Ecrits de choc : “Parrains du siècle”, “La Prison des caïds” , “Banlieue sud”

Parrains du siècle est la réédition du livre Les parrains de la Côte, édité en 2005 chez L’écailler du suD. Bien que cette mention ne soit signalée nulle part sur la couverture, l’obtention de l’objet du délit reste un bon geste. D’abord parce que l’édition originale se révélait un des bons textes de sa catégorie, guère tendre envers les hauts représentants de la pègre, ensuite parce que cette réédition va plus loin que de simples retitrages de chapitres. Aubry a la bienséance de reprendre son tapuscrit : il retouche des phrases ici et là, complète un chapitre ailleurs (par exemple celui sur Jacky Imbert), et en rajoute quelques-uns, tels ceux sur Farid Berrahma et l’entretien avec l’avocat Michel Roubaud. Son panorama du Milieu marseillais, du Vaucluse et plus largement de la région Paca rappelle au lecteur la brutalité et la dangerosité de la truanderie et participe au saint réflexe de ne pas trop fantasmer sur la vie d’aventures et d’action de nos hors-la-loi hexagonaux plus ou moins voyants. Sujets logique d’intérêt que ces gaillards hors normes, y’a pas de honte, notamment parce que leurs parcours permettent une lecture particulière de notre société et parce que bon, abreuvés que nous le sommes par les polars sous forme de livres et de films, nous avons soif d’en savoir plus. Et en savoir plus, vous, je sais pas, mais moi, ces types me font détaler fissa. Même si certains ont des circonstances atténuantes. Parrains, caïds, truands, voyous, tous ne sont pas des salauds, ni des brutes sortant leur flingue à la plus petite insulte, ni des ordures paranoïaques avides. Comme dans tout cercle social, comme dans toute microsociété, on trouve des individus plutôt droits, plutôt courageux qui, tout en étant braqueurs ou trafiquants, tentent de ne pas trop s’attirer d’embrouilles, de pratiquer leur activité en étant des mecs réguliers, en restant des homme dignes de ce nom. Une gageure, mais bon.

> Chez Express Roularta Editions, 17 euros



De ces calibres-là, à chacun de juger si Frédéric Ploquin en rencontre dans son dernier livre, La prison des caïds. Toujours est-il que l’ouvrage est quelque peu atypique en ce sens qu’il ne s’agit pas d’une biographie ou d’une autobiographie d’untel ou d’untel, mais d’une peinture plutôt colorée de la vie derrière les hauts murs ternes des prisons. Une vie ici racontée non pas par un médecin, un psy, un éducateur ou un sociologue mais, sous l’impulsion du journaliste signataire (qui au final présente un de ses meilleurs travaux), par les enfermés eux-mêmes. Et pas n’importe lesquels, mais ceux qui ont passé des années dans des quartiers différenciés, les quartiers d’isolement, quasi tombeaux de vivants multitransférés. On y lit leurs peines, leurs souffrances, leurs trouvailles pour améliorer le quotidien, leur relation avec les matons, leur capacité à communiquer entre eux, à se tenir au courant de quasiment tout, leur volonté de résister à la folie et à la dépression, leur potentiel à transcender leur condition de Détenus Particulièrement Surveillés (DPS), à se transcender par la lecture ou l’écriture (par exemple). Un ouvrage qui fourmille de détails parfois drôles, parfois terribles, qui alimentent une vie entre parenthèses pouvant aussi bien générer la camaraderie voire l’amitié que des haines plus ou moins passagères pour des raisons que ceux du dehors considèreraient comme des broutilles.

> Chez Plon, 20 euros



Autre livre digne d’intérêt, Banlieue sud, l’autobiographie de Michel Lepage, qui fut longtemps un des éléments moteurs de la pègre d’Île-de-France. L’homme raconte avec efficacité son enfance, son adolescence, ses premiers larcins puis son ascension et sa carrière de professionnel. Un choix de vie assumé, revendiqué, malgré les aléas et les mauvais coups de la vie. S’il raconte cette carrière fructueuse, en prenant certaines précautions et parfois en réfutant ou relativisant certains actes ou situations dont seule une poignée de collègues ou de policiers doivent savoir à quoi s’en tenir, Lepage s’épanche largement sur ses multiples séjours en prison. Le témoignage de cet abonné au statut de DPS croise récits du quotidien dans les anciennement nommés QHS (brimades ou arrangements avec les matons, cantinages, démarches administratives, moyens de communication avec d’autres embastillés, activités ludiques ou physiques, implications dans des ateliers ou des formations, séances de parloir…), avec les récurrents rêves d’évasion, la concrétisation des plans d’échappées, les cavales. L’histoire d’un homme. Et pour remplir les blancs, il existe les textes d’autres comme lui, ceux de policiers, ceux sur le Milieu. Il doit en sortir une douzaine par an. Au moins.

