la nuit des temps. Il paraît que le film de Kawasi raconte ce triangle amoureux animiste. Personnellement, j’y suis resté parfaitement et complètement hermétique, du début à la fin.
Eric Nuevo
Classé dans : Festival de Cannes 2011 | Tags: Aki Kaurismäki, Compétition Officielle, Festival de Cannes 2011, Flop 5, Gus Van Sant, Habemus papam, L'exercice de l'état, La piel que habito, Le Havre, Les Crimes de Snowtown, Maïwenn, Nanni Moretti, Nicolas Winding Refn, Palmarès, Palme d'Or, Pedro Almodóvar, Pierre Schoeller, Polisse, prix, Restless, Semaine de la Critique, Take Shelter, Terrence Malick, The Murderer, The Tree of Life, Tilda Swinton, Top 5, Un Certain Regard

Palmarès personnel (à défaut de pronostics) des films en compétition, établi après avoir vu 17 des 20 films de la sélection :
Palme d’Or : Habemus Papam de Nanni Moretti (Italie)
Grand Prix du Jury : La Piel que Habito de Pedro Almodovar (Espagne)
Prix du Jury : The Tree of Life de Terrence Malick (Etats-Unis)
Prix de la Mise en scène : Nicolas Winding Refn pour Drive (Etats-Unis), un peu par défaut.
Prix du Scénario : Joseph Cedar pour Hearat Shulayin – Footnote (Israël)
Prix d’Interprétation Masculine : Thomas Doret dans Le Gamin au vélo des frères Dardenne (Belgique)
Prix d’Interprétation Féminine : Tilda Swinton dans We Need to Talk About Kevin de Lynne Ramsay (Grande-Bretagne) & Elena Anaya dans La Piel que Habito de Pedro Almodovar (Espagne)
Caméra d’Or : Les Crimes de Snowtown de Justin Kurzel (Australie, Semaine de la Critique)

TOP 5 du Festival de Cannes (toutes compétitions confondues) :
# 1 : THE MURDERER de NA Hong-jin (Corée du Sud / Un Certain Regard)
Pour l’énergie et le talent déployés pendant plus de deux heures au sein d’un film somme (mais ce n’est seulement que le deuxième film de son jeune auteur !), qui épouse à merveille les codes du polar sanglant "à la Coréenne", agrémenté de chronique sociale et de mélodrame. Du cinéma à l’état brut !
# 2 : HABEMUS PAPAM de Nanni Moretti (Italie / Compétition)
L’athée convaincu et militant que je suis attendait avec impatience ce film sur les déboires d’un Pape nouvellement élu. Et le traitement de ce sujet par Moretti est d’une grande intelligence, respectant à la fois la position du Pape et des hautes instances de l’Eglise, tout en se moquant délicieusement d’elles.
# 3 : RESTLESS de Gus Van Sant (Etats-Unis / Un Certain Regard)
Gus Van Sant est un cinéaste définitivement hors-norme, capable de tirer d’une histoire des plus simples, un mélodrame d’une grande finesse, à la fois bouleversant et subtilement mis en scène. Surtout, en tournant autour du thème de la mort, son film pas si léger que ça et devrait plaire aux plus réticents.
# 4 : TAKE SHELTER de Jeff Nichols (Etats-Unis / Semaine de la Critique)
L’un des films les plus attendus du Festival. Nichols devait confirmer tout le bien que l’on avait pensé de lui après son premier film Shotgun Stories. Avec plus de moyens cette fois, il livre un drame fort et intense sur les obsessions d’un homme ordinaire pris en pleine tempête. Avec l’immense Michael Shannon.
# 5 : L’EXERCICE DE L’ETAT de Pierre Schoeller (France / Un Certain Regard)
Attendu lui aussi, le second film de Pierre Schoeller n’a pas déçu. Son scénario passionnant (co-écrit par une plume de Libération), tient en haleine le spectateur dans les coulisses de l’état. Et comme la mise en scène est à l’avenant, et que Gourmet est magnifique, banco !

