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« À chaque vision de Colonel Blimp, le film devient plus riche, grandiose, émouvant et profond. On pourrait dire que c’est une épopée de la vie ordinaire. Et ce que l’on retient de cette épopée, c’est un sentiment irrépressible de chaleur, d’amour et d’amitié, d’humour et de tendresse partagés, et une impression durable de la plus éloquente des tristesses ». Cet avis de Martin Scorsese rappelle bien à tous cinéphiles pourquoi la ressortie dans une copie remarquablement restaurée de Colonel Blimp, du duo Michael Powell-Emeric Pressburger, est un événement à ne surtout pas rater.

Voulant se rendre indépendant de toutes commandes et en finir avec les films de propagande comme 49ème Parallèle ou Un de nos avions n’est pas rentré, le fameux duo (responsable, faut-il le rappeler, de quelques chefs-d’œuvre comme Le Narcisse noir ou Les Chaussons rouges) décide de créer en 1943 la société The Archers. Désireux de réaliser des films ambitieux où vont s’entremêler fresques à grand spectacle et cinéma d’art et essai pointilleux, par une recherche formelle de tout instant due au talent de cinéaste de Michael Powell et une écriture lumineuse d’Emeric Pressburger, cette société de production va initier pendant quatorze ans toute une série de projets remarquables dont le fameux Colonel Blimp, première coréalisation du binôme en Technicolor ressortie sur grand écran le 04 avril dernier sous la houlette de Carlotta. Personnage de cartoon créé en 1934 par le caricaturiste David Low, le colonel Blimp symbolise par ses traits de caractère le prototype même du militaire britannique, un homme irascible et contradictoire, symbole du ridicule de la hiérarchie militaire et reconnaissable entre mille grâce à ses longues moustaches rappelant le morse ou l’otarie. Intéressé par les figures de l’histoire britannique (comme Lord Byron dans Intelligence Service en 1956), Michael Powell ne pouvait que s’emparer de cette figure populaire et commanditer à son compère Pressburger le portrait de cet homme tout en lui apportant le soupçon d’humour, de romantisme et d’humanité qui manquait dans le personnage original.

En 1943, alors que les Londoniens vivent sous la crainte des bombardements nazis, un exercice de défense est organisé. Mais des soldats participant à cet exercice transgressent les règles et ridiculisent par la même occasion le major général Wynne-Candy. Rendu furieux par un tel outrage, ce dernier se remémore alors les quarante dernières années de sa vie. Préambule fantastique entraînant le spectateur vers une voie que les cinéastes n’emprunteront pas, le début de Colonel Blimp est un modèle de narration qui tient tout autant du scénario millimétré de Pressburger que de la virtuosité technique de Powell, ce dernier maîtrisant déjà parfaitement l’art des couleurs et de la mise en scène qui sera la marque de fabrique de sa filmographie. Jouissive et limpide, cette introduction permet alors le déploiement du récit sur quarante années d’une vie : celle d’un militaire-gentleman réactionnaire qui gravira tous les échelons de l’armée britannique sans jamais renier ses idéaux faits d’honneur et d’amitié.

En 1902, de retour d’Afrique du Sud où son habilité guerrière lui a valu les plus hautes distinctions, Wynne-Candy apprend qu’un Allemand n’a de cesse de répandre à Berlin des calomnies sur le compte de l’armée de sa gracieuse majesté. Enragé, le jeune chien fou se rend alors dans la ville allemande afin de défendre l’honneur de la couronne britannique. Il y rencontre alors Edith Hunter, une jeune institutrice britannique avec laquelle il se lie d’amitié. Contraint par sa maladresse à participer à un duel (l’occasion pour Powell de réaliser une de ces ellipses narratives dont il a le secret), l’officier anglais profitera, dans une clinique berlinoise, de la convalescence induite par ce fameux duel pour se lier d’amitié avec l’officier allemand Kretschmar-Schuldorff. Ce dernier tombe amoureux d’Edith avec laquelle il se fiance. De retour à Londres, Candy se rend compte trop tard qu’il aime cette jeune femme…

Réalisant une œuvre caricaturale pleine d’humour, le duo de cinéastes narre l’amitié entre Clive Candy et un officier allemand en pleine Seconde Guerre mondiale sans s’inquiéter des éventuelles retombées (notamment de la censure induite par nul autre que Winston Churchill). Composé d’un prologue burlesque ainsi que de trois parties essentiellement centrées sur la figure de la femme idéale (l’institutrice, la compagne et l’aide de camp, toutes trois interprétées par la magnifique Deborah Kerr), Colonel Blimp est une œuvre thématiquement dense, une formidable méditation sur le temps qui passe, l’utilité (ou pas ?) de la guerre, l’amour éternel et l’amitié. Bref, un bijou tant sur la forme que sur le fond, comportant quelques scènes d’anthologie (comme celle du duel déjà évoqué ou la demande d’asile politique de l’officier allemand) qu’il est urgent de redécouvrir en salle.

Fabrice Simon

Film ressorti au cinéma le 04 avril

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