> Chez Grasset, 18 euros


Laurent Hellebé



Chronique du milieu : “Confessions d’un caïd” de Jean-Pierre Hernandez et François Mattei

Au cas où leur nom vous troublerait, Hernandez, c’est l’ex-caïd qui se livre ici à quelques confidences, Mattei, c’est le journaliste qui recueille, vérifie, complète et met en forme les propos du retraité. Hernandez, c’est un discret, un précautionneux. Sûrement pour ça qu’il vit toujours et qu’il n’a fait que quelques années de prison. Un survivant, un pur et dur, de ceux qui ne bavèrent pas sous les questions de la police et de la justice. Il en a pourtant vu de belles puisqu’il fut notamment un des piliers de la French Connection première formule, et qu’il connu tout le gratin du grand banditisme, les Zampa, Imbert, Vanverberghe, Monge, toute la clique et bien d’autres. Et, ce n’est pas rien, il est passé au travers des hécatombes dans le grand banditisme des années 70-80. Il raconte ici une partie de son parcours, quelques épisodes plus ou moins célèbres de l’histoire criminelle et, comme Mattei, met les points sur les i quant à la valeur de certains ouvrages de « spécialistes » de l’histoire du Milieu comme de certains livres écrits par d’anciens truands et voyous, voire de certains films qui l’ont bien fait rigoler (comme L’Immortel). Enfin, ce n’est pas rien, il révèle quelques dessous de la guerre des jeux et des casinos de la Côte d’Azur, sur laquelle, hormis quelques articles, il existe peu de textes (les livres La mafia des casinos, de Guy Salignon, en 1980, La Guerre secrète des casinos, de Jérôme Pierrat et Christian Lestavel, en 2007). Dans ce cadre, Hernandez éclaircit le mystère de la disparition d’Agnès Le Roux, héritière du casino niçois Le Palais de la Méditerranée, sombre affaire de la fin des années 70, triste épisode de la confrontation entre la mère de la jeune femme, patronne du susdit casino, et Jean-Dominique Fratoni, boss de celui du Ruhl et paravent de Tony Zampa. Un ouvrage bien intéressant qui, comme nombre d’écrits de ce type, devrait avoir une carrière aussi discrète que cet Hernandez mal à l’aise de savoir un innocent condamné (en 2007 seulement !) pour ce fait-divers bien glauque.

Laurent Hellebé

> Confession d’un caïd, Jean-Pierre Hernandez avec François Mattei, édition du Moment, 2011. 16,50 €.



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Les fantômes d’Hollywood : “On l’appelait le Dahlia Noir”, de John Gilmore

De tous les crimes réels relayés, relatés ou revisités par l’industrie cinématographique, le meurtre “non élucidé” (les guillemets justifient cette chronique à elle seule) d’Elizabeth Short alias le Dahlia Noir – une jeune femme retrouvée morte atrocement mutilée et coupée en deux dans un terrain vague de Los Angeles, à quelques blocs du croisement entre la 39e rue et Norton Avenue le 15 janvier 1947 – constitue le mystère le plus fascinant. Moins pour la barbarie commise (objet, avouons-le, de voyeurisme morbide : pléthore de photos de la scène du crime ou du cadavre de Short à la morgue circulent sur la toile depuis des années), que pour l’arrière-plan hollywoodien de ce qui peut être vu comme une intrigue tortueuse mais géniale. Déjà évoquées dans nos colonnes au moment de la sortie sur nos écrans de l’adaptation du roman de James Ellroy par Brian De Palma (rappelons que OUI, nous trouvons le film magnifique en dépit de sa production étriquée), les biographies romancées, écrites et télévisuelles du “personnage” d’Elizabeth Short et les théories – étayées mais sans doute un peu trop dogmatiques pour être honnêtes – autour de son assassinat représentent toute une production audiovisuelle et littéraire qui, à défaut de résoudre “l’énigme du Dahlia Noir”, en enrichit constamment la mythologie urbaine et en épaissit la dimension obscure. Les ouvrages consacrés à cette ténébreuse affaire, même s’ils ne se comptent pas par centaines, s’évertuent dans un trop-plein d’informations et de “témoignages rapportés” à solutionner le crime, à l’appui non pas de preuves irréfutables (le LAPD lui-même ne disposait pas d’indices suffisants – et n’a d’ailleurs officiellement toujours pas classé l’affaire) mais de présomptions promptes à une narration palpitante et à l’enchevêtrement d’enjeux captivants. Constitutifs d’un faisceau qui éclaire une multitude de vérités assenées dans un univers de toute façon affabulatoire (les rêves d’ascension hollywoodienne d’une “héroïne” et de ses fréquentations à la recherche de gloire), ces présomptions brillent surtout par leur mise en scène. Entre souvenirs d’enfance d’une “vieille” voisine de l’infortunée victime du tueur – Mary Pacios et son Childhood Shadows : The Hidden Story of the Black Dahlia Murder (inédit en français) – et la recherche minutieuse et très subjective d’un ancien agent de police qui attribue le crime à son psychopathe de père (Steve Hodel, dont le livre L’Affaire du Dahlia noir et son Complément d’enquête font toujours office de référence et de révélation acceptable), le “pourquoi et le comment ?” du meurtre d’Elizabeth Short renvoient au point d’interrogation magistral d’un film noir au trouble inégalé. Il serait intéressant de passer au crible tous les livres prétendant résoudre l’affaire, du controversé Daddy Was the Black Dahlia Killer (inédit aussi en langue française) de Michael Newton et Janice Knowlton (décédée en 2006, cette dernière accusait son père et déclarait avoir été témoin du meurtre enfant – souvenir qu’elle avait enfoui ensuite dans son subconscient et qui ressurgit après une thérapie), au Black Dahlia Files de Donald H Wolfe, paru en 2005, sans compter les recherches (ouvrage en cours) du journaliste du Los Angeles Times Larry Harnisch (également contributeur du Projet 1947), qui fait véritablement figure d’autorité (“a Dahlia freak” selon James Ellroy). Comme toujours lorsque les théories s’affrontent, auteurs et experts (improvisés ou non) se démentent les uns les autres, Harnisch s’imposant comme un contradicteur crédible de la démonstration de Steve Hodel, pourtant considérée comme “ouvrage de résolution”.