FLOP 5 du Festival de Cannes (toutes compétitions confondues) :
# 1 : HORS SATAN de Bruno Dumont (France / Un Certain Regard)
LA purge du Festival ! Dumont continue d’aveugler un public conquis d’avance par un scénario grotesque et des comédiens qui "sentent" bon la France d’en bas, par ailleurs inexpressifs au possible. Du foutage de gueule, tout simplement, en plus d’être incroyablement chiant. A fuir.
# 2 : MICHAEL de Michael Schleinzer (Autriche / Compétition)
Quand un disciple de Michael Haneke s’attaque à l’affaire Natascha Kampusch, le potentiel est là. Mais le résultat, lui, est finalement inconsistant, la faute à une mise en scène qui plagie le modèle, et à un scénario qui refuse d’impliquer le spectateur, laissant celui-ci totalement hors de portée d’un quelconque malaise. Sans intérêt.
# 3 : LE HAVRE d’Aki Kaurismäki (Finlande, France / Compétition)
J’ai déjà dit sur ce blog tout le mal que je pensais de cette arnaque qui pourrait bien finir malgré tout au Palmarès. Alors je le redis, on a là une jolie négation du cinéma, avec zéro mise en scène, zéro direction d’acteurs, et des comédiens volontairement mauvais qui cherchent un décalage passéiste dans lequel je ne marche pas. Et cette France décrite dans le film est d’un rance.
# 4 : RETURN de Liza Johnson (Etats-Unis / Quinzaine des Réalisateurs)
L’archétype du cinéma indépendant américain estampillé Sundance, où le film (tant dans l’histoire que dans la mise en scène) ne tourne qu’autour de son personnage principal, se foutant royalement du reste, et donc de ses personnages secondaires, inexistants.
# 5 : POLISSE de Maïwenn (France / Compétition)
Parce qu’il faut quand même le souligner, ce n’est pas possible aujourd’hui de faire un bon film français avec Karine Viard ou Nicolas Duvauchelle, et que l’empilage de séquences démago nous éloigne petit à petit d’une certaine réalité. Avec 45 minutes de moins, et un casting un peu plus intelligent, on aurait pu discuter. Mais là…
Julien Hairault
Classé dans : Festival de Cannes 2011 | Tags: action, Bong Joon-ho, Corée du Sud, Festival de Cannse 2011, J'ai rencontré le diable, Na Hong-Jin, sang, The Murderer, thriller, Un Certain Regard, Yellow sea

Présenté dans la section Un Certain Regard, The Murderer est le second long-métrage du Coréen NA Hong-jin. Le cinéaste confirme tous les espoirs placés en lui à l’issue de son très convaincant premier film, The Chaser, réalisé il y a trois ans. NA se positionne surtout, avec ce coup de maître, comme l’un des tous meilleurs représentants du cinéma d’action coréen, et comme l’une des valeurs sûres du cinéma mondial à venir, tant son œuvre ne fait pas qu’embrasser un genre en particulier, mais résonne aussi et surtout dans les méandres de la société coréenne.
Au cœur de ce film passionnant, un personnage comme vous et moi, ou presque, un citoyen lambda. À l’image de ses confrères, NA plonge au sein d’une intrigue qui ne va pas tarder à exploser dans tous les sens. Notre héros est un chauffeur de taxi criblé de dettes, et qui vit dans une province à la frontière entre la Chine, la Corée du Nord et la Russie. Pour subvenir à ses besoins et à ceux de sa femme exilée à Séoul, il accepte de partir clandestinement en Corée du Sud pour exécuter un homme qu’il ne connaît pas, et dont l’assassinat accouchera d’une avalanche de règlements de comptes et de vengeances en tout genre.

The Murderer est d’abord un film politique, qui dresse un constat sans appel d’une région en ruines, et dont les habitants ne sont pas les bienvenus en Corée du Sud, où ils sont persécutés. L’ancrage social du personnage principal permet dans un premier temps de lui accorder un capital sympathie intéressant auprès du spectateur, qui tout au long de l’histoire vibrera au gré des aventures de cet homme, qui, au fond, s’accroche à l’espoir qu’il a de refaire sa vie avec sa femme, bien loin de toute la corruption et de la violence qui l’entourent. La trajectoire tragique du personnage rappelle les meilleures tragédies, celles où le destin d’un homme se joue sans son accord, succombant ainsi à la loi du plus fort. On retrouve cela chez BONG Joon-ho, précisément dans The Host par exemple, à travers cette famille prise malgré elle dans le mensonge d’une administration coréenne vendue aux Américains. Il n’y a pas à dire, il y a là une grande noblesse chez ces héros des temps modernes, qui souvent au péril de leur vie se lancent la tête la première au-delà d’un danger insurmontable.
NA Hong-jin comprend d’ailleurs très bien que son spectateur entend souffrir et vibrer avec son personnage. Sa mise en scène, très découpée et rythmée, reste fidèle à ce principe aussi bien au cœur de l’action (et le film contient quelques morceaux de bravoure sensationnels, à l’image de la première scène de poursuite qu’applaudira la salle toute entière au terme des dix plus grandes minutes de cinéma du Festival), que lors des scènes plus calmes. NA nous plonge au centre de l’action, au plus près des protagonistes, avec un sens de la mise en scène qui rend l’ensemble parfaitement lisible et cohérent. Les multiples points de vue ne font que renforcer l’enfermement du personnage principal dans une intrigue qui se resserre sur lui comme un étau. Avec un sens du rythme probablement inégalé dans le cinéma contemporain, NA est d’une générosité incroyable, et les 2h20 de son film ambitieux passent sans aucun problème, tant il nous aura rarement été donné l’occasion d’autant vibrer à Cannes cette année.