Autre pavé important dans la mare bibliographique du meurtre du Dahlia Noir, le best-seller de John Gilmore, Severed : The True Story Of The Black Dahlia Murder, publié en français sous le titre On l’appelait le Dahlia Noir en 2006 (1998 pour la version originale aux États-Unis), a aussi fait l’objet de critiques de la part de “l’expert Harnisch” (et d’Ellroy, paraît-il), qui reproche à son “concurrent” d’avoir composé avec “25 % de faits, 25 % d’erreurs et 50 % de fiction“. Le lecteur impartial (il aura raison de l’être) saura s’élever néanmoins au-dessus de la polémique (qui sur le Net a pris les allures d’une curée littéraire) pour se plonger dans la peinture passionnante d’une saga policière échelonnée sur plusieurs décennies, dont les années 40 et 50, cadre rêvé pour une histoire se déroulant en majeure partie dans le giron hollywoodien. Indépendamment du crédit qu’on accordera à Gilmore (ancien acteur, journaliste gonzo, ami de stars comme Marilyn Monroe et James Dean, il a également signé une biographie sur ce dernier et un livre sur Charles Manson, après s’être imposé comme figure de la beat generation dans les années 60 et avoir noué des liens d’amitié avec l’écrivain William S. Burroughs), la lecture de son ouvrage ébranle, émeut, paralyse. Façonné comme un triptyque, On l’appelait le Dahlia Noir débute par ce funeste matin du 15 janvier 1947 au coin de 39e et Norton, avant de revenir sur la vie, la mort, d’Elizabeth Short, le parcours chaotique d’une apprentie starlette frayant avec des militaires, des artistes, des paumés, des hommes d’affaires et des employés de l’usine à rêves hollywoodienne. Un milieu très hétérogène où celle qui ne deviendra jamais une étoile brille par l’éclat de sa beauté et l’aura de mystère qui entoure sa personnalité, ses agissements. Comme le téléfilm Who Is The Black Dahlia ? de Joseph Pevney en 1975, le portrait que dresse Gilmore de son “héroïne” malheureuse concourt à la rendre plus insaisissable que jamais, exactement d’ailleurs comme son assassin, que Gilmore identifie clairement, loin du dénouement rocambolesque – mais fabuleux – du roman d’Ellroy, loin aussi des développements psychologiques et criminels que Steve Hodel projette sur l’image de son père disparu (théories elles aussi éprouvantes et très intéressantes, n’en déplaisent aux détracteurs du racolage persistant – mais avéré – de Hodel, qui proclame partout qu’il a résolu l’affaire). Ayant évolué lui-même dans le contexte vicié, interlope, pourri par endroits, qu’il décrit avec brio et un sens certain de l’immersion, Gilmore happe le lecteur dans le tumulte de son point de vue composé de reconstitutions des faits, de témoignages d’amis et connaissances – parfois brèves, voire d’une nuit – de Short, de policiers toutes époques d’enquête confondues – jusqu’à celle de John P. St-John, le célèbre “Jigsaw John”, enquêteur de légende au LAPD. Au-delà d’une narration dévouée aux circonstances du meurtre, Gilmore explore les dessous médiatiques et politiques de l’affaire, mettant en lumière et de façon captivante, les conflits de pouvoir entre les différents services de police de Los Angeles, les abus d’une bureaucratie accordant trop de crédit à un psychiatre aux compétences douteuses (J. Paul De River) mais aussi les excès d’une presse prête à tout pour une première page sensationnelle (guerre du scoop entre le Los Angeles Examiner et le Herald-Express, tous deux titres du groupe Hearst), avec manipulations en haut-lieu (Randolph Hearst lui-même) pour orienter l’enquête ou étouffer dans l’œuf toute velléité de lien avec le meurtre d’une autre figurante de ce grand nulle part hollywoodien, Georgette Bauerdorf. C’est lorsqu’il navigue dans ces eaux troubles du 4e pouvoir étatsunien que Gilmore marque le plus de points, faisant revivre la “grande époque” – sombre et loin d’être honorable au final – des célèbres reporters d’investigation au sein de la cité des anges, celle des Sid Hughes, Aggie Underwood, Tommy Devlin et autres Jimmy Shambra, icônes d’un âge d’or qui dans l’esprit du lecteur amateur des romans noirs situés dans les années cinquante, fait crépiter les flashes de ces fameux appareils photo à la recherche d’un fait divers à immortaliser. Ailleurs, dans son récit d’une teneur hypnotique constante, l’auteur confronte les paillettes du star system (des acteurs comme Arthur Lake font une petite apparition et puis s’en vont, la Paramount s’immisce comme repère momentané entre les lignes) et les coulisses, moins reluisantes, d’un monde du spectacle où le vice et le mensonge constituent de puissants leviers d’ascension sociale. Si le contenu d’ensemble ne bouleverse pas les codes d’écriture ni les approches thématiques concernant l’univers abordé, le livre de Gilmore se pare d’un bel éclat narratif. La dernière partie, point d’orgue d’une enquête de plus de vingt ans qui ne nierait pas être obsessionnelle, accélère le rythme de lecture et resserre la tension – l’attention aussi. Gilmore donne la parole au meurtrier lui-même et, quoiqu’on puisse y trouver à redire, ce passage dans la tête d’un psychopathe achève de nous lessiver pour nous laisser sur une frustration absolue, celle de l’auteur et de l’inspecteur Jigsaw John eux-mêmes face à un dénouement inattendu, une brisure soudaine et irrémédiable du rêve de résolution de l’affaire.
Fascinant parce qu’il crée une perméabilité déroutante entre la révélation inébranlable et le doute définitif, On l’appelait le Dahlia Noir hante l’esprit du lecteur-spectateur passif de ce que l’inconscient collectif américain considérait avant l’ère 2000 comme “le crime du siècle”. Comme le dit l’un des investigateurs majeurs, Finis Brown, adjoint du “légendaire” Harry Hansen (à qui l’enquête échut pour se transformer en “Waterloo”), le récit comme les faits laissent l’impression d’une “sorte de marigot énigmatique, presque insondable, agité de tourbillons perpétuels”. Dont acte aussi pour David Lynch (longtemps attaché au projet d’adaptation cinématographique du livre) et Marilyn Manson (il déclare que c’est son livre préféré), entre autres figures attirées par le texte magnétique de Gilmore.

Stéphane Ledien

> On l’appelait le Dahlia Noir, John Gilmore, éditions L’Archipel

> À propos du Dahlia Noir, lire aussi nos articles sur le film de Brian De Palma, le téléfilm Who Is The Black Dahlia ? et le livre L’Affaire du Dahlia Noir de Steve Hodel dans Versus n° 10, toujours disponible. Les adaptations du livre d’Ellroy et les projets de films autour du meurtre du Dahlia Noir sont aussi abordés dans Versus n° 2, dossier spécial “James Ellroy”.


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“RG, la traque d’Action directe” de Serge Savoie : pas du cinéma

Pour s’instruire sur l’éternel antagonisme hors-la-loi/policiers et la vie des uns ou des autres, il existe grosso modo trois types d’ouvrages : ceux signés par d’ex voyous, truands, bandits, braqueurs, personnalités du grand banditisme ou activistes de telle ou telle cause ; ceux écrits par des policiers le plus souvent en retraite ; ceux dus à des spécialistes de l’un ou l’autre (parfois les deux) de ces milieux, qui chercheur, qui journaliste… Il existe bien entendu d’autres livres encore, comme ceux de seconds ou troisièmes couteaux, ceux d’ex-compagnes de marlous, ceux de victimes aussi. Serge Savoie, lui, fut un des policiers des Renseignements Généraux chargé de l’antiterrorisme et tout particulièrement fixé sur le démantèlement d’Action directe. Son livre, factuel, efficace, bien logiquement à la gloire d’une bonne police, est donc de fait le contrechamp des écrits foisonnants de Jean-Marc Rouillan parus ces dernières années, particulièrement les deux volumes de De mémoire (chez Agone, 2007 et 2009) et Infinitif présent (chez La Différence, 2010). C’est également un complément au livre de Jean-Pierre Pochon (un des supérieurs de Savoie durant ces années de chasse à l’autonomiste), Les stores rouges. Au cœur de l’infiltration et de l’arrestation d’Action directe (Editions des Equateurs, 2008), et peut-être plus encore une mise au point assez ferme par rapport à certains ouvrages d’anciens coreligionnaires de Savoie qui ont apparemment irrité l’auteur. On pense notamment à Section manipulation, de Jean-Marc Dufourg, paru chez Michel Lafon en 1991. Quelle que soit la précision, le sérieux ou la subjectivité de ces ouvrages quant aux faits, ils sont tous truffés d’anecdotes et de détails sur les us et coutumes de la Grande Maison, raison supplémentaire d’en entamer la lecture.