Enfin, le méchant de l’histoire, interprété par le génial KIM Yun-seok, volerait presque la vedette au héros, et résume à lui toute seule la violence et la méchanceté du fond de l’histoire. Dans la veine récente des thrillers coréens (de J’ai rencontré le Diable à Bedevilled), The Murderer est un film sanglant, qui ne lésine pas sur l’hémoglobine sans pour autant tomber dans la gratuité et un esthétisme rougeâtre tapageur. Et mis à part les policiers (qui une de fois plus sont tournés en ridicules), personne ici n’utilise des armes à feu, préférant, à l’ancienne, les haches, les couteaux de cuisine, les tournevis ou même, l’os à moelle. Ce refus de la simplicité caractérise assez bien le cinéma de NA, auteur d’un scénario complexe (un poil brouillon sur la fin), qui mélange donc la chronique sociale comme le mélodrame, avec comme fil rouge sang la répartition savante, toutes les trente minutes, d’une extraordinaire scène d’action qui pose une bonne fois pour toute la Corée comme la meilleure source de grands cinéastes d’action de la planète. Et qui fait de The Murderer le meilleur film vu à Cannes cette année.
Le film sortira le 13 juillet prochain.
Julien Hairault
Classé dans : Festival de Cannes 2011 | Tags: Between two worlds, Caméra d'or 2005, Cannes, Chatrak, Croisette, Festival, films choc, jury, La Terre abandonnée, Oncle Boonmee, Palmarès, Palme d'Or, Quinzaine des Réalisateurs, sélection officielle, section parallèle, Syndromes and a Century, Vimukthi Jayasundara, Weerasethakul

Présenté hier mercredi 18 mai à la Quinzaine des réalisateurs, Chatrak de Vimukthi Jayasundara était attendu par les quelques chanceux ayant vu son réputé Between two worlds (2009) à Venise ou Rotterdam (dont je je ne fais malheureusement pas partie !) mais aussi par les festivaliers qui se souviennent de La Terre abandonnée, Caméra d’or en 2005.
Après son film fantastique de 2009, qui débutait par la chute d’un homme tombé du ciel, Chatrak se lit dans un contexte plus terre-à-terre, qui prolonge ses interrogations sur la désunion de l’homme moderne et de la nature déjà abordées dans La Terre abandonnée. Inévitablement, même dans une œuvre réaliste comme celle-ci, le cinéma de Weerasethakul vient à l’esprit : l’opposition entre mode de vie ancestral et industrialisation des terres rappelle Syndromes and a Century (2006) ou Oncle Boonmee (2010). Dans Chatrak, un homme ayant voulu fuir l’Inde dix ans plus tôt et revenu à l’état sauvage voit son grand frère – architecte, de fait en partie responsable de la déforestation de Calcutta – partir à sa recherche. Le temps imparti à la ré-acclimatation urbaine attendue du nouvel enfant des forêts, que celle-ci se révèle fructueuse ou non, n’est pas ce qui intéresse le plus Jayasundara. Alors que beaucoup de films, moins courageux, en auraient fait l’essentiel du récit comme toute histoire de retour parmi les siens (souvenir récent : Return, à la Quinzaine), le cinéaste sri-lankais prend le temps de montrer en montage alterné les vies opposées des deux frères : le quotidien de l’aîné à la ville (versant politique du film), celui du cadet dans la campagne environnante (revers poétique).
Le drame et l’humour se marient, d’ailleurs, idéalement et ce jusqu’au dénouement, déflagration bouleversante qui clôt sur une image déjà indélébile le discours bienveillant de son auteur.
Hendy Bicaise
> À propos de Oncle Boonmee, lire aussi le "suivi de carrière" sur Apichatpong Weerasethakul dans Versus n° 19