Laurent Hellebé

> Serge Savoie, RG, la traque d’Action directe, Nouveau Monde éditions, 2011.

> Sur le sujet Fraction Armée Rouge et Action Directe, lire aussi notre dossier cinéma-guérilla dans Versus n° 15.



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Trio de tête : “Kill David, la légende de David Carradine”, “Chroniques américaines” & “Reflets dans un œil mort”



Kill David, la légende de David Carradine n’est pas une biographie complète et définitive sur ce prolifique acteur que nous aimions tous (t’as intérêt, mec). Il s’agit d’un hommage et d’un sujet en quelque sorte atypique, qu’Eric Arlix a la bonne idée de traiter d’une manière plutôt originale, à savoir dans un style quelque peu ellroyien (style dégraissé, dynamique, jouant de la répétition), quelque peu chronique rock (un peu azimuté, courant des chemins de traverses tout en restant près du sujet) et d’un second degré bienvenue. Arlix n’est pas un nerd qui passerait cinq ans à écrire sur Carradine en étudiant toutes les bouses dans lequel ce roi dissolu de la cool attitude s’est compromis, non, Arlix reste sur les sommets saillants que furent la série Kung Fu, le bis politique La Course à la mort de l’an 2000 et le diptyque Kill Bill, sans oublier tout de même de citer des débuts prometteurs sous la houlette de Scorsese et Ashby. Un des livres incontournables de l’année 2010.
> Chez l’éditeur Philippe Rey, pour 17 euros.



Moins émouvant et plus instructif, le Pauline Kael, Chroniques américaines, est un recueil d’articles de la célèbre critique d’outre-Atlantique. On n’est pas obligé d’être toujours en accord avec les opinions de cette chroniqueuse qui œuvra notamment pour le New Yorker (sans avoir la puissance de feu littéraire d’une Dorothy Parker) pour plonger avec intérêt dans cette vaste lecture, sorte de panorama du cinéma US des années 60-70. Parmi les pages les plus prenantes, celles où Kael, plus que de louer ou dégommer un film, fait des analyses à chaud et acérées sur le monde du cinéma : liberté de création, branchitude, apparition des blockbusters modernes, cinéma de surface, système des studios, financements… Un terreau d’où poindra une certaine pensée critique plus hexagonale qu’étasunienne, tout en étant elle-même enrichie par l’intellectualisme de la Nouvelle Vague. L’intérêt de cette redoutable critique se portait également sur le cinéma du Vieux monde, comme nous le montre Chroniques européennes, où sa plume incisive n’hésite pas plus à louer Jean-Luc Godard et une partie de la filmo de François Truffaut qu’à mettre en pièces Antonioni ou la plupart des œuvres de Fellini. Un volume où les argumentations, toujours profondes, n’empêchent pas, bien au contraire, un humour grinçant qui permet au lecteur une distanciation saine et lui amène souvent le sourire aux lèvres.
> Chez Sonatine, 24 euros.



Autre incontournable ouvrage sur le cinéma paru fin 2010, Reflets dans un œil mort, Mondo Movies et films de cannibales. Les duettistes Maxime Lachaud et Sébastien Gayraud, férus depuis longtemps de cinéma expérimental, d’œuvres alternatives (et de musiques itou) offrent enfin à la France (oui, môsieur) le pavé qu’il manquait sur un pan (sans dieu) souvent détesté du mal-aimé cinéma d’exploitation. Dans un style précis et alerte qui évite l’écueil de la thèse lénifiante, ce livre fait l’historique et l’analyse tout de même profonde d’œuvres choc à la fois provocatrices et racoleuses, ambiguës et fascinantes, tout aussi libres que cumulant des clichés douteux. La production italienne en la matière y est reine et permet de rappeler que la patrie de Fellini et Rossellini fut un immense creuset de cinéma toutes catégories, en l’occurrence débordant de gore et de sous-textes politiques puisque briseur de tabous et riant de la bienséance. On applaudit des moignons cette initiative éditoriale d’un éditeur qui n’en est pas à son coup d’essai puisque le cinéphage de bon goût lui doit également des parutions sur Lucio Fulci, les films de Vigilante et la Blaxploitation, certes plus « à la mode » mais également vilipendés par les héritiers du « cinéma d’auteur » que ces genres et sous-genres de la culture parallèle, parfois de la contre-culture, sont pourtant occasionnellement. Une somme en forme d’autopsie complète où les auteurs fouillent les entrailles de quelques dizaines de longs-métrages sans rien laisser au hasard et à laquelle il ne manque ni l’intellectualisation (mais sans outrance), ni la passion (elle est évidente). Peut-être juste une pincée supplémentaire d’humour, un réflexe de protection courant chez les légistes (en tous cas ceux de la création audiovisuelle !).
> Chez Bazaar&Co, 30 euros.

Laurent Hellebé

> À lire aussi, de l’ami Hellebé : Tirs groupés, les années 80 Vol. I & Walter Hill, l’esprit d’équipe, disponibles aux éditions Panik.
Bon de commande téléchargeable à cette adresse
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La Course à la mort de l’an 2000, bande-annonce



Pauline Kael, interview (en anglais)



Extrait de Mondo Cane, documentaire italien de Paolo Cavara, Gualtiero Jacopetti & Franco Prosperi qui donna naissance au genre “mondo”



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Koji Wakamatsu, cinéaste de la révolte – livre aux éditions IMHO

L’Extase des anges, Running in Madness, Dying in Love, Quand l’embryon part braconner, Les Anges violés, La Vierge violente, Naked Bullet, Violence sans raison…des titres puissamment évocateurs et intrigants où la poésie brasse allégrement violence et sexe dans une même tourmente. Soit la parfaite restitution littérale des images des films de Koji Wakamatsu, réalisateur atypique de la sexploitation japonaise, où la révolte des corps va de pair avec une révolte idéologique.

De son vrai nom Takashi Itô, le réalisateur délicieusement et violemment subversif Koji Wakamatsu bénéficie enfin d’une certaine attention. Alors que l’éditeur vidéo Blaq Out a sorti en 2010 trois coffrets DVD regroupant certaines de ses œuvres les plus percutantes, la Cinémathèque française propose depuis le 24 novembre 2010 jusqu’au 09 janvier 2011 de découvrir une quarantaine de films pour la plupart inédits. Parallèlement à cette rétrospective, les éditions IMHO ont édité un livre passionnant afin d’éclairer le parcours singulier d’un cinéaste particulièrement engagé qui a plus de quarante ans de carrière (il débute en tant qu’assistant réalisateur sur des téléfilms en 1959 et réalise son premier long dès 1963) et, en un peu plus d’une centaine de films, n’ a rien perdu de sa rage de filmer et de contester un ordre établi. Sans doute ostracisé pour une carrière principalement dévolue au genre d’exploitation par excellence (le pinku eiga, dénomination nippone pour les films érotiques voire pornographiques), Wakamatsu mérite pourtant l’attention et l’intérêt tant il a su subvertir ce genre commercialement porteur par une puissante politisation des images. Et tandis qu’en 2007, la ressortie sur les écrans français de son film datant de 1966, Quand l’embryon part braconner, avait fait l’objet d’une infâmante interdiction au moins de 18 ans (confirmée un an plus tard par le Conseil d’Etat) par une commission de classification totalement ignare qui n’avait pas compris les véritables intentions de l’auteur – taxant d’avilissant un film où la position voyeuriste sur les humiliations physiques et psychiques d’une jeune femme séquestrée par son patron s’efface au profit d’une prise de conscience du personnage comme du spectateur de l’oppression de toute une génération – que ses deux derniers brûlots, le très dense et intense United Red Army et Le Soldat Dieu ont eu droit à une exploitation en salles pour le moins minimaliste (le dernier cité est sorti le 1er décembre 2010 dans un parc d’une dizaine d’écrans), ce livre, Koji Wakamatsu, cinéaste de la révolte, vient à point nommé mettre en lumière un réalisateur essentiel mais méconnu et dont le regard porté sur l’industrie cinématographique japonaise, les bouleversements idéologiques locaux et internationaux, s’avère particulièrement acéré.

L’ouvrage se structure autour de deux approches particulièrement intéressantes et remarquables de l’œuvre du cinéaste puisque nous l’abordons d’un point de vue purement analytique proposé par le critique et essayiste Jean-Baptiste Thoret et le confrère et ami de Wakamatsu, le réalisateur Nagisa Oshima avant d’être happés dans les pensées de Wakamatsu au travers des archives de ses propres textes parus dans divers revues et quotidiens ainsi qu’une interview carrière fleuve. Deux manières d’envisager son cinéma aussi intéressantes que parfaitement complémentaires et superbement illustrées par une iconographie de toute beauté.

Le livre débute donc par le texte de Thoret dont l’analyse de l’œuvre de Wakamatsu permet de relever les fondements idéologiques, artistiques et intimes de l’homme. Thoret opère ainsi un rapprochement pertinent avec Pasolini, détaille les procédés et les motifs dont celui de l’enfermement, du cloisonnement, structure toute la filmographie même pour les films se passant en extérieur. De plus, le journaliste s’interroge avec à propos sur la nature du hors-champ dans le cinéma du Japonais ainsi que sur la représentation de cette énergie révolutionnaire parcourant ses films. Comment la dissidence est figurée et quel est son degré d’efficacité. Finalement, Wakamatsu apparaît comme un cinéaste de la contestation enregistrant l’échec politique de révolutionnaires en herbe, épousant leurs idéaux tout en se désolant de leur inaptitude à les concrétiser. Il ne propose pas de films tracts ou militant mais préfère mettre en scène toutes formes d’indignation. Pour Wakamatsu, l’activisme s’envisage avec une caméra au poing.
Les liens qu’il tisse dans ses films entre pouvoir (politique, idéologique, commercial) et sexe pouvant presque faire de Wakamatsu le pendant japonais de Verhoeven.

On poursuit avec le réalisateur Nagisa Oshima dont Wakamatsu a produit L’Empire des sens, qui livre sa perception de cet homme éternellement discriminé (jusqu’à s’y complaire ?) dans un texte datant de 1978 et resté jusqu’ici inédit. Figure tout aussi marquante de la contestation sociale, Oshima réaffirme ici son admiration pour le réalisateur de Sex Jack et revient notamment sur le genre des films à trois millions de yens (micro budgets représentant à peu près 26 000 euros), sur la réception critique au Japon et à l’étranger des œuvres de Wakamatsu, du fonctionnement de sa propre plateforme de production, des thèmes imprégnant ses récits vengeurs ainsi que sur la notion de double public que le cinéma de Wakamatsu semble générer. Un public à la fois friand des films pour ce qu’ils sont et celui qui s’interroge sur la signification de leurs images percutantes. Un point de vue qui vient compléter et proposer un autre angle de vision à celui occidental exprimé par Jean-Baptiste Thoret.

Les textes suivants sont de Wakamatsu lui-même et apparaissent comme un parfait complément à celui d’Oshima puisque l’auteur s’exprime sur son existence cinématographique hors du circuit traditionnel. Revendiquant son statut de cinéaste de troisième catégorie œuvrant pour la beauté du scandale, arme ultime, selon Wakamatsu, du dévoilement de la vérité. Ils reviennent notamment sur la réception de son film Les Secrets derrière le mur (1965 – premier film tourné sous l’égide de sa propre boîte de production) à la quinzième berlinale, qualifié de choquant et outrageant par les spectateurs décatis du festival et déshonorant pour la nation par un représentant japonais faisant partie du jury. Wakamatsu analyse également les énormes potentialités et opportunités gâchées par les films à trois millions de Yen.
L’ouvrage se poursuit avec d’autres textes du cinéaste publiés dans divers journaux ou revues de cinéma et où il n’hésite pas à exprimer clairement ses opinions ou ses convictions. Ainsi, il s’interroge ouvertement sur l’interdiction de diffusion faite à quatre films pornographiques produits par la Nikkatsu, décelant dans cette accusation d’outrage à la pudeur une volonté politique de contrôle plutôt qu’une simple action répressive. De même, il apporte sans ambages son soutien à l’Armée Rouge Unifiée qui, en 1972, vient de connaître un épilogue funeste (prise d’otage dans une auberge d’Asama Sanso), considérant même que ces conditions de lutte, à la limite du terrorisme, sont « l’occasion de reconstruire le monde ».

Le texte La Rancœur des oppressés, dans lequel Wakamatsu revient sur ses débuts, éclaire ce qui sous-tend son cinéma. Ce qui l’anime en premier lieu est une rancœur tenace qui tient à son origine paysanne raillée et l’absence de révolte des femmes : « Les paysans sont comme les femmes, à force d’avoir été si longtemps oppressés, ils se rangent facilement du côté qui les arrange pour survivre. Je dis toujours que les femmes sont des mollusques. Elles sont coupables de se donner entièrement et d’oublier complètement. Elles changent tout le temps. Leur capacité à se révolter a été étouffée dans l’œuf. » Des propos qui définissent finalement la révolte intime du réalisateur comme celle qu’il imprime à sa mise en scène.
Dans le texte La Palestine et moi, Wakamatsu raconte son voyage en Palestine, en 1971, en compagnie du scénariste Masao Adachi (également réalisateur dont la rétrospective à la Cinémathèque française du 03 décembre 2010 au 25 février 2011 vient croiser celle de son confrère et ami). Adachi est lui un véritable activiste qui quittera peu après le Japon pour se consacrer à la lutte armée clandestine. Wakamatsu évoque donc ses rencontres avec Fusako Shigenobu (une des fondateurs de l’Armée Rouge Japonaise qui a dirigé d’une poigne de fer la faction implantée au Liban pour embrasser la cause palestinienne au début des années 1970) et avec des combattants du Front Populaire de Libération de la Palestine (FPLP). Une expérience qui l’aura profondément marqué tant idéologiquement qu’humainement puisqu’elle lui aura fait prendre conscience de ses propres faiblesses. Ce qui ne devait être qu’un voyage destiné à enregistrer des images pour les vendre aux chaînes de télé devient quasiment initiatique, en retirant même un enseignement essentiel pour lui : « Que chacun se prépare à appuyer sur la gâchette de la liberté. C’est ainsi que nous gagnerons. » Il en résultera un film documentaire de propagande, Armée Rouge/FPLP : déclaration de guerre mondiale.
Pour Wakamatsu, le cinéma c’est une guérilla. Et le genre du pinku eiga correspondait parfaitement à cet état d’esprit de lutte permanente contre l’establishment, la morale, les contraintes économiques de petits budgets (qu’il parvenait à transcender remarquablement), les grilles de lecture formatées, etc, et qu’il abandonnera dès que ce genre commencera à gagner en respectabilité.
Je filme avec tout mon corps, voire à corps perdu” (Wakamatsu dans La rancœur des oppressés – page 69)
« En fait, la nudité apparaît parce qu’en général, il ne faut justement pas la filmer. » (Wakamatsu dans Le vice de l’imagination dans la pornographie et les incidents internationaux – page 71)
La série de textes suivants regorge d’anecdotes (notamment les notes de production de certaines de ses œuvres) sur la mise en chantier de projets, sur ses rencontres précieuses, il revient également sur sa condition paysanne originelle, ses liens indéfectibles qu’il aura forgés avec son camarade, son compagnon d’arme, Masao Adachi. Autrement dit, une introspection qui nous permet de découvrir l’homme derrière le révolutionnaire.
Enfin, la salve de ses écrits se conclue par un texte consacré à la genèse de son dernier film, Le Soldat Dieu, né de sa volonté de compléter sa vision entamée avec United Red Army sur les drames humains que constitue toutes formes de conflits (territoriaux ou idéologiques) en évoquant l’histoire des parents de cette génération sacrifiée.

Puis le livre se termine par un long entretien mené par l’historien Go Hirasawa où Wakamatsu se remémore les difficultés à financer et mener à bien ses projets, livrant également de nombreux souvenirs de tournages ou non, dévoilant encore un peu plus l’évolution artistique et intime de cet éternel marginal.
L’ensemble de ses propres textes et l’interview finale permettent en outre de révéler l’importance aussi bien personnelle, artistique et politique du quartier tokyoïte de Shinjuku. Coin chaud de la mégalopole décor de nombre de ses films mais aussi théâtre de la vie dissolue de Wakamatsu et d’émeutes résultant de manifestations contre le réapprovisionnement en essence des avions américains à la base aérienne de Yokota (manif résultant du vaste mouvement d’opposition à la reconduction du traité de sécurité nippo-américain mettant quasiment sous tutelle l’archipel).
Mais le texte le plus remarquable, celui qui traduit sans doute le mieux le cinéma de Wakamatsu, alors qu’il est paradoxalement à peine évoqué sa production, est Carnet de bord de Corée. Imbriquant les souvenirs de ses rapports avec Juro Kara, acteur et réalisateur d’origine coréenne, avec des considérations historiques et politiques (l’occupation sanglante de la Corée par le Japon), le tout relaté de manière très poétique. Il en ressort une étrange impression, celle d’avoir visionné grâce aux mots couchés sur le papier un film inédit de Wakamatsu.
Un ouvrage éminemment passionnant et indispensable pour pénétrer au cœur du système de pensée de Wakamatsu et qui s’avère un excellent complément au livre de Julien Sévéon, Le Cinéma enragé au Japon (éditions Rouge Profond), où le journaliste évoquait dans sa première partie les maîtres du pink tels que Wakamatsu, Takahita Zeze et Hisayasu Sato.

Quelques regrets malgré tout persistent après lecture, les quelques redondances des propos du réalisateur mais surtout, l’absence d’une entrée thématique consacrée à son engouement pour le mouvement musical américain du free jazz dont les sonorités rythment pourtant régulièrement ses films. À peine est-il fait référence dans les notes de production au saxophoniste Abe Kaoru auquel Wakamatsu consacrera un film, Endless Waltz (1994).
À propos de ce musicien, la note de production précédente, L’homme qui se battait avec un saxophone, évoque la collaboration des deux artistes de génie pour le film 13 Serial Rapes. Wakamatsu dit ainsi de Kaoru que « C’est en soufflant dans son saxophone qu’il lançait des pierres et tirait des coups de fusil ». Une conception de l’art dont a fait sienne Wakamatsu, réalisateur important pour le monde artistique et idéologique dont on peut affirmer sans peine, en refermant ce livre essentiel qui se lit d’une traite, que c’est depuis le poste reculé derrière sa caméra qu’il continue la lutte, que c’est en produisant des images qu’il lance des pierres et tire des coups de fusil. Ces dernières atteignant aussi bien le cerveau que le cœur. Et Wakamatsu est toujours prêt à tirer.

Nicolas Zugasti

P.S : À noter que le livre est accompagné du DVD du film La Femme qui voulait mourir datant de 1970 et toujours interdit au Japon, réalisé par Wakamatsu en réaction au suicide rituel de l’écrivain Yukio Mishima. Le film fera l’objet d’une chronique dans le n° 6 du supplément numérique de la revue, DVD Park II, à paraître prochainement.

> À propos de cinéma guérilla, lire aussi VERSUS n° 15.


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